#Thread : 🧵 : le pèlerinage de La Mecque, une invention tardive ?
Dans ce thread, on va voir que le pèlerinage actuel a été créé longtemps après la mort de Muhammad et que le Coran n'y fait même pas référence.
[Partie 1]
🔶 Dans cette première partie, on va voir que le Coran ne fait jamais référence au pèlerinage de La Mecque, institué bien plus tard.
En revanche, le Coran parle bien d'un pèlerinage, mais celui-ci se déroulait au départ à Jérusalem.
1⃣ Safâ et Marwa
🔹 Lors du pèlerinage, les fidèles doivent accomplir 7 fois la "course" entre Safâ et Marwa, le nom donné à deux petites collines près de la Ka'ba.
🔹 Aujourd'hui, ces collines ont quasiment disparu à cause des millions de piétinement qui les ont rabotées.
Le Coran mentionne Safâ et Marwa au verset 2.158 :
« Al Safâ et al Marwa comptent vraiment parmi les lieux sacrés de Dieu. Celui qui fait le grand Pèlerinage à la Maison ou bien le petit pèlerinage ne commet pas de péché s'il accomplit les circuits rituels ici et là ».
🔹 Cependant, comme l'écrit Stephen Shoemaker, il n'y a rien dans le Coran qui nous dit que Safâ et Marwa sont le nom de deux petites collines à La Mecque.
🔹 De plus, cette identification est très tardive, puisqu'elle date de 783, soit environ 150 ans après la mort de Muhammad.
🔹 Dans ses Antiquité Juives, l'historien Flavius Josèphe rapporte que lors de sa visite à Jérusalem, Alexandre le Grand se rendit dans un lieu appelé Sapha (σκοπός).
🔹 Il s'agit en fait du Mont Scopus de Jérusalem, réputé pour être l'un des points les plus hauts de la ville.
🔹 Cette montagne est appelée en hébreu "Har haṣ-Ṣōfīm", « la montagne des sentinelles ». L’arabe Safâ est donc la retranscription de l’hébreu Ṣōfīm.
🔹 Quant à Marwa, il s'agit évidemment du Mont Moriah (hébreu : Har ham-Mōriyyāh), là où le Temple avait été bâti.
🔹 Autrement dit, le rituel de la "course" (sa'y) entre Safâ et Marwa se situait à l'origine à Jérusalem, entre le Mont Scopus et le Mont du Temple.
🔹 C'est seulement à une époque postérieure que Safâ et Marwa sont réinterprétés comme étant deux petites collines à La Mecque.
2⃣ Bakka, La Mecque et les Psaumes
Un passage du Coran parle d'un sanctuaire situé à Bakka :
« Le premier Temple qui ait été fondé pour les hommes est, en vérité, celui de Bakka : Il est béni et sert de Direction aux mondes » (3.96).
🔶 La première question est de savoir où se trouve Bakka.
🔹 Sur la base d'une vague similitude avec Mekka, les commentateurs musulmans ont décrété que Bakka était tout simplement l'autre nom de La Mecque.
Mais il y a une autre explication beaucoup plus convaincante. ⬇️
🔹 L'historien Adolphe Régnier a trouvé un parallèle dans les Psaumes, où il est question de la "vallée de Baka", qui rappelle évidemment Bakka dans le Coran.
🔹 Certains apologistes musulmans prétendent que le psaume fait référence à La Mecque. On va voir que c'est absurde. ⬇️
🔹 En réalité, il y a un consensus chez les spécialistes de la Bible pour dire que le psaume 84 est un psaume faisant référence à un pèlerinage situé à Jérusalem.
Il devait être à l'époque chanté par les pèlerins sur leur route menant à Jérusalem.
🔹 La "vallée de Baka" désigne en fait un endroit spécifique sur la route de Jérusalem.
🔹 D'après Flavius Josèphe, il s'agit d'une petite ville située en Galilée. Ce qui est certain en tout cas, c'est qu'on a affaire à une vallée stérile et sèche sur la route menant à Jérusalem, qui était pratiquée à l'époque par les pèlerins.
Le Coran fait d'ailleurs allusion à cette vallée stérile dans un autre verset : « J’ai établi une partie de mes descendants dans une vallée stérile, auprès de ta Maison Sacrée » (14.37).
De plus, la correspondance entre Baka/Bakka est trop forte pour être une simple coïncidence.
🔹 Il est donc clair qu'en réalité, le Coran fait référence ici à Jérusalem et à la vallée de Baka qui se trouve sur le chemin qui y mène.
Le sanctuaire dont parle le Coran ne peut être alors que le Temple de Jérusalem.
3⃣ Le Seigneur de ce Temple
🔶 On termine cette première partie avec la sourate 106, l'une des plus courtes mais aussi des plus énigmatiques du Coran.
On lit au verset 3 : « Qu’ils adorent donc le Seigneur de cette Maison ».
Là encore, il ne peut pas s'agit de la Ka'ba.
🔹 L’expression « Seigneur de cette Maison » (rabb hāḏā l-bayt) n'est présente qu'une seule fois dans tout le Coran.
🔹 Par contre, elle est bien attestée dans les inscriptions arabes préislamiques, où elle fait référence au dieu Dusarès (Dhu-l-shâra) :
🔹 Paul Neuenkirchen rajoute que de nombreuses inscriptions préislamiques et polythéistes évoquent l'expression "dieu de la maison", c'est-à-dire "dieu du temple/du sanctuaire", tout comme le fait le Coran.
🔹 À l'origine, ce texte, incorporé au Coran mais sans doute préislamique, devait donc faire référence au dieu Dusarès.
[Partie 2]
🔶 D'après les sources musulmanes, le pèlerinage à La Mecque, avec tous ses rituel, a été établi par Muhammad lors de son pèlerinage d'adieu.
Mais dans cette seconde partie, on verra que même 60 ans après la mort du Prophète, le pèlerinage à La Mecque n'existait pas.
1⃣ Le pèlerinage préislamique
🔹 Contrairement à ce qu'on a longtemps pensé, il n'y avait pas de pèlerinage à La Mecque avant l'islam.
🔹 Par contre, il y avait un pèlerinage polythéiste à Arafat, à une vingtaine de km de La Mecque.
🔹 Aujourd'hui encore, se rendre à Arafat fait partie des étapes obligatoires du grand pèlerinage.
🔹 Le savant allemand Julius Wellhausen avait montré que les rituels à La Mecque n'ont été connectés au pèlerinage musulman qu'à une époque tardive.
🔹 Wellhausen pensait que c'est Muhammad qui avait connecté la Ka'ba avec le pèlerinage qui se faisait alors à Arafat, lors de son Pèlerinage d'adieu.
Mais les recherches ont depuis montré que cette connexion s'est faite beaucoup plus tardivement, après la mort du Prophète.
🔹 En réalité, lors de la seconde guerre civile (fitna), en 692, le pèlerinage à La Mecque n'existait toujours pas.
🔹 En 692, le gouverneur al-Hajjaj est envoyé par le calife 'Abd al-Malik pour assiéger La Mecque et faire tomber le dissident Ibn al-Zubayr.
🔹 À cette occasion, les sources musulmanes racontent qu'al-Hajjaj a conduit le pèlerinage.
🔹 En voici le récit consigné par al-Tabari dans ses Tārikh al-Rusul wa-l-Mulūk :
🔹 Comme on le voit, al-Hajjaj est dit avoir effectué le pèlerinage avec ses hommes, mais pourtant il ne s'est même pas rendu à la Ka'ba !
🔹 Inversement, Ibn al-Zubayr n'a pas réalisé le pèlerinage *parce que* il ne s'est pas rendu à Arafat !
🔹 Cela montre clairement qu'en 692 ,le pèlerinage n'impliquait pas encore la Ka'ba mais se déroulait seulement à Arafat, comme aux temps préislamiques.
🔹 Comme l'écrit Gerald Hawting, cela s'accorde mal avec l'idée que c'est Muhammad qui a rattaché la Ka'ba au pèlerinage.
En réalité, c'est à partir du règne de 'Abd al-Malik, c'est-à-dire à la fin du 7è siècle, que le pèlerinage telle qu'on le connait aujourd'hui, avec le rituel autour de la Ka'ba, s'est progressivement mis en place.
Cependant, lorsqu'en 725, le fils et successeur de 'Abd al-Malik quitte la Syrie pour mener le pèlerinage, il écrit qu'il s'est rendu à Arafat, à Mina, mais ne parle pas de La Mecque, de la Pierre Noire, de la lapidation de Satan, du sacrifice, etc.
🔶 Conclusion :
🔹 Le Coran ne fait aucune allusion explicite au pèlerinage de La Mecque.
🔹 Le pèlerinage de l'islam primitif se situait à Jérusalem.
🔹 Le pèlerinage actuel a été établi progressivement bien après la mort de Muhammad.
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Prenez le temps de remplir ce court questionnaire, cela ne prendra que 2 minutes et ça nous aidera à mieux cibler nos futurs threads et articles : docs.google.com/forms/d/e/1FAI…
Sources :
- J. Wellhausen, "Reste arabischen heidentums"
- C. Addas, " Safâ et Marwa"
- C. Segovia, "Commentaire de la sourate 3"
- R. Kerr, "Farüqter Heiland"
- S. Shoemaker, "The Qurʾān’s Holy House "
- P. Neuenkirchen, "Commentaire de la sourate 106"
- A.-L. de Prémare, "Les éléphants de Qâdisiyya"
- G. Hawting, "The Hajj, an Appendix to the Cult of the Ka’ba"
- I. Abbas, "‘Abd al-Hamid b. Yahya wa-ma tabaqqa min rasa’ilihi wa-rasa’il Salim b. Abi al-‘Ala"
- C. Robinson, "Abd al-Malik"
- M. Hauge, "Between Sheol and Temple : Motif Structure and Function in the I-Psalms"
- M. Goulder, "Psalms of the Sons of Korah"
- A. Hakam, "Psalms with the Jerusalem Commentary"
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Dans la sourate 2, le Coran mentionne deux anges appelés Harut et Marut, qui enseignent la magie aux hommes.
Mais qui sont ces anges énigmatiques ?
Dans ce thread, on verra qu'ils sont liés à plusieurs mythes proche-orientaux. ⤵️
👼 Deux anges zoroastriens dans le Coran
Harut et Marut sont mentionnés dans un (très) long passage de la sourate 2. Il est dit que ces deux anges enseignent la magie qui sème la désunion entre l'homme et son épouse.
Curieusement, Harut et Marut ne font pas partie du répertoire des anges mentionnés dans la Bible ou dans les écrits juifs et chrétiens.
Les commentateurs musulmans avaient noté déjà au Moyen-Age que leur nom n'était pas d'origine arabe, sans toutefois parvenir à l'identifier correctement.
Il faut attendre pour la recherche orientaliste au 19e siècle, qui fait le lien avec deux entités mentionnées dans l'Avesta, le livre de l'ancienne religion iranienne.
Dans le mazdéisme, il existe un dieu suprême : Ahura Mazda. À côté de lui, on trouve six divinités secondaires, appelées « Saints Immortels ».
Parmi ces « Saints Immortels », figurent notamment Haurvatât (qu'on traduit à peu près par Abondance) et Ameretât (Immortalité).
Haurvatât et Ameretât donneront leur nom aux deux anges Harut et Marut mentionnés dans le Coran.
Alors me direz-vous, comment est-on passé de Haurvatât / Ameretât à Harut et Marut ?
Certes, on perçoit un air de famille entre ces noms, mais ce n'est pas tout à fait la même chose non plus.
Eh bien entre le nom iranien et sa forme arabe, il y a un intermédiaire manichéen. Il revient à un chercheur français, Jean de Menasce, d'avoir mis en lumière d'anciens fragments manichéens où sont mentionnés hrwwt mrwwt (Haraut-Mauraut) d'où provient probablement la forme arabe.
Voilà donc pour ce qui est de leur nom. Mais cette histoire d'anges qui enseignent la magie aux hommes, d'où vient-elle ?
Pour le savoir, on va s'intéresser à un autre mythe répandu dans le Proche-Orient, celui des anges déchus. ⤵️
Le diable fascine autant qu'il effraie. Mais qui est-il vraiment ? Quelles sont ses origines ?
Dans ce thread, on retrace l'évolution de Satan depuis les mythes proche-orientaux jusqu'au Coran, en passant par la Bible.⤵️
Pour commencer, le thread s'appuiera en grande partie sur le livre incontournable de Neil Forsyth intitulé "The Old Enemy: Satan and the Combat Myth".
Dans cet ouvrage, l'auteur démontre que notre conception du diable découle d'une longue évolution qui plonge ses racines dans des mythes proche-orientaux qui mettent en scène un affrontement entre le « Bien » et le « Mal », qui sont incarnés par une (ou plusieurs) entité(s) surnaturelle(s).
On donnera ci-après de nombreux exemples. ⤵️
Dans l'Égypte ancienne, il y a le combat bien connu entre le dieu Seth et son frère Horus.
Seth est une divinité foncièrement mauvaise. Meurtrier de son père Osiris, il est fréquemment représenté sous la forme d'un serpent ou d'un cochon, parfois de couleur rouge.
Les historiens estiment aujourd'hui que le combat entre les frères ennemis reflète en réalité les luttes dynastiques entre les rois de Haute-Égypte (Horus) et de Basses-Égypte (Seth).
Certains de ses traits physiques, comme sa couleur rouge et son aspect bestial influenceront durablement la représentation classique du diable, qui hérite également des cornes et de la queue d'Anubis.
Aujourd'hui, on dévoile une nouvelle source du Coran.
Notre analyse montrera aussi en quoi l'approche historico-critique permet de mieux comprendre le Coran. ⤵️al-kalam.fr
On va s'intéresser à un passage de la sourate 2 qui parle d'un homme plongé dans un sommeil miraculeux de 100 ans.
Lisons ensemble le texte concerné :
Ou comme celui qui passait par un village désert et dévasté : « Comment Allah va-t-Il redonner la vie à celui-ci après sa mort ? » dit-il. Allah donc le fit mourir et le garda ainsi pendant cent ans. Puis Il le ressuscita en disant : « Combien de temps as-tu demeuré ainsi ? » – « Je suis resté un jour, dit l’autre, ou une partie d’une journée. » – « Non ! dit Allah, tu es resté cent ans. Regarde donc ta nourriture et ta boisson : rien ne s’est gâté ; mais regarde ton âne… Et pour faire de toi un signe pour les gens, et regarde ces ossements, comment Nous les assemblons et les revêtons de chair. » (2 : 259).
Plusieurs questions peuvent se poser :
1) Qui est cet homme ? Les exégètes musulmans ne le savent pas, et ont proposé de nombreuses hypothèses contradictoires : il s'agirait du prêtre Esdras, du prophète Ézéchiel, ou encore du mystérieux Khidr.
2) Quel est ce « village désert et dévasté » ? Là encore, le Coran demeure très vague, ouvrant la voie aux spéculations exégétiques.
Dans ce qui va suivre, nous verrons que le Coran reprend une légende du 2e siècle. Cela nous permettra d'identifier correctement l'homme et son village. ⤵️
Les historiens ont reconnu depuis longtemps dans ce passage la légende d'Abimélec, qui figure dans les Paralipomènes de Jérémie, un texte judéo-chrétien du 2e siècle.
Dans ce texte, il est question d'un certain Abimélec, qui n’est autre que l’Éthiopien Ébed Mélec qui sauva le prophète Jérémie.
Le texte raconte tout d’abord la destruction de Jérusalem par les Chaldéens, à laquelle Abimélec assiste impuissant.
Ensuite, il est dit qu'Abimélec s'endormit sous un figuier pendant 70 ans. À son réveil, il n'est pas conscient d'avoir dormi aussi longtemps. Dans son panier, ses figues sont encore bonnes et juteuses.
Ce n'est qu'en se rendant à Jérusalem qu'il découvre que sa maison a changé ; il ne reconnait pas ceux qui y habitent. I
PS : la citation entière du passage est dispo sur le site.
#Thread 🧶 : Muhammad était-il (vraiment) orphelin ?
Selon la tradition islamique, Muhammad était orphelin. La chose est connue de tous : il perdit ses parents étant enfant et fut élevé par son grand-père.
Pourtant, il y a de bonnes raisons de douter de ce narratif. ⤵️
📗 Une preuve coranique ?
L’idée que le Prophète était orphelin est souvent justifiée par le verset suivant :
« Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin ? Alors Il t’a accueilli ! » (93 : 6)
Le terme utilisé en arabe pour dire "orphelin" est yatîm.
Mais la signification de yatîm est plurielle. Comme l'a montré Ahmad al-Jallad, dans les inscriptions préislamiques, le terme sert souvent à désigner « un état d’abandon par les dieux et de privation de la faveur divine ».
Or, ce sens primitif semble confirmé par le verset suivant, où nous lisons : « Ne t’a-t-Il pas trouvé égaré ? » (93 : 7).
Compris de cette façon, le verset ne parle pas du statut d'orphelin (au sens propre), mais de l'état d'égarement dans lequel se trouvait la personne à laquelle il s'adresse.
Par ailleurs, on peut légitimement se demander qui s'adresse à qui dans ce verset.
Selon l'interprétation traditionnelle, c'est Allâh qui s'adresse directement à Son Prophète. Mais cela ne va pas forcément de soi.
L'interlocuteur auquel s'adresse la voix coranique est anonyme, et rien ne nous oblige à considérer que c'est Muhammad qui est visé ici.
Comme le note Guillaume Dye, il est possible qu'on ait affaire à "la stratégie rhétorique d'un prédicateur s'adressant à son audience, en interpellant individuellement chaque lecteur/auditeur par l'usage du pronom te/toi". On rajoutera que ce type de rhétorique est bien connu dans la littérature syriaque, auquel le Coran fait de nombreux emprunts.
En fin de compte, le verset peut se comprendre comme un prêche du prédicateur coranique, rappelant à chaque membre de son auditoire son ancienne condition d’égaré/d'orphelin (ici compris de façon métaphorique).
#Thread 🧶 : Le vin dans l'islam – Vérités et légendes.
L’islam bannit le vin… en théorie.
En pratique, il a longtemps fait partie du quotidien des sociétés musulmanes.
De Muhammad aux califes, petit retour sur une histoire méconnue. ⤵️
🍷 Le vin chez les premiers musulmans
L'historien Jack Tannous note que malgré l'interdit coranique, la consommation de vin était répandue chez les premiers musulmans.
On rapporte que le Prophète lui-même et divers Compagnons consommaient un genre de vin appelé nabîdh. L'encyclopédiste Ibn Manzûr en donne la définition suivante :
"Cela est appelé le nabîdh, car on prend des dattes ou du raisin puis on les vinifie dans un pot ou une outre en y ajoutant de l’eau, et on les laisse de côté jusqu’à ce qu’ils fermentent et deviennent intoxicants".
Jusqu'au 9e siècle, on distribuait librement du nabîdh aux musulmans en pèlerinage à La Mecque.
La plupart des califes omeyyades consommaient régulièrement de l’alcool, à commencer par Yazid b. Muʿawiya, né d’une mère chrétienne, qui avait gagné le
surnom de Yazid al-khumur, « Yazid l’ivrogne ».
Certains récits rapportent qu’il organisait des fêtes où il chantait, dansait et buvait jusqu’à l’écroulement.
La plupart de ses successeurs s'illustrèrent également pour leur penchant pour le vin. Suivant une coutume observée par les Perses, ils buvaient à intervalles précis : ‘Abd al-Malik buvait une fois par mois, et se faisait vomir pour se remettre en forme.
Al-Walid Ier organisait des beuveries un jour sur deux, Suleyman b. ‘Abd al-Malik, un jour sur trois, etc.
L’encyclopédiste al-Jahiz (m. 868) nous apprend que
certains califes n’hésitaient pas à danser et même à se déshabiller lors de ces festivités.
Al-Walid II, connu pour ses mœurs légères et ses idées religieuses « déviantes », était surnommé al-fâsiq, « le débauché ». Poète de grand talent, il organisait des orgies où se mêlaient chants et alcool.
Lors de son pèlerinage à La Mecque, il installa même à côté de la Ka’ba une tente qui lui servait de véritable
taverne. On rapporte également qu’il faisait la tournée des monastères afin de boire en toute quiétude !
Bonjour à tous ! Dans ce thread, on va parler pinard, et de son statut dans l'islam.
Au programme : le vin chez les Arabes préislamiques, les ambiguïtés du Coran sur la question et l'étude d'un curieux manuscrit coranique.
Bonne lecture ! ⤵️
🍷 Le vin chez les Arabes préislamiques
Avant l'islam, les Arabes étaient de grands amateurs de vin. Selon une légende rapportée par Diodore de Sicile, c'est le dieu égyptien Osiris qui découvrit la culture de la vigne et l'enseigna aux Arabes.
Ils le produisaient à partir de dattes, de vignes, de miel ou encore de céréales comme le blé et l'orge.
Chez les Nabatéens, Dusarès, la principale divinité du royaume, était identifié à Dionysos, le dieu du vin de la mythologie romaine.
Les Nabatéens organisaient régulièrement des banquets où se mêlaient grands festins, musique, danseuses et bien sûr vin. Ces banquets étaient organisés dans des salles, comme celle-ci découverte à Pétra ⤵️.
📗 Le vin dans le Coran
Venons-en maintenant au statut du vin dans le Coran.
Le moins qu'on puisse, c'est que la position du texte coranique est très confuse.
Le vin est d'abord qualifié de "signe" (âya) divin :
« des fruits des palmiers et des vignes, vous tirez une boisson enivrante (sakaran) et un aliment excellent. Il y a là un signe pour les gens qui pensent » (16 : 67)
Un autre passage se montre plus nuancé :
« ils t’interrogent à propos du vin et des jeux de hasard. Dis : “il s’y trouve à la fois un grand péché et des choses profitables pour les gens mais le péché l’emporte sur le profit” » (2 : 219)
Ici, le vin est tout compte fait une "œuvre de Satan" :
« O vous qui croyez, le vin, les jeux de hasard, les bétyles et les flèches divinatoires ne sont que des abominations, œuvres de Satan ; évitez cela, vous serez peut-être gagnants » (5 : 90).
Pour ne rien arranger, le Coran affirme que des rivières de vin couleront au paradis (83 : 25).
➡️ Comme le rappelle Gabriel S. Reynolds ("Le Coran des historiens", vol. 2a, p. 179), ces positions contradictoires ne reflètent pas forcément l'évolution de la pensée d'un seul homme (Muhammad ?), mais plus probablement différentes opinions qui existaient dans les milieux producteurs du Coran.