L'homme qui a construit le métro de Paris n'avait qu'un seul bras.
Fulgence Bienvenüe. Treizième enfant d'une famille bretonne. Polytechnicien. Ingénieur des Ponts et Chaussées. En 1881, un accident sur un chantier ferroviaire lui broie le bras gauche. Il a 29 ans. On l'ampute.
Il disait en riant avoir été "exproprié de son bras".
Trois ans plus tard, il arrive à Paris. En 1895, il présente un projet de chemin de fer souterrain que tout le monde juge fou. En 1900, la première ligne relie Porte Maillot à Porte de Vincennes. 26 minutes. Le jour de l'inauguration, il fait 38 degrés. Aucune personnalité officielle ne vient. Le président de la République préfère une revue navale à Cherbourg.
Les Parisiens, eux, descendent pour se mettre au frais.
Pendant 32 ans, avec un seul bras, Bienvenüe a supervisé la construction de 12 lignes et 130 kilomètres de tunnels sous Paris. Il a pris sa retraite à 80 ans.
Quand on a voulu renommer une station en son honneur, on a oublié le tréma sur le "u". Il a fallu refaire toutes les plaques.
Le carrelage blanc du métro parisien n'est pas un choix esthétique. En 1900, l'éclairage souterrain était minimal : une ampoule de 15 watts tous les 5 mètres. Le carrelage biseauté blanc servait à réfléchir la lumière. C'est un choix technique devenu une signature.
Bienvenüe était apparenté au maréchal Foch. Le maréchal avait épousé sa petite-cousine Julie Bienvenüe en 1883 à Saint-Brieuc. Le père du métro et le vainqueur de la Grande Guerre étaient de la même famille bretonne.
Et vous, quelle est votre station de métro préférée à Paris ?
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La France a inventé les télécommunications. Cinquante ans avant le reste du monde. Sans électricité.
En 1791, Claude Chappe, ancien abbé passionné de physique, transmet un message à 14 kilomètres. En quelques minutes. Avec des bras en bois posés sur un mât.
Le principe : un mât surmonté de bras articulés, installé en hauteur. Chaque position correspond à un signe. Un guetteur lit le signal à la longue-vue et le reproduit sur la tour suivante. De tour en tour, le message file.
La Convention est en guerre. Elle finance une ligne. Paris-Lille. 230 kilomètres. Quinze stations. Un message parcourt la distance en neuf minutes.
Le 30 août 1794, la victoire française à Condé parvient à Paris en quelques instants. Pour la première fois, une information voyage plus vite qu'un cheval au galop.
En 1844, la France compte 534 tours sur 5 000 kilomètres de lignes. Un réseau national complet, opérationnel depuis un demi-siècle.
Cette même année, un Américain nommé Morse envoie son premier message électrique. Le monde applaudit l'invention du télégraphe.
La France transmettait déjà des dépêches codées depuis cinquante ans. Avec un vocabulaire secret de 9 999 mots.
Les opérateurs des tours ne connaissaient pas le code. Ils reproduisaient la position des bras sans savoir ce que ça voulait dire. Seuls les directeurs aux deux bouts de la ligne pouvaient déchiffrer.
Le réseau ne marchait que six heures par jour. Impossible de nuit, inutilisable par brouillard ou pluie. La ligne Paris-Brest passait par 58 tours, dont une au Mont-Saint-Michel. Transmettre dans la brume normande, c'était un acte de foi.
Il naît dans un hôpital pour indigents du 6e arrondissement de Paris. Ses parents attendent un visa pour l'Amérique. Le visa n'arrivera jamais.
22 mai 1924. Le garçon vient au monde dans une famille d'immigrés arméniens. Son père, ancien baryton, est le fils d'un cuisinier du Tsar. Sa mère a fui le génocide depuis la Turquie. Ils ouvrent un petit restaurant rue de Seine où le père chante pour les exilés d'Europe centrale. Les recettes ne couvrent jamais les dépenses.
Le gamin monte sur scène à 9 ans. Auditions, petits rôles au théâtre, figuration au cinéma. Pas de diplôme. 1m63. On lui dit que sa voix est cassée, trop grave, trop rauque. Pendant vingt ans, tous les directeurs de salle le refusent.
En 1946, une femme le remarque. Édith Piaf. Elle l'embarque en tournée, d'abord comme chauffeur et secrétaire. C'est en l'écoutant écrire des chansons dans la voiture entre deux concerts qu'elle comprend ce qu'il vaut. Il écrit pour elle, pour Bécaud, pour tout le monde sauf pour lui. Il faudra attendre 1956 pour que la scène française accepte enfin de l'écouter.
Ensuite, plus personne ne l'a arrêté. 1 200 chansons en huit langues. 180 millions de disques. Soixante films. Ambassadeur d'Arménie. Héros national arménien. Il a chanté jusqu'à la veille de sa mort, à 94 ans.
Charles Aznavour. Né il y a 102 ans jour pour jour. Dans un hôpital pour indigents. D'une famille qui attendait un visa qui n'est jamais arrivé.
La Bohème, c'est lui.
Ses parents ont caché des familles juives pendant l'Occupation dans leur appartement de la rue de Navarin. Aznavour avait 16 ans. Après la guerre, la famille a reçu le titre de Juste parmi les nations. Le fils d'immigrés qui cachait d'autres persécutés.
Piaf ne l'a pas repéré pour sa voix. Elle l'a pris comme chauffeur et secrétaire. C'est en l'écoutant écrire des chansons dans la voiture entre deux concerts qu'elle a compris ce qu'il valait. Il a été son employé avant d'être son protégé.
Dans le Nord, au milieu des maisons en brique rouge, un industriel a fait construire un château en brique jaune. En 1932. Ses voisins l'ont détesté.
Villa Cavrois, à Croix, près de Roubaix. 60 mètres de façade. 2 800 m². Toits-terrasses, piscine de 27 mètres, ascenseur, téléphone dans chaque pièce, chauffage central. En 1932.
Paul Cavrois, patron textile, 7 enfants, veut une maison moderne. Il confie tout à Robert Mallet-Stevens, l'architecte le plus radical de France. Carte blanche totale. Du sol au plafond, des meubles aux poignées de porte, tout est dessiné sur mesure.
Les voisins, dans leurs manoirs néo-flamands, n'en reviennent pas. Ce cube jaune est un scandale.
En 1986, Madame Cavrois meurt. La villa est vendue à un promoteur. Pillée. Saccagée. Des arbres poussent sur les terrasses. Les marbres sont arrachés.
En 2001, l'État la rachète. 13 ans de restauration. 23 millions d'euros. En 2015, la Villa Cavrois rouvre, exactement comme en 1932.
Le cahier des charges de Paul Cavrois à Mallet-Stevens tenait en sept mots : "Air, lumière, travail, sports, hygiène, confort, économie." Pas un seul mot sur l'esthétique.
La brique jaune de la Villa Cavrois a nécessité 26 moules différents. Mallet-Stevens s'était inspiré de l'hôtel de ville de Hilversum, aux Pays-Bas, conçu par l'architecte Dudok. Un Français copiant un Néerlandais pour construire dans le Nord. L'Europe de l'architecture avant l'heure.
En 1804, le Père Lachaise ouvre ses portes. La première année, il accueille 13 tombes. Treize.
Trop loin de la ville, trop excentré. Personne ne veut y être enterré. La mairie est embarrassée.
Le préfet de Paris prend alors une décision radicale : en 1817, il organise en grande pompe le transfert des restes de Molière, de La Fontaine, d'Héloïse et d'Abélard.
Détail savoureux : les historiens pensent que les restes ne sont probablement pas les bons. Les ossements avaient déjà été exhumés, mélangés, réattribués au hasard pendant la Révolution. Peu importe. L'opération fonctionne.
En treize ans, le Père Lachaise passe de 13 à 33 000 tombes. Tout Paris voulait reposer près de Molière.
Aujourd'hui c'est 44 hectares dans le 20e. 3,5 millions de visiteurs par an. Jim Morrison, Édith Piaf, Chopin, Proust, Oscar Wilde.
Le Père Lachaise est né d'un coup marketing. Avec de faux morts célèbres.
"Père Lachaise" est le surnom du confesseur de Louis XIV.
Le terrain appartenait à la Compagnie de Jésus. Le père François d'Aix de La Chaise, jésuite, directeur spirituel du Roi-Soleil pendant plus de 30 ans, y avait une maison de repos.
Le nom a traversé la Révolution, la vente du domaine, la transformation en nécropole. Le confesseur du roi absolu a donné son nom au cimetière de la République.
La Commune de Paris s'y termine le 28 mai 1871.
Les derniers combattants fédérés sont acculés contre un mur du cimetière. 147 d'entre eux sont fusillés sur place. Ce mur s'appelle depuis "le Mur des Fédérés." Des fleurs y sont déposées chaque année le dernier dimanche de mai.
Le lieu du repos éternel abrite aussi le souvenir d'une exécution.
Pour construire une seule pièce, Louis XIV a déclenché une opération d'espionnage industriel à l'étranger. Avec assassinats à la clé.
La Galerie des Glaces, à Versailles. 73 mètres de long. 357 miroirs. 12 mètres sous voûte. Construite en 6 ans par Hardouin-Mansart, peinte par Le Brun.
Au XVIIe siècle, fabriquer un grand miroir relève du miracle. Une seule île au monde sait le faire : Murano, près de Venise. Le secret est gardé sous peine de mort. Trahir la formule, c'est mourir, soi et sa famille.
Colbert envoie des agents sur place. Il rachète, il corrompt, il exfiltre. Entre 1665 et 1667, plusieurs maîtres verriers vénitiens disparaissent vers la France à prix d'or.
La République de Venise riposte. Elle envoie ses propres tueurs. Plusieurs des fugitifs meurent en France dans des circonstances étranges. La galerie sera surnommée la "salle des miroirs sanglants".
En 1684, la Manufacture royale produit ses propres glaces. Murano est balayée. La galerie devient le symbole de la supériorité française. Elle deviendra Saint-Gobain.
Aujourd'hui, vous regardez des miroirs payés en vies humaines.
Détail méconnu : 70% des miroirs actuels sont d'époque. Les 30% restants ont été remplacés au XIXe siècle, mais avec d'autres miroirs anciens, prélevés ailleurs. Quand vous vous regardez dans la galerie, vous voyez votre reflet dans le tain qu'un Vénitien a fui Venise pour produire.
Le plus dingue : Bismarck a choisi cette pièce pour proclamer l'Empire allemand le 18 janvier 1871, en pleine défaite française. 48 ans plus tard, jour pour jour ou presque, la France a obligé l'Allemagne à signer le traité de Versailles dans la même galerie. La revanche s'est jouée dans la même salle.
Sous 12 kilos d'or, Napoléon est enterré dans cinq cercueils emboîtés.
L'Hôtel des Invalides, 7e arrondissement de Paris. Construit sur ordre de Louis XIV en 1670, pour accueillir les soldats blessés de ses armées.
Le dôme qui le domine, signé Jules Hardouin-Mansart, a culminé à 107 mètres pendant deux siècles. Le plus haut bâtiment de Paris, jusqu'à la Tour Eiffel.
Aujourd'hui, il abrite le tombeau du plus célèbre des Français.
Napoléon est mort à Sainte-Hélène en 1821. Son corps n'est revenu en France qu'en 1840, après des mois de négociations avec les Anglais. Le Retour des Cendres. Mais son tombeau n'était pas prêt. Pendant vingt ans, en attendant la construction de la crypte, le cercueil a dormi dans la chapelle Saint-Jérôme. Il n'a été installé à sa place définitive que le 2 avril 1861. Sous Napoléon III, son neveu.
Le sarcophage qu'on voit aujourd'hui est en quartzite rouge. Importée de Finlande, des rives du lac Onega. Sur un socle de granit vert. Au fond, cinq cercueils s'emboîtent comme des poupées russes : fer-blanc, acajou, deux de plomb, ébène. C'est dans le cercueil de fer-blanc, celui qui a remonté de Sainte-Hélène, qu'il repose. Avec son chapeau d'Eylau posé sur ses jambes, faute de place.