Bonjour à tous, pour ceux qui me suivent pour la question syrienne.
Après une nuit, on a enfin eu les résultats pour les élus de la ville d'Alep. Et cela après une nuit de chaos...
Qui sont les élus ? Et pourquoi un tel retard ? Pourquoi un tel enjeu ? 1/
Tout d'abord, je rappelle que la circonscription électorale d'Alep et sa campagne est la plus puissante de Syrie à elle seule : 20 sièges y étaient en jeu pour la part des sièges attribués pour les 70 % à élire par les collèges électoraux nommés par la présidence.
Tous les courants politiques se sont donc battus pour obtenir cette citadelle politique... 2/
Depuis hier après-midi, alors que les résultats étaient attendus, les rumeurs ont commencé à monter à Alep.
Un groupe aurait mis le chaos dans le vote puis dans le dépouillement, posant de potentiels problèmes de fraudes : les Frères Musulmans. L'organisation, très affaiblie, et désormais plutôt mal vue en Syrie, est marginalisée depuis la prise du pouvoir par Ahmad al-Sharaa. 3/
Depuis près de 10 ans, ayant imaginé la suite de la chute du régime, les Frères Musulmans avaient monté et organisé un parti politique : le parti Wa'ad (logo en illustration).
Mais Ahmad al-Sharaa, véritable vainqueur politique de la chute d'Assad, et plutôt distant vis à vis de la confrérie, en vue de ce scrutin, leur avait coupé l'herbe sous le pied en annonçant que les partis ne pouvaient participer au scrutin... 4/
Toute la nuit, des membres et proches de la confrérie, qui s'étaient présentés, individuellement donc, ont revendiqué des victoires. Obtenir les sièges d'Alep permettait à la confrérie d'exister dans l'assemblée et d'utiliser l'hémicycle comme tremplin. J
Je précise qu'elle a obtenu plusieurs sièges, notamment à Homs, avec l'élection de Nour al-Jandali, entre autres profils proches de ce courant. 5/
Regardons, désormais les élus proclamés ce matin pour la ville d'Alep.
Arrivé en tête des suffrages, Azzam Khanji. Ce riche homme d'affaires, impliqué sur la question sociale et éducative, ministre du gouvernement intérimaire syrien de l'opposition dès les années 2010, est très populaire. Il est très proche des intérêts turcs en Syrie. 6/
La Turquie, puisqu'on en parle, aura un poids considérable dans le parlement, via de nombreux élus d'Alep. Comme Mahid Issa. Syrien d'ascendance turkmène, il a reçu le second plus haut score pour les sièges de la ville. L'homme ne s'est jamais caché de sa proximité avec la politique du gouvernement Erdogan en Turquie. 7/
J'en parlais hier dans le cadre des résultats préliminaires, mais Abdul Karim Aqidi a bien été élu. 8/
Également élu, le sheikh Ali al-Jassim. Il est très impliqué dans la vie religieuse et sociale locale. Il est élu plus spécifiquement pour le district de la campagne sud d'Alep. C'est un conservateur, également proche des intérêts turcs. Oui, décidément... 9/
Également élu, Abdulqadir Khoja, une célèbre famille d'ascendance turkmène également. C'était un des favoris de l'élection à Alep. C'est un modéré proche des intérêts turcs, mais aussi un libéral économiquement. 10/
Également élu, Aref Razouq. Il avait organisé une campagne basée sur la reconstruction de la ville mais surtout pour lui redonner sa place de capitale économique du pays. Médecin célèbre dans la ville, il a été notamment chirurgien dans la zone assiégée d'Alep-est entre 2012 et 2016. 11/
Notons un profil conservateur élu à Alep, avec Tamam al-Loudami, dentiste également diplômé en droit islamique. Proche des Frères sans être membre de la confrérie (à vérifier). Il pourrait se rapprocher du camp "shariste" comme je le nomme depuis hier. L'homme s'est beaucoup impliqué dans la vie associative. 12/
Autre victoire : Abdul Aziz Maghribi. C'est un vétéran de l'opposition à Alep. Conservateur modéré, il a déjà été très impliqué politiquement en ayant dirigé le Conseil local d'opposition à Alep dans les années 2010, avant de grimper les échelons au sein de la politique d'opposition dans la région. 13/
Élu, également, Muhammad Ramez Kurj. Très impliqué dans la vie universitaire, aussi bien maintenant, que du temps de l'opposition (université libre d'Alep). Il est spécialisé en littérature classique mais aussi en droit islamique. 14/
Conservateur modéré et proche de la Turquie, notons également l'élection d'Ammar Tawouz. Diplômé en droit islamique, membre de plusieurs organismes islamiques syriens d'opposition, avant de gagner une parole officielle depuis la chute de l'ancien régime. 15/
Je pourrais continuer ainsi un moment sur d'autres profils.
Faisons le bilan : sur la douzaine de sièges en jeu dont on attendait le bilan définitif, les conservateurs modérés et les libéraux économiques l'emportent. C'est une évidence.
Les Frères Musulmans ne s'en sortent pas si mal avec plusieurs proches élus, dont Azzam Khanji. Mais ils n'obtiennent pas le score qu'ils voulaient.
Enfin, la grande gagnante, confirmant son rôle politique local, mais aussi par extension au sein de la future assemblée : la Turquie. 16/
In fine, pas d'élections de profils conservateurs de ligne dure. Uniquement des profils très convenus et très modérés. Alep a pourtant fourni des chefs, des cadres et des religieux bien plus proches de l'agenda politique originel qu'était celui d'HTS canal historique.
Ahmad al-Sharaa se dote d'une assemblée bien éloignée de son propre courant idéologique. 17/
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Je suis comme beaucoup un soutien clair à l'opposition au régime de Maduro.
Mais je ne cesse de rappeler que toutes les vidéos de manifestations de joie au Venezuela n'ont jamais été tournées ces derniers jours...
On va donc les debunker. 1/
Cette vidéo a été massivement partagée, par exemple. Notamment en France.
Et bien...
C'est une vidéo d'IA. Elle n'a jamais été tournée à Caracas, et encore moins ces derniers jours... 2/
Cette vidéo, pour un public non averti, a beaucoup circulé. Il ne s'agit pas d'une manifestation à Caracas, ni même au Venezuela, mais à Buenos Aires, en effet hier 3 janvier 2026, de la part d'une partie de la diaspora vénézuélienne qui a fui le régime chaviste. 3/
"Le régime au Venezuela est tombé." (J'aimerai personnellement que ce soit le cas).
Les faits, ce soir : non.
* La vice-présidente Delcy Rodriguez gouverne le pays et refuse de prendre la présidence.
* Même si elle négocie avec Washington, elle est sous pression. 1/
* Cabello, le terrible chef de la sécurité intérieure répressive du régime, est toujours là.
* Padrino est toujours également à la défense et n'a pas été tué.
* L'administration du régime fonctionne.
* Les FANB et milices maduristes se déploient dans le pays. 2/
* Les chefs de l'opposition en exil sont très marginalisés.
* Machado, prix Nobel de la paix, opposante vivant pourtant dans le pays dans la clandestinité, a été humiliée par Donald Trump en direct...
* Si la diaspora a éclaté de joie, aucune manifestation au Venezuela. 3/
Ce qui est assez impressionnant, c'est aussi le traitement d'une situation dans sa globalité. Car plus personne ne parle... du Venezuela. Où le jour est levé depuis un moment.
Et... le régime autoritaire est... toujours là. On est complètement en train d'oublier le pays. 1/
Maduro a été enlevé. Oui. Et... bah c'est tout (pour le moment). Trump nous dit que le pays pourrait être sous encadrement des Etats-Unis (quelle forme ?). Sur le terrain, les anciens ministres de l'autocrate socialiste dirigent déjà de facto le pays. 2/
L'armée ne s'est pas soulevée contre eux (Padrino semble aux commandes) et est restée étonnamment coordonnée.
Pas plus, non plus, d'images d'effusion de joies massives dans les rues du pays. Quelques vidéos circulent dont certaines datent parfois de 2017... 3/
On me traite souvent d'oiseau de malheur quand je parle de la Pologne. Mais oui, ce pays va dérailler économiquement très vite. Car son succès éco' ne s'accompagne pas, contrairement à bien des pays après une sombre période (Japon, Europe de l'ouest...), d'un boom d'enfants. 1/
La Pologne va avoir ce que j'appelle un binge-growing. Une explosion économique rapide en deux décennies avant une gueule de bois colossale. Car le pays se transforme, aussi, en un EHPAD moribond, morbide et un système social, certes moins généreux, qui n'est pas changé... 2/
L'effet ciseaux va être d'une violence encore plus terrible qu'ailleurs en Europe car leur réussite économique commence, déjà, et les jeunes polonais le dénoncent de plus en plus, à être aspirée par... les vieux. Leurs soins et leurs pensions. On y revient malheureusement... 3/
Asaad al-Shaibani, dans une intervention avec son homologue turc Hakan Fidan, vient de nommer le nord-est syrien, notamment connu comme la Jazira (ou Djezireh) comme la "Jazira al-Arabiya".
Un terme jamais utilisé jusque-là à ce niveau et qui revendique une identité arabe. 1/
Un langage politique très engagé car l'histoire de la région est justement une superposition de mouvements, réguliers ces derniers siècles, parfois imposés, de population arabes et kurdes dans la région.
Historiquement arabe, en effet, et toujours avec une majorité arabe. 2/
Mais le fait est que le nord-est syrien est également très divers. Avec une forte communauté kurde sur sa frontière nord, mais également des communautés étrangères venues de plusieurs régions (y compris même des tchétchènes installés là par les ottomans au XIXème siècle). 3/
Il est une chose qu'on ne peut pas enlever à l'habilité pragmatique d'Ahmad al-Sharaa. En l'espace d'à peine une année, il a replacé la Syrie au centre des intérêts internationaux.
Ce 16 novembre 2025, ce sont trois délégations américaine, russe et turque qui sont venues le même jour à Damas !
On fait le point. 1/
Tout d'abord, évoquons la visite d'une délégation du Congrès des Etats-Unis à Damas. Avec la rencontre de plusieurs ministères, notamment de l'économie et de la justice. Le volet des sanctions César a été abordé.
Rappelons qu'il n'y a toujours pas eu de levée des sanctions, seulement une suspension partielle. 2/
La délégation américaine a été vue au-dessus du ciel de la région de Daraa après son décollage depuis Damas, comme l'a documenté le media local @HoranFreeMedia. 3/