Saviez-vous qu’en Écosse, au XIIIe siècle, on lisait dans les églises... la vie de Bouddha ? Je vous promets que c’est vrai.
Suivez-moi pour un thread à travers les siècles, les continents et les manuscrits, sur la piste de Barlaam et Josaphat... ⬇️ ! #histoire
Tout commence en Inde, vers le IIe siècle ap JC., avec la rédaction d’une « Vie du Bodhisattva » en sanskrit. Ce texte déroule un fil très classique : le prince Siddharta suit en secret l’enseignement du sage Bilhawar, qui le persuade de quitter son palais pour atteindre l’éveil.
Ce texte est traduit en persan vers le VI-VIIe siècle, par des manichéens (peut-être via une version en sogdien). Le personnage principal devient alors Budasaf. Au VIIIe siècle, le texte est traduit en arabe – Budasaf devient alors Yudasaf...
Au Xe siècle, nouvelle traduction, cette fois en géorgien. L’histoire est alors christianisée : le jeune prince Iodasaf se convertit au christianisme après avoir reçu les leçons de l’ermite Barlaam, pendant que son tyrannique père persécute les pauvres chrétiens.
Au XIe siècle, c’est cette version christianisée qui est traduite en grec et, quelques années après, en latin. Cette fois, Iodasaf devient Josaphat.
Une deuxième traduction depuis le grec est réalisée au XIIe siècle : c’est celle-ci qui devient célèbre.
Barlaam et Josaphat sont alors considérés comme des saints chrétiens, et Jacques de Voragine les inclut dans sa Légende dorée, une compilation de vies de saints qui est LE best-seller de l’Occident médiéval (plus de 1000 manuscrits conservés !)
Et voilà comment, d’un bout à l’autre de l’Occident médiéval, de l'Italie à l'Islande, on lit dans les églises un texte qui vient tout droit – ok, tout droit d’un chemin bien sinueux – de la vie du Bouddha... !
En 1446, un éditeur anonyme d’une version du texte de Marco Polo note d’ailleurs que le récit que fait Polo de la vie de Bouddha « ressemble à la vie de Saint Josafat »... ! Il y voit une coïncidence, alors qu’on sait maintenant que c’est une transmission...
L’histoire ne s’arrête pas là... En amont, les chercheurs et chercheuses soulignent maintenant que l’original en sanskrit est lui-même probablement influencé par des récits chrétiens (ce qui a dû faciliter sa christianisation ultérieure). Jeux d'échos et d'emprunts...
En aval, on sait qu’au XVIe siècle, les Jésuites qui essayent de convertir les Japonais utilisent souvent la Vie de Josaphat, notant qu’elle plait beaucoup à leur public. On comprend pourquoi : les Japonais bouddhistes reconnaissent une trame familière... !
C’est une jolie boucle, non ? Nos Jésuites traduisent en japonais une vie de saints chrétiens, pour convertir des bouddhistes au christianisme, sans réaliser que ce texte lui-même vient originellement du bouddhisme et a lui-même été « converti » au christianisme...
Du IIe au XVIe siècle, du sanskrit au japonais, ce texte a donc fait littéralement le tour du monde, des langues et des religions de l’époque. Un joli rappel des contacts et transferts qui unissaient déjà les différentes parties d’un monde plus connecté qu’on ne le croit souvent.
Pas étonnant donc que ce texte soit souvent interrogé et travaillé en ce moment : cf ce colloque en mai dernier, et ici le lien vers un programme de recherche international ! philology.no/barlaam
Merci d'avoir suivi ce thread !
Et à très vite pour de nouvelles aventures au cœur d'un Moyen Âge riche et surprenant !
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Au Moyen Âge, 95% de la population vit à la campagne et de la terre. Pour les paysans, les grands prédateurs - ours, lynx et surtout loups - ne sont pas une menace lointaine mais un risque économique majeur et permanent.
Dès lors, certains royaumes vont littéralement faire la guerre au loup.
Charlemagne crée ainsi les luparii, des chasseurs de loups professionnels, dispensés du service militaire : faire la guerre contre les Saxons n'est pas plus important qu'éliminer les loups !
A l'heure de faire l'appel et de découvrir les prénoms de nos élèves, saviez-vous que le Moyen Âge est une période marquée par un changement complet dans la manière de nommer les gens ?
On parle de "double révolution anthroponymique", et c'est passionnant. Un thread ⬇️
Première révolution : la fin des noms romains/romanisés et, notamment, du système des tria nomina (Marcus Tullius Cicero). Avec l'arrivée en Occident de peuples germaniques, ces noms passent peu à peu de mode, même si certains survivent (Marcus, Julius, Felix, etc).
A leur place, on voit apparaître des prénoms... germaniques ! Clovis, Sigebert, Dagobert, Galswinthe, Brunehaut... Ou, moins connus, Leutgarde, Fryshilde, Gansbold, Hildevoud, Protline, Framberte... (oui je sais ça fait rêver hein ?)
Un soldat africain pendant la bataille d'Hastings (1066) ? Réponse de médiéviste : 1/ c'est possible ; 2/ c'est très improbable ; 3/ on s'en fiche car c'est de la fiction ; 4/ ces réactions outrées sont très signifiantes.
1/ C'est possible. Les sociétés anciennes sont plus connectées qu'on ne le pense souvent, et l'Afrique, y compris l'Afrique subsaharienne, n'est pas coupée de la Méditerranée. Il y a des flux de biens et de personnes (marchands, soldats, esclaves, pèlerins, etc).
1/ Ces flux ont d'ailleurs laissé des traces archéologiques, y compris en Grande-Bretagne : dans cet article, des fouilles dans un cimetière anglais du VIIe siècle ap JC où on a retrouvé une personne ayant un ancêtre récent originaire d'Afrique de l'Ouest
On a pris notre courage à deux mains avec @HMedievale et on a regardé « Saint Louis raconté par Philippe de Villiers » diffusé dimanche soir sur CNews. On n’a pas été déçu du voyage, car comme toujours de Villiers propose une vision très personnelle...
Un fil à dérouler ⬇️!
Tout d’abord, deux éléments de contexte. 1/ Philippe de Villiers s’est sans doute appuyé pour cette émission sur son livre « le Roman de saint Louis » publié en 2014, qu'on a lu. 2/ L'émission est sortie dimanche 24 août, veille du 25, jour de la Saint-Louis.
Dès le début, Villiers annonce la couleur : « la vie de saint Louis est un trésor. Les enseignements que j’en ai tiré sont des lumières pour aujourd’hui ». Saint Louis « incarne le beau, le grand, le bien [et] notre civilisation, qui est la civilisation chrétienne »
Quand on pense à la Muraille de Chine, on imagine souvent un édifice comme le Mur dans Game of Thrones...
Mais de nouvelles fouilles archéologiques montrent que ces fortifications médiévales avaient des buts variés, et souvent plus civils que militaires. Un thread ⬇️
Ici, on n'est pas dans la partie la plus célèbre de la Muraille de Chine, mais dans ce qu'on appelle le Medieval Wall System, un ensemble de fortifications de 4000km de long construit entre le Xe et le XIIe siècle, essentiellement par la dynastie Jin
Les archéologues ont fouillé une partie du mur et un fortin situés sur la partie mongole de cet ensemble. Or, la surprise, c'est que le mur en lui-même est un simple fossé accompagné d'une petite pile de terre. Aucune efficacité contre une armée d'envahisseurs... !
Au début de l'année 1195, Lothaire de Segni, un clerc qui va ensuite devenir pape sous le nom d'Innocent III, écrit un petit traité intitulé "Misère de la condition humaine". Il est ici traduit et commenté par O. Hanne (@BellesLettresEd). Un thread (déprimant 😅)⬇️!
Ce texte s'inscrit dans le contexte des traités du type "Mépris du monde", souvent écrits par des moines, qui listent les raisons de détester et de se détacher du "monde", càd du siècle, de la vie laïque avec ses tentations et ses péchés.
Classiquement, le futur pape explique ainsi que l'être humain est bien malheureux. Fabriqué par Dieu dans la terre, la moins noble des substances, conçu dans "le vil sperme", il vient au monde au milieu du sang, des larmes et des cris.