🌳🏢Beaucoup se demandent sur Twitter pourquoi les avenues et boulevards à #Paris sont si larges.
On lit nombre de théories farfelues, anachroniques voire complotistes au sujet d'#Haussmann.
Je vous propose donc de comprendre la vraie raison, la vraie priorité du 19e siècle.
1/n
Les grandes métropoles du monde industriel naissant avaient le principal désavantage de favoriser misère et promiscuité, ce qui se traduisait par des épidémies à la fois mortelles et de plus en plus fréquentes.
Le #choléra tue 18000 parisiens rien qu'en 1832.
Imaginez à Paris des quartiers entiers perdant soudainement entre 5 et 6% de leur population (cas de St Merri).
Et ce potentiellement tous les ans.
La terreur fondamentale de cette époque, c'est donc de ne pas mourir de ces pandémies: choléra, typhus, typhoïde, tuberculose etc...
Les pandémies n'étaient pas chose nouvelle. En 430 avant JC, la peste d'Athènes réduit à néant la domination de cette ville sur la Grèce, emportant Périclès et changeant le cours de l'Histoire.
Quant à la peste noire de 1346-1353, elle tue entre 75 et 200 millions de personnes.
Sauf qu'avec des villes toujours plus grandes et plus peuplées, la fréquence des vagues épidémiques s'accélère.
Il faut réagir, mais comment?
On croyait alors que ces maladies étaient transmises par les "miasmes", les mauvaises odeurs.
C'était scientifiquement faux. Le choléra était transmis par un bacille qui prospérait dans des eaux contaminées par les selles des victimes.
Le médecin John Snow a pu le démontrer en 1855 en démontrant que ces victimes avaient toutes bues la même eau à la même pompe.
Mais le temps que les preuves de Snow soient admises, Londres et Paris vont s'équiper en attendant du meilleur arsenal anti-épidémies possibles: un réseau d'égout moderne à double-flux (pour éviter les mauvaises odeurs, et donc les "miasmes").
Pour construire ces égouts, il faut de la place. Il faut tracer des grands axes avec une pente régulière, car ils sont gravitaires.
Ce fut le travail conjoint de deux ingénieurs parisiens, Adolphe Alphand et Eugène Belgrand. Ce sont eux qui ont changé la physionomie de Paris.
Alphand, qui est en charge des promenades parisiennes, mais qui supervise en réalité tous ces travaux, en profite pour planter des arbres, toujours dans un but d'hygiène et d'assainissement de la ville.
Sauf que tout le gabarit que vous voyez en surface, est en réalité déterminé par ce qu'il y a en dessous!
Les travaux de cette époque sont pensés et intégrés avec le sous-sol, en trois dimensions!
D'où cette largeur, d'où ces tracés droits et rayonnants, ces "promenades".
Ce réseau d'égout moderne fut-il efficace?
OUI, même si ce n'était pas à cause de la disparition des "miasmes".
En quelques années, les épidémies de choléra, typhus et peste disparaîtront à Paris.
Il ne restait plus que le cas de la tuberculose, encore apparemment insoluble.
La grande peur du 19e siècle fut donc vaincue par ces égouts, et l'approvisionnement en une eau potable de bonne qualité.
Dès lors, toutes les autres métropoles du monde vont imiter Londres et Paris, qui deviennent des modèles de salubrité et de modernité pour l'international.
Sauf que quelques décennies après cette formidable victoire technique, on va vite oublier les raisons hygiénistes qui ont nécessité cette restructuration complète de nos villes.
On va réécrire l'Histoire, et inventer de toutes pièces des raisons plus ou moins fantaisistes.
Des historiens post-marxistes prétendront, par exemple, que ces grands axes auraient été conçus pour empêcher le prolétariat parisien de se révolter... voire, pour pouvoir tirer au canon sur les insurgés!
C'est évidemment faux, la priorité de l'époque n'était pas là.
Mais la palme de la théorie la plus délirante et la plus clairement "cintrée", je viens de la lire ce matin de la plume d'un apologue frénétique du vélo, pour qui rien d'autre ne compte.
C'est d'ailleurs ce qui m'a donné l'envie de rédiger ce thread.
Si notre cycliste mono-obsessionnel avait daigné consulter la carte du réseau du SIIAP et comprendre que les voitures à moteur n'existaient pas en 1856, il se serait aperçu que sous l'avenue de l'Opéra, il y a un des collecteurs principaux des eaux usées de Paris.
CQFD
Ironiquement d'ailleurs, ce fut à #Paris que l'on inventa les premières #PistesCyclables, grâce à l'urbaniste-paysagiste Jean-Claude Nicolas Forestier, celui ayant dessiné les parcs du #ChampDeMars et de Bagatelle.
Forestier s'était inspiré en cela des "parkways" inventées par FL Olmsted outre-Atlantique. Et dans un dialogue créatif de haute qualité entre paysagistes français et américains, les héritiers de ce dernier installèrent également des pistes cyclables chez eux.
Les parkways cyclables américaines finirent en effet, dans bien des cas, par être hélas converties en autoroutes dans les années 40.
Ce qui est une perte grave.
En France en revanche...
Ce sont les socialistes et les écologistes de notre majorité municipale qui, plutôt que de rendre hommage à Forestier, décidérent de détruire le Champ de Mars "au nom du vélo" (entre autres raisons) et de le remplacer par le projet très contesté OnE, que @FNE_Paris a pu arrêter.
Quoiqu'il en soit.
Que ce soient au sujet des arbres urbains (qui ont besoin d'un sol) ou de la santé urbaine, ayez désormais le réflexe de penser nos villes en 3 dimensions.
Il y a ce que vous voyez au-dessus⏫, et il y a ce que vous ne voyez pas, situé en-dessous⏬.
Et ces deux aspects sont intimement liés: la largeur des rues, des avenues, la hauteur maximale des gabarits des immeubles, le type des immeubles en question etc...
Tout commence par le sol, par la partie enterrée et invisible.
🌳Alphand avait d'ailleurs prévu que la hauteur maximale des immeubles dits "haussmanniens" soit déterminée par la hauteur moyenne d'un arbre adulte courant de l'époque (orme, platane, tilleul ou marronnier), soit 24 m.
#Paris est donc une ville pensée "à hauteur d'arbre"!
PS: J'ai rédigé ce fil au gré de mon inspiration, illustrant certains de mes travaux antérieurs.
Quelques coquilles ou fautes s'y sont greffées, et j'en suis désolé.
Par exemple, il fallait lire "apologiste" et non "apologue" (qui est un genre littéraire) au sujet de @LCyclable.
@LCyclable Pendant plusieurs années, j'ai eu en effet l'honneur de codiriger les travaux de la @FondationAIA, au sujet du lien entre santé humaine et forme des villes.
C'est là que je me suis plongé dans l'oeuvre majeure de Belgrand et Alphand... c'est à dire le #Paris que nous connaissons!
@LCyclable @FondationAIA Merci donc à tous les médecins, historiens, universitaires, urbanistes et collègues avec qui j'ai pu travailler sur ces sujets durant ces années, et en particulier mon ami Albert Lévy (@LAVUE_CNRS), également membre du CA de @FNE_Paris et auteur d'articles dans @lemondefr.
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🌳Enorme polémique hier suite à l'abattage de cette rangée de peupliers blancs (Populus alba) sur le site touristique du port du Louvre.
Faisons taire tout de suite certaines rumeurs: ces arbres ont été abattus début 2023.
Mais je vais vous expliquer leur histoire...
Concernant cette date d'abattage, s'ils sont bien présents en novembre 2022, en revanche, cette photographie prise durant l'été 2023 démontre bien qu'ils ne sont hélas, déjà plus là.
3/n
Il s'agit de sujets assez jeunes. Une première évaluation basée sur la circonférence des survivants donne 39 ans, ce qui correspond aux travaux des quais de la fin des années 80.
Rien à voir avec les énormes arbres centenaires abattus récemment devant l'hôtel de ville.
Tout d'abord, rappelons que les résines tuent les arbres à petit feu.
Un arbre a besoin d'un VRAI SOL, avec une VRAIE BIODIVERSITE située sur plusieurs couches de sol spécialisées, ce qui lui permet d'absorber et de recycler tous ses nutriments essentiels.
3/n
Les résines bloquent une partie de ces cycles essentiels qui nécessitent des échanges continus avec l'atmosphère (les bestioles du sol ont besoin de respirer).
Avec le temps, elles finissent par se boucher et ne plus laisser passer l'air ou l'eau.
🚨🦠POLLUTION AUX CYANOBACTERIES dans les lacs du bois de Vincennes
La concentration extrême de nutriments dans les eaux stagnantes (Phosphore + Azote) favorise une "efflorescence", la multiplication de ces organismes pourtant aux origines de la vie sur Terre.
@Ecureuil122
Toute la surface de l'eau (ici: lac de St-Mandé) paraît "huileuse" tellement elle concentre des milliards de ces organismes microscopiques.
Avec leur décomposition et la chaleur, le taux d'oxygène dissout diminue rapidement, et beaucoup d'animaux aquatiques suffoquent et meurent.
Les cyanobactéries fabriquent des cyanotoxines qui peuvent devenir très dangereuses à ces concentrations extrêmes.
Chaque année, des dizaines de chiens meurent en France pour s'être baignés dans des eaux contaminées alors qu'ils cherchaient à se rafraîchir.30millionsdamis.fr/actualites/art…
Transplanter des arbres adultes, par définition cela revient à les abimer.
Alphand l'avait constaté à son époque: plus l'arbre est âgé, plus son réseau racinaire est dense, et plus il y a de chances pour qu'il ne s'en sorte pas.
Règle également valable au Japon ou à Hong Kong.
Grosso modo, il avait remarqué qu'au-delà de 30 ou 40 ans, le taux de survie était divisé par deux, même en faisant preuve d'une énorme minutie.
Donc aujourd'hui, la règle universelle consiste à ne même plus tenter de transplanter de tels arbres.
🌳Devant l'émotion suscitée par l'abattage d'un des arbres classés les plus emblématiques de Paris place de Furstemberg, ainsi que 4 autres de la même espèce place Laurent Terzieff, quelques explications s'imposent.
Regardons le cycle de vie des Paulownias.
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@AArbresCitoyens
Le Paulownia impérial est un arbre ornemental de moyenne tige (15m en moyenne en ville), qui grandit exceptionnellement vite lorsqu'il est jeune, puis qui, une fois atteint sa taille adulte, prend alors son temps et gagne en volume de tronc.
D'abord en hauteur, puis en largeur!
Il atteint sa taille optimale en dix ans seulement... puis seulement, son tronc prend du volume, s'élargit jusqu'à ressembler à une "patte d'éléphant". Il peut alors atteindre un diamètre considérable après quelques décennies, et peut vivre jusqu'à 150 ans.
Contexte:
Les toitures plates des bâtiments des années 50-70 sont souvent recouvertes d'un enduit bitumineux très sombre qui, certains étés, peut voir sa température monter jusqu'à 70°C et au-delà, surtout dans le sud de la France.
✅Oui, repeindre cet enduit dans un blanc éclatant diminuera de plusieurs dizaines de degrés sa température de surface, puisqu'il réfléchira la lumière au lieu d'absorber et d'accumuler son énergie.
Le chiffre annoncé par @EricPiolle est donc plausible, mais néanmoins incomplet.