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Je profite du thread de @.LostmemoryCoco pr apporter un témoignage aussi, parce que + j’évolue dans mon activisme, + je crois au pouvoir de notre parole collective.

Je suis une personne intersexe et comme nombre d’entre nous, j’ai été abusé par l’institution médicale.
TW violences médicales ; violences sexuelles
Chez moi, ça a commencé dès la naissance, notre société étant régie par la binarité artificielle des sexes (les garçons à pénis d’un côté, les filles à vulve de l’autre), j’étais ni totalement l’un ni totalement l’autre. Je précise une fois encore que ce n’est pas systématique.
Il arrive que des variations intersexes (on ne parle pas de maladies ni d’anomalies mais de variation naturelles du vivant) ne soient détectées que plus tard.

Bref, à peine né on m’a arraché à ma mère en lui disant qu’il y avait un problème. J’ai subi une première intervention.
Le problème en question n’était pas d’ordre sanitaire, je n’avais aucun problème de santé ou de fonctionnement physiologique. Il s’agissait d’une opération chirurgicale lourde, réalisée pour des raisons exclusivement esthétiques. Je n’étais pas assez normal pour être acceptable.
Je ne donnerai pas les détails de mon anatomie, j’étais simplement un peu différent, mais on a fait croire à mes parents que c’était très grave, que j’allais avoir un cancer, que les interventions étaient nécessaires et urgentes. Elles ne l’étaient pas.
Les corps de nourrissons sont juste plus élastiques et les chirurgiens ont hâte de faire leurs preuves (certains se lancent même des défis), ce qui les motive (ça et seulement ça) à opérer au plus tôt.
A l’âge de 5 jours on a annoncé à ma mère que je n’étais finalement pas du sexe annoncé, on a modifié mon état civil. Aujourd’hui, j’ai des infections régulières et des insensibilités génitales, dues à des opérations prématurées.
Toute mon enfance, j’ai vu une ribambelle de médecins différents, de façon régulière et envahissante, au point que je loupais des jours d’école pour passer des « examens ». On venait me chercher en classe et on m'emmenait. Il me fallait chaque fois des jours pour me remettre.
Ces examens, ce sont juste des adultes en blouse blanche qui, à l’âge de 3, 6, 8, 12 ans, te touchent, te masturbent, te tripotent, te pénètrent, pour vérifier que ton corps sexué est bien conforme à celui de la norme arbitraire que nos sociétés connaissent.
Quand il ne l’est pas assez à leur goût, tu subis des dilatations ou des interventions chirurgicales lourdes de conséquences, où personne ne te dit ce qui t’attend, les risques que tu encours, et pourquoi c’est si important que tu sois opéré alors que ton corps fonctionne.
La plupart des personnes inter étant assignées filles, le + important est de rendre leur corps pénétrable. La médecine est cme toutes les institutions dominée par l’idéologie hétéronormée ; c ainsi qu’on créé des vagins à des fillettes en leur faisant comprendre que c inévitable.
Je me suis retrouvé à faire des crises de nerf spectaculaires dans la voiture ou la salle d'attente, hurlant comme un démon parce que je n'arrivais plus à contrôler ma terreur juste avant un rendez-vous. Ça n'a pas changé grand chose.
Je me suis retrouvé devant des assemblées d’internes, nu, exhibé, tandis qu’un médecin me montrait du doigt en expliquant mon anormalité aux yeux de tous-tes, comme si je n'étais pas là, comme si je ne l'entendais pas.
Je me suis retrouvé photographié, mon intimité exposée ensuite à des colloques de médecins sur l’hermaphrodisme, puisque eux utilisent toujours ce terme gerbant pour nous qualifier. Je n’ai pas accès à ces photos aujourd’hui. On y voit pas mon visage, je suis censé m’en réjouir.
Avant chaque visite à l’hôpital, je tremblais, je pleurais, je vomissais d’angoisse à l’idée de subir encore leurs doigts et leurs regards. J’étais à leurs yeux une sorte de freak, sans conscience et sans consentement. On ne ma jamais rien expliqué, on na jamais demandé mon avis.
Je nai littéralement jamais donné mon consentement, jamais. Jai subi 5 interventions lourdes. Une foule d’examens divers. Beaucoup de médecins.
Aujourd’hui, j’ai des douleurs, des infections, des insensibilités, des handicaps liés à ces interventions. J’ai surtout bcp de traumas.
Aux parents, les médecins font croire qu’il s’agit d’opérations de routine (ils parlent de « geste chirurgical » pour amoindrir le truc) et, perdus, les parents leur font pleinement confiance. Le médecin est une figure d’autorité qui obtient ce qu’il veut assez facilement.
Je me souviens de mon corps secoué de spasmes et de sanglots avant les opérations, qu’il fallait attacher sur le brancard pour l’empêcher de trembler.
A la sortie, javais un bonbon ou un jouet en récompense. Ça a créé en moi des mécanismes dangereux que je subis encore aujourdui.
Je me souviens de mes larmes quand un médecin me disait de me déshabiller devant tout le monde, devant une foule de blouses blanches, et que personne ne voyait, puisque je n’étais qu’un corps sans conscience, sans sentiment, juste un corps intéressant.
Je me souviens de mes tentatives désespérées de faire croire que cette fois j’étais normal, que j’allais faire des efforts, qu’il y avait une évolution, juste pour éviter d’être ausculté une énième fois par un médecin qui me terrifiait.
A force de faire comprendre à un enfant que son corps appartient aux adultes, on grandit avec un rapport au consentement complètement niqué. On ne peut pas se défendre face aux adultes mal intentionnés. On nous a appris l’inverse.
A 7 ans, mon grand père paternel glissait régulièrement sa main dans mon pantalon au creux de mon lit pour, comme il disait « vérifier si ça marche », et je croyais que c’était normal. Je me laissais faire.
A 9 ans, j’ai rencontré un pédophile et il a fait à peu près tout ce qu’il voulait, tout ce qu’on peut imaginer faire à un corps, pendant longtemps.
Je me suis laissé abuser, violer, torturé aussi (actes de torture et de barbarie selon le procès) tous les jours pendant des mois, parce qu’on m’avait appris que c’est ce que les adultes font aux enfants. Et qu’ils ont le droit.
Pendant mon adolescence, j’ai été abusé et utilisé je ne sais combien de fois, mais ça je n’ose pas encore en parler. Je connais la prostitution, je connais le traffic sexuel de mineurs. Ca suffit pour donner une idée.
J’ai également reçu des traitements divers et variés afin de contrôler mon corps. Les premiers visaient à bloquer mes flux d’hormones : des piqûres régulières qui ont constellé ma peau de grands hématomes. Je serrais les dents au point de me les péter à chaque injection.
Puis des traitements visant à provoquer une puberté qui ne venait pas, et n’est jamais vraiment venu (j’ai un corps rebelle et c’est tant mieux), avec un tas d’effets secondaires ingérables qui me rendaient malade et instable, mais surtout pas du tout bien dans ma peau.
J’ai grandi totalement dissocié de mon corps, comme s’il n’était pas vraiment là, ou pas vraiment à moi. J’étais totalement étranger à lui, encore plus quand on le forçait à changer. Je le suis encore aujourd’hui. Je n’arrive pas à comprendre que mon corps et moi sommes un.
« Heureusement » dans un sens, j’avais une famille très très dysfonctionnelle et abusive, ce qui m’a fait atterrir en foyers et familles d’accueil, et a retardé ou évité certaines opérations. J’ai aussi vécu à l’étranger, et là bas j’ai cru que le pire était passé.
Erreur. Je suis allé consulté à l’hôpital public de Vilnius, pour des douleurs, accompagné. Pendant 24h non-stop, on m’a fait faire une batterie d’examens deux fois de suite, la plupart n’étant pas du tout en lien avec mon problème.
Il s’agissait d’examens dégradants et extrêmement douloureux, que je n’ose même pas raconter. On a du parfois m’attacher ou m’injecter, contre mon consentement, des calmants, tant je me tordais de douleur.
On m’a fait croire qu’on avait repéré des métastases et que m’a vie était en danger : c’était un mensonge. Ils voulaient absolument me faire rester et m’ont bourré d’anxios pour me rendre + docile. En attendant, ils faisaient venir de + en + de médecins, tandis que moi,
Je restais allongé sur une table, les pieds attachés et les jambes écartées (je sais comme c’est dur à croire mais c’est la stricte vérité). Je ne saurais même pas dire combien de gens m’ont vu, ausculté, et touché ce jour-là. Sans mon accompagnatrice,
Je ne sais pas ce que je serais devenu entre leurs mains. J’étais minuscule et terrifié.
Ajd, je rêve encore tout le temps que je suis opéré par des médecins et que je ne peux pas parler. Ils mettent en moi des choses qui pourrissent mon corps, et je ne peux rien faire.
Ce rêve revient TOUT LE TEMPS. Quand j’étais petit, je ne cessais de raconter qu’on m’avait volé mon zizi, ou qu’il était tombé, ou que les médecins touchent les fesses. On ne m’écoutait pas, on ne s’inquiétait pas. C’était normal puisque c’était des médecins.
Ce n’est pas normal. Il ne se passe pas un jour sans que je pense à ce qu’on m’a fait. Prendre une douche ou aller aux toilettes, ce sont des choses quotidiennes et anodines devenues un calvaire pour moi.
Ce n’est pas normal. J’en peux plus de me réveiller en pleine nuit avec des douleurs somatiques à l’entrejambe ou dans les fesses, parce que j’ai l’impression qu’on m’a touché ou coupé la peau.
Ce n’est pas normal. Les opérations qu’on m’a fait sont irréversibles. Porter plainte est un chemin de croix que je ne me sens pas d’engager. Je devrai vivre avec ça jusqu’à la fin de mes jours, contraint de voir des médecins qui me terrifient et m’objectifient régulièrement.
Ce n’est pas normal. Aujourd’hui en France, des médecins abusent d’enfants, de dizaines de milliers d’enfants, chaque année. Ces enfants grandiront avec des problèmes moteurs, psychiques ou physiologiques, une estime de soi bafouée, et surtout des traumatismes énormes.
Les actes opérés sur les enfants intersexes ont été condamnés par le Comité contre la torture de l’ONU et par la plupart des organismes de défense des droits humains, tel que Amnesty International ou Human Right Watch.
Cet été, une loi (loi de bioéthique) a été proposée et défendue par les activistes, visant à interdire les opérations sans urgence vitale ou consentement éclairé : elle a été rejetée. Ces opérations sont des mutilations. Ni plus ni moins.
La France est coupable de crimes. Ce qui est fait aujourd’hui aux personnes intersexes : c’est théoriquement interdit (loi Kouchner). Il s’agit d’une violation pure et simple des droits humains les plus fondamentaux.
Un site a été créé afin de sensibiliser sur les luttes intersexes, en particulier les mutilations génitales :

stop-mutilations-intersexes.org
Voici en prime le site du Collectif Intersexe, la seule association par et pour les personnes intersexes en France :

cia-oiifrance.org
Pour ma part, j’ai écrit une petite BD sur ce que veut dire être intersexe, elle est ici en version pdf :

cjoint.com/doc/19_02/IBCp…
J’ai également une chaine youtube sur les réalités intersexes :

youtube.com/channel/UCuSNT…
S’il vous plait, éduquez vous, relayez nous, signez la pétition, visibilisez le hashtag #StopMutilationsIntersexes.
Je lance par ailleurs le hashtag #JeSuisIntersexe pour que les personnes inter puissent témoigner des violences qu’elles ont subies.
Je rappelle que le terme intersexe est un terme parapluie, qui englobe une réalité simple: ns sommes des personnes dont le corps sexué est invalidé par la médecine. Ns subissons tout type de violences, remarques, injonctions, agressions, mutilations, traitements hormonaux forcés.
Merci de m'avoir lu, j'espère que d'autres inter auront le courage de parler afin que le monde sache enfin ce qu'on nous fait. Le tabou est immense, mais notre force aussi.

PS : être activiste intersexe est extrêmement drainant, nous baignons ds nos traumas sans arrêt. Jai été hospitalisé en hp plusieurs fois, jai énormément de médicaments pour mes troubles psy (notamment un gros ptsd et un trouble borderline sévère) ma santé psy et phy est fragile.
Quand vous nous posez des questions ou nous proposez des projets, gardez toujours à l'esprit que ca fait remonter des choses extrêmement douloureuses. Soyez vigilant-e-s et précautionneux-ses. Merci.
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