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Jan 13, 25 tweets

L'attitude française à propos des crédits européens à dépenser ou non aux Etats-Unis pour armer l'Ukraine fait débat... C'est, en cette période de crise du Groenland, un excellent révélateur des modes de pensée profonds en Europe. 1/

Le fait que des pays européens soutiennent, en ce moment, qu'il faut continuer à armer l'Ukraine massivement avec des armes américaines achetées - plus cher que le prix du marché - avec de l'argent européen montre à quel point la soumission à Washington va au delà du rationnel.2/

Au bout de trois ans de guerre, de "wake up call pour l'Europe" et après presque un an de "Trump II", un an après le discours de Vance à Munich, la réalité est que la majorité des pays européens ne VEULENT PAS réduire la dépendance aux Etats-Unis, quoi qu'il en coute. 3/

Je ne vais pas revenir en détail sur les raisons. Elles sont connues : éducation des élites dans le modèle mental transatlantique comme vision unique de la sécurité, perte du réflexe historique européen de "coalition des faibles" face aux menaces... 4/

...foi aveugle dans une mondialisation inexorable et linéaire dont la situation actuelle ne serait qu'une "crise", une déviation temporaire d'un cour des choses. Ajoutons aussi des décennies d’arrogance française en matière de ventes d'armes et de diplomatie. 5/

Les élites français n 'ont jamais renoncé (depuis Louis XIV) à une forme d'ambition de prééminence en Europe, qui consiste à espérer que les gens se rangeront sous un "leadership éclairé" de la France, quand bien même nous n'avons pour nous que des mots. 6/

Et, bien entendu, réflexe des faibles de chercher un protecteur puissant et pas trop malveillant, si possible lointain et qu'on espère pouvoir supporter par un mélange d’apaisement diplomatique et de chèques à court terme. 7/

Tout ça pour dire qu'une majorité de pays européens est encore dans ce réflexe qui consiste à marquer un attachement sécuritaire indéfectible à Washington, contre vents et marées. Avec la conviction que tout effort européen "indépendant" poussera les Etats-Unis à l'éloignement.8/

Et qu'en conséquence, il faut donc, même et surtout pendant les crises, renforcer la dépendance plutôt que de s'émanciper. Chercher la soumission au Leviathan pour garder sa bienveillance et ne surtout pas se préparer à exister par soi-même. 9/

C'est un réflexe d'élites dirigeantes européennes. Je ne suis pas certain que les peuples européens soient aussi stupides. Pourtant, la dissonance est forte : l'Amérique menace maintenant de prendre des territoires de ses alliés par la force. On sent bien le point de rupture. 10/

Ce qui se joue n'est rien moins que la soumission volontaire des démocraties européennes à la sphère MAGA, à la découpe. Déverser des tombereaux d'argent public européen pour armer l'Ukraine avec des armes américaines, mais aussi continuer d'approfondir la dépendance aux US. 11/

Et demain ? Certains iront à Copenhague, discrètement, pour expliquer que "on ne va quand même pas mettre en danger le lien transatlantique pour quelques arpents de glace" ?
Et pourtant, je ne jette pas la pierre sur les choix passés : ils étaient souvent rationnels. 12/

Le choix du F35 par les Européens était rationnel il y a 15-20 ans. Ce n'est plus ça le problème. A l'époque, les Etats-Unis étaient le partenaire de référence, fiable. L'environnement de sécurité stable, les pays qui l'ont choisi avaient déjà des avions américains (F16). 13/

Le programme était massif, avec des partages industriels importants. L'avion, sur le papier (enfin les slides) était à la fois hyperconnecté, furtif, adossé à une production pérenne et permettait de continuer le partage nucléaire au sein de l'Alliance. 14/

Ce qui se joue actuellement est de toute autre nature. En achetant les futurs logiciels de C2 américains, en approfondissant la dépendance industrielle, en laissant les Palantir et Anduril bousculer les BITD européennes, on donne volontairement les clefs de la maison. 15/

En armant l'Ukraine avec des armes achetées aux Etats-Unis, sans plan d'émancipation, on creuse la dépendance, on installe les industriels américains à demeure dans la zone qui sera militairement la plus sensible pour le quart de siècle qui vient. On se lie les mains. 16/

Vous voulez un geste de "souveraineté" européenne ? Un vrai ? Oubliez les "500 soldats européens à Nuuk". A la place, montez un club d'utilisateurs européens du F35 et exigez de pouvoir acheter, comme les Israéliens, les serveurs et logiciels de maintenance. 17/

Un autre "acte de souveraineté européen" ? Rejetez en bloc l'adhésion de l'Europe aux projets de C2 américains, créez un club C2 européen et exigez que l'OTAN accepte un "C2 par continent" interopérable. 18/

Un dernier ? Montons un "plan de sortie" des armes américaines pour l'Ukraine, pluriannuel. Acceptons, à ce prix, de poursuivre certains achats (y compris avec de l'argent français). Mais avec une perspective d'arrêt sous trois ans. Un plan "100% US free" pour 2029. 19/

Gesticuler et être obsédés par la parole n'est pas une "marque de fabrique européenne". C'est simplement le comportement d'une partie de nos élites dirigeantes, paralysées par leurs modèles mentaux hérités d'un autre temps géopolitique. Arrêtons de penser "symboles". 20/

J'espère que la France tiendra sa position, quitte à faire cavalier seul. Mais cette voie de l'émancipation des armes et enablers US ne doit pas se faire avec une unique ambition industrielle française. Et le dialogue ne doit pas se limiter aux "grands" européens et à l'UE. 21/

La coalition des volontaires montre quel type de format est pertinent : ad hoc, en fonction des ambitions de chacun. Bloquer les mécanismes communautaires n'est pas une fin en soi, il faut proposer "autre chose" de plus efficace. 22/

Dans ce domaine comme dans d'autres, l'Europe a un problème industriel, un problème de production, et un problème politique, un problème de paralysie des institutions. Il faut retrouver à la fois une capacité à "produire" et à "exister", deux sujets qu'on a délégué aux autres.23/

Au fond tout ça est une forme de crise de la modernité : l'idéal européen d'émancipation s'est mué en attachement au confort. Le déni fait le reste. L'angoisse du moment est liée aux dissonances engendrées par la tension que l’État du monde impose à ce confort. 24/

Bref : il faut armer l'Ukraine. Et l'Europe. Avec des armes européennes. Et rééquilibrer la relation transatlantique sans chercher un leadership Français. Même si c'est plus long, plus couteux et moins efficace sur le plan budgétaire. C'est le prix de la liberté du continent. FIN

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