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Jun 23 39 tweets 15 min read Read on X
Bon, on va rentrer dans un sujet très sérieux. Beaucoup en Occident et en Israël imaginent une chute du régime iranien. Ce qui serait positif au demeurant.

Soit. Partons de ce principe, et dessinons le panorama d'un Iran où Khamenei ne tient plus le pouvoir. Le thread sera très long.

SPOIL : l'Iran ne sera pas une démocratie laïque libérale apaisée après. Et il ne faut donc en rien être naïf. 1/Image
Tout d'abord, rappelons les fondamentaux. L'Iran compte 90 millions d'habitants. Ils sont repartis dans le pays avec de grandes disparités en termes de densité. 70 % de la population vit dans une zone urbanisée. Plusieurs villes dépassent le million d'habitants. Mais Téhéran écrase par son poids : plus de 15 millions d'habitants. 2/
De nombreuses ethnies peuplent le pays. C'est une information importante pour la suite, en cas de chute du régime de Khamenei.

Les perses sont largement dominants. Mais il faut évoquer les kurdes, les baloutches, les turkmènes, les arabes notamment ahwazis, les lors, les azéris, les pachtounes...

Chacune de ces communautés est régulièrement présente dans un autre pays voisin. Ce qui a des implications nombreuses... 3/Image
L'islam chiite domine le pays de manière écrasante, y compris chez les minorités ethniques. Les arabes de l'Ahwaz sont ainsi majoritairement chiites, de même que les azéris.

On compte une minorité sunnite, notamment chez les kurdes et chez certains arabes ainsi que dans des communautés dans le nord et l'est du pays.

Notons une présence chrétienne et une minorité juive.

Enfin, évoquons une infime minorité de zoroastriens (à peine quelques dizaines de milliers de personnes). 4/
L'actuel régime est une République islamique fondée en 1979 par l'ayatollah Khomenei, revenu au pays après 14 ans d'exil, à la suite d'un soulèvement populaire contre l'ancien régime des Pahlavi, lui même récemment établi au XXème siècle, suite à un coup d'Etat, et qui avait sombré dans le despotisme et dont les classes populaires pauvres ne voyaient pas d'amélioration à leur quotidien.

La révolution de 1979 était davantage diversifiée politiquement à l'origine (impliquant notamment la gauche, comme le parti Tudeh). Mais la répression post-révolution élimina ces rivaux de Khomenei. 5/Image
La répression du nouveau régime va rapidement faire taire les courants libéraux, communistes et centristes. Elle va aussi s'abattre sur les minorités ethniques du pays qui oseraient dessiner un espoir d'autonomie voir même d'indépendance.

Le but ? Que seule l'idéologie khomeiniste domine le paysage politique iranien. Mais ce courant là est aussi divisé (nous y reviendrons). 6/
Pour asseoir son pouvoir, Khomeini crée rapidement, et cela s'est poursuivi avec Khamenei, un État dans l'État. Le régime théocratique est intriqué dans le régime républicain. Créant un système mixte très pervers.

Très suspicieux de l'armée, les ayatollahs s'efforcent de bâtir une armée parallèle : reposant sur les Gardiens de la Révolution et sur une police paramilitaire, les Bassidj. Une force notamment composée de volontaires fidèles au pouvoir (gardez cette information précisément en tête...). 7/Image
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De fait, l'armée iranienne est le parent pauvre de la défense iranienne. C'est une armée, en 2025, sous équipée, marginalisée et dominée de fait par les Gardiens de la Révolution. Elle est importante en nombre mais extrêmement faible.

IMPORTANT : Vous avez un premier élément important en cas de chute du régime des mollahs : on ne peut pas compter sur une armée affaiblie, qui se retournerait partiellement contre le régime, pour tenir 90 millions d'habitants et un pays en transition... 8/
Continuons et penchons-nous désormais sur l'opposition iranienne.

Premier problème : le prisme de l'exilé.

Après la montée au pouvoir de Khomenei, et après les vagues de répression successives, des dizaines de milliers d'iraniens de l'opposition ont pris la route de l'exil. Notamment en Europe et aux États-Unis. Mais aussi dans la région (Irak, pays du Golfe...). 9/
Le prisme de l'exilé, c'est typiquement le fait de croire qu'une opposition en exil depuis très longtemps est représentative des oppositions présentes dans le pays.

Typiquement, depuis plusieurs jours, les partisans de l'ancien régime des Pahlavi écument les plateaux de télévision en Europe. Assurant partout que l'Iran va acclamer, comme un seul homme, l'arrivée de Reza Pahlavi. Qui n'a pas mis un pied en Iran depuis 46 ans. 10/Image
Pour soutenir cette idée, les Pahlavistes ont mis en place une chaîne de communication politique efficace : représentants, associations, et même des instituts de sondages. Assurant, dans des sondages dont les critères sont exaspérante, que Pahlavi récolterait 80 % d'opinions positives en Iran.

Ces mêmes sondages, des mêmes instituts, assurent que 8 % de la population iranienne serait zoroatsrienne... Soit plusieurs millions de personnes. Quand toutes les données de la recherche académique en dénombrent... quelques dizaines de milliers. Bonjour le sérieux sur le reste, vous vous doutez bien. 11/
Dans les faits, les Pahlavi sont surtout populaires dans une opposition en exil et quelques milieux militants dans les grandes métropoles iraniennes appartenant quasiment tous au même milieu social : une bourgeoisie intellectuelle urbaine, principalement native de Téhéran. Qui était déjà des soutiens et membres de l'ancien régime qui avait déjà exaspéré une large partie des iraniens en 1979...

Ces familles veulent simplement prendre leur revanche. Mais sont-elles représentatives des campagnes et banlieues conservatrices, religieuses et traditionnelles ?

Imaginez un parisien de gauche du Marais interviewé pour évoquer le sort d'un petit bourg qui vote RN. Cela vous fait rire ? C'est exactement le problème du prisme de l'exilé... 12/
Qu'avons nous d'autres comme oppositions ?

Nous avons la gauche iranienne. Cocue de l'histoire en 1979, trahie par Khomeini, elle aimerait aussi prendre sa revanche. Mais elle est elle aussi soumise au prisme de l'exilé. Dans les faits, si elle a aussi quelques partisans, notamment dans le centre et le sud du pays, elle est démolie.

Un exemple connu de cette gauche iranienne : la famille Radjavi et le mouvement des Moujahidines du Peuple. Mais ils vivent... en exil. Et de nouveau, ils biaisent notre vision de l'opposition iranienne si l'on croit voir en eux aussi des gens représentatifs. 13/Image
Avançons encore : les mouvements étudiants et de la jeunesse.

Nous avons eu tendance à imaginer que les récents mouvements courageux de femmes iraniennes étaient représentatifs de l'ensemble des mouvances de jeunesse hostiles au pouvoir. Or, les manifestations d'étudiantes hostiles au voile, défiant le régime, n'ont jamais obtenu un soutien très massif de la jeunesse... Certains pointeront la peur de la répression. C'est une évidence. Mais cela est plus compliqué. 14/
Or, il y a déjà eu des mouvements de jeunesse bien plus massifs en Iran. Bien plus colossaux. Et cela malgré la répression. Et notre imaginaire collectif les a oublié : les protestations massives de la jeunesse iranienne en 2009 suite aux élections déplorablement truquées par le régime cette année-là.

Ce ne furent pas quelques protestations de quelques milliers de personnes, mais... des millions ! 15/Image
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Pourquoi le mouvement plus tard surnommé la Révolution verte, de la couleur choisie par les manifestants pour se représenter en Iran en 2009, fut-il un tel succès (et la répression fut sanglante pourtant) ?

Parce que la jeunesse iranienne également religieuse et conservatrice, mais démocrate, a pu s'engager et se retrouver dans ce mouvement. Là où les mouvements féministes récents anti-voile n'ont pas pu obtenir l'adhésion de cette autre jeunesse religieuse...

Et oui, chers lecteurs et lectrices, rappelez-vous qu'un jeune peut aussi être religieux et conservateur... 16/Image
Vous voyez que tout commence à se complexifier. Et oui, nous y venons : la plus forte force d'opposition en Iran n'est pas forcément celle de nos plateaux télévisés trustés par les Pahlavistes et Radjavistes...

En 2009, des gens comme Mir Houssein Moussavi, à la fois conservateurs religieux mais modérés et démocrates dans leur manière de voir la gouvernance en Iran, ont obtenu le soutien de dizaines de millions d'iraniens dans les urnes face au candidat Ahmadinejad. Moussavi est en résidence surveillée depuis 2011 désormais. Ni un Pahlavi ni un Radjavi ne peuvent démontrer de telles dynamiques pour leurs camps... 17/
Ce que je veux vous amener à saisir : une large partie de la population iranienne, et pas seulement rurale au fond d'une zone montagneuse, est religieuse et conservatrice. Et si cette population pourrait dénoncer le régime iranien, elle ne voterait pas pour autant, y compris une partie de la jeunesse, pour un parti laïc libéral ou de gauche... 18/Image
Il est même fort probable que des gens comme Moussavi, pourtant très conservateurs politiquement, aient, en cas de chute du régime de Khamenei, une influence bien plus considérable. Ayant marqué la jeunesse du pays des années 2000-2010.

Avançons... 19/
Parlons désormais des minorités. Et oui, elles sont, pour beaucoup, représentées par des forces d'opposition.

Elles ont même un élément en plus : elles sont régulièrement armées !

Et on va même rajouter une difficulté : elles détestent le régime des mollahs mais rejettent régulièrement aussi les discours tenus par les oppositions en exil vues comme jacobines et qui refusent elles aussi une décentralisation en Iran. 20/
On ne va pas tous les dénombrer. Mais ils sont présents dans le pays avec des armes, a contrario des autres oppositions iraniennes en exil ou même dans le pays. Chez les kurdes, évoquons plusieurs groupes armés comme la branche locale du PKK, le PJAK, ou encore le PAK. 21/ Image
Les baloutches, minorité sise près du Pakistan voisin, disposent aussi d'une dizaine de groupes armés réclament l'autonomie, l'indépendance, voire un État islamique dans leur territoire devenu indépendant. Je n'evoquerai que la Jaysh al-Adl.

Vous comprendrez que ces groupes ne portent pas davantage dans leurs coeurs les autres oppositions iraniennes... 22/Image
Et je n'ai pas parlé ici des groupes armés et politiques autonomistes / indépendantistes arabes de l'Ahwaz, dans le sud de l'Iran, que j'évoquais il y a peu... 23/

Vous voyez où je veux en venir ? Vous voilà, avec déjà toute cette opposition au régime, ou à l'intérieur du régime, complètement éclatée, avec une armée très fragile, avec toute une panoplie de groupes armés déjà présents en Iran et revendiquant ça et là une autonomie vis à vis de Téhéran.

Joli bazard n'est-ce pas ? 24/
Mais c'est pas fini !

Car il y a d'autres forces en embuscade ! En effet, même de manière très périphérique, des groupes proches d'al-Qaïda mais aussi des éléments de l'Etat Islamique sont également présents en Iran...

Par exemple, le groupe jihadiste Ansar al-Furqan, principalement basé au Balouchistan, est ainsi actif dans le pays. Il n'attend que l'effondrement du pouvoir central iranien pour mener davantage d'opérations. 25/Image
Ansar al-Furqan a mené encore une attaque sur un checkpoint de la police dans la région côtière, en décembre 2024. Et le groupe n'est pas seul dans cet objectif. 26/ Image
Et, comme je le disais, n'oublions pas que l'Etat Islamique est présent en Iran. La violente attaque sur un défilé des Gardiens de la Révolution en Ahwaz, en 2018, a tué 24 de ces derniers. Une démonstration de force d'un groupe qui compterait bien profiter d'un vide du pouvoir à Téhéran. 27/Image
Bon, pour ceux et celles qui ont été courageux et courageuses de lire jusque là, j'espère que vous voyez le problème.

Les administrations américaines et israéliennes, certains partis en Europe, etc... peuvent proposer et soutenir le principe de faire tomber le régime des mollahs. Soit, qui pleurerait une tyrannie barbare ? Pas moi.

Et les peuples de la région, je pense aux syriens en premier lieu, de voir là un retour de bâton pour Khamenei. 28/
Mais voilà, dans les faits : l'Iran post-Khamenei n'est pas la carte postale idéale vendue par une partie de l'opposition iranienne (on pense alors aux partisans de Pahlavi qui nous assurent qu'il ferait un excellent leader populaire et soutenu par les foules de millions de gens (???)).

C'est un pays qui n'a aucune opposition prête à gouverner mais, surtout, prête à réunir tout le pays et toutes ses composantes. Chose essentielle pour assurer la transition. 29/Image
Mais durant tout cela, tiens donc, on aurait pas oublié certains ?

Ah mais oui... Les Gardiens de la Révolution et les Bassidj. Je parle ici des volontaires, réellement fidèles, au pouvoir. Parmi les dizaines de milliers engagés, beaucoup n'accepteront pas, avec leurs chefs, la vite du régime de leur chef religieux.

Depuis longtemps, j'évoque le danger évident d'une talibanisation / irakisation des Gardiens et Bassidj. 30/
On aurait alors, partout en Iran, notamment dans les zones rurales et certains bastions religieux urbains (je pense, entre autres, à la ville de Qom), une insurrection militaire, lourdement armée, très organisée via son ancienne chaîne de commandement, des partisans de l'ancien régime de Khamenei. Des milliers de combattants attaquant partout les nouvelles autorités.

Et ce serait même probablement le plus grave problème de la transition... 31/Image
ON Y EST : Et bien voilà les amis et amies. Le régime tyrannique des mollahs est tombé.

Et qu'avons-nous ?

1) Un pays dont l'opposition en exil n'a pas l'emprise qu'elle a vendu en Europe et aux États-Unis.

2) Une opposition intérieure éclatée et bien plus complexe à appréhender (poids d'une opposition conservatrice religieuse prête à jouer le jeu des élections libres).

3) Ces deux bords pourraient discuter mais ne s'entendront que très peu.

4) Des revendications autonomistes qui exploseraient de toutes parts, et souvent en contradiction avec les oppositions nationales à Téhéran.

5) Une insurrection armée des Gardiens de la Révolution et Bassidj les plus fidèles qui prendraient le maquis, avec plusieurs de leurs leaders, bien décidés à poursuivre la lutte pour revenir au pouvoir un jour.

6) Des groupes sunnites, salafistes et / ou jihadistes, avançant leurs agendas... 32/
Et bien voilà ce à quoi ressemblera l'Iran post-Khamenei.

Ce n'est pas une démocratie laïque libérale ou de gauche. Et ce que nous vendent quelques opposants en exil, souvent issus de milieux revanchards, qu'ils soient de gauche ou de droite, est totalement utopique.

Ce serait un pays en plein chaos, où le nouveau pouvoir central serait composé de forces politiques rivales qui ne peuvent s'accorder clairement. 33/
Ceux qui, désormais si vous les voyez à la télévision, vous vendent un Iran arc-en-ciel-bisounours-peace-and-love-transition-democratique-cestmerveilleux : vous savez que soit ils mentent, soit ils n'y connaissent rien et n'ont pas fait le travail de ce bilan global du panorama de ce qu'est l'Iran. 34/
Est-ce que cela veut dire que le régime iranien ne doit pas tomber ?

Bien sûr que non ! Je bosse avec des syriens depuis 15 ans et ils seraient les premiers à applaudir la chute du régime des mollahs qui leur a envoyé des dizaines de milliers de combattants pour les réprimer aux côtés d'Assad.

Mais est-ce qu'il faut être naïf sur l'Iran post-Khamenei ? En aucun cas. Vous avez désormais ce à quoi il ressemblera peu ou prou. 35/
Faire tomber le régime des mollahs, d'autant plus en conséquence d'une intervention extérieure, ce qui alimenterait la fidélité déjà solide de nombreux partisans du régime en Iran (car oui, des iraniens sont partisans du régime de Khamenei), ne doit pas être pris avec des grosses louches. Mais avec d'immenses, longues et fines pincettes...

On aurait potentiellement un pays en plein bordel politique, militaire, social, ethnique, religieux et revendicatif de toutes parts... 36/
Sur ce, je vous remercie d'être toujours plus nombreux à me lire. Vous êtes désormais 19 000. Vous connaissez mon franc-parler et mon habitude de mettre les pieds dans le pays en ayant toujours cependant des éléments construits et argumentés. Je voulais vous proposer cela car personne ne l'évoque ainsi dans les médias. Désolé pour la longueur mais je ne pouvais faire autrement...

Bonne journée à vous tous. Et puissent les civils subir le moins possible, de toutes parts, les affrontements actuellement en cours. 37/
A NOTER : j'espère que vous devinez, dans ce thread, que la seule manière dont l'Iran puisse se sortir, si un jour le régime des ayatollahs devait tomber, serait un parti conservateur issu du régime mais capable d'accepter le jeu électoral pluriel et libre. A même d'avoir l'appui de nombreux iraniens conservateurs mais aussi l'assentiment politique des oppositions nationales.

Je le redis, un AKP chiite iranien, dans un système électoral pluriel et libre, est probablement l'alternative la plus pacifique et sérieuse, pouvant avoir le soutien réel de nombreux habitants, y compris d'anciens partisans du pouvoir, existant actuellement sans que le pays n'explose suite à la chute, très hypothétique, du régime. Et nous n'y sommes pas.
Ce parti pourrait naître de l'effondrement du régime, et notamment autour de personnalités comme Mir Houssein Moussavi ou Mehdi Karoubi (très âgé pour ce dernier), et d'autres encore.

Des hommes dont on sait, cette fois-ci de manière certaine, qu'ils ont eu un véritable soutien populaire massif dans l'histoire récente du pays. Et à même d'obtenir l'écoute des oppositions en exil en vue d'une transition politique (si tant est qu'elles acceptent de partir du principe qu'elles dirigeront pas de toute manière seules...).

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Jun 22
L'Etat Islamique serait responsable de l'atroce et sordide attaque qui a visé, via un kamikaze, l'église de Saint-Elie à Damas. Il s'agit de la plus grave attaque de l'EI, s'il se confirme que le groupe est bien responsable, en Syrie depuis des années. Au moins 30 fidèles tués. Un massacre alors que le nouveau pouvoir réprimé, depuis plusieurs semaines, l'EI via des arrestations nombreuses.
L'EI révèle une posture de mauvais perdant revanchard et haineux. L'échec de son califat, détruit en 2019, et la mort de nombre de ses califes, notamment des mains d'HTS (un des califes du groupe a été traqué et abattu par les troupes d'Ahmad al-Sharaa il y a plusieurs années), se transforme en volonté de saccager toute possibilité de transition.

En visant une église, le groupe distille le venin de la dissension dans un pays déjà si fragile et en reconstruction...
Nous ne cessons d'alerter sur le problème... Et cela depuis des années et même encore ces dernières semaines.

Le nouveau pouvoir syrien a lancé une politique de recherche et d'élimination des cellules de l'Etat Islamique. Et voilà la réponse du groupe.

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Jun 22
Il faudra encore attendre. Mais il se pourrait que les frappes américaines n'aient pas eu l'effet escompté, avec l'exemple du site de Fordo.

1) L'Iran avait évacué une large partie du matériel de Fordo vers un autre site (image satellite de gauche) ces derniers jours.

2) Les États-Unis ont visiblement prévenu le pouvoir iranien des frappes. C'est la méthode habituelle, comme ce fut le cas pour les frappes américaines en Syrie en 2017. Le régime des mollahs peut donc évacuer du personnel stratégique si nécessaire.

3) Les dégâts sur le site de Fordo sont doubles (image de droite) : sur les entrées du site d'enrichissement, afin de les combler (il faudra creuser pour y revenir) et sur ses hauteurs. Il faut savoir si les frappes sur leurs hauteurs ont réellement détruit les installations en dessous...

In fine, l'opération se dessine comme une demi-mesure. Les iraniens, et le renseignement US le savait, ont pu évacuer de larges parties des activités de Fordo. Et les frappes n'ont probablement pas détruit les installations globalement.

Dans les faits : le programme nucléaire iranien est ralenti pour 5 ans ? 10 ans ? Il faudra voir si le vrai objectif (qui était de forcer les iraniens à revenir sur la table des négociations) sera atteint...Image
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Rappelons que l'essentiel était aussi de détruire les centrifugeuses du site de Natanz. Là encore, les autorités iraniennes ont été prévenues avant les frappes américaines par ces mêmes autorités américaines. Il faudra attendre, pour ce site précis, une vision plus claire.

Mais si c'est comme à Fordo, on est vraiment dans une opération qui confine presque davantage à la communication diplomatique par les armes (on peut vous frapper donc négocier), qu'à une vraie opération méthodique de destructions des capacités nucléaires iraniennes.
Le fait de prévenir l'adversaire, via des canaux intermédiaires, est une habitude peu connue des administrations américaines. En 2017, et en 2021, déjà, les États-Unis avaient prévenu la Syrie des Assad, via la Russie, des frappes qui allaient advenir.

google.com/amp/s/www.cnbc…
Read 6 tweets
Jun 21
Israël frappe l'Ahwaz (ou Ahwaz selon l'orthographe) ce 21 juin 2025.

Un choix stratégique qui va par delà des frappes sur des infrastructures militaires, sécuritaires ou nucléaires. Car l'Ahwaz, au delà d'être le coeur de la production pétrolière iranienne, est le bastion d'une minorité souvent rebelle au pouvoir : les arabes ahwazis.

Je vous présente cette minorité peu connue d'Iran et qui s'embrase régulièrement contre Téhéran... 1/Image
L'Ahvaz n'a pas d'existence institutionnelle en 2025 dans la République Islamique d'Iran. Aucune région ne porte ce nom. Mais elle est globalement centrée sur une région administrative qu'est le Khuzestan.

C'est une région stratégique. Elle accueille en effet une large partie de la production pétrolière iranienne... 2/Image
La géographie de l'Ahvaz, aux yeux des arabes de la région, dépasse largement le Khuzestan administratif (qui, par ailleurs, inclue aussi la minorité lor).

Ici, une infographie issue d'un groupe favorable à l'indépendance de l'Ahvaz dévoile un panorama bien plus large que le seul Khuzestan, prenant quasiment tout le bord côtier iranien sur le Golfe...3/Image
Read 20 tweets
Jun 18
Éliminer le père, soit. Mais vous aurez peut-être le fils...

Dans le tourbillon informationnel sur l'Iran, et les prises de positions d'une partie du spectre politique, qui s'imagine que la chute du régime iranien serait une partie de plaisir, on oublie les ressorts de ce régime tyrannique.

Et l'un de ses ressorts est d'avoir déjà une génération suivante : et elle est notamment personnalisée par Motjaba Khamenei...

Je vous le présente aujourd'hui... 1/Image
Motjaba Khamenei, c'est l'histoire d'un homme préparé pour gouverner.

Son père, l'ayatollah Ali Khamenei, a régulièrement écarté toute décision de succession héréditaire du pouvoir. Mais les faits et le parcours de son fils ne peuvent donner à voir qu'une longue marche vers la capacité à gouverner. 2/Image
Né en 1969, Motjaba Khamenei a très rapidement poursuivi un cursus en théologie, notamment à Qom, ville essentielle pour le clergé chiite, où il eût pour enseignant... son propre père.

Les rumeurs, probablement propagées par son entourage, assurent qu'il a servi durant la guerre Iran-Irak. Sans que cela ne soit clairement établi. 3/
Read 19 tweets
Jun 17
Ceux qui pensent que la chute du régime iranien des mollahs se fera comme celle des Pahlavi...

On met le doigt dans un engrenage bien sombre si on pense faire du regime change à la cool (je dis cela ce soir avec la rumeur insistante d'une potentielle implication des États-Unis) face à un régime qui pourra nourrir, même vaincu, une insurrection permanente dans le pays à la manière des Talibans. 1/
Les Pahlavi n'avaient quasiment plus aucun soutien et l'armée ne s'est guère battue pour eux (bien mauvaise stratégie car l'armée fut ensuite marginalisée et purgée par Khomeini).

On ne peut que souhaiter la fin de la tyrannie des Ayatollahs sur l'Iran et leur influence nauséabonde sur la région. Mais croire qu'ils sont aussi isolés que les Pahlavi en leur temps est une bien malheureuse position.

Ce n'est pas qu'un clan, comme les Assad, avec quelques conscrits mal payés et des milices étrangères pour tenir le coup. Ils disposent de nombreux partisans, réellement investis et déterminés. Et qui se moquent de la politique mais combattront dans un objectif religieux. 2/
La transition en Iran, si elle doit avoir lieu, devrait se faire dans une succession d'événements plus ou moins calmes. Là, le risque, c'est la guerre civile.

Il n'y a aucune force d'opposition en exil qui ait la force de gouverner demain (de gauche comme de droite, des Radjavi comme des Pahlavi et autres... : eux, qui vivent souvent en exil depuis des décennies, vous diront que non). 3/
Read 10 tweets
Jun 11
Les 6 et 7 décembre 2024 : 48 heures où HTS et Ahmad al-Sharaa ont laissé des cadres et officiers du régime fuir vers la côte et, pour certains, vers la Russie.

C'est le sujet crispant en Syrie. Pendant deux jours, l'offensive d'HTS s'est arrêtée aux portes de la ville de Homs, noeud routier stratégique entre Damas et les bastions loyalistes de la côte.

On revient sur cette situation bien particulière et peu évoquée... 1/Image
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Le 5 décembre 2024, peu après la chute de Hama, les forces d'HTS, soutenues par l'ASL, l'ANS ou encore des groupes jihadistes, foncent vers Homs. Dans la périphérie nord de la ville, la rébellion locale est déjà active (à Rastan, à Talbisah...). Les convois venus du nord sont ralentis (destruction partielle du pont de Rastan).

Homs elle-même est prête à tomber... 2/Image
La prise de quelques petits villages restait à faire, et la chose se fait d'ailleurs entre les 5 et 6 décembre 2024. Mais aucune vaste opération vers Homs.

Rien. Et pourtant, contrairement à Hama, Homs ne disposait en aucun cas d'une vaste défense composée de checkpoints ou de bastions stratégiques (collines fortifiées). La ville était prenable en quelques heures. 3/
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