La chute de la dictature du clan Assad en Syrie est l’occasion de revenir sur la pseudo « laïcité » de ce régime, avancée par beaucoup, notamment une partie de la droite et l’extrême droite françaises, pour le défendre alors même que ses crimes étaient déjà avérés 👇
Les images familiales des Assad et les épouses habillées à la mode occidentale et les cheveux au vent ont suffit à convaincre bien trop de médias et responsables chez nous…
Mais le clan Assad a instrumentalisé la laïcité sans jamais l’appliquer ni la défendre.
Si la laïcité était effectivement une composante de l’idéologie du parti Baas, dont la partie nationaliste fut dirigé par Hafez el-Assad avant qu’il ne soit totalement sous sa coupe, notons déjà qu’il ne s’agissait en rien d’une laïcité telle qu’on la connaît.
En effet, cette «laïcité» du parti Baas n’était pas séparatiste: l’État contrôlait les cultes…qui,eux,ne pouvaient s’impliquer politiquement. En fait, il s’agissait plutôt d’une laïcité, telle que l’avait pensée en France E.Combes (mais sans même en garantir toutes les libertés)
Ou plus encore,Mustafa Kemal, en Turquie.
Au nom du «nationalisme arabe», le parti Baas prétendait rassembler toutes les communautés de Syrie,au-delà de toute considération religieuse (pas de mention de la religion sur les cartes d’identité par exemple). MAIS…
En réalité,outre que cette laïcité était très discutable(mais peut-être plaisante pour la droite & l’extrême-droite française d’aujourd’hui),les Assad ne l’appliqueront pas. Dès le coup d’État de 1970,l’exercice du pouvoir personnel des Assad s’écarte de l’idéologie du parti Baas
Dans une Syrie plurielle,ce sont les pratiques communautaires qui sont alors favorisées. Cela,pour favoriser le maintien au pouvoir du régime,en jouant la division.
Les minorités kurdes ont,elles,été forcées à l’assimilation puis furent intégrées à cette pratique communautaire.
La Constitution syrienne impose que la religion du président. Et elle ne garantit pas la liberté de changer de religion ou d'adopter des opinions athées et rappelle que la source principale de la législation est religieuse 🤷.
La laïcité suppose les mêmes droits/devoirs pour tous quelle que soit l’appartenance religieuse ou non. Dans la Syrie pseudo «laïque» des Assad, c’était l’inverse : des tribunaux religieux pour les différentes composantes de la société mais aussi des tribunaux d’exception.
Selon si cela relevait du statut personnel, de la famille, de l’héritage, etc. ou non, vous releviez de tribunaux communautaires ou non. Avec aussi de nombreux cas pour les tribunaux d’exception… et des peines de mort prononcées suite à des procès secrets sans défense possible.
Par ailleurs,pour canaliser des courants islamistes et asseoir son pouvoir,le clan Assad n’a pas hésité à financer/institutionnaliser ceux qui acceptaient de légitimer le régime. Cela a aboutit à la censure d’œuvres littéraires ou artistiques & à la promotion d’autres rigoristes.
Le régime a recruté dès les années 2000 des troupes pour le djihad en Irak, pour soutenir d’anciens baathistes et les militaires mis à pied par les US. Au Liban, le régime syrien se sert de djihadistes pour éliminer (parfois néanmoins directement) les opposants à son ingérence.
En sa fin,le régime a même pu indirectement financer certains fondamentalistes islamistes pour discréditer le message d’1 partie du mouvement populaire révolutionnaire initial,laïc (au sens, non religieux).
Comme il faisait en Irak et au Liban mais chez lui contre ses opposants.
Ainsi, le clan Assad se présentait (en mentant) comme le rempart face à l’extrémisme au niveau international et pouvait justifier ses atrocités contre sa propre population au nom de la lutte contre « le terrorisme »…
Même en interne, le clan Assad espérait discréditer la rébellion puisqu’une partie d’entre elle pouvait plus que légitimement inquiéter la population, en tant que forces djihadistes qui s’en prendraient aux minorités.
Ainsi, alors que le clan Assad a toujours instrumentalisé les minorités et a joué de leurs divisions incitées, il pouvait se présenter comme « protecteur » de ces mêmes minorités… contre qui il avait lui-même parfois financé des extrémistes…
Les Assad font partie de ces dictateurs qui ont fait beaucoup de tort à la laïcité (telle qu’on l’entend) dans le monde arabe, en en donnant une image autoritaire, à géométrie variable et discrétionnaire, avec des religions utilisées comme valets du pouvoir.
La Syrie des Assad n’a jamais été laïque.
Les Assad n’étaient pas des religieux et ont joué de l’origine de leur parti, point.
Mais leur politique instrumentalisait et utilisait les communautés, même rigoristes, selon les intérêts du régime et de son maintien🤷
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Cette interview peut inquiéter tous ceux attachés à la démocratie libérale et aux Lumières.
Elle illustre, de fait, une méconnaissance de la laïcité et s’appuie sur une identité, de fait, inventée, usant du concept répandu mais nébuleux de culture « judéo-chrétienne ».
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👉À l’origine, le «judéo-christianisme» renvoie aux chrétiens d’origine juive qui observent les prescriptions de la loi mosaïque.
👉Auj., cette affirmation renvoie à une supposée culture commune française qui découlerait de ces 2 religions par opposition aux athées ou musulmans.
👉 Une telle affirmation ne correspond pourtant aucunement à une réalité sociologique objective.
J’ai vécu aussi cela du fait des mes responsabilités sur la laïcité avec @jeanlouisbianco à l’@ObservLaicite.
Bien qu’institution reconnue de tous les acteurs de terrain pour son action, il a été mis fin à ses missions et nous avons, membres et équipe, été «remerciés».
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«Remerciés» est un grand mot:
les membres, issus des différents groupes parlementaires, d’institutions comme le @Conseil_Etat ou le @CSMagistrature ou des administrations centrales, n’ont pas même été reçus à Matignon (ni à l’Élysée) ni informés en amont de l’annonce publique.
Pourquoi a-t-il été mis fin à l’@ObservLaicite?
Pour laisser au seul pouvoir gouvernemental la communicat° & l’act° s/ la laïcité,quitte à dire des choses fausses en droit,avec le risque de dérives législatives (l’@ObservLaicite,autonome,était consulté en amont de projets de loi)
Rappel: si la laïcité emporte des valeurs, elle n’est pas en soi une «valeur», comme on l’entend pourtant.
Le penser, c’est parfois mal en saisir la portée.
Si les artisans de la laïcité en France n’ont jamais demandé son inscription dans notre devise, c’est parce que…
SUITE👇
La laïcité est d’abord un principe juridique et politique (au sens d’organisation de la vie en société dans son rapport entre les individus et l’administration) qui permet, vis-à-vis des convictions et des croyances, l’application concrète des valeurs Liberté, Égalité, Fraternité
[Attention, il ne s’agit aucunement là de nier l’essence philosophique de la laïcité et ce qui a pu contribuer à sa théorisation et sa traduction effective en droit, mais bien de s’en tenir à ce qu’est, dans son application concrète, la laïcité française depuis 1905]
Cette façon de faire croire que « Noël et ses traditions ne sont plus respectés » est absurde 🤦
L’objectif est de diviser la population laissant penser que « la France n’est plus la France ».
Sauf que tout est faux : montage médiatique et politique insupportable de certains 👇
D’abord, sur la question des « crèches de Noël »…
Rappelons-le encore : avant les 2000’s, aucune mairie n’installait de crèches, sauf quelques exceptions traditionnelles d’ailleurs toujours admises par la justice.
Elles étaient à l’extérieur, dans les lieux de culte et chez soi.
Depuis les années 2000, les crèches de Noël sont ainsi trop souvent instrumentalisées par certains élus pour diviser et affirmer une identité française forcément catholique : plus précisément, de leur conception « catholique », et en réalité une conception réactionnaire du pays.
On saisit que C.Fourest veut faire le buzz sur le dernier n° de son magazine, mais en quoi cette façon de vouloir encore polémiquer, ici contre les enseignants défendant leurs intérêts communs,aide à avancer?
Et, sur le fond, son rappel historique sur la laïcité est faux THREAD👇
En effet, CF exagère très nettement le conflit de la laïcisation de l’école pour servir son narratif : or, les « hussards » qu’elle évoque distinguaient ce qui relevait de la croyance (pas a l’école) et du savoir (l’école). Ils ne menaient aucune «guerre» contre les croyants 2/9
[Parenthèse : je le dis d’autant plus que je descends d’un « hussard noir » ET d’une « hussarde noire » : on oublie trop que la laïcisation incomba plus encore aux institutrices. Ici, « pas bravo » à CF qui se dit féministe mais n’a jamais évoqué lesdites « hussardes »]
Le numéro concerné n’étant plus en kiosque, il m’est possible de rendre public ce texte rédigé pour @libe, à propos de la légitimation grand public d’un repli réactionnaire, raciste et antisémite.
« Tout ce qui est important disparaît dans le désordre de nos esprits saturés » 👉
En version texte :
Le rappel en est quotidien et insupportable : la France n’est débarrassée ni de l’antisémitisme, ni du racisme. Dernièrement, la CNCDH a précisé l’évidence :
« les idées racistes peuvent revenir rapidement quand elles sont endossées et légitimées par des responsables politiques et médiatiques. »
Les dérapages et les manquements sont devenus banals et terriblement partagés sur l’ensemble du spectre politique.