En finir avec les mythes du narratif sioniste - n°3 : « Israël n’est pas une construction coloniale puisqu’il n’y a pas de métropole »
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Cet argument n’a rien de nouveau : il est récurrent dans les écrits d’intellectuels sionistes cherchant à masquer le caractère colonial du mouvement sioniste et de la création d’Israël. 2/29
Pour tenter d’y parvenir, il faut feindre d’ignorer les travaux scientifiques sur le colonialisme de peuplement (settler colonial studies), au profit d’une approche unique et systématique de toutes les situations coloniales. On vous explique. 3/29
Sur le plan analytique, il est essentiel de distinguer deux formes de colonialisme : le colonialisme « classique » d’exploitation et le colonialisme de peuplement. 4/29
Le colonialisme « classique », aussi appelé colonialisme de métropole, se définit par l’exploitation économique d'un territoire par une métropole dans une logique d'extraction de ses ressources. 5/29
La population autochtone est utilisée comme une main d'œuvre exploitable à souhait par le travail forcé, dans le seul objectif d’enrichir la métropole. La métropole exerce un lien de subordination direct et institutionnalisé sur sa colonie. 6/29
Cette situation n’implique pas l’absence d’installation de populations coloniales sur le territoire colonisé, mais la nature de cette installation est très différente. 7/29
Le colonialisme de peuplement se caractérise par l’élimination et le remplacement de la population autochtone par un collectif de colons exogènes, qui, à terme, constitue un corps politique autonome sur le territoire conquis. 8/29
Il a précisément pour conséquence la mise à distance de la métropole : les colons cherchent à effacer complètement la question coloniale, dans la mesure où ils cherchent à s’indigéniser, à se présenter comme les habitant·es légitimes du territoire conquis. 9/29
Ce processus d’auto-indigénisation des colons est appelé redwashing.
L’exemple historique de l’Algérie française est particulièrement parlant : les colons ont développé des intérêts politiques et une identité propre. 10/29
Iels se sont ainsi plusieurs fois opposé·es aux politiques de la métropole, notamment celles visant à encourager la participation politique des musulman·es. 11/29
La logique sous-jacente est donc l’élimination de la population autochtone (et non pas la simple exploitation des ressources) dans l’objectif de la remplacer par une autre population. 12/29
C’est d’abord ce processus d’auto-indigénisation de la population coloniale qui caractérise le colonialisme de peuplement, non pas l’existence d’une métropole. L’anthropologue Patrick Wolfe, pionnier des études sur le colonialisme de peuplement, le résume ainsi : 13/29
« Les colons visant le peuplement viennent pour rester : l’invasion est une structure et non un événement ». 14/29
La relation entre métropole et colonie dans une situation de colonisation de peuplement est donc complexe et changeante, mais cette autonomisation ne remet pas en cause le statut de colons de celles et ceux qui sont venu·es coloniser une terre qui ne leur appartenait pas. 15/29
Dans le cas de la colonisation de la Palestine, à l’instar de l’Amérique du nord, de l’Australie ou de la Nouvelle-Calédonie), il y a bien une population non autochtone, venue d’Europe, du continent américain, du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord, ... 16/29
... qui a remplacé une population déjà existante – les Palestinien·nes. En réclamant son indigénité en Palestine, cette population non autochtone a procédé à un nettoyage ethnique du peuple autochtone – la Nakba de 1947-1949. 17/29
Cette colonisation a été orchestrée par le mouvement sioniste, émanation du monde occidental – et plus particulièrement de l’expansionnisme britannique –, et n’aurait jamais pu se réaliser sans l’aide conséquente apportée par des fondations ou des philanthropes occidentaux. 18/29
De plus, certain·es chercheur·es soulignent les liens forts entre colonialisme sioniste et impérialisme occidental, renforçant ainsi la pertinence de ce paradigme : ... 19/29
Israël est un produit de l’expansion européenne au Proche-Orient et a toujours pu compter sur l’appui logistique d’États occidentaux désireux d’étendre leurs visées impérialistes dans la région. 20/29
D’autres nient les liens entre le caractère colonial d’Israël et l’impérialisme britannique du début du XXème siècle, mais cela ne peut pas servir d’argument pour réfuter le caractère colonial d’Israël. 21/29
En effet, le colonialisme de peuplement est caractérisé par le remplacement d’une population par une autre, et par l’auto-indigénisation de la population coloniale, non pas par l’existence d’une métropole. 22/29
Ainsi, la sociologue Rachel Busbridge qualifie le mouvement sioniste de « colonialisme de peuplement sans métropole, guidé par un nationalisme diasporique et un désir d’exclusivité raciale ». 23/29
Israël est une construction coloniale, et ce même en l’absence d’une métropole clairement identifiable. 24/29
Le génocide des Palestinien·nes à Gaza, le régime d’apartheid, ainsi que la violence et l’injustice subies quotidiennement par les Palestiniens ne sont que le résultat de cette colonisation. 25/29
Dès lors, seul le démantèlement de l’ordre colonial israélien permettrait la justice et la dignité pour le peuple palestinien. 26/29
Pour aller plus loin :
« Le colonialisme sioniste en Palestine », Fayez Sayegh (1966)
« Israel and Settler society », Lorenzo Veracini (2006)
« Settler colonialism and the elimination of the native », article de Patrick Wolfe (2006)
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« Conceptualiser la colonialité d’Israël, retour sur la trajectoire d’une analyse polémique », article de Michael Seguin (2016)
« Israel-Palestine and the Settler-Colonial ‘Turn’ », article de Rachel Busbridge (2018)
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« Gaza, une guerre coloniale », ouvrage coordonné par Stéphanie Latte-Abdallah et Véronique Bontemps (2025)
« Le paradigme du colonialisme de peuplement : un tournant épistémologique ? », article de Caterina Bandini et Marion Lecoquierre (2025)
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Pour évoquer les accords instaurant un cessez-le-feu à Gaza, de nombreuses personnalités politiques et plusieurs médias choisissent d’utiliser le mot paix. Qu’ils le fassent pour reprendre la rhétorique de Donald Trump, ... 2/29
ou parce qu’ils estiment que ces accords instaurent une « paix » entre la Mer et le Jourdain, il est essentiel de s’interroger sur ce que ce mot signifie et surtout ce qu’il dissimule.
En effet, en ce qui concerne la Palestine, la question n’est pas celle de la « paix ». 3/29
« En vérité, décrire le Hamas comme étant principalement motivé par l’antisémitisme et apparenté aux nazis n’est que la continuation, dans le nouvel épisode intensif en cours de la guerre israélo-arabe des récits, d’un vieux stratagème narratif éprouvé, 2/11
inauguré par l’exploitation après 1945 de la figure d’Amin al-Husseini afin de présenter la conquête sioniste de la terre palestinienne en 1948 comme ultime bataille de la Seconde Guerre mondiale. » 3/11
Reconnaître la Palestine sans sanctions contre Israël : le blanchiment occidental.
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Après l’Australie, le Royaume-Uni et le Canada, qui ont annoncé ce dimanche leur reconnaissance de l’État de Palestine, la France s’apprête à suivre le mouvement, en reconnaissant ce soir, depuis la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, l’État de Palestine. 2/X
Une telle annonce pourrait paraître historique, comme si elle consacrait une fracture au sein du bloc occidental autour de la guerre génocidaire menée contre les Palestiniens de Gaza et la solution à deux États. 3/X
Après 23 mois de génocide à Gaza, l’armée israélienne a lancé une offensive terrestre sur la ville de Gaza, le 16 septembre au matin, visant à en prendre le contrôle après une nuit de bombardements intenses, et alors qu’Israël contrôle déjà 75% du territoire de la bande. 2/X
Selon les chiffres du ministère de la Santé de Gaza, plus de 65 000 personnes ont été tuées. Ces chiffres restent largement sous-évalués. Une estimation récente parle de plus de 680 000 victimes. 3/X
En finir avec les mythes du narratif sioniste - n°1 : « Les Palestiniens ont vendu leur terre »
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L’historiographie sioniste réfute l’assimilation du sionisme à un colonialisme de peuplement. L’un des arguments les plus récurrents consiste à affirmer qu’avt 1948 et la création d’Israël, il n’y a pas de colonisation mais une installation en Palestine par l’achat de terre. 2/X
Rappelons au préalable que l'Organisation sioniste, au travers de ses Congrès ou de ses écrits, ne se percevait pas autrement que comme une entreprise coloniale. À une période où la colonisation européenne était en plein essor, le statut de « colon » était assumé.
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