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Oct 20, 2024 35 tweets 14 min read Read on X
1/n Il faut bien reconnaître que les détectives de la science ont un certain talent : ils ont réussi à convaincre un éditeur qu’il y avait un problème éthique dans une recherche de l’IHU qui concerne des analyses sur des cacas de SINGES ramassés dans la forêt ! @MartinZ_uncut Image
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3/n L’autorisation éthique donnée par le Comité d’Ethique National du Cameroun concernait une étude sur les SIVs chez les primates (virus d’immunodéficienne simienne) : étude pour laquelle il fallait des selles de singes afin d’y doser les anticorps anti SIV
4/n Et l’IHU a aussi fait des tests PCR sur ces cacas de singes pour y détecter la présence de l’ADN d’une bactérie : Rickettsia felis. Waouw ! Rechercher d’autres pathogènes que ceux indiqués dans le titre de l’autorisation éthique, quel manquement TERRIBLE ! Image
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5/n Alors là, réussir à faire croire à une fraude éthique pour des analyses faites sur des cacas de singes ramassés en forêt, c’est du grand art ! Et certainement le plus bel exploit des détectives de la science à ce jour. Quoique…
6/n Pour ce deuxième article rétracté, les détectives de la science ont réussi à faire croire qu’il fallait une autorisation éthique datée d’avant les prélèvements pour étudier des POUX collectés lors de recherches précédentes en Afrique et conservés au laboratoire. Image
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7/n Et alors que ces petits poux morts, soulagés de ne pas avoir été utilisés au moment de leur collecte (entre 2008 et 2011) reposaient en paix dans leur éprouvette, pensant avoir échappé au pire,
8/n voilà qu’en 2012, l’équipe de l’IHU a osé demander un avis à leur comité d’éthique local pour vérifier que la loi les autorisait bien à les analyser et les photographier…
9/n Quel manquement éthique terrible pour ces pauvres petits poux ! Et l’éditeur reproche donc à l’IHU que l’avis de leur comité d’éthique local soit daté de 2012, après le prélèvement des poux. Image
10/n Nos détectives de la science ne savent donc pas que, pour une recherche rétrospective, l’avis éthique est demandé après les prélèvements ? Puisqu’il s’agit justement d’utiliser des éléments collectés dans le PASSÉ. C’est toujours trop compliqué pour eux ? Image
11/n L’éditeur reproche aussi à l’IHU de ne pas avoir fourni les documents prouvant que les règles éthiques des pays africains concernés autorisaient la collecte des poux. Sérieusement ? Image
12/n Ils pensent vraiment que c’est possible de trouver un paragraphe autorisant la collecte des poux dans les lois éthiques de l’Éthiopie, du Sénégal, du Rwanda et du Burundi ? Et pourquoi pas un paragraphe spécial pour les oxyures, les tiques et les tænias ?
13/n Même dans la loi française, rien n’est mentionné concernant l’éthique de la collecte des poux. Parce que la loi française concerne l’utilisation des ÉLÉMENTS ET PRODUITS DU CORPS HUMAIN et que les poux ne sont pas des produits du corps humains, ce sont des parasites… Image
14/n C’est ce qu’a tenté d’expliquer le comité d’éthique de l’Université Aix Marseille. En vain… Image
15/n Idem pour ce troisième article rétracté qui relate les résultats d’une recherche faite sur des poux conservés en laboratoire après leur collecte chez des patients sans-abris dans le cadre de soins qui leur ont été prodigués. Image
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16/n À nouveau, l’Université Aix Marseille a expliqué qu’il s’agissait d’une recherche sur des poux et non pas une recherche sur la personne humaine, mais l’éditeur a rétracté l’article malgré tout.
17/n C’est à se demander si les détectives de la science n’ont pas fait croire à l’éditeur que CPP se traduisait par « Comité de Protection des Poux ».
18/n La quatrième étude rétractée concerne des patients hospitalisés aux soins intensifs pour pneumonie. Des tests recherchant la présence de Mycoplasme et du virus Herpès Simplex ont été pratiqués dans des échantillons de sang et de lavage broncho-alvéolaire. Image
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19/n Il s’agit donc de prélèvements effectués dans le cadre des soins courants qui ne nécessitent pas d’autorisation de CPP… Argument que les détectives de la science brandissent lorsqu’il ne s’agit pas de publications de l’IHU. Image
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20/n Et selon les détectives de la science, ce qui serait le plus grave, c’est (je cite) que « l’Université Aix Marseille contredirait les documents fournis pour peut-être couvrir des pratiques non éthiques ou illégales » Image
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21/n Dites, les détectives, vous n’avez pas expliqué à l’éditeur que c’est lors d’une recherche impliquant la personne humaine de type 1 que les participants signent un formulaire de consentement ÉCRIT (formulaire spécifique pour cette recherche précise) ? Image
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22/n MAIS que dans les autres types de recherches, le consentement ORAL des patients est suffisant. Consentement qui est noté dans le dossier médical du patient. Dans certains cas, ce qu’on appelle le « consentement » est une non opposition. Image
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23/n Les patients hospitalisés reçoivent un document d’information qui leur explique que leurs données et les prélèvements qui ne seraient pas entièrement utilisés seront conservés pour être utilisés dans la recherche. Image
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24/n C’est le médecin soignant le patient qui note dans son dossier médical qu’il a bien reçu ce document. Il n’y a aucun formulaire de consentement écrit à signer par le patient. Image
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25/n Pour cette publication de l’IHU qui concerne l’utilisation d’échantillons prélevés dans le cadre des soins (donc non RIPH), le consentement des patients consistait donc à recevoir ce document d’information et à ne pas s’y opposer. Image
26/n Il n’y a donc AUCUNE CONTRADICTION entre la réponse d’Univamu expliquant qu’il n’y a pas d’obligation de consentement ÉCRIT pour cette recherche et le document (voir exemple) du comité d’éthique local de l’IHU indiquant que le consentement des patients a été obtenu. Image
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27/n Si l’éditeur a demandé à recevoir les formulaires de consentement de participation à la recherche signés par les patients, il est normal que l’Université ait répondu que cette recherche non RIPH n’imposait pas de consentement écrit.
28/n Cela ne signifie pas que le consentement n’a pas été obtenu ! Transformer la phrase « pas de consentement ÉCRIT » en « AUCUN consentement » montre au minimum une totale méconnaissance de la législation applicable aux différents types de recherches… Image
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29/n Ou alors, il s’agit d’une volonté intentionnelle d’entretenir la confusion chez l’éditeur sur les spécificités de la législation française afin d’induire chez lui une suspicion injustifiée vis-à-vis de l’Université Aix Marseille.
30/n Université que vous accusez de « peut-être » couvrir des pratiques illégales ou non éthiques sur base de votre incompréhension des différents types de consentements…Malgré votre certificat du NIH et votre longue expérience de recherche sur « participants humains » Image
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31/n Alors, puisque vous m’avez notifiée pour avoir mon avis, je vous le donne volontiers : vous pouvez vous épargner vos cris d’orfraie : il n’y a rien d’extrêmement grave ni de conséquences terribles : allez réviser la législation française. Image
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Mar 1
1/n @AlexSamTG Vous savez que vous avez le droit de réfléchir avant de poster vos commentaires ? 🧐
Selon vous, mentionner le numéro de l’avis éthique serait un « aveu » de RIPH car, je vous cite : « quand ce n’est pas nécessaire on écrit : no ethical approval was needed ». Image
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2/n C’est factuellement FAUX.
Regardez cette étude du Pr Étienne Gayat (AP-HP) intitulée : « Non invasive continuous detection of arterial hypotension during induction of anaesthesia using a photoplethysmographic signal: proof of concept » Image
3/n Les auteurs la décrivent étude prospective monocentrique observationelle (donc NON-RIPH). Et pourtant, ils mentionnent le numéro précis de l’avis du comité d’éthique local de la Société de Réanimation de Langue Française : le n° SRLF 11–356. Image
Read 23 tweets
Feb 27
1/n Puisque @AlexSamTG prétend "débunker" mon dernier fil, je vais tout simplement "re-bunker" ses arguments ici-même.
Alexander, je vous invite à répondre directement sous ce fil plutôt que de le faire en aparté. Cela profitera à tout le monde. Image
2/n Avant tout, on peut se demander s’il a réellement lu l’entièreté de mon fil car, visiblement, il ne comprend pas la différence fondamentale entre un prompt mentionnant des volontaires sains et un prompt parlant d’échantillons issus des soins. Image
3/n Franchement, après 3 ans, ne pas avoir encore compris que la qualification d’une recherche sur échantillons biologiques en RIPH ou non RIPH dépend de l’origine des échantillons, c’est assez hallucinant.
Read 27 tweets
Feb 14
1/n Les Inspecteurs gadget ont (encore) frappé… et c’est (encore) un coup dans l’eau. Il faut donc (encore) rappeler une règle de base : 1 protocole de recherche = potentiellement 10, 20, 50 articles. Image
2/n Une autorisation de CPP valide une recherche… Ce n’est pas un "ticket unique" pour une seule publication. C’est la science, pas une fête foraine. 🎡
3/n Souffriraient-ils du syndrome de la loupe sélective ? 🔍
Chercher le numéro de CPP sans lire le texte, c'est comme critiquer un film en regardant juste le code-barres du DVD.
Read 21 tweets
Jan 10
1/n Ce qui agace tant les Inspecteurs Gadget, c’est peut-être qu’ils ont été obligés d’ajouter leurs conflit d’intérêts dans leur article, le principal étant d’être impliqués dans des procédures judiciaires avec le Pr Raoult. Image
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2/n Depuis cette modification en mai 2025, le rythme des rétractations des articles de l’IHU a subi un grand coup de frein. Les éditeurs y verraient-ils un drapeau rouge les incitant à douter de la neutralité de leurs accusations concernant l’éthique de la recherche ?
3/n D’autant plus que, dans leurs explications, les Inspecteurs Gadget se défendent en disant qu’ils n’ont pas pensé à mentionner ce conflit d’intérêt lors de la soumission de leur article parce qu’ils ont commencé à analyser les données avant le début des procédures en justice. Image
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Read 11 tweets
Aug 27, 2025
1/n Pour tenter de cacher leur harcèlement, les Inspecteurs Gadget disent cibler les publications de l’IHU car c’est là que la fraude serait la plus fréquente… Mais comment pourraient-ils le savoir s’ils n’analysent pas les publications des autres institutions françaises ? Image
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2/n Il n’est absolument pas scientifique de prétendre qu’un événement est plus fréquent dans un groupe A sans avoir évalué la fréquence de cet événement dans d’autres groupes B, C, D…
3/n Alors, pour savoir si la « fraude » est plus fréquente à l’IHU que dans les autres institutions françaises, il faudrait analyser les publications de ces autres institutions (comme le fait remarquer Woody Nist de manière très pertinente)
Read 47 tweets
Aug 9, 2025
1/n En 2010, des chercheurs de l’hôpital Bichât ont utilisé des échantillons de selles collectés dans 4 autres pays chez des femmes souffrant d’infection urinaire sans demander les autorisations de comités d’éthique de ces pays. Image
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2/n Pour investiguer le lien entre la présence d’un certain type de bactéries E Coli dans les selles et l’occurrence des infections urinaires, ces chercheurs ont demandé aux femmes de fournir le premier échantillon de selles survenant après la consultation pour ce motif. Image
3/n Un investigateur de chaque pays (Moldavie, Turquie, Roumanie et Grèce) a été formé à l’hôpital Bichât pour assurer l’homogénéité entre les différents sites de recherche. Image
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