Quels sont les "systèmes d'arme" les plus cruciaux en Ukraine ? Pas ceux que vous croyez.
La question revient souvent chez les journalistes. Après mure réflexion, voici ma liste des 10 systèmes les plus structurants en Ukraine, du troufion à l'arme nucléaire : 1) le Fantassin.
Eh oui : cela ne change pas. Le fantassin reste le cœur du sujet. Il est "le" système d'arme autour duquel tout se structure dans cette guerre. De son nombre, de son équipement, de l'état de ses pieds, de son sommeil et de son estomac, de son moral dépend l'issue de la guerre.2/
Le fantassin et ses armes légères bien entendu. Que de changement depuis 1914, qui ne les armait que d'un fusil à verrou avec baïonnette. L'infanterie sait tout faire : antichar, antiaérien, antivéhicule, renseignement, minage, défense, attaque, génie, médical, ...etc. 3/
Notez bien aussi qu'une des meilleures amies du fantassin (avec la chaussette sèche) reste la pelle. Il faut creuser ou mourir. Tout le temps. C'est aussi une leçon du passé pour le futur. L'ère de l'explosif moderne, commencée au milieu du XIXe siècle, impose toujours la pelle.
2) le canon de 155mm (ou 152mm). L'artillerie lourde reste le meilleur ami ou le meilleur ennemi du fantassin. A condition qu'elle ait des tubes, des obus et un bon système de reconnaissance/ciblage. Plus que le simple canon, la "capacité" complète compte. 5/
3) le véhicule blindé de combat d'infanterie (VCI), si possible à chenilles, et doté d'un canon automatique. Le "taxi" de l'infanterie est le blindé le plus important. Pas le char. Et si le bon vieux "Bradley" tire admirablement son épingle du jeu, les BMP restent utiles. 6/
Sans VCI, pas d'infanterie au combat, soutenue, appuyée, évacuée, transportée, ravitaillée. Bien sur, ce n'est pas la solution unique, le VCI reste au service du système prépondérant - le fantassin. La mobilité tactique par moto ou buggy, ça marche aussi. 7/
4) la mine. Ouais. La bonne vieille mine. Celle qu'on pensait reléguée aux poubelles de l'histoire. la mine, qu'elle soit anti-véhicule ou antipersonnelle, reste à la fois indispensable et structurante dans les opérations. 8/
(j'en profite pour vous rappeler qu'on en a longuement parlé avec @CPdM21 chez @alexjubelin - oui il faudra aussi faire un épisode sur les mines navales). 9/ open.spotify.com/show/6E9OhYHyC…
Je pense que les pays qui se sont interdit la mine antipersonnelle pour des raisons humanitaires (convention d'Ottawa) ont eu raison de le faire, et il leur reste les mines anti véhicules. Mais il faut admettre que cela compliquerait leur éventuelles opérations défensives. 10/
En tous cas, il faut réinvestir la capacité de minage anti véhicule, notamment dynamique (par bombe ou roquette dispersante) ainsi bien entendu que la capacité de déminage / bréchage. 11/
5) La trame antiaérienne au sol. Oui, je sais, nos amis chasseurs ne sont pas contents, mais la trame antiaérienne au sol - la DCA - dans toutes ses couches, depuis le canon courte portée jusqu'au missile longue portée - est plus structurante en Ukraine que la chasse. 12/
La défense sol air, c'est un "système de systèmes", qui combine des capacités inutiles une par une en un ensemble redoutable : radars, postes de commandement et de traitement de données, relais de communication, lance-missiles, canons, ...etc. 13/
Face à l'évolution des capacités de frappe dans la profondeur, la chasse ne suffit plus (mais elle reste importante). En tous cas en Ukraine la DSA est cruciale, à condition qu'elle ait assez de missiles. 14/
6) La bombe d'aviation guidée. C'est un peu l'équivalent de l'obus, mais pour l'air. Une munition qui concilie un cout abordable, une forte puissance et une précision correcte. Elle est bien plus cruciale que les missiles de croisière. 15/
Notez qu'avec une bonne trame antiaérienne au sol et une bonne allonge, ces armes peuvent être lancées par n'importe quel avion capable de les emporter, même ancien. Un "camion à bombes" suffit (coucou la Patmar) 16/
7) les camions de ravitaillement. Ils sont d'une importance cruciale pour assurer le lien logistique, maintenir le tempo des opérations, préserver l'efficacité opérationnelle des forces, et surtout du trio "fantassin, VCI, canon de 155" qui est le cœur de la force. 17/
8) Les systèmes de guerre électronique. Parce que la GE est un sujet incroyablement important, même s'il est peu visuel. C'est la GE qui détermine une partie de la transparence ou de l'opacité du champ de bataille, qui conditionne le succès ou l'échec des manœuvres. 18/
9) le drone FPV. Oui, il s'est imposé comme un système structurant en Ukraine. Pour la première fois, on a substitué à un déficit de puissance de feu par artillerie ou aviation "autre chose", en l’occurrence un drone. Ils sont sans doute sauvé en partie l'Ukraine au printemps 24.
L'avenir des drones FPV sera complexe, la course à la lutte contre les drones est en bonne voie. Mais cette dynamique d'innovation "cuirasse épée" est là pour durer quelques années. Elle est devenue structurante, et pas qu'en Ukraine. 20/
10) L'arme nucléaire. Elle clos la liste commencée par le fantassin. Oui, l'arme nucléaire reste une des armes les plus structurantes en Ukraine. Par son existence plus que son emploi. Elle est en surplomb de tout le conflit. 21/
La Russie n'aurait pas lancé cette guerre d'agression sous cette forme sans son "parapluie" national nucléaire. Les soutiens de l'Ukraine ne se seraient pas autant retenus sans l'arme nucléaire russe. 22/
Mais la Russie ne se serait pas retenue de frapper certains soutiens de l'Ukraine sans la présence de l'OTAN et des puissances nucléaires occidentales. Cette guerre reste une guerre de fantassins, mais de l'âge nucléaire. 23/
Voilà la liste des 10. Cela ne veut pas dire que les autres systèmes ne sont pas importants, voire parfois cruciaux pour une ou plusieurs opérations. Cela ne veut pas dire non plus qu'ils sont toujours décisifs partout. Mais ils structurent ce conflit 24/
On aurait pu citer les lance-roquettes, les chasseurs / bombardiers, le chars de combat, satellites... Mais je pense qu'ils sont "un cran derrière" en termes de structuration du champ de bataille. FIN
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Un vrai argument, et un faux. Oui, dans le cadre d'une relation transatlantique qui ne va pas disparaitre (parce que l'océan est là), les USA et l'Europe ont "besoin" de forger une alliance sure et honnête. Non, l'Europe n'a pas "besoin" des USA pour se défendre seule. 2/
Cet argument selon lequel les Européens seraient "incapables" de prendre leur destin en main et qu'ils auraient "naturellement et pour toujours" besoin des Américains pour être non seulement des alliés, mais aussi des protecteurs et des leaders est un des plus dangereux qui soit.
Il se comporte comme une prophétie auto-réalisatrice : il décourage l'idée même d'aller vers l'autonomie stratégique (que nous n'avons pas aujourd'hui) et vers un modèle de force complet, autonome, "compatible mais indépendant" des US. 3/
Intéressant passage de @ThierryBreton ce matin chez @guillaumeerner. Globalement en phase. Un point de désaccord : l'idée que "les Européens n'ont plus d'amis"... C'est un raccourci qui fait fi de l'héritage juridique occidental, unique au monde. 1/
Pour le dire simplement, nous restons proches des démocraties de la "rule of law", qui placent le gouvernement par les lois au dessus des hommes et de leurs fidélités personnelles. C'est l'héritage de la tradition juridique occidentale, issue de notre longue histoire. 2/
Il y a d'autres systèmes juridiques, bien entendu. Mais le notre est historiquement le seul qui "soumet en temps ordinaire le prince à la loi commune". Une loi qui est univoque, connue, la même pour tous (mais pas forcément égalitaire) et auquel le pouvoir se soumet. 3/
Le coup de pression de Trump sur les tarifs douaniers imposés aux pays qui résistent à l'annexion du Groenland est la suite logique de la recherche d'une fracturation de l'Union européenne. Tout comme Poutine, Trump veut détruire l'OTAN et l'UE. 1/
Parce que ce sont des organisations démocratiques qui fonctionnent sur un principe d'égalité et de respect, qui rendent collectivement forts les faibles sans "domination" (mais avec un "leadership") des grands, elles sont les ennemies des empires brutaux. 2/
Tout comme Trump, à domicile, fera tout pour détruire le pouvoir des États, il est prêt à aller très loin pour diviser les Européens. Le Groenland est un test majeur, avec beaucoup de "mauvaises options" pour nous : se soumettre, mais aussi "trop résister trop fort"... 3/
Si le Canada confirme un "alignement" durable avec la Chine, c'est un exemple de plus du réflexe des "petits" pays (sur le plan de la puissance) qui se cherchent des "garants et protecteurs forts" contre les menaces. 1/
Je pense que nos amis Canadiens ont bien compris que si le Groenland tombe dans l'escarcelle américaine, ils sont les prochains sur le menu impérialiste américain. Après-tout, les Etats-Unis ont, de longue date, essayé de "prendre" le Canada, aux XVIIIe et XIXe siècles. 2/
Seule la détermination du Royaume Uni d'abord puis l'adhésion commune à un ordre démocratique basé sur le respect des souverainetés a protégé le Canada de son puissant voisin. Mais le garant britannique n'est plus fort et les Etats-Unis risquent de quitter l’État de droit.
Toujours le même dialogue de sourd entre l’État et les industriels de l'armement (terrestre) : l’État leur reproche de ne pas prendre de risques, ils lui répondent qu'il ne commande pas assez. On n'en sort pas. Pour de bonnes raisons : 🧶 1/
Je dis "terrestre", parce que pour l'aérien et le naval, les choses vont plutôt bien : le Rafale s'exporte. Malgré des échecs, Naval Group va plutôt bien. De toute façon les solutions nationales pour le naval et l'aérien - très liées à la dissuasion - auront toujours la main. 2/
Et pour ce qui est des missiles, pas trop le choix, c'est un peu "MBDA ou les Américains". Sauf pour le projet balistique où Ariane Group essaye de se positionner, ce qui secoue MBDA et son projet de missile de croisière. IMHO le balistique est meilleur pour le besoin actuel. 3/
C'est vrai. Comme je l'ai déjà écrit ici, la faiblesse relative du soutien militaire français à l'Ukraine, en termes financiers, restera pour beaucoup, dont je fais partie, comme une honte nationale au regard des enjeux de sécurité en Europe. 1/
Et c'est vrai, aussi, cette faiblesse, par rapport à l'engagement d'autres pays européens, nous coute en termes d'influence en Europe. Nous sommes moins audibles, parce que nous faisons peu, en comparaison des autres et au regard de notre richesse nationale. 2/
Alors certes, nous contribuons aux aides de l'UE à mesure de notre quote-part (environ 20% de l'aide de l'UE). Mais cela ne représente qu'un cout très modeste pour nous, qui nous place parmi les pays les moins impliqués. 3/