đ€Je vois que lâIA gĂ©nĂ©rative âAlbertâ de lâEtat fait beaucoup parler, intĂ©resse et est aussi critiquĂ©e/moquĂ©e. On retrace la genĂšse de ce projet, aujourdâhui testĂ© Ă petite Ă©chelle auprĂšs dâune soixantaine de conseillers des maisons France Services —ïž
Rappelons les bases : Albert nâest pas un grand modĂšle de langue créé de toutes piĂšces, mais une adaptation de Llama 2 (puis de Mistral), rĂ©entrainĂ©e sur des donnĂ©es administratives, pour en faire un modĂšle plus spĂ©cialisĂ© pour le service public mais toujours trĂšs gĂ©nĂ©raliste.
Par ailleurs, il n'a Ă voir avec le modĂšle Bert de Google.
Albert, c'est un socle technologique qui permet de dĂ©cliner des LLM sur des cas dâusages spĂ©cifiques de chaque administration, rééentrainĂ©s ou branchĂ©s sur des bases documentaires (RAG). Pour en faciliter la diffusion dans l'administration.
Cette approche a le mĂ©rite dâamĂ©liorer la fiabilitĂ© des rĂ©ponses et de limiter les hallucinations. Et aussi le mĂ©rite de la âfrugalitĂ©â : pas besoin d'immenses modĂšles de langue trĂšs gourmands en puissance de calcul, les GPU n'Ă©tant pas donnĂ©s.
Albert est prĂ©sentĂ© comme une âIA souveraine, libre et ouverteâ, câest bien joli mais ça veut dire quoi ? Que lâEtat a repris des modĂšles ouverts, sâest fait la main et dĂ©veloppĂ© toute une couche par-dessus pour utiliser des LLM open source dans le public, quel que soit le LLM.
Ca veut aussi dire que tout est mis sur des infrastructures sécurisées internes. Pas de risque de fuite de données confidentielles chez OpenAI ou chez Microsoft. L'Etat reste néanmoins dépendant des modÚles existants.
Le projet a commencĂ© il y a un an environ, quand la vague ChatGPT avait dĂ©jĂ bien dĂ©ferlĂ©. Les datascientists de lâEtat ont commencĂ© Ă jouer avec des LLM ouverts et avec GPT. Puis le projet Albert a pris forme pour construire un socle techno mutualisĂ© et rĂ©utilisable.
En parallĂšle un autre projet fait beaucoup plus de bruit : câest l'expĂ©rimentation sur la plateforme ServciesPublics+. Le but, câest de prĂ©-rĂ©diger des rĂ©ponses aux avis laissĂ©s par les usagers sur ce TripAdvisor du service public. Toujours avec la validation de lâagent.
Voyez les rĂ©sultats par vous-mĂȘmes, rien dâextraordinaire, mais câest le cas dâusage qui veut ça. Ăa a le mĂ©rite dâĂȘtre facile Ă dĂ©velopper/entraĂźner, de nâutiliser que des donnĂ©es publiques et anonymes, et de tester lâappĂ©tence des agents.
plus.transformation.gouv.fr/experiences/43âŠ
Et mine de rien, les rĂ©sultats sont positifs : dĂ©lais de rĂ©ponse rĂ©duits de 19 jours Ă 3,3 jours en moyenne en quelques mois, et satisfaction des usagers supĂ©rieure pour les rĂ©ponses gĂ©nĂ©rĂ©es par IA (de 11 points). L'outil va ĂȘtre ouvert aux 6 000 agents chargĂ©s de rĂ©pondre.
De son cĂŽtĂ©, la DSI de lâEtat continue donc le dĂ©veloppement dâAlbert : elle rĂ©entraĂźne des (petits) modĂšles sur des corpus de textes administratifs et construit toute la tuyauterie pour reprendre ces modĂšles et les spĂ©cialiser.
La Dinum travaille surtout avec l'Agence des territoires sur un premier cas dâusage bien dĂ©fini : son utilisation en appui des conseillers des maisons France Services. Lâenjeu est dâaider ces conseillers Ă naviguer dans une masse dâinformations - fiables - sur les dĂ©marches.
Albert introduit, et câest important, la rĂ©fĂ©rence directe aux sources des informations, contrairement Ă ChatGPT (et Ă SP+). Ce qui permet de rassurer les conseillers dâune part, et dâaller vĂ©rifier lâinfo au besoin. Au final, ça en fait un super moteur de recherche.
La Dinum fait donc des ateliers avec les conseillers, embauche une designer pour observer leurs pratiques et voir oĂč est-ce quâune IA gĂ©nĂ©rative pourrait leur ĂȘtre utile. Une premiĂšre version test est mise Ă dispo mi-janvier. Ce nâest pas encore une IA conversationnelle.
Une deuxiĂšme version a dĂ©jĂ Ă©tĂ© mise en ligne mi-avril, justement pour devenir plus conversationnelle, et permettre aux conseillers dâinteragir avec le chatbot pour affiner ses rĂ©ponses. La V2 permet aussi de mieux collecter le feedback des agents.
Pour lâheure, la DINUM elle-mĂȘme reconnaĂźt âtranspirerâ ne serait-ce que pour dĂ©montrer son âimpactâ. âOn gagne quelques minutes ici et lĂ , on amĂ©liore quelques rendez-vousâ. Pas de quoi rĂ©volutionner le quotidien des conseillers, Ă ce stade en tout cas, car tout bouge trĂšs vite.
Rien ne dit que lâoutil va rencontrer son public. Dâailleurs, une conseillĂšre FS testeuse dit constater encore des erreurs et inventions, et mâa confiĂ© ne pas y voir dâutilitĂ©, pour elle en tout cas, mais plutĂŽt pour les nouveaux conseillers.
Comme dâhabitude, et plus encore que dâhabitude, la DINUM prĂŽne donc lâagilitĂ© et lâitĂ©ration : commencer tout petit, tester, amĂ©liorer, tester etc. Pour ĂȘtre sĂ»r de ne pas investir trop dâefforts et dâargent dans un outil inutile ou inutilisable.
Ca tombe bien lâIA gĂ©nĂ©rative sây prĂȘte bien : facile Ă tester pour se faire une idĂ©e de lâintĂ©rĂȘt, beaucoup moins pour âindustrialiserâ un cas dâusage.
Les deux expérimentations SP+ et Albert se sont faites en parallÚle mais pourraient converger : la DITP voudrait faire des tests avec Albert pour voir si les résultats sont équivalents à ceux de Claude et Mistral.
Selon la DINUM, plusieurs dizaines dâadministrations se sont dites intĂ©ressĂ©es pour tester son IA, sans prĂ©ciser sur quels cas dâusages. Elle leur met tout Ă dispo, et propose au besoin un dĂ©veloppement sur-mesure.
Albert va ainsi ĂȘtre ouvert en API pour permettre aux administrations de tester lâIA gĂ©nĂ©rative facilement sur les infrastructures de la DINUM avant dâĂ©ventuellement investir. Sans passer par OpenAI et consorts.
Pour lâheure cette infra nâest adaptĂ©e que pour les dĂ©marches exploratoires, pas pour l'industrialisation. A ce niveau rien nâest arbitrĂ© cĂŽtĂ© financements, et câest dâailleurs ce qui freine certaines administrations, comme les ImpĂŽts.
Enfin, lâEtat veut lancer un chatbot Albert directement sur lâappli de messagerie Tchap pour le rendre accessible Ă tous ses agents, et Ă©viter le âShadow GPTâ. Mais lĂ aussi, il y a 2-3 dĂ©tails Ă rĂ©gler pour tenir la charge de plusieurs centaines de milliers dâagents...
Concernant les réutilisations d'Albert, rien n'est encore trÚs clair. Je sais juste que la DILA, l'envisage pour ressusciter son projet de chatbot sur le site . L'Assurance retraite aussi pour créer un genre d'assistant RH pour les entreprises.service-public.fr
Pareil pour la DRH de l'Etat, la DGAFP, qui envisage de créer un assistant sur les rÚgles RH, pour faciliter la tùche des gestionnaires de proximité de l'Etat territorial. (Mais pas pour le mettre directement au contact des agents "lambda")
La MSA aussi est intéressée, certaines collectivités aussi, comme Montpellier et Lille.
Ce qu'il faut retenir, c'est qu'entre les grandes annonces gouvernementales et la rĂ©alitĂ© des cas d'usages, il y a encore un gros gap, mĂȘme s'il y en a Ă peu prĂšs partout. Les administrations naviguent encore Ă vue et ne savent pas du tout si leurs expĂ©s porteront leurs fruits.
C'est, comme je le disais, l'avantage de l'IA générative : on peut la tester trÚs rapidement, pour pas cher : 100 000 euros ont été investis pour développer l'outil "Albert France Services". Si ça rate, pas bien grave, et l'expertise acquise servira à d'autres expés.
Pour ceux que ça intéresse :
- le code Albert :
- le code Albert Tchap : github.com/etalab-ia/albeâŠ
github.com/etalab-ia/albeâŠ
Une précision utile : sur la 20aine d'administrations à qui j'ai parler IAG, pratiquement aucune ne compte mettre de chatbots au contact des usagers. Selon elles, c'est parce qu'elles ne veulent pas déshumaniser, mais aussi et surtout parce l'IAG est encore bien trop imparfaite.
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