L’archéologie des croisades, c’est passionnant. La preuve avec cette fouille toute récente de deux fosses communes à Sidon (Liban), où on a retrouvé 25 squelettes datés du milieu du XIIIe siècle. Un thread qui résume le rapport de fouilles, en coopération avec @lebizarreum1 ! ⬇️
Sidon, sur la côte du Liban, est une ville fortifiée tenue par les Latins depuis 1111. Elle appartient au royaume latin de Jérusalem. Les fouilles se sont ici concentrées sur la partie entourée en rouge.
(les images viennent de l'article que je crédite en fin de thread)
A l’époque médiévale, cette partie de la ville était le fossé entourant la muraille. Dans ce fossé, on a creusé deux fosses communes, dans lesquelles on a jeté des squelettes en vrac. Dans ces deux fosses, environ 25 squelettes. Tous des hommes, tous âgés de plus de 15 ans.
On sait que les deux fosses communes ont été creusées au même moment car on a retrouvé dans l’une un fragment d’os qui va avec un cadavre jeté dans l’autre : preuve donc que les deux fosses étaient ouvertes en même temps
Dans les fosses, quelques objets en métal : clous, poignées de seaux. Leur analyse permet de les dater de la période franque (donc XIe – XIIIe siècle). Bon c’est déjà pas mal mais pas assez précis pour relier à un événement en particulier.
Heureusement on a aussi retrouvé une pièce, un besant en argent daté de 1245. C’est ce qu’on appelle un terminus post quem : les fosses peuvent dater d’après 1245, mais pas d’avant.
Voilà pourquoi en archéo on adore retrouver des pièces ^^
Les cadavres ont été déposés dans ces deux fosses dans un état de décomposition relativement peu avancé : en étudiant la manière dont les os s’articulent les uns aux autres, on sait qu’il y avait encore des tissus mous (muscles, tendons, peau etc) au moment de l’inhumation
MAIS dans le même temps, ce n’étaient pas non plus des cadavres très frais : les squelettes sont très désarticulés et plusieurs ont été grignotés par des chiens (mais pas entièrement dévorés).
Conclusion : les morts sont probablement restés à l’air libre quelques jours avant de pouvoir être enterrés. Pourquoi ? A suivre.
Pendant ce temps, les cadavres ont probablement été pillés : on n’a pas retrouvé d’objets ni d’armes. Même les têtes de flèches (plusieurs ont été blessés par flèches) ont été récupérées. Au Moyen Âge, le métal est très précieux, donc ce n’est pas étonnant.
Les os montrent énormément de signes traumatiques : plusieurs centaines d’os avec des fractures. Au moins 9 individus sont morts d’un coup violent au crâne. Plusieurs ont été décapités, probablement après leur mort.
En étudiant les blessures, on peut conclure qu’elles ont été faites avec des armes tranchantes (épées ou haches) ou, plus rarement, des armes lourdes (masse). Sur cette photo, on voit que le crâne a été perforé : probablement par une masse avec des piques (une morgenstern)
La plupart des blessures se concentrent sur le haut du corps : blessures typiques de fantassins combattant des cavaliers. La plupart des blessures sont sur le dos : soldats en train de fuir, rattrapés par des ennemis ?
De nombreux squelettes portent des traces d’anciennes blessures ayant cicatrisé (y compris de blessures lourdes, notamment à la tête) : très probablement des professionnels de la guerre, couverts de cicatrices...
On trouve des squelettes avec de semblables cicatrices dans d'autres champs de bataille du Moyen Âge, par exemple à Towton, comme l'analyse @lebizarreum1 dans cet article : lebizarreum.com/les-morts-de-t…
Résumons ce qu’on a appris pour Sidon : des hommes, sûrement des soldats professionnels, tués au combat ou juste après, qu’on a laissés pourrir à l’air libre quelques jours avant de les jeter dans une fosse commune.
C’est là qu’on se tourne vers les sources écrites : la chronique L’Estoire d’Eraclès raconte une attaque des troupes de Damas contre Sidon, en 1253. A ce moment le roi Louis IX de France y réside et fait reconstruire les murailles
Selon la chronique, lors de l'attaque de 1253, des centaines de gens furent tués. Jean de Joinville raconte que le roi en personne, après le combat, entreprit de déplacer les « corps décomposés pour mieux les enterrer ». Une manière pour Joinville de mettre en valeur le saint roi
Les deux sources textuelles concordent et recoupent donc parfaitement les vestiges archéologiques.
On peut donc penser qu’on a affaire à des soldats morts pendant les combats de 1253, qui n’ont pu être enterrés que plusieurs jours après, dans des fosses communes.
On voit bien la complémentarité entre les analyses archéologiques et le travail sur les sources écrites... Merci d’avoir suivi ce thread, et retrouvez notre article coécrit avec @lebizarreum1 sur notre blog ! actuelmoyenage.wordpress.com/2021/12/02/des…
Ce thread résume cet article, paru dans la revue Plos One en août 2021, et signé par Richard N. R. Mikulski, Holger Schutkowski, Martin J. Smith, Claude Doumet-Serhal, Piers D. Mitchell.
Au Moyen Âge, 95% de la population vit à la campagne et de la terre. Pour les paysans, les grands prédateurs - ours, lynx et surtout loups - ne sont pas une menace lointaine mais un risque économique majeur et permanent.
Dès lors, certains royaumes vont littéralement faire la guerre au loup.
Charlemagne crée ainsi les luparii, des chasseurs de loups professionnels, dispensés du service militaire : faire la guerre contre les Saxons n'est pas plus important qu'éliminer les loups !
A l'heure de faire l'appel et de découvrir les prénoms de nos élèves, saviez-vous que le Moyen Âge est une période marquée par un changement complet dans la manière de nommer les gens ?
On parle de "double révolution anthroponymique", et c'est passionnant. Un thread ⬇️
Première révolution : la fin des noms romains/romanisés et, notamment, du système des tria nomina (Marcus Tullius Cicero). Avec l'arrivée en Occident de peuples germaniques, ces noms passent peu à peu de mode, même si certains survivent (Marcus, Julius, Felix, etc).
A leur place, on voit apparaître des prénoms... germaniques ! Clovis, Sigebert, Dagobert, Galswinthe, Brunehaut... Ou, moins connus, Leutgarde, Fryshilde, Gansbold, Hildevoud, Protline, Framberte... (oui je sais ça fait rêver hein ?)
Un soldat africain pendant la bataille d'Hastings (1066) ? Réponse de médiéviste : 1/ c'est possible ; 2/ c'est très improbable ; 3/ on s'en fiche car c'est de la fiction ; 4/ ces réactions outrées sont très signifiantes.
1/ C'est possible. Les sociétés anciennes sont plus connectées qu'on ne le pense souvent, et l'Afrique, y compris l'Afrique subsaharienne, n'est pas coupée de la Méditerranée. Il y a des flux de biens et de personnes (marchands, soldats, esclaves, pèlerins, etc).
1/ Ces flux ont d'ailleurs laissé des traces archéologiques, y compris en Grande-Bretagne : dans cet article, des fouilles dans un cimetière anglais du VIIe siècle ap JC où on a retrouvé une personne ayant un ancêtre récent originaire d'Afrique de l'Ouest
On a pris notre courage à deux mains avec @HMedievale et on a regardé « Saint Louis raconté par Philippe de Villiers » diffusé dimanche soir sur CNews. On n’a pas été déçu du voyage, car comme toujours de Villiers propose une vision très personnelle...
Un fil à dérouler ⬇️!
Tout d’abord, deux éléments de contexte. 1/ Philippe de Villiers s’est sans doute appuyé pour cette émission sur son livre « le Roman de saint Louis » publié en 2014, qu'on a lu. 2/ L'émission est sortie dimanche 24 août, veille du 25, jour de la Saint-Louis.
Dès le début, Villiers annonce la couleur : « la vie de saint Louis est un trésor. Les enseignements que j’en ai tiré sont des lumières pour aujourd’hui ». Saint Louis « incarne le beau, le grand, le bien [et] notre civilisation, qui est la civilisation chrétienne »
Quand on pense à la Muraille de Chine, on imagine souvent un édifice comme le Mur dans Game of Thrones...
Mais de nouvelles fouilles archéologiques montrent que ces fortifications médiévales avaient des buts variés, et souvent plus civils que militaires. Un thread ⬇️
Ici, on n'est pas dans la partie la plus célèbre de la Muraille de Chine, mais dans ce qu'on appelle le Medieval Wall System, un ensemble de fortifications de 4000km de long construit entre le Xe et le XIIe siècle, essentiellement par la dynastie Jin
Les archéologues ont fouillé une partie du mur et un fortin situés sur la partie mongole de cet ensemble. Or, la surprise, c'est que le mur en lui-même est un simple fossé accompagné d'une petite pile de terre. Aucune efficacité contre une armée d'envahisseurs... !
Au début de l'année 1195, Lothaire de Segni, un clerc qui va ensuite devenir pape sous le nom d'Innocent III, écrit un petit traité intitulé "Misère de la condition humaine". Il est ici traduit et commenté par O. Hanne (@BellesLettresEd). Un thread (déprimant 😅)⬇️!
Ce texte s'inscrit dans le contexte des traités du type "Mépris du monde", souvent écrits par des moines, qui listent les raisons de détester et de se détacher du "monde", càd du siècle, de la vie laïque avec ses tentations et ses péchés.
Classiquement, le futur pape explique ainsi que l'être humain est bien malheureux. Fabriqué par Dieu dans la terre, la moins noble des substances, conçu dans "le vil sperme", il vient au monde au milieu du sang, des larmes et des cris.