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Oct 15 29 tweets 5 min read Read on X
Arrêtons le peacewashing

🧶1/29
Pour évoquer les accords instaurant un cessez-le-feu à Gaza, de nombreuses personnalités politiques et plusieurs médias choisissent d’utiliser le mot paix. Qu’ils le fassent pour reprendre la rhétorique de Donald Trump, ... 2/29
ou parce qu’ils estiment que ces accords instaurent une « paix » entre la Mer et le Jourdain, il est essentiel de s’interroger sur ce que ce mot signifie et surtout ce qu’il dissimule.

En effet, en ce qui concerne la Palestine, la question n’est pas celle de la « paix ». 3/29
Ce mot ne fait que dissimuler la réalité coloniale imposée aux 🇵🇸 depuis la fondation d'🇮🇱.
La « paix », dans ce contexte, n’est qu’un vernis rhétorique destiné à blanchir l’injustice, une forme de peacewashing qui cherche à rendre acceptable une situation d’oppression. 4/29
D’abord, paix s’oppose à guerre. Employer ce terme suppose donc la fin d’un affrontement symétrique entre deux parties égales. Or, dans le cas de Gaza, il ne s’agit pas de l’arrêt d’un conflit entre deux camps, mais de la suspension – au moins temporaire – ... 5/29
d’une campagne génocidaire, de bombardements et de massacres menés par une puissance occupante sur un territoire qu’elle occupe.

Plus encore, nous ne parlons pas ici d’une simple offensive militaire, mais d’un génocide, qualifié comme tels par les Palestiniens, ... 6/29
de nombreux juristes, historiens, ONG et experts onusiens. Autrement dit, qualifier cette situation de paix revient non seulement à nier la profonde asymétrie du rapport de force, mais aussi à occulter la réalité d’un crime de masse en cours. 7/29
Mais ces accords marquent-ils véritablement la fin du génocide, alors que celui-ci couve partout en Palestine, y compris en Cisjordanie, depuis des décennies ? Les Palestiniens de Gaza vont-ils cesser de mourir massivement alors qu’aucun hôpital n’est fonctionnel ? 8/29
Quand 78 % des immeubles d’habitation ont été détruits et qu’au moins 500 000 personnes vivaient déjà dans des conditions de famine en septembre 2025 ?

L’urgente entrée de l’aide humanitaire ne saurait répondre à temps aux besoins vitaux – alimentaires ou médicaux. 9/29
Au-delà de ces constats, l’histoire, comme le présent, montre que même en période de cessez-le-feu, l’État d’Israël continue de tuer, de blesser et d’emprisonner des Palestiniens, souvent sous des prétextes sécuritaires fallacieux. 10/29
Le jour même de la libération des otages israéliens, six Palestiniens ont été abattus à Gaza par l’armée israélienne, accusés de « représenter une menace pour les soldats ».

En réalité, depuis 1948, les Palestiniens n’ont jamais connu la « paix ». 11/29
Même les cessez-le-feu ou les périodes dites « calmes » par les autorités israéliennes ne le sont qu’en apparence : elles désignent simplement des moments où aucun Israélien ne meurt.

La période avant le 7 octobre correspond bien à cette illusion de « paix », ... 12/29
les Israéliens pensaient la question palestinienne réglée et inoffensive et l’économie prospérait.

Les faits ont pourtant démontré que les Palestiniens, eux, n’ont jamais partagé ces « privilèges ». 13/29
Pendant cette prétendue période de « paix », Gaza était enfermée sous un blocus total qui, depuis des années, privait plus de deux millions d’habitants de leurs droits fondamentaux et de toute perspective de développement. 14/29
En Cisjordanie, les expulsions de familles 🇵🇸 par l’armée et les colons se multipliaient, les arrestations arbitraires étaient devenues normales, et les check-points morcelaient le quotidien, empêchant d’aller travailler, d’étudier ou de rendre visite à ses proches. 15/29
Surtout, les tueries se poursuivaient : l’année 2023 avait été la plus meurtrière en Cisjordanie depuis la seconde Intifada, avec 476 Palestiniens tués selon l’OCHA – un triste record qui succédait déjà à celui de 2022, jusque-là l’année la plus sanglante. 16/29
En contexte colonial, le mot « paix » ne décrit jamais la situation du peuple colonisé, mais celle de la puissance coloniale. Il exprime le point de vue du dominant, celui d’une stabilité retrouvée pour lui seul, ... 17/29
sans tenir compte de la réalité du dominé, qui ne peut connaître la paix sans libération. C’est là tout le problème de ce mot.

Ce dont il devrait être réellement question, c’est de décolonisation – ... 18/29
autrement dit, de la lutte d’un peuple pour sa libération face à une puissance qui cherche à le déposséder et à l’effacer. En niant son droit à l’autodétermination, cette puissance poursuit un projet dont le génocide en cours constitue l’une des phases ultimes. 19/29
Parler de « paix » sans reconnaître cette réalité, c’est entretenir l’illusion d’une égalité entre colonisateur et colonisé, alors que l’un détient la force et que l’autre ne fait que défendre son droit à exister. 20/29
Tout comme on parle d’« otages » israéliens et de « prisonniers » palestiniens – alors que des milliers d’habitants de Gaza ont été enlevés depuis le 7 octobre – le mot « paix » s’inscrit dans un discours hégémonique et colonial. 21/29
Lorsque Trump parle de «paix », il évoque, en réalité, la tranquillité des 🇮🇱 : un état où ils n’auraient plus à se battre pour la libération des otages et où la critique internationale, déjà timide venant des puissances occidentales, cesserait enfin de les déranger. 22/29
Les mêmes schémas coloniaux se répètent. Ils étaient déjà bien en place dans le cas de la colonisation de l’Algérie par la France. La France avait aussi recours au lexique de la paix. Il s’agissait de « pacifier » l’Algérie, ... 23/29
non pas en mettant un terme à la violence coloniale et en se retirant d’un territoire qui ne lui appartenait pas, mais en institutionnalisant les formes de contrôle et de dépossession. 24/29
Il s’agissait de légaliser - sous prétexte de pacification - l’ordre colonial français, en soumettant les indigènes, en contrôlant leur corps, leur langue, leur culture, leurs terres, leurs vies. 25/29
La paix servait donc à justifier la domination coloniale et in fine à justifier un projet génocidaire. La libération algérienne, qui aboutit à l’indépendance de l’Algérie en 1962, visait à s’opposer à ce récit dominant. La terminologie a donc aussi joué. 26/29
Il ne s’agissait pas de paix, mais de libération, donc de démantèlement de l’ordre colonial français.

De la même manière, recourir au lexique de la paix à Gaza sans reconnaître la nature coloniale du régime israélien revient à reproduire le même mensonge colonial. 27/29
Comme la France en Algérie, Israël et ses alliés revendiquent ce même narratif d’une prétendue paix, alors que celle-ci sert à masquer la poursuite du projet colonial d’effacement du peuple palestinien. 28/29
Kwame Ture. 29/29

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Oct 7
La Palestine et le 7 octobre

Extraits d’articles publiés par Yaani

🧶1/11
« En vérité, décrire le Hamas comme étant principalement motivé par l’antisémitisme et apparenté aux nazis n’est que la continuation, dans le nouvel épisode intensif en cours de la guerre israélo-arabe des récits, d’un vieux stratagème narratif éprouvé, 2/11
inauguré par l’exploitation après 1945 de la figure d’Amin al-Husseini afin de présenter la conquête sioniste de la terre palestinienne en 1948 comme ultime bataille de la Seconde Guerre mondiale. » 3/11
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Sep 22
Reconnaître la Palestine sans sanctions contre Israël : le blanchiment occidental.

🧶1/X Image
Après l’Australie, le Royaume-Uni et le Canada, qui ont annoncé ce dimanche leur reconnaissance de l’État de Palestine, la France s’apprête à suivre le mouvement, en reconnaissant ce soir, depuis la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, l’État de Palestine. 2/X
Une telle annonce pourrait paraître historique, comme si elle consacrait une fracture au sein du bloc occidental autour de la guerre génocidaire menée contre les Palestiniens de Gaza et la solution à deux États. 3/X
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Sep 17
Génocide.
Sous nos yeux, Gaza disparaît.

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Après 23 mois de génocide à Gaza, l’armée israélienne a lancé une offensive terrestre sur la ville de Gaza, le 16 septembre au matin, visant à en prendre le contrôle après une nuit de bombardements intenses, et alors qu’Israël contrôle déjà 75% du territoire de la bande. 2/X
Selon les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, plus de 65 000 personnes ont été tuées. Ces chiffres restent largement sous-évalués. Une estimation récente parle de plus de 680 000 victimes. 3/X
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Aug 27
En finir avec les mythes du narratif sioniste - n°1 : « Les Palestiniens ont vendu leur terre »

🧶 1/X Image
L’historiographie sioniste réfute l’assimilation du sionisme à un colonialisme de peuplement. L’un des arguments les plus récurrents consiste à affirmer qu’avt 1948 et la création d’Israël, il n’y a pas de colonisation mais une installation en Palestine par l’achat de terre.  2/X
Rappelons au préalable que l'Organisation sioniste, au travers de ses Congrès ou de ses écrits, ne se percevait pas autrement que comme une entreprise coloniale. À une période où la colonisation européenne était en plein essor, le statut de « colon » était assumé.

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Aug 18
Israël : la « grève générale pour la fin de la guerre » qui ne dit pas son nom

Thread à dérouler 👇
Hier 🇮🇱 a connu ce que ses organisateurs et les médias qualifient de « grève générale pour mettre fin à la guerre ». En réalité cette mobilisation ne visait pas la fin de la guerre au sens large mais poursuivait 1 objectif : libérer les captifs, protéger la vie des soldats1/15
De plus, loin d’être une véritable grève générale, seules certaines entreprises, institutions et administrations ont permis à leurs employés d’y participer, souvent de manière ponctuelle et désorganisée. 2/15
Read 16 tweets
Aug 11
L’assassinat d’Anas al-Sharif : tuer les témoins pour achever le génocide

Yaani vous explique pourquoi le ciblage des journalistes palestiniens par Israël participe du projet génocidaire.

Fil à dérouler 🧶 Image
L’assassinat, cette nuit, du journaliste palestinien Anas al-Sharif par 🇮🇱 n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit dans une stratégie systématique visant non seulement à détruire des vies, mais aussi à anéantir la capacité d’un peuple à témoigner de sa propre réalité. 2/10
Ce processus n’a pas débuté le 7/10/2023 : il est consubstantiel au projet colonial. Depuis le début de la guerre génocidaire contre Gaza, les journalistes 🇵🇸 sont systématiquement pris pour cibles : assassinats, arrestations arbitraires, destruction du matériel de presse... 3/10
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