Le principe de base de la politique monétaire mise en œuvre par les banques centrales quand une récession se profile à l’horizon, c’est de faire baisser le niveau des taux d’intérêt à court terme et notamment ceux du marché interbancaire. #Thread
Par exemple, ci-dessous, c’est le taux du marché interbancaire américain (les Fed Funds) depuis l’été 1954 et les zone grisées correspondent aux récessions économiques telles que définies par le NBER.
Source : fred.stlouisfed.org/series/FEDFUNDS
L’idée est très simple : en faisant baisser les taux du marché interbancaire (les taux auxquels les banques s’échangent de l’argent entre elles), on permet aux banques d’accorder des crédits à des taux moins élevés…
… ce qui encourage ménages et particuliers à s’endetter pour investir et ainsi, espère-t’on, permet de relancer l’économie. Par ailleurs, la baisse de taux incite les épargnants à épargner moins et donc, en principe, à consommer plus ce qui devrait avoir le même effet.
Et si vous avez le moindre doute quant à la capacité d’une banque centrale à piloter le niveau des taux du marché interbancaire, voici une comparaison du niveau effectif des Fed Funds avec les objectifs annoncés par la Fed depuis 1982.
Source : fred.stlouisfed.org/graph/?g=p5Rr
(Note technique : de fin 1982 à fin 2008, la Fed ne donnait qu’un chiffre — le Federal Funds Target Rate — mais depuis, elle fixe une borne inférieure et un borne supérieure — actuellement entre 1.75% et 2%.)
C’est tout le sens de la politique monétaire en temps de crise : les banques centrales veulent que vous épargniez moins pour consommer et que vous vous endettiez pour investir. C’est tout à fait explicite et ça ne fait pas le moindre débat.
En d’autres termes, qu’une baisse des taux fasse exploser le niveau d’endettement d’une économie n’est pas une « défaillance du marché » mais bel et bien une conséquence voulue de la politique monétaire mise en œuvre par les banques centrales. Je dis ça…
Le problème, c’est que ce n’est pas le seul effet de ce type de politiques. J’en vois au moins deux autres.
Le premier, c’est qu’une politique de baisse des taux tend à favoriser les prêts (et donc les emprunts) à taux variable (ou révisable).
Voici, par exemple, le niveau des taux des emprunts d’État américains à 10 ans (courbe bleue) et à 3 mois (courbe rouge). L’écart entre les deux, c’est ce qu’on appelle la pente de la courbe des taux.
Source : fred.stlouisfed.org/graph/?g=nqdy
La partie courte de la courbe est essentiellement guidée par la politique monétaire. Dans mon exemple, vous pouvez vérifier que les taux à 3 mois suivent ceux des Fed Funds à la trace et donc, résultent bien de la politique de la banque centrale.
Source : fred.stlouisfed.org/graph/?g=p5S6
En revanche, sur la partie longue (les taux à 10 ans), on a affaire à de véritables taux de marché qui résultent des besoins et capacités de financement de l’économie et ne reflètent les injections monétaires de la banque centrale qu’avec un certain retard.
Le résultat, c’est que c’est la banque centrale qui, pour l’essentiel, pilote la pente de la courbe des taux évoquée plus haut. Quand la banque centrale fait baisser les taux court, elle l’accroît ; quand elle fait remonter, elle la réduit. Et ça, c’est important.
C’est important parce qu’une pente élevée de la courbe c’est une situation dans laquelle les emprunteurs sont fortement incités à s’endetter à taux variable : des taux qui sont typiquement calculés à partir des taux court, plus un pouillème.
Par exemple, au 1er novembre 2013, les emprunteurs américains avaient le choix entre un taux fixe à 2.75% (plus un petit quelque chose parce qu’ils ne sont pas l’État fédéral US) et un taux variable de 0.06% (plus un petit quelque chose pour la même raison).
Évidemment, pour l’emprunteur, un taux variable c’est risqué puisque — par définition — ça peut remonter si les taux courts remontent… Sauf que là, avec près de 2.7% d’écart, admettez que ça donne drôlement envie de tenter le coup.
Or voilà : si les taux courts remontent (comme, par exemple, entre 2004 et 2006) ça signifie que vos mensualités augmentent d’autant. Et si ça dure trop (comme en 2007) ça se termine avec des milliers de gens qui ne sont plus capables de rembourser leurs crédits.
Et c’est d’autant plus dangereux que, du côté des prêteurs, le raisonnement est exactement inverse : une remontée des taux, pour eux, c’est un coup à se retrouver avec des prêts qui ne rapportent rien (voire qui plombent votre résultat si vous êtes une banque.)
Et comme les taux sont bas, on anticipe naturellement qu’ils risquent plutôt de finir par monter et donc, en toute bonne logique, on est tenté d’encourager les emprunteurs à s’endetter à taux variable plutôt qu’à taux fixe.
(Toute ressemblance avec des évènements datant d’une grosse dizaine d’années est, naturellement purement fortuite.)
Passons maintenant au deuxième effet : une politique de taux bas, ça pousse tous les investisseurs à prendre de plus en plus de risques pour compenser la baisse de rendement de leurs portefeuilles.
Par exemple, ci-dessous, le taux des obligations émises par le secteur privé aux États-Unis : AAA c’est les plus sûres, puis, par risque croissant, viennent les obligations notées AA, A, BBB et BB (je n’ai pas mis les B pour plus de lisibilité).
Source fred.stlouisfed.org/graph/?g=p5Tn
Comme vous pouvez le voir, plus c’est risqué (i.e. plus la probabilité pour que l’emprunteur ne vous rembourse pas), plus ça paye. C’est tout à fait normal : sans ça, personne n’irait prêter un dollar à une boîte notée BB.
Or voilà : si les obligations d’État ne rapportent plus rien (sans parler de taux négatifs), vous êtes naturellement tenté d’acheter plus d’obligations privées notées AAA qui rapportent un peu plus. Sauf que, ce faisant, vous faites monter leurs prix et donc baisser leurs taux.
Du coup, vous allez commencer à lorgner les obligations notée AA, puis les A, puis les BBB, puis les BB etc. Au bout d’un moment, vous en êtes à augmenter la proportion d’actions dans votre portefeuille en priant pour qu’il n’y ait pas de crash.
Bref, une politique de taux bas ça créé ce qu’il est convenu d’appeler des bulles spéculatives : tous les machins risqués deviennent de plus en plus chers jusqu’à atteindre des niveaux de prix totalement délirants.
Évidemment, quand la banque centrale commence à faire remonter les taux courts — et notamment quand ces derniers finissent au-dessus des taux longs — tout le château de carte commence à vaciller jusqu’à son effondrement.
Bref, vous faites bien ce que vous voulez mais si vous voulez comprendre le film des prochains mois, je vous suggère de garder ce thread quelque part dans un coin de votre tête. #Fin
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Si vous êtes partisan du protectionnisme (droits de douanes et autres dévaluations compétitives), Trump vous offre une démonstration spectaculaire de leurs effets. Un #thread
Vous l’avez sans doute tous entendu : contrairement à ce qu’il claironne partout, les ‘tariffs’ de Trump se sont (comme prévu) traduits à 96% par des hausses de prix pour les consommateurs Américains. kielinstitut.de/publications/n…
Un exemple amusant, c’est celui du café (torréfié moulu). En février 2025, juste avant le ‘Liberation Day’, le prix moyen dans les villes américaines était de $7.246 la livre (de 453.6 g).
Depuis l'investiture de Trump (le 20 janvier 2025), le cours de l'or en USD a doublé (+104%). Au moment où j'écris ces lignes il s'échange à plus de $5'500 l'once : la « vieille relique barbare » n'a jamais été aussi chère, notamment en USD. Un #thread
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L'once utilisée ici, c'est la 'troy ounce' (ozt) de 31.1034768 grammes - c'est une descendante de l'once de Troyes (la ville française), qui pesait à l'époque environ 30.59 g.
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Historiquement, on peut remonter jusqu'au Coinage Act de 1792, date à laquelle le gouvernement des États-Unis a fixé la valeur de l'USD à $19.75 par once. Il a fallu attendre mai 1973 pour franchir le seuil des $100 et septembre 2009 pour celui des $1'000.
Le vendredi 17 janvier 2025 à 21h45 (CET, heure de New York), quasi-simultanément sur Truth Social et Twitter, Trump poste un message pour annoncer le lancement de $TRUMP, le crypto-machin qui porte son nom. Un #thread
Le plan est le suivant : via deux sociétés de son environnement (CIC Digital LLC, Fight Fight Fight LLC), Trump a créé un milliard de $TRUMP (ce qui ne coûte rien), envisage d’en vendre 200 millions et de garder le reste (800 millions).
Si les premières cotations enregistrées, juste au moment de l’annonce, font état d’un prix d’environ $1.21, ça s’envole à une vitesse phénoménale : lorsque Trump prête serment le lundi suivant, le $TRUMP se négocie autour de $50.
En nous menaçant (encore une fois) des pires représailles si ‘nous’ vendions nos stocks de Treasuries, Trump à confirmé ce que tout le monde savait : le mur de la dette américaine est au bord de l’effondrement. Thread :
Dans les 12 mois qui viennent, ils vont devoir refinancer 26% de leurs dette publique (qui arrive à échéance) en plus de réemprunter pour financer le déficit. Ça doit faire pas loin de $12 trillions.
Et ce au moment où, grâce à cet imbécile, les gros fonds de pensions scandinaves commencent à vendre leurs positions (les obligations mais aussi les actions).
Believe it or not, the whole 'cheese-eating surrender monkeys' trope about the French started as a joke in an April 1995 episode of The Simpsons, when Groundskeeper Willie was forced to teach French. A thread:
Putting aside the “cheese-eating’ part (which is true) the idea that French surrendered without fighting refers to the Battle of France (May-June 1940). Uneducated Americans apparently need to learn some basic history:
First of all, we know firsthand that the Germans, like all Germanic peoples, tend to be tough warriors. If you have any doubt, just look at how they messed with the fucking Roman Empire for centuries.
Depuis que l’agent orange a infecté la Maison Blanche, les semi-habiles qui le vénèrent ont pris pour habitude de nous menacer à coup de photos de leurs gros porte-avions. C’est l’occasion de vous raconter une histoire amusante et trop peu connue. #Thread
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Il va de soi qu’à l’exception de Poutine, Xi et quelques autres rats crevés du même tonneau, absolument personne n’a intérêt à ce que les membres de l’OTAN se déchirent entre eux. En tant que Français, je ne peux qu’espérer que ça n’arrivera jamais.
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Début mars 2015, la Marine Nationale participe à un exercice de l’US Navy au large des côtes de la Floride. L’idée, c’est de s’entrainer à travailler ensemble mais aussi de tester la capacité d’un groupe aéronaval américain à détecter et contrecarrer une attaque sous-marine.