Peut-on tirer des leçons modernes de la guerre du Péloponnèse ?
En 404 avant J.-C., la cité d'Athènes capitule devant les forces armées de Sparte. Contemporain du conflit, l'historien Thucydide va nous raconter une guerre qui a marqué son temps, et encore aujourd'hui. 1/14
La définition du Larousse est lapidaire : «Conflit qui opposa Sparte et Athènes, et qui déchira la Grèce de 431 à 404 avant J.-C.»
Pourtant, les contours ne sont pas clairs. Au Ve siècle av. J.-C., on compte trois grandes guerres entre les Péloponnésiens et les Athéniens. 2/14
La première guerre (459-446) s'est même achevée avec une paix humiliante pour Athènes.
Thucydide va considérer l'ensemble de ces trois guerres comme un tout. Ce serait comme parler d'une seule Guerre Mondiale au XXe siècle (1914-1945). 3/14
Sans achever son œuvre (il s'arrêtera au milieu de la 21ème année), il va imposer sa façon de voir le conflit aux historiens qui lui succéderont.
Cas assez particulier, Thucydide s’efforcera, selon son habitude et au besoin, de rationaliser et de laisser les dieux de côté. 4/14
« C’est une époque pour laquelle il est difficile d’ajouter foi à tous les témoignages qui peuvent s’offrir à nous […] Au lieu de se donner la peine de rechercher la vérité, on préfère généralement adopter des idées toutes faites. »
(Guerre du Péloponnèse, I, 20). 5/14
Thucydide, malgré certaines erreurs d'interprétation et de datation, nous parait exagérément moderne pour un Athénien mort il y a presque 2 500 ans.
Pourtant, il ne fera pas l’unanimité au cours des siècles. Pire ! ostracisé, il reviendra comme un fantôme à Athènes. 6/14
Au IVe siècle avant J.-C., ni Platon, ni Isocrate et encore moins Aristote n’en parleront. Cicéron en sonnera le glas, lui qui le trouve “peu intelligible”.
Son œuvre fut néanmoins étudiée et commentée à Byzance, mais inconnue en Occident. 7/14
Il faudra attendre le XVe siècle pour que l’humaniste italien Lorenzo Valla en fasse une première traduction latine.
Cité par Voltaire dans l’Ingénu, Thucydide ne cadre pourtant pas avec l’idéalisation de la Grèce antique. 8/14
A contrario de l’Angleterre où Hobbes reconnaitra son génie, la France n’en démordra pas jusqu’à la Révolution française : Thucydide restera un auteur scolaire et non classique, une nuance qui aura son importance. 9/14
Décortiqué au XIXe siècle, on ne s'embarrasse plus trop maintenant de comprendre les erreurs de transcription (que l'on pensait imputable aux copistes) ni même à trouver un sens aux archaïsmes du texte contextualisé à son époque. 10/14
À l'époque moderne, les comparaisons ont émergé.
La guerre froide qui opposait l'Union soviétique, puissance continentale, face à l'Amérique, empire maritime marchand, a trouvé un écho certain chez Thucydide. De même, la Ligue de Délos préfigurait les marges de l'Otan. 11/14
Aujourd'hui, le concept de "piège de Thucydide" a été imaginé par le chercheur américain Graham T. Allison.
La peur d'une montée en puissance d'un État engendrerait une réaction de la part de la nation dominante. Elle préfigure ainsi un conflit potentiel avec la Chine. 12/14
Thucydide nous interroge également sur le principe d'une guerre préventive.
Professeur de l'Université de l'Illinois, John Vasquez pense que la guerre du Péloponnèse a été déclenchée pour empêcher un revirement adverse dans l’équilibre du pouvoir (cf. chapitre XXIII, I). 13/14
Toutes les informations de ce fil proviennent, en autres, de l'historien et traducteur Denis Roussel.
Informations complémentaires : Jacqueline de Romilly. Illustrations : Tom Lovell, Historia, Larousse, Getty images et Photostock. 14/14
L’extraordinaire voyage d’un Perse.
Au XIXe siècle, le Shah de Perse parcourt l’Europe et note ce qu’il voit : trains, villes, musées, parlements, mœurs.
Ce récit étonnant offre un regard oriental sur la modernité occidentale.🔽
En 1873, Nāṣer al-Dīn Shāh parcourt l’Europe et consigne ses observations dans un journal personnel. Dès les frontières, le choc culturel est immédiat :
« Quelle différence le Créateur a placée entre ces deux pays ! L’esprit s’y perd. »
La technique l’impressionne et retient immédiatement son regard. Sur les chemins de fer, il note simplement :
« Cela fut pour nous une source d’émerveillement. De nombreuses lignes de chemin de fer sont tracées dans toutes les directions. »
Ils connaissaient les risques : la potence ou le massacre.
En 1524-1525, le Saint-Empire romain germanique connaît l’un des plus grands soulèvements populaires de l’Europe pré-industrielle : la guerre des Paysans.
Près de 300 000 insurgés, un phénomène sans précédent. 🔽
Le soulèvement s’étend sur un espace immense : Souabe, Franconie, Thuringe, Alsace, Palatinat, Tyrol, Salzbourg.
Le mouvement ne naît pas d’un cas isolé mais d’une accumulation : pression fiscale croissante, durcissement du servage, transformation du droit coutumier, etc.
La Réforme protestante joue un rôle décisif comme catalyseur idéologique.
La diffusion des écrits de Luther, puis leur lecture populaire, permet de formuler les revendications sociales en termes religieux.
Que pensaient les Chinois du XVIIIᵉ siècle des Européens ?
Ils les décrivent comme un peuple de marchands riches aux coutumes singulières, où les femmes seraient très estimées et le mariage fondé sur l’affection.
Regard chinois saisissant sur l’Occident. 🔽
La source est un manuscrit illustré du XVIIIᵉ siècle, le Huang Qing Zhigong Tu, vaste inventaire impérial des « peuples tributaires ».
Chaque groupe y est décrit en chinois et en mandchou, accompagné d’une paire de portraits stylisés destinés à identifier les étrangers.
Les auteurs chinois décrivent les Européens par leurs traits physiques : peau très blanche, nez proéminent, yeux bleu-vert, cheveux dissimulés sous des perruques.
Ces caractéristiques deviennent des marqueurs ethniques pour identifier un groupe rarement observé directement.
Quand l'égyptologue Auguste Mariette pénètre dans le Sérapeum de Saqqarah, en 1851, il n'en croit pas ses yeux.
Il découvre le célèbre « Scribe accroupi » dans un état de conservation remarquable (vers 2600 - 2350 avant J.-C.)
Fil sur les découvertes de Mariette. 🔽
« À l'ouest, noyées dans la poussière d'or et de feu du soleil couchant, se dressaient les Pyramides. Le spectacle était grandiose. »
C’est dans ces paysages fascinants qu’Auguste Mariette, mû par un vif intérêt pour cette culture, fit ses premières explorations en Égypte.
Né le 21 février 1821, Auguste Mariette est issu d’un milieu modeste. C’est au musée local, devant une momie égyptienne enfermée dans un double sarcophage, qu’il développe une vive passion pour l’Égypte ancienne.
Les peintures hiéroglyphiques le fascinent profondément.
C'est l'une des plus grandes défaites de l'histoire de France : Azincourt, le 25 octobre 1415.
10 à 15 000 hommes de l'armée royale, sous le commandement du connétable de France, échouent face aux troupes du roi d'Angleterre, Henry V. Autopsie d'un revers historique. [1/12]
Sur une plaine détrempée par l’automne, au cœur d’une contrée froide et hostile, s'écrit l’un des chapitres les plus sombres du royaume.
D’un côté, la puissante armée française sous le commandement de Charles d'Albret, forte de milliers de chevaliers, l’honneur de l'ost français ; de l’autre, un roi d’Angleterre, Henry V et ses redoutables archers. Et jour-là, comme on le pensait vertement à l'époque, Dieu choisira son camp. [2/12]
À l'issue de ce bref affrontement, 6 000 chevaliers français, autrement dit la fine fleur de la chevalerie, tomberont sous le sifflement mortel des flèches anglaises.
« Le royaume de France est une nef qui menace de sombrer », disait le grand orateur Jean de Courtecuisse, après la bataille d'Azincourt. [3/12]
Le Saint Empire romain germanique, un cas unique dans l'histoire des empires. 🔽
Quand Charles Quint meurt, le 21 septembre 1558, l'entité décentralisée était décrite comme un « empire en miettes », très difficile à gouverner.
Fil sur ce singulier espace géographique. [1/15]
Empire fragmenté, composé de centaines de duchés, de comtés, de villes libres et d'autres principautés ; il s'agit d'un casse-tête juridique et territorial.
Mais au départ est le sacre. L'entité prend forme le 2 février 962, lorsque Othon Ier est couronné empereur. 2/15
Pourtant, si on parle de « Saint Empire romain germanique » (Heiliges Römisches Reich), ce nom sera adopté en réalité bien plus tard, au XVe siècle, sous le règne de Frédéric III. 3/15