France Culture consacre une journée à l'état du "débat public".
En tant qu'auditeur régulier, et contributeur occasionnel, j'ai envie de dire un mot.

Après la matinale, j'ai la désagréable impression qu'il s'agit d'une campagne promo pour l'idée de "cancel culture".
On a entendu des gens qui se proclament très inquiets du débat démocratique et qui parlent bcp pour dire qu'on ne peut plus rien dire.

Mon sentiment est le suivant : ce sont des diversions, des intimidations lancées par des gens qui n'ont plus rien à dire sur le présent...
... et qui consciemment ou non organisent le discrédit des nouvelles demandes de justice et des nouvelles voix qui s'expriment.

Sous prétexte d'être les garants de la forme du débat, ils interviennent en réalité sur le contenu.
L'idéal de pacification de la parole publique est retourné en outil de surveillance des frontières - et il est manifeste que très souvent l'intérieur de ces frontières est vide, ou presque.
Le constat est donc très simple : si la bienséance dans le débat implique que l'on ne peut que répéter ad nauseam les vérités périmées du 20e siècle, cela signifie que cet idéal dit "démocratique" n'est qu'un faux semblant.
Prenez la question écologique comme boussole : l'espace prétendu des opinions raisonnables implique un réchauffement de 4°, 5°.

D'une certaine manière c'est encore pire avec l'héritage colonial de la France : on a une multitude de personnes capables de décrire les sortilèges...
... de cet héritage dans des termes précis, susceptibles d'entretenir un débat sur les doubles standards de citoyenneté, et on ne les entend jamais (contrairement aux écolos comme moi).

Cela étant dit, les gardiens offusqués de la démocratie sont à côté de la plaque. Big time !
Et je regrette que cela puisse apparaitre comme des préoccupations d'intello branché sur France Cu, car ça déborde largement au-delà !!

• • •

Missing some Tweet in this thread? You can try to force a refresh
 

Keep Current with Pierre Charbonnier

Pierre Charbonnier Profile picture

Stay in touch and get notified when new unrolls are available from this author!

Read all threads

This Thread may be Removed Anytime!

PDF

Twitter may remove this content at anytime! Save it as PDF for later use!

Try unrolling a thread yourself!

how to unroll video
  1. Follow @ThreadReaderApp to mention us!

  2. From a Twitter thread mention us with a keyword "unroll"
@threadreaderapp unroll

Practice here first or read more on our help page!

More from @picharbonnier

12 Oct
La première page de "Energie et équité" de Illich (1974).
Ca dépote un maximum non ? Image
Ce n'est pas le moindre des maux du changement climatique de nous contraindre à un débat sur l'origine de l'énergie que l'on consomme. Car en acceptant cela, on se détourne du débat sur la valeur sociale de l'énergie consommée.
Et Illich est l'un des rares à envisager une véritable modernisation socio-politique sans exubérance énergétique. Il ne suit pas trop la pente de l'idéalisation du passé et imagine une autonomie collective (le rêve libéral) sans sa confiscation par l'accumulation.
Read 4 tweets
7 Oct
Lorsqu'on en aura fini avec les diversions sur le séparatisme et les crop top, on pourra p-e se poser les bonnes questions.

Comme par exemple : est-il raisonnable d'attendre que les technologies de capture de CO2 nous sauvent la mise en retirant des GES de l'atmosphère ?
La question est complexe : est-ce que ces techno fonctionnent à l'échelle ? Sont-elles sûres ? Sont-elles économiquement viables ? Peuvent-elles être déployées rapidement ?
Mais aussi : est-ce qu'il faut opposer les réductions d'émissions (ordinairement préconisées par les écolos) et les techniques d'émissions négatives - qui pourraient avoir pour csq de maintenir à flots les énergies fossiles ?
Read 4 tweets
30 Jul
@SRContretemps Je ne vais pas écrire de réponse à ce texte, vous publiez absolument ce que vous voulez. Mais à l'évidence l'auteur a fait un travail baclé. Il suffit de lire les questions par lesquelles il commence pour s'en rendre compte :
@SRContretemps "pourquoi se contente-t-il de questionner la « construction juridique et technique » de la « mégamachine » ? Pourquoi nous propose-t-il slt une « mutation politique » plutôt qu’une mutation économique ; une « révolution technique et juridique » plutôt qu’une révolution sociale ?"
@SRContretemps Honnêtement il suffit de lire la table des matières pour comprendre que la mutation politique décrite est économique et sociale - ce dernier terme étant au centre du livre, défini et redéfini sans cesse.
Read 15 tweets
24 Jul
@LionCordier En plus c'est idiot cette histoire de ressources finies. Très souvent il s'agit de flux et pas de stocks, donc on parle de seuils, de sensibilité, et c'est un dialogue avec des usages. Bref l'antienne liberté infinie monde fini c'est bof bof scientifiquement
@LionCordier On me demande des précisions.
Donc prenons l'exemple des fossiles. Ce sont des ressources qui existent en quantités limitées, ok. Mais le pb n'est pas que l'on en manque, plutôt qu'il y en a trop (si on les brûles toutes, on est foutus).
@LionCordier Si limite il y a, elle se trouve du côté de l'effet de serre induit par l'accumulation de CO2 atmosphérique. C'est le forcage du bilan radiatif planétaire. Et c'est pas une ressource stock, c'est un flux, un ensemble d'échanges chimiques et physiques - et c'est ce qui est menacé.
Read 14 tweets
14 Jul
Heureusement que je suis en vacances, sinon je devrais expiquer que si, un certain capitalisme est compatible avec une certaine écologie, et que c'est bien cela le problème.
Et que le capitalisme a existé sans poser de pb écologique majeur pdt longtemps...
Le pb est que le capitalisme - l'application générale d'une logique d'accumulation marchande à la société - est une utopie, pas une réalité. Il a tj besoin de béquilles institutionnelles (fiscalité, réglementation du tr, services publics) et morales (don de temps aux enfants)...
...pour exister. L'Etat moderne lui est organiquement lié, comme qqch qui l'accélère et le limite en même temps.
Donc l'écologie pourrait tt à fait devenir une nouvelle béquille institutionnelle pour permettre la perpétuation de la rationalité marchande et de ses inégalités
Read 7 tweets
10 May
Intéressant ce passage de Léon Bourgeois : la volonté d'être "ingouvernable" et l'apathie de la servitude sont deux facettes d'un même problème.
On me dit que ca rappelle la question de l'acceptation du confinement.
Bourgeois déjà faisait le rapport avec la santé, en disant que l'appartenance à une communauté microbienne met à nu les liens de dépendance réciproque qui brouillent la frontière entre liberté et contrainte :
C'est pas rien cette mystique de l'intégration sociale par les microbes !
Un point culminant de biopolitique moderne, et à coup sûr la némésis de Foucault.
Read 5 tweets

Did Thread Reader help you today?

Support us! We are indie developers!


This site is made by just two indie developers on a laptop doing marketing, support and development! Read more about the story.

Become a Premium Member ($3/month or $30/year) and get exclusive features!

Become Premium

Too expensive? Make a small donation by buying us coffee ($5) or help with server cost ($10)

Donate via Paypal Become our Patreon

Thank you for your support!

Follow Us on Twitter!