Avant de se satisfaire bruyamment de ce classement il faudrait peut-être s'interroger sur sa signification réelle.
Un petit fil explicatif me semble nécessaire.
---
Pour monter dans la classement de Shanghai la France a mené une politique visant à fusionner les établissements.
Lorsque vous fusionnez deux universités de taille moyenne, vous en créez automatiquement une grosse, et lorsque vous fusionnez deux grosses, vous en créez une énorme. Est-ce que cela signifie que votre recherche est de meilleure qualité et vos étudiants mieux formés? Non.
En revanche, plus vous fusionnez, plus vous empilez des structures bureaucratiques. Tout le monde décide à son niveau et tout le monde ne tire pas toujours dans le même sens. Résultat: cela crée des tensions, des conflits, des décisions absurdes ou non suivies sur le terrain.
Pour éviter ces problèmes, le gouvernement entend donner plus de pouvoir aux structures centrales au détriment des agents de terrain, c'est « l'autonomie » des universités qui se traduit par une perte d'autonomie des enseignants-chercheurs eux-mêmes.
Mais les présidents d'universités se retrouvent à la tête de vastes structures sur lesquelles ils n'ont pratiquement aucun pouvoir et légitimité. À Paris Saclay, la première du classement, les problèmes de gouvernance ont conduit à sa mise sous tutelle: lemonde.fr/societe/articl…
Les fusions d'université consument un temps fou et épaississent la couche bureaucratique auxquels les enseignants-chercheurs sont confrontés. Chaque décision stratégique doit être validée par le département, l'UFR, les conseils centraux, la COMUE, etc. À chaque fois, une réunion.
Au lieu de faire confiance, on multiplie les indicateurs, on recrute des chargés de mission, des ingénieurs pédagogiques, et faute d'un budget extensible, cela se traduit par une baisse des recrutements des personnels de scolarité et d'enseignement.
Les personnels les moins motivés par leur métier peuvent alors embrasser une carrière exclusivement bureaucratique en prenant en charge des missions et des responsabilités qui se multiplient au fur et à mesure que les établissements accaparent les moyens au détriment des UFR.
On a ainsi des enseignants-chercheurs qui ne font plus cours et qui ne publient plus rien, mais dont le métier est de prendre en charge des missions périphériques qui ne cessent de se développer (communication, coordination de la pédagogie, partenariats...)
On a des dizaines de personnels administratifs qui ne sont plus en scolarité et ne travaillent plus sur des activités de recherche mais qui coordonnent les actions de l'établissement dans des missions qu'il s'est lui-même données, en toute autonomie.
Bref, plus les universités françaises grimpent dans le classement de Shanghai, plus la qualité réelle de la recherche et de l'enseignement diminue.
On me dit, qu'il faut bien des classements, des évaluations, pour juger les politiques publiques et vérifier que l'argent des contribuables est bien dépensé.
ÉVIDEMMENT.
Mais cela ne justifie pas de faire n'importe quoi.
D'abord, un classement n'est pas une évaluation. Une évaluation repose sur une définition claire des objectifs à accomplir.
Or, le @sup_recherche est bien incapable de dire quels objectifs est censé accomplir sa politique de fusion et d'autonomie des établissements.
Ensuite, toute évaluation / classement devrait reposer sur une discussion ouverte sur les indicateurs et les critères à partir desquels on procède. Pour un classement international, il faudrait une discussion au sein de l'OCDE par exemple, comme c'est le cas pour PISA.
Or, le classement de Shanghai émane d'une université chinoise, n'a fait l'objet d'aucun accord international et repose sur des critères parfaitement arbitraires. Il n'intègre aucune donnée sur la qualité de l'enseignement et privilégie outrageusement les revues anglo-saxonnes.
De plus, à part en France, tout le monde s'en fiche éperdument. D'ailleurs, l'université Havard, qui est première dans ce classement depuis plus de 20 ans n'en fait absolument pas la promotion (je vous invite à jeter à œil à son site internet). harvard.edu/media-relation…
Qu'on évalue la qualité du travail des universitaires c'est très bien. Évaluer les universités c'est déjà plus compliqué étant donné que ce sont des entités très hétérogènes et que la recherche ne se fait pas au sein des universités mais au sein des laboratoires et des UFR.
Car oui, les politiques d'établissement n'ont presque aucun effet sur le terrain. Déjà, l'essentiel des fonds ne vient pas des universités mais des appels à projets nationaux et européens. Les recrutements se font au sein des UFR (facultés) et non par les conseils centraux.
Mais la vraie raison pour laquelle les universités ont peu d'influence sur les stratégies de recherche, c'est que les collaborations de chercheurs ne se limitent pas à l'établissement. On collabore avec des collègues de toute université et de tous pays.
Prendre l'analogie des JO comme le fait @sretailleau est un contresens absolu.
Les chercheurs ne sont pas des sportifs qui s'entrainent en nations qui luttent les unes contre les autres. Ils collaborent à l'échelle internationale, et heureusement!
Alors si on entend procéder à des évaluations, discutons des critères et des objectifs qu'on donne à la recherche et évitons de produire n'importe quel classement selon n'importe quel critère juste parce qu'on trouve ça joli sans jamais s'interroger sur les objectifs derrière.
• • •
Missing some Tweet in this thread? You can try to
force a refresh
Ce qui m'agace dans cette campagne européenne c'est qu'absolument personne ne parvient à faire un véritable travail d'introspection sur le projet européen.
L'UE devait assurer la prospérité, la paix, la démocratie, la performance. 1/7
Le tournant néolibéral qu'elle a pris en 1986 (marché unique) et 1992 (monnaie unique) a-t-il eu le résultat escompté ?
La stratégie de Lisbonne des années 2000 a-t-elle propulsée l'UE comme un acteur incontournable des nouvelles technologies? 2/7
L'euro a-t-il permis d'attirer les investissements du monde entier. Est-elle une monnaie de réserve concurrente du dollar ?
Les modèles sociaux européens, les meilleurs au monde dans les années 1990 (services publics, droits sociaux...) satisfont-ils toujours les usagers ? 3/7
Ce qui m'étonne, c'est qu'il y ait encore des gens pour nier le lien entre le principe du Merit Order et le fait que le prix de l'électricité sur le marché spot soit connecté à celui du gaz.
Alors on va brièvement expliquer ce lien. 1/7
Le Merit Order consiste à appeler les centrales à produire en fonction des besoins du réseau et de leur coût marginal.
Son principe est simple: lorsque les besoins augmentent, des centrales au coût marginal plus élevé sont appelées à produire.
Ici par exemple, de P1 à P2. 2/7
De ce fait, l'hiver et en période de forte demande, ce sont les centrales dont le coût marginal est le plus élevé qui déterminent le prix de l'électricité, puisque ce dernier doit forcément excéder le coût marginal de production. 3/7
Ce fil mérite quelques commentaires. 1/ 2600€ par mois c'est en brut. Le salaire net moyen est de 2100€. À cette somme, il faut retrancher l'impôt sur le revenu pour estimer ce qu'on reçoit sur son compte.
2/ Le même salaire pour tout le monde ça signifie concrètement aucune augmentation individuelle ni perspective de voir sa fiche de paie augmenter en cas d'évolution de carrière, aucune prime. Jamais. Il faut espérer que les heures supplémentaires soient tout de même payées.
3/ Bien entendu, l'idée de se former pour espérer une promotion, on oublie. On pourra bien sûr changer de poste mais en gardant le même salaire.
"Puisque ça n'a pas marché, il faut accélérer".
@StephaneLauer a beau identifier que le déclin de l'UE date des années 1980, c'est-à-dire du moment où on a lancé le marché unique, il en conclut bizarrement qu'il faut parachever l'intégration européenne. ⤵️ lemonde.fr/economie/artic…
Tout cela à base de démonstration dénonçant les méchants "souverainistes et populistes" et sans jamais faire preuve de la moindre réflexivité sur les causes réelles de cet échec, à part une critique des règles budgétaires... qui sont la conséquences de la monnaie unique.
Pourquoi l'UE avec toutes ses monnaies différentes, ses contrôles des capitaux, l'absence de libre circulation du travail... rattrapait les États-Unis jusqu'aux années 1980?
Et pourquoi elle décroche depuis qu'on a la monnaie unique et la concurrence libre et non faussée?
Et on sait pourquoi.
Depuis l'instauration du marché unique et la libéralisation des flux de capitaux, les investissements industriels se concentrent près des ports de la Mer du nord et là où les coûts du travail sont faibles. 1/
La France, le Royaume-Uni, la Finlande, la Roumanie, la Grèce, le Portugal ont été les grands perdants du marché unique en raison de leur situation géographiquement périphérique.
Seule l'Irlande a pu rester attractive grâce à sa politique fiscale très agressive.
Pour une analyse plus détaillée des effets de la concentration industrielle engendrés par le marché unique, lire ce papier disponible gratuitement sur la plateforme ResearchGate. ⤵️
. researchgate.net/publication/33…
Jacques Delors est décédé.
Il a été l'initiateur et le négociateur de l'Acte unique, le traité européen qui a fait basculer l'UE dans le néolibéralisme.
Un #fil. ⤵️ touteleurope.eu/fonctionnement…
Pour la plupart des gens, le traité européen le plus important est celui de Maastricht (1992) car il a permis la création de la monnaie unique et qu'il a donné lieu à un référendum âprement débattu où le "oui" ne l'a emporté que de justesse.
Le traité de Lisbonne (2007) qui fait suite à l'échec du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen est également considéré comme important pour les mêmes raisons.