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Oct 18, 2024 103 tweets 14 min read Read on X
La septième semaine de procès des viols de #Mazan s’achève aujourd’hui avec deux derniers interrogatoires sur les faits. Gisèle #Pelicot vient d’arriver, le soleil est revenu. LT à suivre pour @franceinfo
L'audience est ouverte. Le président commence par interroger Dominique Pelicot. "Nous sommes à mi-parcours de la situation de l'ensemble des coaccusés. Certains éléments sont apparus dans le cadre des débats qui nécessitent que je vous donne la parole, annonce-t-il.
"Et la semaine prochaine, si madame Pelicot y consent, je lui donnerai la parole", précise le président. Son conseil, Stéphane Babonneau, propose que ce soit mercredi.
"Dans l'organisation de ces rendez-vous, on sait désormais que la totalité des contacts s'est fait par Coco, et ensuite par d'autres moyens, par Skype, par téléphone, de façon à fixer les modalités du rendez-vous", commence par rappeler le président.
"On a eu des dépositions divergentes sur l'organisation de ces rendez-vous. Vous pensez avoir été constant dans les indications que vous avez donné à l'ensemble des accusés ?", lui demande le président.
Il précise : "Et notamment, d'avoir systématiquement précisé que madame Pelicot serait endormie au moyen d'un médicament que vous lui auriez préalablement administré ?"
"Oui. Tous ceux que j'ai eu en contact, ont eu la totalité de ce que j'ai évoqué : elle était droguée par mes soins, il y a avait des obligations qui ne laissaient aucun doute. Je demandais à ce qu'ils ne portent pas de parfum, pas de tabac", répond Dominique Pelicot.
"Je ne cache pas qu'il y ait eu aussi des moments d'hésitation sur le préservatif et je le regrette, car j'ai exigé des scènes sans. Mais toutes les personnes étaient parfaitement au courant, dès le départ, de toutes ces conditions", assure-t-il.
"Même lorsque les rendez-vous étaient organisés à la va-vite ? Le jour même ou le lendemain ?", poursuit le président.
"A la va-vite ou pas, ça a toujours été les mêmes conditions", affirme le septuagénaire depuis son box.
"Vous êtes sûr d'avoir été précis, complet ?", insiste le président. "Tout ce qui a été demandé a été fait par téléphone : du salon 'à son insu', on passait par téléphone. C'était l'exigence systématique. Je les appelais pour contrôler à chaque fois", détaille l'homme.
Le président lui demande s'il ne pense pas que le fait d'envoyer des photos de son épouse, parfois éveillée, "pouvait fausser l'impression des modalités de la nature du rendez-vous".
"Les photos n'ont jamais été envoyées avec son visage, sauf pour ceux qui la connaissaient déjà. Elle avait toujours le visage caché. Il aurait dû y avoir des questions. Et-ce qu'elle est au courant ? Est-ce que quelqu'un lui a parlé ? Jamais", rétorque Dominique Pelicot.
Le président note qu'il aurait indiqué à un des accusés qu'il faisait "ça par vengeance" à l'égard de son épouse. "Il rapporte des éléments assez précis, fait état d'infidélités de madame, et qu'à partir de là, vous aviez initié cette pratique", précise le magistrat.
Le président poursuit, notant que sur les vidéos on entend "l'utilisation de termes non équivoques, les intitulés de certains enregistrements non équivoques, je ne les reprendrai pas...".
Il ajoute : "des éléments militent en faveur d'une forme d'humiliation supplémentaire à l'égard de madame, en indiquant qu'elle était raciste et qu'elle avait un sexe de couleur dans son intimité, j'essaye de policer mon propos".
"Ce n'est pas aussi un processus qui alimente le désir de vengeance à son égard ?", interroge le président, qui demande également si "le fait fait d'avoir fait venir des homosexuels notoires, n'était pas aussi une forme d'humiliation supplémentaire ?"
Réponse de Dominique Pelicot : "si j'avais eu une vengeance véritable vis-à-vis de madame, je ne me serais pas remarié avec cette personne" (ils se sont remariés dans les années 2000, après une séparation).
"Je n'ai eu aucun instinct de vengeance par rapport à cette personne. Moi aussi j'ai eu contact avec d'autres personnes. Sur le racisme que j'ai pu employer, c'est par pur fantasme : je ne suis en aucun cas raciste, ni ma femme", assure-t-il.
"J'ai été honteusement touché par l'allusion de mon frère, qui a dit qu'on s'était installés à Mazan, près de Carpentras, parce que c'était le fief d'un certain parti, c'est honteux", ajoute-t-il.
"Si j'avais été raciste, je n'aurais pas fait venir sans savoir, autant d'origines différentes. Je n'ai jamais posé de questions sur les origines de ces gens", précise l'homme.
"Je n'ai rien contre les homosexuels, le seul problème que j'ai avec trois personnes, c'est qu'elles m'ont menti, en se faisant passer pour des hétérosexuelles. J'ai vu qu'elles n'étaient pas venues pour ma femme, mais que pour moi", poursuit Dominique Pelicot.
"Ceux qui ont bu chez vous, vous suspectent d'avoir drogué ce breuvage. Est-ce que c'est une constante ? Vous n'avez jamais servi quoi que ce soit ? Ou ça a pu arriver ?", lui demande le président.
"En aucun cas. La seule chose que j'ai pu voir, c'est quelqu'un boire l'eau du robinet, à même le robinet. Mais je n'ai jamais servi quoi que ce soit. Je défie quiconque de prendre du Temesta et de faire 47 km après", dit-il, faisant référence au récit d'un accusé.
"Si j'avais drogué quelqu'un, je ne pense pas qu'on en serait arrivé à ce que j'ai filmé. C'est une excuse supplémentaire pour se dédouaner", estime Dominique Pelicot.
Concernant la soumission chimique, "considérez-vous que le procédé a été récurrent, systématique ? Affiné ? Est-ce que vous avez pu avoir des échecs ? Des conseils ?", questionne Roger Arata.
"Comme je l'ai dit au départ, je suis tombé en 2010 sur ce qui était pour moi autre chose qu'un infirmier : au minimum, un médecin (qui lui aurait donné des conseils sur les doses de Temesta). Et j'ai mis du temps à me décider. Je l'ai fait progressivement", relate l'accusé.
"J'ai utilisé progressivement le traitement par peur. Et par résultat. Sur certaines scènes de 2014, 2015, 2016 jusqu'en 2018 je crois : il y a des moments où mon épouse réagit", note son ex-époux.
Dominique Pelicot livre la dose de Temesta, très précise, qu'il a fini par adopter. Aparté : je ne la diffuse pas ici, pour éviter qu'elle ne soit reprise par d'autres.
"C'était systématiquement dans la nourriture ou la boisson : trois cachets écrasés. Il fallait attendre au minimum deux heures", ajoute Dominique Pelicot.
"Mais on n'a pas toujours faim ou soif", relève le président. "Non, mais toutes les scènes ont lieu en majorité après les repas : matin, après-midi, ou soir", rétorque Dominique Pelicot.
"Je suis désolé d'insister, mais vous êtes deux dans cette maison : ce n'est pas un château de 50 pièces. Concrètement, vous vous y prenez comment ? Votre épouse n'est pas loin. Essayez de décrire ce processus", lui demande le président.
"C'était des doses préparées à l'avance, et en fonction du rendez-vous, je les utilise", répond l'homme de 71 ans.
Le Temesta était stocké "dans une petite pipette, c'est de la poudre. Et comme c'est moi qui faisait la cuisine, je faisais à manger. Elle était dans la pièce d'à côté. Elle a eu des doutes par moment. Mais dans la majorité des cas, c'était relativement facile", ajoute-t-il.
Le président lui demande à quoi ressemblait une soirée type avec son épouse. "On avait une vie réglée, beaucoup de points communs et des divergences sur les programmes télé. J'étais un couche tard et mon épouse s'endort vers 9h30, 10h, maximum", détaille-t-il.
"La plupart du temps, elle était déjà dans la chambre, elle avait déjà dîné, avait déjà eu le produit. Ou, si c'était plus tard, c'était dans sa glace que je lui préparais et je lui apportais devant sa télé, et on attendait le temps qu'il faut derrière", poursuit-il.
"Madame Pelicot a expliqué qu'elle dormait toujours en pyjama", relève le président. "Je la déshabillais, selon les désirs de chacun", précise Dominique Pelicot.
"On a pu voir qu'elle était vêtue de certains sous-vêtements, des bas, tantôt noirs, tantôt blancs. Comment procédiez-vous pour lui enlever son pyjama sans qu'elle ne se réveille ?", demande le président.
"Quand elle était dans un sommeil profond, c'était très facile, c'est honteux. Même des bas. Il m'est arrivé de mettre ceux qu'on m'amenait. On m'a demandé si je les lavais : programme éco, soupline, lessive 30 minutes", développe Dominique Pelicot.
"Vous la prépariez intimement ? Vous utilisiez du gel pour avoir préalablement une pénétration vous-même ?", poursuit le président. "J'ai honte de le dire, mais j'ai jamais eu besoin de gel pour cela… Si ça a été utilisé, je n'en ai pas le souvenir", répond le septuagénaire.
"Moi j'ai un très bon souvenir : vous faites bien passer le gel à un accusé… Certains contacts ont dit qu'elle était lubrifiée. Vous avez utilisé du gel avant leur arrivée ?", insiste le président. "Non", répond Dominique Pelicot.
Le président : "des sextoys ?"

Dominique Pelicot : "oui"

Le président : "pinces ?"

Dominique Pelicot : "oui"

Le président : "pourquoi ?"

Dominique Pelicot : "par plaisir et par demande"
Le président lui demande si, pendant la préparation des actes, il commençait "déjà à vivre le moment comme quelque chose d'excitant". "C'est un mélange des deux : du plaisir et du mal-être", répond-il. "Du mal-être ?", interroge le président.
"Oui, parce que c'est quelqu'un que… Que j'aime énormément. Même si ça vous paraît paradoxal", poursuit Dominique Pelicot. Gisèle Pelicot pleure dans le carré des parties civiles, situé face à son ex-époux, de l'autre côté de la salle d'audience.
"Comment vous le vivez avant, pendant et après ? Comment vous arrivez à vivre avec cette femme que vous avez préparé, offerte, que vous allez retrouver dans votre maison, avec qui vous allez continuer à vivre normalement ?", demande le président.
"J'ai travaillé longuement avec le psychiatre et le psychologue. Sur ce côté sombre que j'ai. J'ai toujours aimé plus ou moins l'inaccessible. Mon ex-femme n'était pas quelqu'un de soumis. Je suis rentré dans cette phase de possession", explique-t-il.
"Cette connerie égoïste qu'ont beaucoup d'hommes... Personne n'appartient à personne et j'ai bravé ce sentiment là, de pouvoir faire ce que j'avais envie, au moment où j'en avais envie", poursuit Dominique Pelicot.
"A chaque fois, tout peut s'effondrer si ça ne se passe comme prévu", relève Stéphane Baonneau. "J'ai bien souvent eu sur Coco des gens qui ont d'emblée refusé, m'ont traité de tous les noms, et allaient d'emblée me dénoncer", relate-t-il.
"Un gars de Carpentras m'a dit : 'je vais vous dénoncer à la police', et j'ai rien eu. J'en ai même un dans la salle qui m'a fait chanter en me disant : 'la prison ça ne me fait pas peur', quand je lui ai dit qu'il risquait autant", assure Dominique Pelicot.
"Ils disent : 'un violeur ne se laisse pas filmer'. Comment expliquer qu'ils acceptent de se faire filmer ? Comment comprendre que quand on viole, on puisse accepter d'être filmé ?", demande Stéphane Babonneau.
"C'est la différence entre celui qui s'assume et celui qui ne s'assume pas. Je reconnais être un violeur. Je passe devant ces gens qui me traitent de violeur, pointeur, menteur. Eux n'assument pas", rétorque l'accusé, assis dans son box.
"Il n'y a pas que l'objectisation de Madame Pelicot. C'est une chose, une chose qu'on maltraite. C'est absurde d'insulter une chose. Est-ce que la violence n'intervient pas pendant l'acte ? Dans la mise en scène ?", poursuit l'avocat de la partie civile.
"Si,, si ça en fait partie, c'est tout un ensemble", répond Dominique Pelicot. "Vous reconnaissez qu'il y a de la violence dans ces viols ?", poursuit Stéphane Babonneau. "Oui, bien sûr", répond-il. "Mais pas de haine ?". "Pas avec elle", assure le septuagénaire en pleurant.
"Vous est-il arrivé de la redroguer pour procéder à sa toilette intime après l'acte ?", demande l'avocat.
"Non, non, parce qu'avec cette dose, il y a à peu près 6h ou 7h. Il y a deux heures où c'est progressif, et 5h d'intervention : pas 5h de sexe. Donc j'avais largement le temps de remettre les choses en place, si je peux dire...", répond-il.
"Ca ne paraît pas possible, pour la défense, qu'un aussi grand nombre de personnes soit allées chez monsieur Pelicot, en ayant un rapport sexuel avec une femme endormie", relève l'avocat générale.
"Ca paraît inconcevable qu'autant de personnes puissent faire ça en toute connaissance de cause et, partant de ce postulat, c'est qu'ils ne savaient pas, si non, ils n'y seraient pas allés. C'est le raisonnement qui sous-tend leur défense", précise la magistrate.
"C'est aussi le moyen d'éviter vingt ans, moi j'ai pas peur de prendre vingt ans. Et il y a quand même des gens qui ont avoué. C'est un calcul : 'je prends le risque que de dire la vérité'", analyse Dominique Pelicot.
"Je n'ai pas d'intérêt personnel : à eux d'assumer. On me dit que je suis responsable de 50 familles dans la misère : non, je suis responsable de MA famille, les autres sont responsables de leurs familles", ajoute-t-il.
"Certaines réponses suscitent des réactions. Il faut essayer de se contenir. Car ça peut fausser l'appréhension des éléments livrés à la cour", souligne le président, face à l'agacement sur les bancs de la défense.
La défense pose de nombreuses questions à Dominique Pelicot, qui refuse de répondre. "Le droit au silence est un droit", rappelle le président. "Oui, mais le droit de poser les questions aussi", rétorque Guillaume de Palma, qui représente plusieurs accusés.
"Qui avons-nous face à nous ? Le bon père de famille ou la bombe paraphilique ?", tente Olivier Lantelme, un autre avocat. L'intéressé refuse toujours de répondre.
"Laissez mon épouse en dehors de tout ça", lance Dominique Pelicot lorsque l'avocat fait référence à Gisèle Pelicot dans une question.
Isabelle Crépin-Dehaene réclame la diffusion d'une vidéo de viol commis par Dominique Pelicot sur son épouse. "Il conteste que madame Pelicot se soit réveillée : il me semble que cette vidéo est particulièrement éclairante", estime l'avocate de la défense.
La vidéo est diffusée. On ne voit d'abord pas d'images, on entend des marmonnements de la victime. "Aïe, laisse moi", dit-elle. "Tu me fais mal là", entend-on. Il tourne la caméra sur elle, et, pendant quelques instants, insoutenable, la victime se réveille, yeux mi-clos.
Olivier Lantelme commente : "l'autre, c'est rien". Isabelle Crépin-Dehaene assure : "ce n'est certainement pas pour humilier madame Pelicot que j'ai demandé cette diffusion". "Ah oui ?!", s'agace Stéphane Babonneau.
"Pour moi, cette vidéo est criante de vérité. On entend madame Pelicot dire : 'aïe, tu me fais mal, arrête !' Monsieur Pelicot continue, car il la considère comme une chose, de manière perverse, on est dans la brutalité", observe l'avocate.
Et elle ajoute : "certains hommes (des accusés) sont dans la douceur, dans les caresses". La partie civile s'agace. "Il y a viol et viol", glisse ironiquement Stéphane Babonneau, reprenant la phrase polémique de Guillaume de Palma.
"C'est insupportable !", s'énerve Isabelle Crépin-Dehaene, exaspérée que la partie civile ne la coupe.
Roland Marmillot, un autre avocat de la défense, prend la parole. "Ce qui me dérange, c'est que tout ce qui porte atteinte à la défense de monsieur Pelicot, qui devrait réjouir la partie civile, semble vous inquiéter", estime l'avocat.
"Elle doit être complice !", dit Stéphane Babonneau avec ironie.
Guillaume de Palma dit ne pas avoir eu accès à la vidéo diffusé, et le regrette. "Si je comprends bien, elle est dans la copie de travail et ça me pose une difficulté", déclare-t-il.
"Le directeur d'enquête avait répondu en disant : 'il y a certains éléments que je n'ai pas mis dans le dossier, pour préserver l'intimité de la vie privée'. J'aurais aimé faire en sorte d'en être parfaitement informé. C'est un élément nouveau", souligne l'avocat.
Après une suspensions d'un quart d'heure, on entend le sixième interrogatoire de la semaine : celui d'Ahmed T., 54 ans. Il est poursuivi pour des faits remontant à juin 2019.
"Excusez-vous : je n'ai pas l'habitude d'être devant cette cour, c'est la première fois", glisse l'homme en répondant aux questions du président. Il comparaît libre. Le quinquagénaire n'avait pas de casier judiciaire au moment des faits. Il était marié, père de famille.
"Il l'appelle 'la bourgeoise'. Il dit qu'elle travaille sur Paris, qu'elle rentre le week-end et qu'elle a 57 ans", détaille Ahmed T. à la barre, vêtu d'une veste de costume noir.
Il revient sur le soir des faits. "Je ne dis pas qu'il m'a drogué, mais il y avait deux verres : du jus d'orange et un verre d'eau. J'ai bu le verre d'eau, j'insiste", poursuit-il.
"Vous saviez son état ? Vous attendiez une femme éveillée, consciente ?", demande le président.
"Je pensais trouver une femme allongée, qui m'attend. Il me dit : 'vas-y, baise la cette salope'. Je suis nu, en présence d'une femme et d'un homme que je ne connais pas. Je me suis dit : 'pourquoi pas'", répond Ahmed T.
"Je le vois me filmer. Je lui ai dit : 'qu'est-ce que vous faites ?' Il me dit : 't'inquiète pas, c'est pour nous, on se visionne les vidéos ensemble'", rapporte-t-il.
"Vous vous souvenez qu'elle était chaussée ?", poursuit le président. "Non", répond l'accusé. "Chaussures blanches", précise Roger Arata.
"La pièce était suffisamment éclairée ?", poursuit le magistrat. "Elle était sombre, son visage je ne le voyais pas. Elle était sur le côté", indique Ahmed T.
"J'ai déjà regardé du porno sur le téléphone, j'ai déjà vu des femmes qui faisaient semblant de dormir. Je me suis dit : 'c'est un couple candauliste'", poursuit-il.
"Je me suis mépris. Je ne vais pas faire une heure de route pour aller commettre l'irréparable", ajoute l'homme à la barre.
"Je l'ai entendue ronfler à la dernière", dit l'accusé. "A la dernière quoi ?", lui demande une assesseuse. "A la dernière pénétration", précise-t-il.
"Qu'est-ce qui fait que vous quittez cette chambre ?", lui demande-t-elle. "Au ronflement que j'ai entendu, je me suis posé la question, et je décide de m'habiller. Je finis mon acte", relate-t-il.
"Vous êtes resté une heure ?", demande-t-elle. "Non, c'est pas possible", estime-t-il. "C'est ce que vous avez déclaré aux enquêteurs", relève la magistrate.
"Est-ce que vous êtes porteur d'un préservatif ?" demande une assesseuse. "Oui, j'étais marié. Je protégeais en même temps madame Pelicot et je me protégeais moi", répond Ahmed T.
"Vous aviez fait des rencontres sur Coco avant celle de Dominique Pelicot ?", lui demande-t-elle. "Aucune. Il y avait beaucoup de discussions inabouties. On pouvait parler de musique, de tout... C'était pas exclusivement un site de cul", assure-t-il.
"A cette époque-là, moi et mon épouse, c'était compliqué… Je ne voulais pas une maîtresse. Un couple, je me suis dit : 'pourquoi pas'. C'est la sécurité. C'est chez eux. Ils n'habitent pas à côté de chez moi, je ne vais pas les croiser", détaille l'accusé.
"Quand vous vous rendez compte qu'elle est effectivement endormie, puisqu'elle se met à ronfler, la réaction n'aurait pas été d'appeler la police ?", lui demande Stéphane Babonneau, l'avocat de Gisèle Pelicot.
"Je suis marié, j'ai été lâche de ne pas avertir quelqu'un. J'en ai parlé à un ami à moi. J'ai dit : 'j'ai eu une expérience à Mazan, franchement c'était bizarre'", relate-t-il.
"Est-ce que vous diriez que ce que vous avez commis est un viol ?", lui demande Stéphane Babonneau. "Non", répond Ahmed T.
L'avocat de la partie civile demande que l'ensemble des vidéos concernant Ahmed T. soient projetées pour que la cour puisse voir s'il est crédible de penser, comme lui, que la victime n'était pas réellement endormie.
Antoine Camus lui demande : "vous sentez-vous responsable de quelque chose ou victime ?". A côté de lui, Isabelle Crépin-Dehaene, son avocate, lui murmure quelque chose. "Comme l'a fait monsieur Pelicot, je ne répondrai pas à cette question", rétorque l'accusé.
"Je vais reformuler : vous sentez-vous tout de même responsable de quelque chose ?", demande Antoine Camus. "Non, j'ai pas été responsable, j'ai été manipulé", répond Ahmed T.
"Donc vous êtes victime ?", poursuit l'avocat de la partie civile. "Non je ne suis pas victime, j'ai été manipulé", assure-t-il.
L'avocat général le questionne. "Je ne suis pas violeur mais, si j’aurais violé quelqu’un, ça n’aurait pas été une dame de 57 ans, mais une belle…", déclare Ahmed T. "Désolé hein", ajoute-t-il, visiblement gêné de ce qu'il vient de lâcher.
"Ca manquait !", glisse Stéphane Babonneau. "Si si continuez, c'est intéressant", ajoute ironiquement Antoine Camus, visiblement agacé.
L'avocat général demande la diffusion de plusieurs vidéos le concernant. Ahmed T. propose que toutes les vidéos soient diffusées. "On n'est pas au marché", dit le président.
L'audience est suspendue le temps de la pause déjeuner. Elle reprendra à 14 heures avec la diffusion des vidéos, la suite de cet interrogatoire, et un dernier interrogatoire d'un autre accusé.
Je suspends ce LT, afin d'écrire un compte-rendu de l'audience de la matinée pour @franceinfo, marquée par l'interrogatoire de Dominique Pelicot. Vous pouvez suivre le LT de ma consoeur : @kajakareen Bon week-end à tous.
@franceinfo @kajakareen Mon compte-rendu de l’interrogatoire, de Dominique #Pelicot qui a détaillé la manière dont il droguait son épouse👇🏼francetvinfo.fr/faits-divers/a…

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