Trump et son équipe se leurrent s’ils pensent convaincre Poutine avec les propositions évoquées (Vance, Trump, presse américaine). Petit🧵sur les intentions du Kremlin, la faiblesse de Washington et l'avenir de l'Europe autour de ces négociations. 1/13
Le plan de Trump, censé ramener la paix et l’harmonie entre la Russie, l’Ukraine et l’Occident, pourrait prévoir une cession des territoires ukrainiens déjà annexés par la Russie, la création d’une zone démilitarisée gardée par des forces de maintien de la paix européennes, 2/13
le renoncement de l’Ukraine à entrer dans l’OTAN et/ou une déconnexion entre la Russie et la Chine. 3/13
Des propositions bien naïves, avancées par des politiciens qui ne connaissent pas la Russie et font un mauvais diagnostic de la situation, des enjeux et du rapport de force. 4/13
Le Kremlin, sûr de sa capacité à remporter la victoire sur le champ de bataille et assuré de la faiblesse des enjeux pour un Trump animé et porté par des aspirations isolationnistes, devrait être beaucoup plus gourmand : 5/13
reconnaissance de ses annexions ainsi que d’autres territoires (peut-être dans les oblasts de Kharkiv, Odessa et Dnipropetrovsk) ; finlandisation totale de l’Ukraine, incluant une interdiction de lui livrer des armes ; démission de V. Zelensky et de son gouvernement ; 6/13
réduction de l’armée ukrainienne ; levée partielle ou totale des sanctions occidentales ; création d’une nouvelle architecture de sécurité en Europe impliquant un recul de l’OTAN. 7/13
Pour convaincre Trump (au cas où il menacerait la Russie d’armer l’Ukraine jusqu’aux dents) qu’il doit céder et rester à sa juste place dans un nouveau monde multipolaire dont la SVO a accéléré l'apparition, et où Washington n’a rien à faire en Europe, 8/13
il suffira au Kremlin d’invoquer le spectre d’une Troisième Guerre mondiale et d’une apocalypse nucléaire, des mesures de dissuasion qui ont payé en Ukraine et ont pesé dans l’élection de Trump. 9/13
Moscou se montrera dur et dominateur dans ce jeu auquel Trump n’est pas prêt à jouer jusqu’au bout ; le Kremlin sait que les électeurs républicains pardonneront à Trump d’abandonner l’Ukraine en rase campagne, ce qui n’était pas le cas pour les Démocrates. 10/13
Non seulement le Poutine "prudent" que Trump a connu n’a plus grand-chose à perdre – la RU s’est adaptée tant bien que mal aux sanctions, l'économie a tenu bon et le régime s'est renforcé –, mais les deux hommes ne sont pas de la même trempe, quoi que fantasme Donald Trump. 11/13
Ce qu’il n’a pas obtenu avec l’administration Biden en décembre 2021, le Kremlin essaiera de l’extorquer à l’administration Trump. Moscou sait que sa dépendance à la Chine n’est pas optimale et aimerait pouvoir renouer avec l’Occident, 12/13
mais Trump n’a probablement pas compris que cette reconnexion se ferait aux conditions du Kremlin, sans renoncer à l’alliance sino-russe et passerait par une éviction des Etats-Unis d'Europe et un tête à tête entre Moscou et l'Europe. 13/13
• • •
Missing some Tweet in this thread? You can try to
force a refresh
L’incursion des forces armées UKR en Russie a suscité un débat sur la dissuasion nucléaire russe. On a lu beaucoup de choses : « échec de la dissuasion nucléaire RU », « le Kremlin n’a en fait aucune ligne rouge », ou encore une vision trop mécaniste de la dissuasion. Petit🧵
Il faut d’abord comprendre que les derniers développements confirment (mais ne révèlent pas) l’échec de la dissuasion russe en général, en tant que concept (« dissuasion stratégique ») et en tant que système.
En tant que système car les trois types de moyens utilisés pour la mettre en œuvre ont été (au moins temporairement) affaiblis avec l’échec initial de l’opération militaire spéciale : ses forces conventionnelles, ses moyens non militaires/subversifs (notamment en Occident)...
Depuis 2 ans, Emmanuel Macron, dans son rapport à l'Ukraine et à la Russie, est souvent accusé d’être versatile, voire irrationnel, ou tout simplement cynique pour des raisons politiciennes nationales. La réalité est beaucoup plus complexe. 🧵THREAD urlz.fr/qnwn
La France tient vis-à-vis de la Russie une position ambivalente depuis des décennies, une position en partie fondée sur des mythes, des projections et des ambitions peu réalistes.
Les deux pays se sont historiquement et principalement perçus comme des appuis, voire des alliés potentiels, dans des rivalités respectives sur le continent européen et ailleurs dans le monde. Au cœur de ces rivalités depuis le second 20è siècle : les USA.
Quelques réflexions sur l'attentat de Moscou 🧵 1) Pourquoi viser la Russie ; y a-t-il un timing de l'attaque ?
Je ne pense pas qu’il faille y voir une corrélation avec l’élection présidentielle russe. L’EI n’a jamais cessé de viser la Russie depuis des années.👇
Il n’y a même pas deux semaines, le FSB prétendait avoir empêché l’attaque d’une synagogue à Moscou par la mouvance djihadiste qui se trouve certainement derrière l’attentat d’hier : l’État islamique Khorasan (branche afghane).
Les terroristes ont su profiter d’une opportunité dans un pays en guerre. Surtout, cela permet à cette branche afghane de l’État islamique de gagner en visibilité, tandis qu’elle avait été marginalisée par les Talibans et qu’elle semble avoir trouvé des soutiens au Tadjikistan.
Petit 🧵sur le concept stratégique russe de "guerre psychologico-informationnelle". Quand le concept de guerre informationnelle est analysé par la théorie militaire russe ds les 1990s, c'est très vite la dimension psychologico-subversive qui obsède les élites militaires russes.
Au point que le domaine "technico-informationnel" (cyber en Occ.) est d'abord vu comme un vecteur d'impact psychologico-informationnel.
Progressivement, la portée donnée aux impacts psychologico-informationnels dans l'atteinte des objectifs pol. est telle qu'il devient acceptable de parler nn plus slmt de "lutte" mais aussi de "guerre", dont les moyens sont de véritables "armes", qui "ne tuent pas, mais gagnent".
Petit 🧵 sur les principaux messages envoyés par Poutine via Carlson :
1) l'UKR indépendante de la Russie est illégitime (argument avancé au moyen d'une logorrhée pseudo-historique longue et gênante qui a surpris et complètement largué Carlson)
2) la Russie est une victime de l'Occident et des forces non élues qui l'animent, et qui contraignent les présidents US à prendre des décisions antirusses (la CIA est citée)
3) la Russie est indestructible sur le champ de bataille et en dehors, tandis que l'Ouest s'affaiblit ; cette confrontation n'a pas de sens
Comme promis, actualisation de mon 🧵 d'hier. On a probablement assisté à une tentative de coup d’État, réelle ou simulée (mais dans tous les cas avortée ou suspendue), sous un prétexte assez classique : les élites au pouvoir ont trahi le peuple.
Difficile de réduire cet évènement à une mutinerie ou une « guerre de gangs » – ce que c’est aussi sûrement : Prigojine et ses soutiens ont porté un discours politique depuis des mois, et ont fini par foncer vers Moscou, après s’être frontalement opposés non seulement à Poutine
mais à la pertinence de sa politique, comme en témoigne encore récemment la remise en cause fondamentale de l’opération militaire spéciale par Prigojine dans une vidéo le vendredi matin, avant de lancer son opération.