C'est l'histoire d'un restaurateur du 18e, implanté à Montmartre depuis quelques années. Un homme fort sympathique d'ailleurs, rigolo et très entreprenant.
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Il est vite devenu la coqueluche de la classe politique locale, tout particulièrement des PS-EELV de la mairie du 18e, de Ch. Girard, et d'Anne Hidalgo elle-même.
Saisi par le militantisme, il est entre autres signataire de "l'appel des écologistes pour A. Hidalgo".
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Il a inventé un truc, le "chapotelet". Les pots de fleurs colorisés à poser sur les potelets à 150 balles pièce qui ont colonisé nos rues.
Pas vraiment inventé d'ailleurs, mais bon il a perfectionné l'idée, trouvé le nom et créé 2 sociétés pour les commercialiser.
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Et il a essayé de placer son produit. Dans l'espace public, forcément, ce qui implique des autorisations.
Au début ça ne s'est pas très bien passé. Son idée était portée par la droite. Le Conseil municipal présidé par @EricLejoindre s'y est très fermement opposé.
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Un des problèmes soulevés était que la Ville et la mairie n'avaient pas à faire la promotion d'une entreprise privée.
Mais cela, c'était en janvier 2019, et ça allait vite être arrangé...
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Car il se passait quelque chose : une "histoire d'amour" (sic) était née entre la maire de Paris (toujours sensible aux gadgets et à la courtisanerie), et Le Chapotelet.
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Le restaurant de M. Cachelin est aussi devenu un must hidalguien. Sa promo est même faite dans un des clips "Paris en commun" de la campagne des Municipales.
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Donc l'Hôtel de Ville est passé par dessus la tête de la mairie du 18e.
Restait un petit problème : le code des marchés publics.
Qu'à cela ne tienne, il suffisait de faire financer par un sponsor. Hidalgo en personne a arrangé cela avec Decaux...
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Decaux, en affaires avec la Ville de Paris, a dû trouver cela génial. Il a payé.
Et l'inauguration a eu lieu, sous la pluie mais avec grands flonflons et articles dithyrambiques dans la presse, saluant ce génie de l'embellissement écologique.
Avec un E. Lejoindre ravi.
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Fini les préventions de la mairie du 18e envers M. Chapotelet, depuis fin 2019 c'est le parfait amour.
D'ailleurs M. Lejoindre a même commandé à cette société un distributeur de gel ultra-performant siglé "Mairie du 18e", en janvier 2021 (😁).
Tellement le parfait amour que parfois quand on pose une question au maire du 18e c'est M. Chapotelet qui répond. 🙃
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Fin 2019, la mairie du 18e a installé un panneau promotionnel à la gloire des Chapotelets à la place d'un banc public, juste à côté de son fameux chiotte ascenseur à 200 000 balles.
(Le panneau était provisoire, le banc n'est jamais revenu, l'ascenseur est en panne.)
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C'est devenu un phare du green-washing et de la customisation des rues de Paris façon école maternelle.
Christophe Girard, alors en charge de la culture des pots de fleurs, s'est fait lyrique : "Entrrrre ici, Chapotelet !!!".
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Toujours zélée, la mairie du 10e s'y est mise, en choisissant cette rue du 18e pour ses voeux 2020. Pas si surprenant, car cela incarne bien l'idéal esthétique fantasmatique de cette mairie.
(Avec une photo de M. Delmestre, autre entrepreneur militant fort dynamique.)
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Dans la com officielle de la mairie, la rue aux Chapotelets (TM) payés par Decaux est devenue une rue décorée par les enfants des écoles.
Quel mignon children-washing, tout en délicatesse...
Mais bien sûr nulle part il n'était question du coût de ces merveilles embellissantes qui sauvent le climat.
En cherchant, on pouvait le trouver : autour de 240 € pièce pour le Chapotelet nu, sans décoration ni plantes. Soit plus de 20 000 euros pour ce bout de rue.
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La question des mauvais esprits était "combien de temps le bouzin va-t-il tenir" ?
Plus que d'habitude. Car c'était une vitrine, la seule réalisation de la société Le Chapotelet, qui pouvait s'en servir de carte de visite.
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Donc ça a tenu 27 mois.
Mais l'arrosage participatif, ça a ses limites. Et il est probable que la vitrine n'a pas généré les retombées commerciales escomptées.
Exit les pots flashys, la rue a retrouvé ses couleurs parisiennes.
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La morale de l'histoire, vous la connaissez.
Un résumé de la gestion de la mairie de Paris : du flan, de la com, mix d'intérêts privés et politiques... Même dans une opération aussi anodine et souriante.
Pourquoi 8 mois pour ce qui ailleurs serait fait en quelques semaines ?
Parce que c'est un chantier mairie de #saccageparis. Alors ça travaille de temps en temps. Ca s'étale, tranquille... Les Parisiens, les PMR, l'activité économique etc., on s'en balance.
Ce joli bâtiment à Bastille était un hôtel meublé de 110 chambres, avec 4 commerces en rez de chaussée.
Il a été racheté par la Ville de Paris, ses occupants ont été expulsés, certains relogés. C'est désormais un centre d'hébergement d'urgence, comptant 56 places.
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Dans l'affaire, les commerces ont disparu, ainsi que 54 hébergements.
Sans compter les nombreuses de personnes qui ont dû être relogées en HLM, passant devant les 250 000 ménages sur liste d'attente pour un logement social.
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La suppression des "garnis" et leur remplacement par des logements sociaux est une politique menée systématiquement par notre municipalité.
Rien que dans le 18e, en particulier à la Goutte d'Or, elle a abouti à la suppression de plusieurs centaines de logements.
(Ci-dessous : rue de Chartres, avant/après rénovation urbaine.)
Paris est cool, parce que ce n'est pas Paris :
c'est une bulle disneylandisée.
- La moitié de la population et des travailleurs sont absents, les touristes ne sont pas plus nombreux que d'habitude. Paris est soudain dédensifiée, cela rend des tas de choses plus faciles et plus agréables.
- L'activité économique est quasiment à l'arrêt, comme en coma artificiel (plus de chantiers, quasiment plus de livraisons ni de déménagements, etc., donc beaucoup moins de nuisances).
- Des milliers de SDF ont été expulsés (même les migrants de l'Hôtel de Ville sont planqués dans un gymnase pour ne pas faire tache).
- La présence massive de forces de l'ordre venues de partout met un couvercle artificiel sur l'insécurité et les incivilités. On respire.
- Les services publics, en particulier la RATP, sont mobilisés comme ils ne le seront plus jamais.
- La ville est déguisée, transformée en décor pour activités ludiques : "Paris has turned into a giant amusement park"...
Ce n'est pas Paris mais un artifice, une parenthèse de rêve éveillé.
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A ceci s'ajoute un besoin d'illusion :
- Beaucoup de gens, fatigués de sinistrose et d'angoisses latentes, ont envie d'y croire, de s'offrir un moment de joie (oh combien légitime, et d'autant plus résolu qu'au fond d'eux-mêmes ils savent qu'il est illusoire).
- Les puissances d'argent, les médias, et les pouvoirs politiques, ont décidé que l'on était heureux. Une hallucinante et invraisemblable propagande nous chante "brave new world"(magnifique exemple ci-dessous, sous la plume, carrément, de Florence Aubenas). Les fake news se lâchent et sont dignes d'un trumpisme triomphant. Tout recul par rapport à cet unanimisme obligé est stigmatisé, quasiment comme une sorte de haute trahison. Et ceux qui prétendaient bloquer les JO s'adonnent aux joies du sport copyright Coca Cola...
- Reste à savoir si le pays et Paris sont en train de faire le plein d'énergie positive, ou si une fois le décor remballé le réel va nous revenir en pleine tronche, encore plus cruel. Ça, c'est la vraie question je pense.
(Panem et circenses, amen.)
Hier le marché de Barbès était annulé pour ne pas déranger la course cycliste.
Quel pied pour les riverains, un samedi tranquille !!!
Seulement ce marché bruyant, chaotique, et ses dizaines de camions diesel, ce sont des milliers de clients, pauvres pour la plupart, et des centaines de personnes qui y travaillent.
Alors c'est comme ça : une ville c'est de la vie, souvent des désagréments, le désir individuel doit admettre l'intérêt collectif. Ce Barbès d'hier n'était pas un idéal, juste un fake d'un jour.
Le gala annuel de Cap Magellan a eu lieu à l'Hôtel de ville durant 11 ans.
Même si l'association en question était présidée par un adjoint, si la mairie s'était contentée d'accueillir cette soirée dans ses salons il n'y aurait rien eu de très grave.
Seulement...
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Seulement le montage était un peu plus raffiné.
Il s'agissait administrativement et légalement d'une soirée de la Ville de Paris.
La Mairie de Paris jugeait donc important de célébrer, chaque année, la naissance de la Première République du Portugal, en 1910 (😎).