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Jan 14 24 tweets 5 min read Read on X
C'est vrai. Comme je l'ai déjà écrit ici, la faiblesse relative du soutien militaire français à l'Ukraine, en termes financiers, restera pour beaucoup, dont je fais partie, comme une honte nationale au regard des enjeux de sécurité en Europe. 1/
Et c'est vrai, aussi, cette faiblesse, par rapport à l'engagement d'autres pays européens, nous coute en termes d'influence en Europe. Nous sommes moins audibles, parce que nous faisons peu, en comparaison des autres et au regard de notre richesse nationale. 2/
Alors certes, nous contribuons aux aides de l'UE à mesure de notre quote-part (environ 20% de l'aide de l'UE). Mais cela ne représente qu'un cout très modeste pour nous, qui nous place parmi les pays les moins impliqués. 3/ Image
Certes, tout ne se mesure pas en euros et la valorisation d'une capacité militaire ne dépend pas forcément de son prix d'achat théorique ou de sa valeur d'amortissement qui, au moment du transfert, peut être faible (quand on la valorise correctement). 4/
Bien entendu, ce ne sont pas tous les pays qui peuvent fournir des missiles SCALP ou des avions de combat. Bien entendu, nous fournissons aussi une aide "immatérielle" dans les domaines cruciaux du renseignement et de la formation. 5/
Certes, notre soutien diplomatique est crucial. Il est devenu central en Europe (après quelques cafouillages en 2022). Et la coalition des volontaires nous doit beaucoup. Bravo à celles et ceux qui, au Quai et au Minarm, y travaillent avec acharnement. 6/
Mais même en prenant tout ça en compte, l'aide militaire française à l'Ukraine reste singulièrement faible. Très faible. Trop faible. Il semble que le logiciel de nos décideurs se soit, sur ce plan, arrêté à une analyse récurrente "ne rien changer en profondeur en France". 7/
La stratégie française semble être, comme souvent dans les crises, "être au centre de la photo pour le moins cher possible et SURTOUT sans bousculer la société française", en considérant que "c'est loin tout ça, et puis bon, ça peut s'arrêter demain". 8/
N'ayant, en 2022, que très peu de stocks à transférer, très peu de capacités industrielles militaires capables de produire beaucoup et pas beaucoup de marges de manoeuvre budgétaires et politiques, la position française était censée jusqu'à la fin de l'année... 9/
En revanche, fin 2022, il était clair que :
1) le conflit allait durer
2) cela allait être un test industriel avant tout
3) le soutien américain était précaire, très prudent et serait peut-être limité dans le temps
4) l'enjeu de sécurité pour tout le continent était immense. 10/
C'est à ce moment qu'il fallait en tirer les conséquences et lancer un plan d'expansion industriel en France. Dépenser, pour l'avenir, pendant que d'autres achetaient des armes à court terme. En trois ans, nous aurions pu étendre la production bien plus que cela n'a été fait. 11/
Mais cela demandait un plan, complexe, engageant, de long terme, de formation, d'investissement, dont il n'était objectivement "pas certain à 100% que ça serait utile" puisque le risque existait, et existe toujours, que la guerre "cesse dans quelques semaines". 12/
C'est donc l'approche prudente qui a prévalu : ne pas creuser les déficits en dépensant pour l'industrie de défense au delà des "marches" et "surmarches" LPM, limiter le soutien à l'Ukraine au strict minimum pour être sur la photo, faire des "coups qui ne coutent rien". 13/
En parallèle, la position française sur la nécessaire autonomie stratégique de l'Europe a continué de se faire entendre. Et l'histoire nous a donné raison. Mais la faiblesse de notre effort et de notre aide à l'Ukraine nous plombe. 14/
Je pense que la racine du problème est dans la classe politique : toute une génération de politiciens (dans tout le spectre politique) pour lesquels les "enjeux de sécurité"' ne sont pas une question de survie nationale, mais de position statutaire. 15/
Avec un prisme de lecture prépondérant qui est "les relations internationales ne comptent pas vraiment, sauf si on peut en tirer un argument électoral intérieur, donc soyons clivants, superficiels, pour le reste rien ne peut être grave et durable". 16/
Pour la classe politique française, le seul enjeu qui vaille, c'est la prochaine élection. La seule action prioritaire est celle qui permet de contrer l'adversaire politique ou de sécuriser des voix à court terme. Les retraités ou les banlieues plutôt que l'Ukraine. 17/
La dette enfle chaque année de dizaines de milliards, creusée par des déficits structurels qui sont indispensables au maintien des positions électorales. Dans ces conditions, on fait "le minimum partout" sur les autres sujets. Cette attitude est en train de ruiner le pays. 18/
A l'international, notre influence s'effondre. En Europe, nous sommes inaudibles, à trop parler et trop peu produire. A l'intérieur, le pilonnage des actifs attise la fuite des cerveaux et la dénatalité. Mais qu'importe : la classe politique ne vit que pour sa réélection. 18/
Alors je sais que certains, dans ce marasme, surnagent. Des élus authentiquement dévoués à l'intérêt général. Une poignée. Mais qui ne sont pas capables d'influer sur les réflexes d'appareil et de faire cesser cette spirale mortifère. 19/
La France a raison, depuis des décennies, de prôner l'autonomie stratégique de l'Europe, de s'opposer au gaspillage de l'argent européen au profit de l'industrie de défense américaine, de s'opposer à un destin de vassalité pour le continent. 20/
Mais cette attitude contraste avec les choix d'une classe politique qui continue de nous imaginer comme une île stratégique, en paix, qui n'a rien à "défendre" de manière "vitale" et peut se contenter de "payer un minimum pour être sur la photo". 21/
Pour les autres pays européens, cette attitude française se comprend comme une tentative de Paris de sécuriser un leadership à peu de frais, de faire payer nos alliés pour nos lubies, de nous substituer comme "chef de file" à l'Amérique et d'en retirer un bénéfice financier. 22/
En ce moment se joue l'avenir de l'Europe, de sa sécurité, de sa liberté, de sa civilisation. La position française était juste sur le fond des idées, mais ses actes sont contraints par notre profonde crise politique. Espérons que d'autres soient plus lucides et courageux. FIN

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Jan 13
Classique "produire en Europe c'est long, on a besoin d'armes vite". Argument qui, s'il comporte une part de vérité, sert surtout depuis trois ans à ne pas engager d'effort industriel en Europe. Et en France nous ne sommes pas immunisés. 1/
Vis à vis de l'Ukraine, en France, pas mal d'analystes (dont ma pomme, mais aussi @MICHELYohann, @JosephHenrotin, @Michel_Goya, @VincentTourret et pas mal d'autres) ont dit, fin 2022, "ça va durer, il faut un effort industriel massif en Europe". 2/
Mais, des ministères aux couloirs de Bruxelles, toujours la même rengaine : "oui mais non : ça pourrait très bien finir dans trois mois et on serait comme des cons avec des capacités de production inutiles - signons plutôt un petit chèque et vidons les placards". 3/
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Jan 13
L'attitude française à propos des crédits européens à dépenser ou non aux Etats-Unis pour armer l'Ukraine fait débat... C'est, en cette période de crise du Groenland, un excellent révélateur des modes de pensée profonds en Europe. 1/
Le fait que des pays européens soutiennent, en ce moment, qu'il faut continuer à armer l'Ukraine massivement avec des armes américaines achetées - plus cher que le prix du marché - avec de l'argent européen montre à quel point la soumission à Washington va au delà du rationnel.2/
Au bout de trois ans de guerre, de "wake up call pour l'Europe" et après presque un an de "Trump II", un an après le discours de Vance à Munich, la réalité est que la majorité des pays européens ne VEULENT PAS réduire la dépendance aux Etats-Unis, quoi qu'il en coute. 3/
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Jan 9
Je crois que si les Européens veulent sauver le droit international, il faut qu'ils retrouvent l'articulation "le droit ET la force" et qu'ils reconstruisent un vieux réflexe européen face aux prétentions hégémoniques : la coalition des faibles, plutôt que la soumission. 1/
Finalement, en Europe, on a "co-construit" pas mal d'éléments modernes du droit international et de l’État de droit dans un contexte de guerres fréquentes (au moins sur le continent - outremer on a été très créatifs pour ne pas se brider, hélas, avec notre propre droit). 2/
L'idée qu'en Europe il ne "doit pas" y avoir de dominant unique à l'échelle continentale et que chaque prince est un peu "empereur en son royaume" vient d'ailleurs en grande partie de juristes français pour justifier que non, on ne se soumettra pas à l'Empereur germanique. 3/
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Jan 6
Alors oui, certes, on n'est plus en 1867. Mais malheureusement, on n'est plus en 1945 non plus : le compromis de l'ONU se fissure largement, De manière croissante, des dirigeants de grandes puissances ne voient plus pourquoi ils restreindraient leur force au nom de principes. 1/
Le compromis de l'ONU de 1945 est une fiction intellectuelle qui était désirable et - nous le pensons encore en Europe - efficace, légitime et utile. Elle consiste à se faire une promesse de cour de récréation : "on dit que" tous les États sont souverains et respectables. 2/
En l’absence de tiers de confiance efficace et impartial extérieur à l'humanité, c'est au Conseil de Sécurité qu'il revenait de le faire respecter. C'est à dire aux "plus puissants" d'alors, investis d'une responsabilité en échange de laquelle ils renonçaient à leur avantage. 3/
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Jan 5
La question du Groenland doit être abordée avec lucidité, sans panique, sans "copier coller" l'analyse d'autres territoires. Les exigences de Trump sont un test pour ses protégés européens. Il faut avoir conscience des conséquences de nos réactions. 1/
D'abord, à ce stade, l'invasion et l'annexion américaine par la force semble peu probable. Pas mal de verrous existent encore, y compris au Congrès, pour empêcher l'administration Trump de s'en prendre au territoire d'un allié des Etats-Unis. 2/
En revanche, les pressions lourdes, diplomatiques et économiques sont possibles contre l'Europe, et la recherche d'un "deal" en mode "donnez-nous librement le Groenland ou sinon on va vous pourrir la vie, vous lâcher en rase campagne et vous humilier en le prenant par la force".3
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Jan 4
Au delà de nos réactions politiques face à la violation du droit international par les Etats-Unis, il faut s’intéresser aux démonstrations de puissance que ce pays a mené, par deux fois cette année, en Iran et au Venezuela. C'est à la fois "beaucoup et peu". 1/
Il y a une similitude assez frappante avec les actions que menait le Royaume Uni pendant la "pax Britannica" du XIXe siècle. Les Etats-Unis ont démontré, cette année, un niveau de coordination, de planification, de supériorité technologique et opérationnelle très net. 2/
Ce que les Américains ont fait, au dessus de l'Iran ou au Venezuela, aucun pays ne peut le faire avec une telle échelle, à une telle distance, avec autant de coordination. Il y a une tendance en Europe à considérer, de plus en plus, que les Américains sont des imbéciles. 3/
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