Charlotte Piret Profile picture
Journaliste (@franceinter), version justice et terrorisme / / Live-tweet d'audiences / Dessin : Matthieu Boucheron / Livre :"Et nous nous sommes parlé" (l'Aube)

Mar 6, 2018, 60 tweets

A la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, le procès #Assia reprend avec l'interrogatoire de personnalité de Hamza M.

La mère d'Hamza M. a été diagnostiquée schizophrène et régulièrement hospitalisée. Elle a eu 6 garçons en 12 ans. Hamza M. est l'avant-dernier de la fratrie.

Quand il était enfant, Hamza M. a pris des cours d'arabe et de lecture du Coran mais "ça me plaisait pas, je suivais pas". Aujourd'hui encore, il ne parle l'arabe "qu'un petit peu".
Procès #Assia

Hamza M. a arrêté ses études à 17 ans, multiplié les petits boulots en intérim. "Je déchargeais les camions de nuit."
Plus tard, il travaillait dans un supermarché.
Procès #Assia

Président à Hamza M. : "vous avez indiqué au psychiatre que vous aimiez beaucoup séduire, sortir en boîte, draguer avec votre ordinateur ..."
Procès #Assia

Après sa rencontre avec sa femme, Hamza M. continue à "draguer sur Internet", source de disputes dans le couple. "Elle m'attrapait toujours", sourit Hamza M. depuis le box.
Procès #Assia

Selon la mère d'#Assia le comportement d'Hamza M. change pendant la grossesse : "il avait dit "pas d'école", les poupées, les peluches, il ne voulait pas. Les pyjamas à motifs non plus."

Hamza M. : "j'avais pas des propos radicaux, faut pas abuser non plus. Il n'y avait aucun terrorisme avant ..."
Procès #Assia

Hamza M. : "les disputes, ça venait des deux côtés, il n'y avait pas de grosses scènes de violence. On se chiffonnait doucement."
Procès #Assia

A l'origine du départ en Syrie d'Hamza M. avec #Assia , les différends familiaux et surtout ses mauvaises relations avec son beau-père : "il n'avait pas de parole. Il m'a dit qu'il allait arranger les choses avec sa fille et il n'a rien fait."

Le président précise que le frère aîné d'Hamza M. serait toujours en Syrie : "il fait l'objet d'un mandat d'arrêt et son dossier est toujours en cours d'instruction."
Procès #Assia

Hamza M. : "Là, je suis incarcéré. Ma fille, ça fait 4 ans que je ne l'ai pas vue. Je ne sais même pas à quoi elle ressemble. Je reste son père quoi qu'il arrive
Procès #Assia

Présidente : "au sujet de votre mariage, vous avez parlé de restriction, qu'est-ce qu'il vous manquait?"
Hamza M. : "c'est une restriction que j'aurai toute ma vie, c'est par rapport au manque de l'amour de ma mère ...."
Procès #Assia

Assesseur : "pourquoi n'êtes-vous pas parti en Tunisie, par exemple ?"
[Hamza M. est d'origine tunisienne]
Hamza M. : "parce que je savais que je ne pourrais pas garder ma fille longtemps."
Procès #Assia

Hamza M. : "pour moi, quelqu'un de radicalisé c'était les appels à la haine, les attentats, tout ça. Pas une tenue vestimentaire. Aujourd'hui, avec du recul, je me rends compte que si, parce qu'on montre son appartenance."
Procès #Assia

Hamza M. au sujet de sa mère qui souffrait de schizophrénie : "je l'ai très très mal vécu, j'ai toujours connu ma mère comme ça."
Procès #Assia

Me Mauger-Poliak (défense) : "le manque d'amour de votre mère, ça a pesé sur vos relations aux femmes?"
Hamza M. : "oui, c'est jamais assez."
Procès #Assia

Me Mauger-Poliak (défense) : Assia "elle jouait avec quoi en Syrie?"
Hamza M. : "elle avait des jouets, elle regardait des dessins animés, elle avait une piscine gonflable. Elle jouait avec ses cousines, d'autres enfants aussi ...."

Président : "comment est-ce que voyez l'avenir, monsieur?"
Hamza M. : "je vais recommencer ma vie à zéro, travailler, refaire ma vie ..."
Procès #Assia

Hamza M. : "pendant 4 mois, j'étais dans le quartier d'évaluation de la radicalisation. On était 12 détenus, il y en avait des très radicaux. Et je vous confirme que ça m'intéresse plus."
Procès #Assia

Meriam Rhaiem s'avance à la barre. Président : "je voudrais que vous nous parliez un peu de votre fille. A son retour, vous aviez dit qu'elle avait peur des avions ..."
Procès #Assia

Aujourd'hui, #Assia est scolarisée, "en grande section", explique sa mère. "Elle a bientôt six ans. Elle a retrouvé une vie normale."
Assia est sous mesure éducative, dans le cadre du protocole mis en place pour les enfants ayant été en zone irako-syrienne.

Lors d'un entretien avec une psychiatre, #Assia aurait pris une béquille de playmobil "pour une kalach", raconte sa mère à la barre.

Meriam Rhaiem : "je ne veux pas qu'#Assia aille voir son père en prison. J'ai refusé."
Hamza M. : "est-ce que c'est au moins possible d'avoir une photo de ma fille, de savoir à quoi elle ressemble?"
Président :"c'est pas la question aujourd'hui, monsieur."

Me Versini plaide pour sa cliente, la mère d'#Assia
"Cette enfant est née, elle a fait la joie de sa maman mais aussi la vôtre, monsieur, je n'en disconviens pas."

Me Versini : "il y a eu le pèlerinage à la Mecque. Il est revenu imbibé de sagesse. Et puis, il y a eu un temps 2 avec quelques interdictions posées à la mère, à la femme."
#Assia

Me Versini : " ... et puis, il y a eu les violences. Les violences faites aux femmes, à sa femme."
Procès #Assia

Me Versini (partie civile) : "vous resterez à jamais, monsieur, le père de la petite #Assia C'est un fait acquis."

Me Versini : "à Mme Rhaiem, on dit "ne vous inquiétez pas, elle est avec son père. On en a marre de vous voir ..."
#Assia

Me Versini (parties civiles) : "Mme Rhaeim est une mère courage. Car il en a fallu des montagnes pour en arriver devant vous."
Procès #Assia

Me Versini (parties civiles) : "cette maman courage me demande d'organiser une conférence de presse. Que tous les journalistes de France qui y étaient soient à jamais remerciés."
Procès #Assia

Me Versini (parties civile) : "vous étiez en zone de guerre, monsieur, même si vous nous dites que la petite était protégée. Avez-vous pu imaginer un seul instant que vous mettiez votre fille en danger de mort?"
Procès #Assia

Me Versini (partie civile) se tourne vers le prévenu : "un jour, vous m'avez téléphone alors que vous étiez en Syrie. Vous m'avez demandé : "Maître, si je reviens, qu'est-ce que j'encours?" On a eu cette discussion improbable ..."
#Assia

Me Versini (partie civile) : "votre frère vous a dit après : "tu as appelé l'avocat de l'ennemi". Mme Rhaiem n'est pas votre ennemie. Elle était une femme blessée."
#Assia

Me Versini (partie civile) : "de toute ma vie je n'ai jamais été aussi ému, imprégné d'émotion que ce moment Meriam retrouve la petite #Assia en larmes."

Me Versini (partie civile) : "l'objet de ce procès n'est par de ternir Hamza M. Mais d'entendre la douleur de cette mère pendant 10 mois."
#Assia

Me Versini (partie civile) : "je vous le dis en toute sincérité, monsieur. Meriam Rhaiem ne vous permettra jamais de revoir votre fille. Quelles que soient les décisions de justice."
#Assia

Me Versini (partie civile) : "Mme Rhaeim a été privée d'#Assia pendant 327 jours, soit 7848 heures." Elle réclame 105 524 euros de dommages et intérêts.

Me Versini (partie civile) : "la petite est quelqu'un d'extraordinaire, pétillante de vie. Que cette pétillance de vie perdure à jamais."

Le procès #Assia reprend avec les réquisitions du ministère public : "la vie d'un magistrat est pleine de surprises, car les choses ne se passent jamais comme elles sont écrites."

Procureure : "j'ai cette impression depuis les 1eres paroles d'Hamza M. à cette audience qu'il y a un retour en arrière. J'ai l'impression qu'on était sur la bonne voie et qu'il a fait quelques pas en arrière. D'où mon agacement."
Procès #Assia

Procureure : "emmener sa fille pour pouvoir s'établir définitivement en Syrie est en pleine conformité avec le but djihadiste d'Hamza M."
Procès #Assia

Procureure : Hamza M. "s'établit en Syrie avec sa fille en violation des lois françaises. Il détient des armes."
Procès #Assia

Le parquet requiert une peine de 10 ans d'emprisonnement avec une période de sûreté des 2/3
contre Hamza M., jugé pour avoir emmené sa fille #Assia en Syrie.

L'avocate d'Hamza M., Me Mauger-Poliak se lève pour la défense du père d'#Assia : "je viens d'accoucher, j'ai un petit bébé, également un enfant en bas âge. Oui, je peux comprendre la souffrance d'une mère."

Me Mauger-Poliak (défense) : "mais, je voudrais aussi ajouter pour mon confrère de partie civile que non, il n'y a pas de lien épidermique plus fort pour une mère que pour un père."
Procès #Assia

Me Mauger-Poliak (défense) : "cela ferait bondir mon mari qui, pour me permettre de plaider ici, garde en ce moment mes deux enfants malades."
Procès #Assia

Me Mauger-Poliak (défense) : "jusqu'à la fin Hamza M. va vouloir y croire, il la voit toujours comme la femme de sa vie."
Procès #Assia

Me Mauger-Poliak (défense) : "pourquoi il va finir par passer la frontière, accepter de rendre #Assia ? C'est parce qu'il y croit ! Parce qu'il se dit qu'ils vont reprendre une vie commune."

Me Mauger-Poliak (défense) : "Hamza M. c'est l'amoureux transi qui passe sa vie au téléphone. Il n'a pas combattu et cela ressort de la procédure."
Procès #Assia

Me Mauger-Poliak (défense) : "la réalité de ce dossier c'est que Hamza M. n'est jamais rentré dans le moule du groupe qu'il a rejoint. En embonpoint, avec ses problèmes de genou, il n'est jamais devenu le djihadiste que son frère attendait de lui."
Procès #Assia

Me Mauger-Poliak (défense) : Hamza M. "sait qu'il va aller en prison et, pourtant, il fait le choix de rentrer. Il a réfléchi sur cette idéologie dans laquelle il ne se retrouve pas."
Procès #Assia

Me Mauger-Poliak (défense) : "comprendre ce n'est pas excuser, mais c'est important de comprendre qui il est. On vous demande la peine maximum. Alors, je m'interroge : est-ce que réellement on a compris?"
Procès #Assia

Me Mauger-Poliak (défense) : "la réalité c'est qu'aujourd'hui Hamza M. prend ses responsabilités. Il reconnaît tout."
Procès #Assia

Me Mauger-Poliak (défense) : "au vu de l'évolution de celui-ci, la défense vous demande une peine inférieure aux réquisitions : neuf ans d'emprisonnement."
Procès #Assia

Hamza M. se lève pour ses derniers mots : "je voudrais m'excuser à la mère de ma fille. Je sais que ça ne va rien changer mais je sais qu'elle a beaucoup souffert."
Procès #Assia

Hamza M. : "peu importe la peine que vous allez prononcer, ce qui me fait le plus mal aujourd'hui c'est a privation de ma fille."
Procès #Assia

Hamza M. : "l'Islam que je pratique aujourd'hui c'est un Islam de paix. J'ai des codétenus musulmans ou non. Je ne fais pas de prosélytisme. La personne que vous voyez devant vous n'est ni un terroriste, ni un djihadiste."
Procès #Assia

Le tribunal se retire pour délibérer.
Procès #Assia

Hamza M., père d'#Assia , est condamné à 10 ans d'emprisonnement assorti d'une période de sûreté de la moitié.

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