Point de situation des opérations en Ukraine 2 mars 0945 J+6 13h45 ⏬
Situation générale
Inchangée. La guerre de mouvement s’est transformée en guerre de siège.
Concentration des efforts russes sur le bouclage et l’investissement de Kiev, effort principal russe.
Effort secondaire sur les sièges de Kharkiv et Marioupol.
Attaque sur Kherson.
Situations particulières
3D Fin des activités aériennes ukrainiennes sauf drones. Ciel pleinement surveillé par AWACS russes et chasse plus active. Scepticisme sur la perspective de renforcement des forces ukrainiennes avec des avions de combat.
La défense antiaérienne (DAA) ukrainienne (batterie S 300) encore active et conserve une capacité de nuisance.
NB : faiblesse des DAA des armées européennes, largement sacrifiées et donc difficulté à apporter une aide sur ce champ, hormis MANPADS.
Kiev : poursuite de l’encerclement par l’Ouest pas la 36e Armée et la 76e Division d’assaut par air (DAA) (zone d’effort).
Le grand convoi signalé hier visait à renforcer ces deux grandes unités (et non la 41e A comme écrit hier).
Ce renforcement est d'abord un renforcement d'appui (artillerie, génie dont engins de franchissement) ce qui confirme que l’effort local sur l’axe Ouest de Kiev avec déjà des pénétrations au Nord-Ouest, et la recherche de l'enveloppement de la ville par l’Ouest et le Sud-Ouest.
Des combats importants continuent à Chernihiv, près de la frontière biélorusse, mais des forces importantes sont repérées à Bobrovytsya à 40 km Nord-Est de Kiev, soit de la 41e A, soit moins probablement de la 20e A depuis la région de Sumy.
On se prépare clairement à un combat de longue durée. L’ensemble des trois armées et de la 76e DAA représenterait un ordre de grandeur de 50 000 hommes.
Kharkiv : poursuite de l’encerclement de Kharkiv et frappes de plus en plus intensives. Nouvelle tentative de progression à l’intérieur de la ville à prévoir aujourd’hui ou demain.
Sud-Est : concentration des efforts sur Marioupol et apparemment arrêt de la progression vers Zaporojie.
Sud-Ouest : attaque sur Kherson avec la 7e DAA et brigade de Spetsnaz. Recul ukrainien.
Biélorussie
La 38e A est toujours en attente. Force concentration de moyens aéromobiles, à l’extrême Ouest de la Biélorussie et au sud de Minsk.
Remarques
Malgré la dénégation de son président, la Biélorussie est entrée en guerre et son armée pleinement impliquée. Il est probable que les forces biélorusses s’avèrent plus médiocres que les forces russes.
Cette guerre et cet engagement biélorusse commence à susciter de fortes réactions internes. La Biélorussie est sans doute le maillon faible de ce nouveau "Pacte de Varsovie". Il n’est pas exclu d’y voir le retour de manifestations civiles qui poseraient de graves problèmes.
Rare situation où une armée se trouve avoir à mener 3 grands sièges simultanément + combats urbains secondaires. La superficie totale des trois grandes villes représente 1600 km2 de milieu urbain à conquérir (= 4 fois Grozny, que les Russes ont mis 5-6 semaines à prendre 2 fois).
C’est un défi colossal qui absorbera la majorité de l’infanterie russe + appel aux auxiliaires de la Garde nationale (dont font partie les unités de Tchétchénie et du Daghestan et qui ne sont donc pas irrégulières) et toute milice disponible.
Il est probable que les forces en ligne sont renforcées d’unités encore disponibles dans le reste de la Russie (dans les 2e et 4e A en particulier). L’armée russe est fixée en Ukraine et sûrement pour longtemps.
Les Russes espèrent un effet de cascade (chute du moral ukrainien, retour de la capacité de manœuvre) après la prise de Kharkiv.
Kiev a la masse critique pour devenir un front latent permanent de guérilla type Bagdad.
Les problèmes logistiques rencontrées par les Russes semblent d’abord dus :
1 à la modularité excessive de l’organisation des forces avant l’offensive. Armées et divisions surdimensionnées par rapport aux capacités de soutien normales, rupture des liens habituels entre unités.
2 Emploi souvent isolée d’unités de combat, rapidement coupées de leurs liens avec la chaîne logistique. Nombre inhabituel de véhicules abandonnés.
L’armée ukrainienne, également fragmentée et dispersée, connaît des problèmes similaires dans une moindre mesure (là encore, le nombre de véhicules abandonnés est un bon indice).
Faiblesse des stocks ukrainiens.
Parmi les innovations à explorer, nous devons imaginer une structure de soutien rapide et discrète à une force amie, qui aille bien au-delà des capacités du Service Action et du COS et de l’envoi improvisé de quelques équipements.
Après les avoir combattus pendant des années (et on continue), nous devons imaginer nous même disposer d’une capacité de guérilla projetable.
FIN
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La voie de l'épée : Face à l'autre révolution dans les affaires militaires.
C'est toujours mieux de lire le texte en entier, d'autant plus qu'il fait à peine de plus de trois pages mais voici un résumé pour lecteur pressé.
1. Le modèle militaire israélien est un modèle occidental ou soviétique classique type Seconde Guerre mondiale amélioré :
- Force terrestre mécanisée + petite FT légère/ commando + Force aérienne Air et Attaque au sol
Syrie et Egypte comprennent que leurs armées fondées sur ce même modèle avec l'aide soviétique ont du mal à rivaliser.
2. A partir de juin 1982 les pays arabes - bientôt imités par l'Iran - admettent que le modèle classique israélien dopé par les Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) soit ce que l'on appelle à l'époque Révolution dans les affaires militaires (RAM, RMA en anglais) est désormais imbattable.
- Le ciel sera aux Israéliens et à plus forte raison aux Américains, s'ils viennent.
- De ce fait, et parce que les Forces terrestres ennemies aussi ont beaucoup progressé, toute manœuvre classique au sol est vouée à l'échec.
Il faut trouver un autre modèle, faire aussi sa révolution.
A ce stade, et je le regrette profondément, force est de constater que cette guerre de choix contre la Régime islamique d'Iran (RII) est certainement la plus mal préparée par les Etats-Unis depuis longtemps :
- Une génération de forces réduite à la mise en place au sol et en mer, de 400-500 avions de combat (1/4 des moyens de 1991 ou 2003) et de batteries anti-missiles + un petit groupe de forces spéciales. 0 brigades terrestres lourdes ou légères, 0 brigades d'hélicoptères, 0 groupes d'assaut amphibies, même pas à titre de menaces. La priorité absolue est la réduction des risques pour les Américains, au détriment de l'efficacité.
- Une campagne de préparation de l'opinion publique réduite à quelques déclarations contradictoires et peu convaincantes sur la menace terrible et immédiate de l'Iran sur les Américains. Conclusion : 25 % de soutien.
- Hors évidemment Israël, aucun contact avec des Alliés méprisés qui subissent les effets d'une guerre sans jamais avoir été associés ou même avertis.
- Aucune préparation financière (les membres du Congrès découvrent qu'ils devront trouver un milliard de dollars par jour pour financer la guerre), ni industrielle.
Bref, tous les symptômes d'un sommet de décision mal informé et auto-persuadé d'une victoire facile et rapide.
Le plan américains a été limité de fait à des frappes aériennes (+ peut-être un raid FS) sur trois groupes de cibles sur l'axe militaire : défense aérienne- capacité de tirs missiles/drones - programme nucléaire, jusqu'à leur destruction.
Les Israéliens ont les mêmes axes d'effort militaires dans leur zone de responsabilité + un axe purement politique de recherche de destruction de l'infrastructure politico-sécuritaire de la République islamique.
Les Américains sont clairement mal à l'aise avec ce dernier axe, politique, israélien, espérant plutôt que celui-ci participe avec tous les autres efforts à la capitulation vénézuélienne de la RII.
Sans surprise, la RII a organisé sa stratégie autour de trois axes
- tenir face aux frappes (redondance du commandement, décentralisation, camouflage, enfouissement, stocks, etc.)
- maintenir la capacité de répression contre la population
- donner des coups à la coalition et durer jusqu'à ce que Trump craque.
Les instruments offensifs sont bien connus : missiles et drones, force de déni d'accès des côtes, proxys et éventuellement action clandestine (cyberattaques, attentats, etc.
Il y avait deux options pour les cibles des missiles/drones
- au minimum : Israël et contre tous les points américains de la région.
- au maximum : idem + plus les Etats de la région, afin de déclencher une crise internationale et d'accroître la pression sur Donald Trump, le maillon faible de la coalition.
Je crois qu'il est temps de rééditer ce post vieux de treize ans.
La voie de l'épée (redif.) : La France aurait pu être la troisième puissance militaire mondiale, à moindre coût...mais finalement non.
Chiffre réactualisé (avec l'aide de l'IA), c'est en fait 700 milliards d'euros qui auraient pu être investis en plus dans notre Défense si on avait maintenu l'effort de 1990, avec tous les bénéfices qui en résulteraient, industriels, techniques, commerciaux, fiscaux, mais aussi bien sûr diplomatiques et militaires pour nous et les Alliés que l'on soutient.
👉@LCI @DariusRochebin
👉lavoiedelepee.blogspot.com/2013/09/la-fra…
Quelques précisions pour actualiser le propos : 1. Un modèle d'armée doit être adapté à l'ère stratégique en cours, celui de 1961 l'était.
En 1961, De Gaulle décrit la nouvelle ère et le modèle à construire qui doit :
- permettre de faire à la menace soviétique proche, nucléaire, conventionnelle et subversive (on ne dit pas "hybride" à l'époque
- défendre nos territoires et nos intérêts post-coloniaux hors d'Europe.
Pour cela on doit disposer de quatre éléments :
- une force thermonucléaire
- un puissant corps de bataille aéroterrestre
- une structure de défense intérieure du territoire
- une force de "souveraineté" et d'intervention
Le tout soutenu par une BITD la plus autonome possible.
Tout cela est couteux, surtout la force nucléaire, mais on a un modèle économique qui permet de le financer
- effort de défense (hors pensions) toujours à plus de 2 % du PIB avec un PIB qui croit lui-même en moyenne longtemps au-delà de 2%
- notre BITD exporte beaucoup
- on utilise beaucoup de conscrits et de réservistes, ce qui coûte moins cher mais au prix du tabou de leur emploi au-delà des frontières, la RFA au mieux.
Malgré ses faiblesses, ce modèle tient finalement assez bien la route jusqu'à 1990.
2. Une nouvelle ère stratégique commence en 1990 avec deux évènements majeurs : le repli de la menace soviétique et la guerre contre l'Irak.
Notre modèle d'armée n'est plus adapté au nouveau contexte où il n'y a plus de menace conventionnelle à nos frontières (un phénomène inédit que l'on confond avec la fin de la menace de guerre) mais où il s'avère nécessaire et possible d'intervenir presque partout dans le monde.
Notre nouveau modèle doit dont être capable
- de toujours face à la menace nucléaire même si elle réduite
- de conduire, au nom d'un CSNU désormais actif, des opérations de stabilisation diverses à l'intérieur d'Etats lointains en crise.
- de conduire des opérations de guerre à grande échelle contre des Etats qui ne respectent par le droit international
- de combattre des organisations armées - en particulier djihadistes - en plein développement.
Dans l'absolu, l'adaptation est assez simple. Puisque la principale contrainte est l'impossibilité d'envoyer des conscrits au loin, il suffit de professionnaliser toute notre armée. C'est fondamentalement l'objet du Modèle d'armée 2015" où on prévoit d'être capable de déployer 60 000 hommes et 100 avions de combat (+ 20 d'appui et soutien). C'est sérieux.
La stratégie d'affaires n'est pas la stratégie politique, dans la première l'argent est tout, dans la seconde ce n'est qu'un instrument.
Appliquer la stratégie du Boston consulting group aux affaires mondiales, en répartissant les différents engagements américains en "poids mort" (Ukraine) "vache à lait" (Europe), "dilemme" (POMO) et "vedette" (Asie-Pacifique) sous le prisme du coûts bénéfices peut avoir un sens mais à condition de ne pas parler seulement d'argent et de regarder un peu au-delà de l'année en cours, voire des 100 jours à venir.
On peut abandonner brutalement des alliés comme le Cambodge et le Sud-Vietnam en 1975, l'Afghanistan en 2019 ou désormais l'Ukraine pour économiser de l'argent, mais il faut accepter les coûts en termes de confiance et de crédibilité pour ceux qui restent, surtout si on ajoute l'insulte et le racket à l'abandon comme actuellement. A ce stade on ne voit plus la différence avec un comportement de gangsters et les gangsters ont peu de vrais amis.
1. Cette petite vidéo ridicule appelle quelques souvenirs.
C'était il y a très longtemps dans une lointaine galaxie, ou plutôt "glaçaxie" tant il faisait froid en ce mois de janvier 1994. Je suis alors lieutenant, chef de section, à la 2e compagnie du 21e Régiment d'infanterie de marine.
Le 21 est envoyé à Canjuers pour faire un exercice à double action contre une MEU (Marine Expeditionary Unit), un bataillon d'infanterie + hélicoptères + avions Harrier.
Pour ne pas faire trop Français vs US et se connaître un peu mieux, on mélange les unités. Une compagnie héliportée de marines est affectée au 21 tandis qu'une compagnie de chez nous va dans la MEU.
Pour aller encore plus loin encore, on fait un échange de sections. Je vais dans la compagnie héliportée affectée au 21 et une section de Marines me remplace à la 2e compagnie.
3. On passe quelques jours en préparation et entrainement sur le navire d'assaut américain et au camp de Canjuers. L'ambiance est très sympa.
Je suis frappé par la jeunesse des marines par rapport à nos marsouins et l'attitude très cool des Américains entre eux, qui contraste très largement avec la nôtre. Mon homologue lieutenant américain me dit son étonnement devant, selon lui, notre dureté. Je lui réponds que ce que je vois d'eux est très loin de Full Metal Jacket et c'est pas plus mal.
4. Ce qui ne change pas de films en revanche est que contrairement aux chefs de section français qui donnent directement les ordres à la section, le chef de section américain, presque toujours un officier à notre différence, ne s'adresse presque jamais à ses marines mais passe systématiquement par son sous-officier adjoint qui, lui, met en œuvre les ordres. C'est une autre manière de commander, mais pourquoi pas si ça marche.
1. La région entre le nord d'Israël, le sud-ouest syrien et le sud du Liban jusqu'à Beyrouth est peut-être le plus grand laboratoire de la guerre moderne depuis depuis plus de 50 ans.
2. Octobre 1973 l'offensive syrienne "à la soviétique" sur le plateau du Golan et la résistance israélienne y compris jusqu'à la menace nucléaire apparaissent comme un modèle réduit de ce qui peut se passer en RFA. Cet épisode sert de modèle à la doctrine américaine Active defense.