Très involontairement, un hydroxychlorotroll notoire soulève un point intéressant : les différentes catégories de classement sans suite. Un petit thread explicatif, pas pour lui, son divorce d’avec la réalité ayant déjà été prononcé à ses torts exclusifs, mais pour les autres.
Le code de procédure pénale ne prévoit aucune nomenclature, et pour cause : un classement sans suite (CSS) est un classement sans suite, les effets sont les mêmes :
Mais à des fins statistiques, il a paru intéressant de savoir pourquoi un CSS était prononcé, car factuellement, un classement pour « y’a pas de preuve » et un classement pour rappel à la loi, ce n’est pas la même chose.
Il y a même un code numérique à deux chiffres (trois pour un cas qui a 4 sous-catégories) qui est apparu pour chaque grande catégorie, afin de leur enregistrement dans cette grande machine à produire des tableaux Excel qu’est l’administration.
Les motifs sont regroupés en 8 catégories, qui correspondent au premier chiffre du code numérique.
1 : Absence d’infraction : les faits dénoncés ne sont pas une infraction pénale. Par ex : une plainte contre un teinturier qui a endommagé un vêtement à lui confié. C’est du civil.
2 : infraction insuffisamment caractérisée. Là, le plaignant a bien visé une infraction qui existe. On progresse. Mais fatalitas on n’a pas les éléments constitutifs. Soit qu’ils n’existent pas, soit qu’on ne les a pas trouvés (généralement, parce qu’ils n’existent pas).
3 : Motifs juridiques. Ca se sous-divise en extinction de l’action publique (EAP) par retrait de plainte quand elle est obligatoire, amnistie, transaction, décès de l'auteur, prescription, abrogation de la loi pénale, chose jugée, immunité, auteur dément, procédure irrégulière.
4 : Poursuites inopportunes. Là, a priori, il y a de quoi aller à la baston, mais le parquet n’a pas envie et il n’est pas obligé. Il y a recherches infructueuses, désistement du plaignant, état mental déficient, carence du plaignant, comportement de la victime,
victime désintéressée, régularisation d’office de la situation illicite, trouble/préjudice peu important et enfin c’est Eolas l'avocat.
Ce sont ces CSS qui sont polémiques, et qui illustrent le principe d’opportunité des poursuites : le parquet pourrait mais point ne veut.
5 : Alternatives aux poursuites : le parquet décide d’un CSS mais sous condition, qui constitue un avertissement suffisant pour l’auteur et répare le dommage de l’éventuelle victime. Ca couvre la médiation, l’injonction thérapeutique, la régularisation à la demande du parquet,
le désintéressement de la victime à la demande du parquet, et l’avertissement pénal probatoire qui remplace le rappel à la loi, outre les mesures de réparation pour les mineurs, et l’orientation vers une structure sanitaire et sociale.
6 : alternative aux poursuites par une autre autorité que le parquet : des poursuites disciplinaires ont lieu contre l’auteur (par son ordre, son administration, son employeur) et cela suffit aux yeux du parquet.
7 : Auteur inconnu. L’auteur n’a pas été identifié, et c’est compliqué de le juger, du coup.
8 : Non lieu à assistance éducative. C’est un cas à part qui ne concerne que les mineurs pour des faits qui ne révèlent pas un problème intrafamilial, et qui ne concerne d’ailleurs pas forcément des infractions pénales (un mineur ramassé dans la rue à point d’heure par ex.)
Les rubriques 1, 2, 6, 7 et 8 ne concernent qu’un cas possible, on parle donc de classement 11, 21, 61, 71 et 81. Les autres se subdivisent : un classement pour amnistie est un classement 32, pour immunité, un CSS 35.
Les 4 causes d’extinction de l’action publique sont la rubrique 34, subdivisée en 341 décès du mis en cause, 342 abrogation de la loi 343 chose jugée et 344 prescription.
Dans l’affaire Bik, c’est un classement 21, infraction insuffisamment caractérisée. Notre ami Titi the worst tente de transformer Waterloo en Austerlitz en disant « mais je lis l’adverbe insuffisamment, donc si ça se trouve c’était suffisant ». Non, Titi. C’est pas ça.
La plainte, rédigée à grands frais par un avocat extrêmement talentueux, prenait des faits avérés, prenait des infractions existantes réellement dans le code pénal, et disait, et c’est là que ça se gâte, que les premier constituaient les secondes.
Spoiler : non.
Mais dès lors que les infractions visées existaient, ça ne pouvait être un CSS11. Il ne restait que le 21. Bien sûr on peut se dire qu’au bout d’investigations poussées on est passé à ça de confondre la coupable. un peu comme la chloroquine est à ça de soigner le COVID.
Mais ici ça ne tient pas. Les faits reprochés étaient constitués par des tweets écrits par une personne tweetant sous son vrai nom avec sa photo, et une personnalité reconnue dans son domaine de compétence.
Le travail a été assez simple. Ce tweet existe-t-il ? Oui, il est encore en ligne. Est-il écrit par Elisabeth Bik ? Oui, son compte est certifié pré-Elon. Est-ce une menace ? Pas du tout. Est-ce un chantage ? Ni de près ni de loin. 🚮CSS 21.
« Oui mais quand même il y a eu trois ans d’enquête ». Alors non. J’ai eu accès aux dates de dépôt de la plainte et de sa transmission aux services de police. Elle a pris la poussière pendant l’essentiel de ces trois ans.
Fin du 🧵, peace out.
Post scriptum
• • •
Missing some Tweet in this thread? You can try to
force a refresh
Rien d'étonnant, cher @jmaphatie. Le tribunal fait du droit, pas de la politique, et dans cette affaire il est bien le seul.
Le tribunal ne banalise nullement ni ces propos ni l'injure. Il dit même expressément le contraire dans ce jugement que vous avez lu, je n'en doute pas.
Tenez, c'est là : la liberté d'expression de @Enthoven_R et le droit de la @FranceInsoumise de préserver sa réputation appellent un égal respect. Donc les propos de @Enthoven_R vont, prévient le tribunal, être scrutés rigoureusement.
Il n'est pas possible de décréter que quelqu'un est con sans préciser sa pensée. Là encore, le jugement, que vous avez lu, puisque vous le dites, dit exactement le contraire — décidément, que de contresens ! C'est dans le même paragraphe : "en analysant...etc"
Quand un homme politique dit "je ne comprends pas pourquoi c'est interdit alors je vais faire voter une loi pour l'autoriser", il sait pourquoi c'est interdit, et qu'il fait une annonce qu'il ne pourra pas tenir.
Voici leur histoire. (DUM DUM)
La généalogie génétique, ou Forensic Genetic Genealogy, consiste à prendre des traces ADN prélevées sur une scène de crime et attribuées à l'auteur, et non pas les comparer à une base de traces comme le FNAEG qu'il mentionne (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques)
comparaison qui dit "c'est lui" avec une très forte probabilité ou "c'est pas lui" avec une certitude absolue, mais de rechercher et identifier des parents de cette personne pour ensuite examiner leur entourage à la recherche d'un suspect.
Que ce soit très clair : tout ce que dit @HerveLehman ici est faux. Que ce soit un mensonge ou de l'inculture mêlée d'aveuglement idéologique, je l'ignore, et je m'en fiche un peu.
Maintenant, je ne le blâme pas : personne ne met en doute ses affirmations ou lui demande des sources. Pourquoi se fatiguerait-il à faire un travail sérieux quand un niveau café du commerce lui assure d'être invité et réinvité ? Je respecte les fainéants.
L'élection de Mitterrand, comme toutes les élections jusqu'en 2002, s'est accompagnée d'une loi d'amnistie et de décrets de grâce collective (il y en avait aussi tous les 14 juillet, y compris sous De Gaulle ; Sarkozy y a mis fin, sans doute le regrette-t-il aujourd'hui.
Tiens, puisque j'ai bien énervé les fachotrolls, autant continuer. Voici une historie arrivée sur les réseaux sociaux espagnols, où l'extrême droite sort là aussi du coma, plus tardivement que le reste de l'Europe car là bas il restait pas mal de gens l'ayant connu au pouvoir.
Désormais, tous les moins de 50 ans n'ayant pas connu Franco, quasiment plus aucun survivant de la guerre civile n'étant encore là, la bête immonde relève la tête, via le parti Vox, qui a eu l'intelligence de ne pas se dire franquiste ni revendiquer le franquisme.
Comme toujours, c'est plus subtil que ça. C'était pas si terrible que la gauche le raconte, et il n'y avait pas d'étrangers en Espagne (vu que c'était les Espagnols qui émigraient), etc. La sauce prend car la malédiction de l'Homme est d'oublier.
Tiens, et si ce soir, comme ça, sans raison aucune, nous parlions du délit d'atteinte à la vie privée (art. 226-1 du code pénal). Ce délit consiste (notamment) à capter, enregistrer ou transmettre des paroles prononcées à titre privé ou confidentiel.
Il consiste aussi à fixer, enregistrer ou transmettre l'image d'une personne dans un lieu privé, et depuis peu, à géolocaliser quelqu'un sans son accord.
Ce délit est passible au maximum d'un an de prison et de 45000 euros d'amende.
Prenons l'hypothèse imaginaire de personnes assises dans un restaurant et devisant de l'actualité. Quelqu'un qui les filmeraient et enregistrerait leur propos à leur insu commettrait-il l'infraction ?
Et au moment où j'écris ces lignes, je suis appelé pour une garde à vue où on me demande de me présenter toute affaire cessante. Je vous explique en quoi le schéma a raison dès mon retour. (Spoiler : il a raison)
Me voici de retour. Adoncques, voyons la première affirmation : "Chez nos voisins 🇪🇺, les agriculteurs peuvent protéger leurs récoltes, en 🇫🇷 le Conseil constitutionnel l’interdit."
Bigre. Le Conseil constitutionnel a interdit aux agriculteurs de protéger leurs récoltes ?