Voici la carte des écartements des voies de chemin de fer dans le monde. Pour la plupart, ils ne sont pas compatibles en eux ; il faut changer de train, ou d'essieux pour passer de l'un à l'autre.
Et il y a un pays que cette situation gêne beaucoup, la Chine.
En effet, ce n'est pas nouveau, il y a des trains de fret, encore rares, circulant de Chine à l'Europe, ou vers l'Asie du sud-est.
Or ces histoires d'écartement, ça ralenti fortement le transit des marchandises puisqu'il faut les transférer d'un train à l'autre.
Face à cela on pourrait se dire "suffit de construire de nouvelles lignes à écartement standard", et c'est quelque chose qui est réalisé dans certains pays, d'Afrique notamment, en remplacement ou en complément des anciennes lignes à écartement métrique ou colonial britannique.
Mais pour relier Chine et Europe, il faut emprunter le réseau soviétique, soit en passant par l'Iran et la Turquie (mais l'UE n'y est pas favorable), soit en partant de Mongolie ou du nord-est de la Chine, ce jusqu'en Pologne/Slovaquie où revient l'écartement normal.
Impossible ici de construire une ligne à voie standard reliant Europe et Chine, bien trop chère, et injustifiable auprès de pays qui n'en bénéficierait aucunement puisque n'ayant aucun train compatible.
Cette solution a donc été rejetée pour ce qui est du passage par la Russie.
Mais il est également possible de passer par l'Asie centrale, puis l'Afghanistan et l'Iran.
Les deux pays ont d'ailleurs entamé des travaux pour une ligne à écartement standard, en sachant toutefois que l'Europe est frileuse quand à son utilisation (Iran et Afghanistan...).
Mais cela entraîne des conflits d'écartements.
L'Ouzbékistan par exemple veut utiliser son écartement soviétique pour rallier les ports pakistanais, elle a d'ailleurs déjà construit une section de voie ferrée vers l'Afghanistan l'utilisant.
La Chine doit donc jouer avec toutes ces variables, mais aussi avec la géopolitique, l'Europe souhaitant limiter le passage des trains par la Russie (sous sanctions) et par l'Iran et l'Afghanistan (persona non-grata par chez nous).
Et, chose rare, elle fait des concessions.
Il sera prochainement lancé la construction d'une voie ferrée entre Chine et Ouzbékistan via le Kirghizistan, qui contrairement aux nouvelles voies chinoises, ne sera pas entièrement à écartement standard.
La ligne passera ainsi à l'écartement soviétique au Kirghizistan.
Cette nouvelle ligne sera par la suite connectée au réseau ouzbek, les trains pouvant poursuivre vers le Kazakhstan, la Russie puis le Caucase et la Turquie pour rejoindre l'Europe, ou vers l'Afghanistan et l'Iran.
8 jours de trajet de moins par rapport à la route actuelle.
La Chine va donc devoir faire avec ces écartements différents, et elle développe d'ailleurs des technologies en conséquence.
Pour ce qui est des trains de passagers, elle en développe avec des bogies capables de changer justement d'écartement.
Il en va de même en Asie du sud-est, la Chine qui poussait à la construction de nouvelles lignes à écartement standard vers Singapour va devoir se résigner à faire avec l'écartement métrique français, face à la résistance notamment de la Thaïlande et du Viêtnam.
Côté européen, la situation est un peu paradoxale, l'UE souhaitant éliminer l'écartement soviétique du territoire, alors-même que la Chine a choisi de le conserver pour ses projets allant justement vers l'Europe.
On peut se poser la question d'où se fera cette transition ici ?
L'UE a la "chance" de disposer encore des immenses points de transition d'écartement construits par les soviétiques.
Est-il pertinent de les éliminer pour devoir de toute façon en reconstruire plus loin ? Voilà une question à laquelle les pays membres auront à répondre bientôt.
C'est fascinant de voir à quel point la simple distance entre deux rails entraîne des discussions géopolitiques, et des investissements conséquents pour les harmoniser ou au contraire conserver les différences.
Et au milieu, la Chine, poursuivant l'expansion de son réseau ferré.
Je me suis retrouvé à écrire ce thread alors que je voulais juste partager l'article, mais bon.
Ce genre de problématiques me fascinent alors-même qu'elles sont assez secondaires face aux enjeux mondiaux. Bienvenue dans ma vie 😅
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Je m'étais jamais intéressé à la construction du tunnel ferroviaire sous la ville de Rastatt en Allemagne, à 45 km de Strasbourg.
J'avoue que je m'attendais pas trop à la partie "on a dû abandonner et couler un tunnelier dans du béton pendant 7 ans parce qu'on a merdé" 😬
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Le projet est simple, percer un tunnel sous la ville de Rastatt pour que les ICE puissent passer à 250 km/h, dans le prolongement de la LGV existante au sud vers Offenbourg.
L'ouverture était prévue pour 2022, pour un coût global de 693 millions d'euros.
Mais voilà, en août 2017, lors du passage du tunnelier Wilhelma sous les voies existantes en surface, celles-ci s'affaissent d'un coup.
Fort heureusement, aucun train ne s'est retrouvé à circuler dans la zone quand ça s'est produit, il n'y a eu aucun blessé.
Depuis plusieurs mois, des trains fabriqués en Chine de CRRC, 1er constructeur ferroviaire mondial, transportent des passagers en Europe, une première au sein de l'UE.
Pourquoi ? Faut-il s'attendre à une déferlante de trains chinois en Europe ? Est-ce un bon matériel ?
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Ces trains, dénommés Sirius, furent commandés par Leo Express, une compagnie ferroviaire privée tchèque pour circuler sur plusieurs liaisons longue distance.
Mais vous l'aurez remarqué, il y a marqué "RegioJet" sur le train, pas "Leo Express", puisqu'ils ont annulé leur commande
Délais de livraison trop longs, pas de certification pour rouler en Europe, et puis la Renfe qui a possède désormais une majorité de parts dans l'entreprise n'était pas trop enchantée non plus, bref, pas mal de raisons qui expliquent cette annulation.
- 27 317 km parcourus dont 24 004 km en train, soit 304 km par jour
- 20 pays (🇫🇷🇨🇭🇱🇮🇦🇹🇸🇮🇭🇷🇮🇹🇩🇪🇱🇺🇧🇪🇳🇱🇬🇧🇩🇰🇸🇪🇳🇴🇫🇮🇪🇪🇱🇻🇱🇹🇵🇱)
- 333 heures de voyage, soit 3h40 par jour
- 320 trains/bus/ferrys empruntés au total
- 79 villes visitées
Pour ce qui est du coût d'Interrail, j'ai eu mon passe Interrail soldé à 534€, mais 48€ m'ont été remboursés comme compensation de retard, soit un prix final de 486€.
Ce qui fait un total de 0,02€ par kilomètre parcouru, difficile de faire moins cher 😅
Sur ces 486€ j'ai dû rajouter environ ~150€ en réservation de sièges, notamment 64€ pour l'aller-retour sur Eurostar, et 23€ pour un train de nuit en Finlande.
Le détour par le Cap Nord m'aura aussi fait ajouter ~150€ en billets de bus, ça pique un peu oui.
Il y a quelques mois, l'UE avait voté d'uniformiser les écartements ferroviaires dans l'Union, pour passer au 1 435 mm standard.
Chaque pays concerné doit alors justifier économiquement une non-transition vers le 1 435 mm.
Les réactions des pays résumées :
🇫🇮 "La Finlande n'accepte pas ces modifications de l'écartement des rails, c'est déraisonnable et irréaliste" (vraie citation)
🇪🇪 "Ca coûtera 8,7 milliards d'euro et un quasi-arrêt de toute circulation ferroviaire dans le pays pendant 10 ans. Vous payez pour nous ?"
🇱🇻 "Déraisonnable, trop cher, trop tôt, et pour reconstruire l'Ukraine après la guerre, vous serez content qu'on utilise le même écartement non ?" (de la bouche du ministre des transports)
Parfois érigés en exemple à suivre pour la France, parfois critiqués, parfois montrés comme parfaits grâce à la mystérieuse "Deutsche Qualität", qu'en est-il réellement ?
Aujourd'hui je vous propose un petit résumé, que je comparerai à la France ↓
Je tiens à préciser, je ne travaille ni pour le ferroviaire allemand, ni pour le français.
De même je dresserai ici des généralités, je n'ai pas parcouru l'entièreté du réseau ferré allemand (voir la carte ci-dessous), il est possible que ça ne se reflète pas partout.
Premièrement, la grande vitesse.
Les TGV français sont bien plus rapides (en vitesse commerciale) que les ICE allemands, ça, c'est indéniable. Les grandes sections de LGV sont assez rares en Allemagne, et les trains circulent la plupart du temps sur le réseau classique.
Comme beaucoup de lanceurs dans ce monde, la plupart des lanceurs chinois utilisent des ergols hypergoliques, c'est-à-dire qui réagissent spontanément entre eux.
Plusieurs avantages à ces ergols, notamment celui de ne pas nécessiter de système d'allumage.
En Chine, c'est du 1,1-diméthylhydrazine (C2H8N2) qui est utilisé comme réducteur, et du péroxyde d'azote (N2O4) quasiment pur, utilisé comme oxydant.
C'est le couple hypergolique le plus répandu, utilisé sur Proton ou Crew Dragon par exemple.