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Apr 18, 2024 1 tweets 2 min read Read on X
⭐️ La Mecque : une cité importante dans l'Antiquité ?

On en revient toujours à la question (fondamentale) de savoir si La Mecque était une ville importante avant l'islam.

Une récente découverte nous permet d'en savoir davantage. Il s'agit d'une inscription sabéenne mise au jour en 2006 sur le site de Jabal Riyām au Yémen, et datée du 3e siècle.

Elle offre une cartographie des principales cités de la péninsule arabe. L'auteur de l'inscription mentionne ainsi le pays des Asd (al-Azd), Nizār (à mi-chemin entre La Mecque et Médine), le pays des Tanukh, etc.

La Mecque, en revanche, n'est pas mentionnée. La ville est en fait totalement inconnue des sources avant l'islam, et parmi les dizaines de milliers (!) d'inscriptions arabes préislamiques, pas une seule ne mentionne son nom. Pas une seule.

Cela ne signifie pas (forcément) que la ville n'existait pas. Vous connaissez ma position (celle aussi de la majorité des historiens) qui est d'accepter l'existence de La Mecque avant l'islam. Mais il faut reconnaitre qu'il s'agit seulement d'une hypothèse de travail qui, en l'état actuel de nos connaissances, ne peut pas être prouvée.

Ce qui est sûr en tout cas, c'est qu'il s'agissait tout au plus d'une petite bourgade à vrai dire insignifiante. L'étude la plus récente et la plus détaillée sur la démographie mecquoise du temps de Muhammad aboutit à la conclusion qu'il devait y avoir environ 400 habitants.

Il faut donc ranger dans le rayon des légendes l'idée selon laquelle la ville aurait été fondée par Adam, qu'Abraham y aurait effectué le pèlerinage, et qu'elle était un centre religieux et commercial de première importance.

📚 Pour ceux que ça intéresse, voici l'étude sur l'inscription sabéenne (en anglais) : shs.hal.science/halshs-0138835…Image

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Nov 14, 2025
#Thread 🧶 : Qui sont Harut et Marut ?

Dans la sourate 2, le Coran mentionne deux anges appelés Harut et Marut, qui enseignent la magie aux hommes.

Mais qui sont ces anges énigmatiques ?

Dans ce thread, on verra qu'ils sont liés à plusieurs mythes proche-orientaux. ⤵️Image
👼 Deux anges zoroastriens dans le Coran

Harut et Marut sont mentionnés dans un (très) long passage de la sourate 2. Il est dit que ces deux anges enseignent la magie qui sème la désunion entre l'homme et son épouse.

Curieusement, Harut et Marut ne font pas partie du répertoire des anges mentionnés dans la Bible ou dans les écrits juifs et chrétiens.

Les commentateurs musulmans avaient noté déjà au Moyen-Age que leur nom n'était pas d'origine arabe, sans toutefois parvenir à l'identifier correctement.

Il faut attendre pour la recherche orientaliste au 19e siècle, qui fait le lien avec deux entités mentionnées dans l'Avesta, le livre de l'ancienne religion iranienne.

Dans le mazdéisme, il existe un dieu suprême : Ahura Mazda. À côté de lui, on trouve six divinités secondaires, appelées « Saints Immortels ».

Parmi ces « Saints Immortels », figurent notamment Haurvatât (qu'on traduit à peu près par Abondance) et Ameretât (Immortalité).

Haurvatât et Ameretât donneront leur nom aux deux anges Harut et Marut mentionnés dans le Coran.Image
Alors me direz-vous, comment est-on passé de Haurvatât / Ameretât à Harut et Marut ?

Certes, on perçoit un air de famille entre ces noms, mais ce n'est pas tout à fait la même chose non plus.

Eh bien entre le nom iranien et sa forme arabe, il y a un intermédiaire manichéen. Il revient à un chercheur français, Jean de Menasce, d'avoir mis en lumière d'anciens fragments manichéens où sont mentionnés hrwwt mrwwt (Haraut-Mauraut) d'où provient probablement la forme arabe.

Voilà donc pour ce qui est de leur nom. Mais cette histoire d'anges qui enseignent la magie aux hommes, d'où vient-elle ?

Pour le savoir, on va s'intéresser à un autre mythe répandu dans le Proche-Orient, celui des anges déchus. ⤵️Image
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Nov 3, 2025
#Thread 🧶 : Les origines du diable

Le diable fascine autant qu'il effraie. Mais qui est-il vraiment ? Quelles sont ses origines ?

Dans ce thread, on retrace l'évolution de Satan depuis les mythes proche-orientaux jusqu'au Coran, en passant par la Bible.⤵️Image
Pour commencer, le thread s'appuiera en grande partie sur le livre incontournable de Neil Forsyth intitulé "The Old Enemy: Satan and the Combat Myth".

Dans cet ouvrage, l'auteur démontre que notre conception du diable découle d'une longue évolution qui plonge ses racines dans des mythes proche-orientaux qui mettent en scène un affrontement entre le « Bien » et le « Mal », qui sont incarnés par une (ou plusieurs) entité(s) surnaturelle(s).

On donnera ci-après de nombreux exemples. ⤵️Image
Dans l'Égypte ancienne, il y a le combat bien connu entre le dieu Seth et son frère Horus.

Seth est une divinité foncièrement mauvaise. Meurtrier de son père Osiris, il est fréquemment représenté sous la forme d'un serpent ou d'un cochon, parfois de couleur rouge.

Les historiens estiment aujourd'hui que le combat entre les frères ennemis reflète en réalité les luttes dynastiques entre les rois de Haute-Égypte (Horus) et de Basses-Égypte (Seth).

Certains de ses traits physiques, comme sa couleur rouge et son aspect bestial influenceront durablement la représentation classique du diable, qui hérite également des cornes et de la queue d'Anubis.Image
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Oct 24, 2025
#Thread 🧶 : Une nouvelle source du Coran

Comme chaque vendredi, nouvelle publication sur !

Aujourd'hui, on dévoile une nouvelle source du Coran.

Notre analyse montrera aussi en quoi l'approche historico-critique permet de mieux comprendre le Coran. ⤵️al-kalam.frImage
On va s'intéresser à un passage de la sourate 2 qui parle d'un homme plongé dans un sommeil miraculeux de 100 ans.

Lisons ensemble le texte concerné :

Ou comme celui qui passait par un village désert et dévasté : « Comment Allah va-t-Il redonner la vie à celui-ci après sa mort ? » dit-il. Allah donc le fit mourir et le garda ainsi pendant cent ans. Puis Il le ressuscita en disant : « Combien de temps as-tu demeuré ainsi ? » – « Je suis resté un jour, dit l’autre, ou une partie d’une journée. » – « Non ! dit Allah, tu es resté cent ans. Regarde donc ta nourriture et ta boisson : rien ne s’est gâté ; mais regarde ton âne… Et pour faire de toi un signe pour les gens, et regarde ces ossements, comment Nous les assemblons et les revêtons de chair. » (2 : 259).

Plusieurs questions peuvent se poser :

1) Qui est cet homme ? Les exégètes musulmans ne le savent pas, et ont proposé de nombreuses hypothèses contradictoires : il s'agirait du prêtre Esdras, du prophète Ézéchiel, ou encore du mystérieux Khidr.

2) Quel est ce « village désert et dévasté » ? Là encore, le Coran demeure très vague, ouvrant la voie aux spéculations exégétiques.

Dans ce qui va suivre, nous verrons que le Coran reprend une légende du 2e siècle. Cela nous permettra d'identifier correctement l'homme et son village. ⤵️
Les historiens ont reconnu depuis longtemps dans ce passage la légende d'Abimélec, qui figure dans les Paralipomènes de Jérémie, un texte judéo-chrétien du 2e siècle.

Dans ce texte, il est question d'un certain Abimélec, qui n’est autre que l’Éthiopien Ébed Mélec qui sauva le prophète Jérémie.

Le texte raconte tout d’abord la destruction de Jérusalem par les Chaldéens, à laquelle Abimélec assiste impuissant.

Ensuite, il est dit qu'Abimélec s'endormit sous un figuier pendant 70 ans. À son réveil, il n'est pas conscient d'avoir dormi aussi longtemps. Dans son panier, ses figues sont encore bonnes et juteuses.

Ce n'est qu'en se rendant à Jérusalem qu'il découvre que sa maison a changé ; il ne reconnait pas ceux qui y habitent. I

PS : la citation entière du passage est dispo sur le site.Image
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Sep 7, 2025
#Thread 🧶 : Muhammad était-il (vraiment) orphelin ?

Selon la tradition islamique, Muhammad était orphelin. La chose est connue de tous : il perdit ses parents étant enfant et fut élevé par son grand-père.

Pourtant, il y a de bonnes raisons de douter de ce narratif. ⤵️Image
📗 Une preuve coranique ?

L’idée que le Prophète était orphelin est souvent justifiée par le verset suivant :

« Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin ? Alors Il t’a accueilli ! » (93 : 6)

Le terme utilisé en arabe pour dire "orphelin" est yatîm.
Mais la signification de yatîm est plurielle. Comme l'a montré Ahmad al-Jallad, dans les inscriptions préislamiques, le terme sert souvent à désigner « un état d’abandon par les dieux et de privation de la faveur divine ».

Or, ce sens primitif semble confirmé par le verset suivant, où nous lisons : « Ne t’a-t-Il pas trouvé égaré ? » (93 : 7).

Compris de cette façon, le verset ne parle pas du statut d'orphelin (au sens propre), mais de l'état d'égarement dans lequel se trouvait la personne à laquelle il s'adresse.Image
Par ailleurs, on peut légitimement se demander qui s'adresse à qui dans ce verset.

Selon l'interprétation traditionnelle, c'est Allâh qui s'adresse directement à Son Prophète. Mais cela ne va pas forcément de soi.

L'interlocuteur auquel s'adresse la voix coranique est anonyme, et rien ne nous oblige à considérer que c'est Muhammad qui est visé ici.

Comme le note Guillaume Dye, il est possible qu'on ait affaire à "la stratégie rhétorique d'un prédicateur s'adressant à son audience, en interpellant individuellement chaque lecteur/auditeur par l'usage du pronom te/toi". On rajoutera que ce type de rhétorique est bien connu dans la littérature syriaque, auquel le Coran fait de nombreux emprunts.

En fin de compte, le verset peut se comprendre comme un prêche du prédicateur coranique, rappelant à chaque membre de son auditoire son ancienne condition d’égaré/d'orphelin (ici compris de façon métaphorique).Image
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Aug 17, 2025
#Thread 🧶 : Le vin dans l'islam – Vérités et légendes.

L’islam bannit le vin… en théorie.

En pratique, il a longtemps fait partie du quotidien des sociétés musulmanes.

De Muhammad aux califes, petit retour sur une histoire méconnue. ⤵️Image
🍷 Le vin chez les premiers musulmans

L'historien Jack Tannous note que malgré l'interdit coranique, la consommation de vin était répandue chez les premiers musulmans.

On rapporte que le Prophète lui-même et divers Compagnons consommaient un genre de vin appelé nabîdh. L'encyclopédiste Ibn Manzûr en donne la définition suivante :

"Cela est appelé le nabîdh, car on prend des dattes ou du raisin puis on les vinifie dans un pot ou une outre en y ajoutant de l’eau, et on les laisse de côté jusqu’à ce qu’ils fermentent et deviennent intoxicants".

Jusqu'au 9e siècle, on distribuait librement du nabîdh aux musulmans en pèlerinage à La Mecque.Image
La plupart des califes omeyyades consommaient régulièrement de l’alcool, à commencer par Yazid b. Muʿawiya, né d’une mère chrétienne, qui avait gagné le
surnom de Yazid al-khumur, « Yazid l’ivrogne ».

Certains récits rapportent qu’il organisait des fêtes où il chantait, dansait et buvait jusqu’à l’écroulement.

La plupart de ses successeurs s'illustrèrent également pour leur penchant pour le vin. Suivant une coutume observée par les Perses, ils buvaient à intervalles précis : ‘Abd al-Malik buvait une fois par mois, et se faisait vomir pour se remettre en forme.

Al-Walid Ier organisait des beuveries un jour sur deux, Suleyman b. ‘Abd al-Malik, un jour sur trois, etc.

L’encyclopédiste al-Jahiz (m. 868) nous apprend que
certains califes n’hésitaient pas à danser et même à se déshabiller lors de ces festivités.

Al-Walid II, connu pour ses mœurs légères et ses idées religieuses « déviantes », était surnommé al-fâsiq, « le débauché ». Poète de grand talent, il organisait des orgies où se mêlaient chants et alcool.

Lors de son pèlerinage à La Mecque, il installa même à côté de la Ka’ba une tente qui lui servait de véritable
taverne. On rapporte également qu’il faisait la tournée des monastères afin de boire en toute quiétude !Image
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Aug 6, 2025
#Thread 🧶 : le vin dans l'islam

Bonjour à tous ! Dans ce thread, on va parler pinard, et de son statut dans l'islam.

Au programme : le vin chez les Arabes préislamiques, les ambiguïtés du Coran sur la question et l'étude d'un curieux manuscrit coranique.

Bonne lecture ! ⤵️ Image
🍷 Le vin chez les Arabes préislamiques

Avant l'islam, les Arabes étaient de grands amateurs de vin. Selon une légende rapportée par Diodore de Sicile, c'est le dieu égyptien Osiris qui découvrit la culture de la vigne et l'enseigna aux Arabes.

Ils le produisaient à partir de dattes, de vignes, de miel ou encore de céréales comme le blé et l'orge.

Chez les Nabatéens, Dusarès, la principale divinité du royaume, était identifié à Dionysos, le dieu du vin de la mythologie romaine.

Les Nabatéens organisaient régulièrement des banquets où se mêlaient grands festins, musique, danseuses et bien sûr vin. Ces banquets étaient organisés dans des salles, comme celle-ci découverte à Pétra ⤵️.Image
📗 Le vin dans le Coran

Venons-en maintenant au statut du vin dans le Coran.

Le moins qu'on puisse, c'est que la position du texte coranique est très confuse.

Le vin est d'abord qualifié de "signe" (âya) divin :

« des fruits des palmiers et des vignes, vous tirez une boisson enivrante (sakaran) et un aliment excellent. Il y a là un signe pour les gens qui pensent » (16 : 67)

Un autre passage se montre plus nuancé :

« ils t’interrogent à propos du vin et des jeux de hasard. Dis : “il s’y trouve à la fois un grand péché et des choses profitables pour les gens mais le péché l’emporte sur le profit” » (2 : 219)

Ici, le vin est tout compte fait une "œuvre de Satan" :

« O vous qui croyez, le vin, les jeux de hasard, les bétyles et les flèches divinatoires ne sont que des abominations, œuvres de Satan ; évitez cela, vous serez peut-être gagnants » (5 : 90).

Pour ne rien arranger, le Coran affirme que des rivières de vin couleront au paradis (83 : 25).

➡️ Comme le rappelle Gabriel S. Reynolds ("Le Coran des historiens", vol. 2a, p. 179), ces positions contradictoires ne reflètent pas forcément l'évolution de la pensée d'un seul homme (Muhammad ?), mais plus probablement différentes opinions qui existaient dans les milieux producteurs du Coran.Image
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