Puis un jour, en plein pendant mon service militaire, une réponse.
Paris Nord qui cherche des futurs conducteurs.
Le capitaine de la caserne où j’effectuai mon service national, un mec droit mais vraiment sympa, m’a laissé monter à la capitale pour passer les tests.
La seul fois de ma vie où j’ai payé le train, c’était pour rentrer à la SNCF… 😁 tarif militaire quand même.
Je suis donc dans ce couloir. Convocation en main.
Dans cet immense bâtiment de Paris.
L’ancienne direction de la compagnie de l’Est.
Le service RH là bas, c’est comme l’armée.
C’est précis, c’est cadré, ça moufte pas.
On pénètre dans une grande salle. On s’assoit tous.
Un monsieur entre dans la pièce.
« vous êtes ici car vous avez postulé pour être conducteur de train, les trains, ça roule la nuit, les jours fériés, les weekend.
Si vous n’êtes pas d’accord avec ça, vous pouvez sortir ».
A ces mots, 4 ou 5 jeunes se lèvent et s’en vont.
J’ai les yeux qui s’ouvrent comme des billes.
Qu’est ce que c’est que ces gugusses ??? Ils postulent pour un métier dont ils connaissent même pas les avantages et inconvénients ?
C’est pas fini, il y a un qui demande si il pourra conduire le TGV.
Réponse du recruteur « Oui, mais au bout de 20 ans de conduite environ ».
Rebelote, y’a deux gars qui s’en vont.
Même pas 5 minutes, on est déjà plus que 40.
Efficace.
Une fois un exposé succinct du métier. Place aux tests.
Des calculs de base, un peu de physique, un peu de français, pas mal de petits tests psychotechniques.
Simples, mais très nombreux.
Je crois que tout ça ça dure deux heures environ.
Pause café. Retour dans le grand couloir.
Et on attends.
Attendre, à la sncf, ça fait partit du métier.
En gros, on s’entraîne déjà.
Au bout d’un long moment, le recruteur revient. Toujours le même gars du début.
Il cite 5 ou 6 noms, dont le mien.
« Tous ceux que j’ai pas cité, vous re rentrer dans la salle ».
Rah bordel, je reste avec les 5 autres. Fin du Game pour nous.
Bah non, en fait, ils sont tous rentré pour prendre leurs affaires.
Nous on restait. Eux, ils partaient. C’était l’inverse.
Ascenseur émotionnel garanti.
Ça aussi ça fait parti de l’entraînement ?
Dernière étape, on passe devant un jury.
Rédiger une lettre de motivation est une chose, le dire oralement en est une autre.
Là, il faut expliquer pourquoi on veut faire ce métier là.
C’est le moment crucial.
Moi le grand timide j’ai réussi.
Oui, à l’époque j’étais timide, je me suis soigné…
A la fin de la journée, on obtient le sésame pour la seconde journée, les tests médicaux.
Je reprends le train direction la caserne. En payant. Encore 😁
J’ai présenté la seconde convocation au capitaine.
Il m’a félicité pour la réussite de la première journée.
On a même bu une bière au mess.
Ça aussi c’est l’entraînement. 😁
Aujourd’hui, les journées de recrutements ne se passe plus comme ça.
La suite je vous la raconterait une autre fois.
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1/ Le « temps ferroviaire » est un temps très long.
C’est une industrie qui doit voir loin, anticiper sur des années, investir beaucoup, et pour durer. Ça a toujours été comme ça.
L’Espagne a une série de TGV (les « Avril », fabriqués par le constructeur national Talgo) qui sont un échec industriel.
2/ La conséquence est que l’état espagnol a besoin de TGV pour les remplacer.
Sauf que, en Europe, les constructeurs ont déjà des carnets de commande pas mal rempli.
Et ils ont aussi des difficultés à respecter les délais.
3/ Pleins de facteurs expliquent cela: difficulté de recrutement, sous traitants à la peine, marché européen atomisé en une myriade d’opérateurs.
Aujourd’hui, on fabrique des trains par centaines d’unités seulement. Pas comme une série de voitures à 10.000 exemplaires.