Vlanx avait un grand talent pour la vulgarisation et le raisonnement. Ses arguments, précis, percutants, relevés par une pointe d’humour et une ironie souvent mordantes, encouragent toujours la réflexion dans un esprit bienveillant et constructif. 2/15
Au départ, il produisait surtout des vidéos sur des sujets liés au transhumanisme. Il en avait une vision optimiste et progressiste. Celles et ceux qui me suivent savent sans doute qu’un tel optimisme est aux antipodes de ma pensée, nourrie par les théories technocritiques. 3/15
Malgré tout, je trouvais ces vidéos très stimulantes. Aujourd’hui, elles ne sont plus disponibles sur sa chaîne. Sa pensée a en effet évolué sur la question : dans la dureté du monde, le transhumanisme lui apparaissait finalement comme menaçant. 4/15
À partir de 2020, Vlanx s’est impliqué dans la lutte intellectuelle contre la désinformation sanitaire et pour l’esprit scientifique. Par exemple, dans cette capsule, il nous rappelle que le Covid-19 est là pour durer, malgré le déni collectif. 5/15
Cette vidéo prend aujourd’hui une résonance tragique, mais elle témoigne de sa profonde lucidité.
Cette clairvoyance, Vlanx la tient de sa volonté de toujours mieux raisonner. La série de vidéos suivante porte précisément sur cet objectif. 6/15
Grâce à sa rigueur intellectuelle, Vlanx pouvait changer d’avis quand cela est pertinent. Il l’a fait sur le transhumanisme, comme il l’a fait sur le «wokisme», qu’il a fini par considérer justement comme un homme de paille d’extrême droite. 7/15
Par la démarche rationnelle, Vlanx est ainsi passé d’une position techno-progressiste, assez dépolitisante, vaguement centriste et perméable à une certaine rhétorique conservatrice, à une position clairement orientée à gauche. 8/15
Par exemple, Vlanx explique dans cette vidéo, sources scientifiques à l’appui, l’existence du racisme systémique, c’est-à-dire d’une inégalité ancrée dans les structures politiques et sociales entre personnes racisées et non-racisées. 9/15
Dans une autre vidéo, il démontre pourquoi l’idée nietzschéenne selon laquelle les idéologies égalitaires relèvent d’une «morale d’esclave» - une révolte insidieuse des «faibles» sur les «forts» - n’a aucun fondement solide. 10/15
J’aimerais citer aussi cette vidéo sur les «milliardaires justice warrior», ces gens qui défendent systématiquement les super-riches sans être riches eux-même. Vlanx démythifie la «croyance en un monde juste», où les gens auraient ce qu’ils méritent. 11/15
Pour terminer, je soulignerais que Vlanx a dernièrement tenu des positions très courageuses sur le conflit israélo-palestinien, dénonçant dès le 14 octobre 2023 le risque de génocide des Palestiniens par l’État fasciste d’Israël. 12/15
Il y a tant d’autres vidéos que j’aimerais évoquer, mais je vous invite à (re)découvrir par vous même les pépites de cette chaîne. C’est l’une des plus brillantes et vivifiantes de ce la «gauche internet» et de la sphère de l’esprit critique. 13/15
Avec Vlanx, nous avons souvent échangé, sur ses vidéos ou sur mes threads. Malgré des désaccords initiaux sur le transhumanisme, nos pensées ont fini par se rejoindre sur l’essentiel : la défense d’un humanisme concret et d’une justice réelle. 14/15
Vlanx a décidé de nous quitter pour ne plus souffrir. J’aurais aimé mieux le connaître, mais surtout, j’aurais aimé l’aider.
Souvenons de ce qu’il a laissé à toutes et à tous : des leçons d’intelligence et un souvenir indélébile.
Si vous avez lu ce modeste hommage jusqu'au bout, je vous invite à publier un petit mot sur ce livre d'or. Que vous soyez un/une proche ou non, votre témoignage compte
🙏
On me signale que ce lien ouvre sur la page d'accueil du site web (pour ma part, j'ouvre bien la page de Vlanx).
Ce lien est probablement plus fonctionnel :
Dites-moi.reliez-vous.fr/books/book
Pour accéder à la page de Vlanx, je vous suggère d'y aller via ce post de @DominiqueV_EPP
@Dr_Zoe_ et @Positions_revue ont récemment réalisé deux vidéos sur Anti-Tech Résistance, un mouvement écologiste et anti-technologie. S’ils accusent à raison ce mouvement d’être réactionnaire, c’est à tort qu’ils rejettent toute écologie technocritique. 1/25
Dans leurs vidéos, ils défendent deux arguments principaux : 1. «la technocritique est toujours une anti-technologie» car «la technologie n’est jamais un problème» ; 2. «la critique des technologies industrielles est toujours réactionnaire». 2/25
Commençons par le premier : «la technocritique est toujours une anti-technologie» car «la technologie n’est jamais un problème». Avant toute chose, il importe de clarifier les termes : qu’entend-on par technique, technologie et technocritique ? 3/25
Les erreurs répétées de Luc Julia sur le fonctionnement des LLM ont entamé sa crédibilité (voir le travail salutaire de @MonsieurPhi). Mais cet extrait met en lumière un problème tout aussi grave : une profonde incompréhension des enjeux socio-politiques des techniques. 1/15
Pour Luc Julia, l’IA ne serait qu’une «boîte à outils» qui contient des choses comparables au marteau, au tournevis ou à la scie. Ces outils «sont potentiellement dangereux, mais à la fin, […] c’est moi qui tiens le manche du marteau, et donc c’est moi qui décide.» 2/15
Il reprend l’une des idées les plus tenaces et trompeuses sur la technique : celle qui postule qu’elle ne dépendrait que de l’usage qu’on en fait. J’ai retracé ici le développement de ce mythe à l’ère industrielle : 3/15
L’histoire de la xénophobie en France est étroitement liée au processus de «nationalisation de la société» (Gérard Noiriel), c’est-à-dire à l’identification progressive des individus à une entité restée très longtemps abstraite et éloignée : la nation. 1/25
Originellement, le mot «nation» désigne un groupe dont les membres ont des origines communes (en latin «nascere» signifie «naître»). Au XVIIIe siècle, un nouveau sens lui est conféré : un groupe qui détient la souveraineté, et donc la légitimité pour exercer le pouvoir. 2/25
Le concept moderne de nation triomphe au moment de la Révolution française : d’après l’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, «le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation.» 3/25
Mon dernier fil sur le massacre des Italiens à Aigues-Mortes en 1893 a suscité de nombreuses réactions. Je souhaite répondre à plusieurs objections censées invalider l’idée que l’immigration des Européens a été difficile en France. 1/25
Premièrement, certains affirment que le massacre d’Aigues-Mortes est un fait isolé, et en tant que tel, il ne serait pas significatif. Cette assertion est fausse, car la France a été marquée par de très nombreux épisodes de xénophobie. 2/25
Dès la première moitié du XIXe siècle, le monde ouvrier est traversé de conflits entre Français et étrangers : en 1819, 2.500 personnes manifestent à Roubaix contre la présence d’ouvriers belges ; en 1839, 1.200 à 1.500 Parisiens réclament le renvoi des Allemands. 3/25
Dans les débats sur l’immigration, certains affirment que les étrangers d’origine européenne ont été facilement assimilés à la nation française. Pour déconstruire cette idée reçue, évoquons un événement dramatique survenue en 1893 : le massacre des Italiens à Aigues-Mortes. 1/25
Aigues-Mortes est une commune du département du Gard, dans l’actuelle région Occitanie. Son nom signifie littéralement «eaux mortes». En effet, elle dispose d’étangs et de marais riches en sel, importante ressource du territoire depuis l’Antiquité romaine. 2/25
En 1868, les propriétaires marais salants se constituent en Société Anonyme : la Compagnie des Salins du Midi (CSM). Dix ans plus tard, Aigues-Mortes est reliée à Nîmes par le chemin de fer. La production salinière prend ainsi une dimension nationale. 3/25
La liberté-délivrance – le fantasme d’un affranchissement total des nécessités du quotidien – est une impasse, pour des raisons tout à la fois politiques, sociales et écologiques. Contre elle, une autre forme de liberté peut être réellement émancipatrice : l’autonomie. 1/25
Classiquement, la notion d’autonomie se définit par son étymologie : se donner à soi-même (autos) sa propre loi (nomos). Cette acception a d’abord une dimension politique, le «soi» étant la communauté, et la loi l’ensemble des règles qui régissent cette dernière. 2/25
En ce sens, l’autonomie n’est pas individuelle, mais collective et démocratique. Elle implique une participation active des membres de la communauté à l’élaboration des règles. Pour cela, le pouvoir ne doit pas être concentré à une trop vaste échelle. 3/25