Le procès de #Jawad Bendaoud reprend avec l'audition d'une partie civile, au Bataclan le 13 novembre : "j'ai passé deux heures dans la fosse."
Partie civile : "il y a deux temps : celui où l'on prend conscience de ce qui est arrivé et celui où l'on sait que les commanditaires sont encore dans la nature."
Partie civile : "j'étais convaincu le 1er soir [ après les attentats] qu'ils allaient finir le travail, revenir jusqu'à chez moi et s'en prendre en plus à ma famille. C'était irrationnel, j'en conviens."
Partie civile : "je me vois encore, après, sur mon lieu de travail, à ma fenêtre, à attendre qu'ils [les terroristes] viennent me trouver."
Un homme s'avance à la barre, il est accompagné d'une interprète : "je me présente devant votre cour parce que j'ai envie de connaître la vérité, ce qui s'est passé le 18 novembre."
Partie civile : "ça fait 2 ans et demie que les habitants de la rue du Corbillon, on n'a toujours pas été reconnus comme victimes de terrorisme."
A la barre, l'homme explique que les hommes du Raid sont entrés dans son appartement pour viser celui où se trouvaient les terroristes. "Je suis devenu sourd de l'oreille gauche, j'ai énormément d'angoisses."
Cela faisait 14 ans qu'il occupait cet appartement avec sa femme et ses trois enfants de 16, 12 et 3 ans au moment de l'assaut.
Partie civile : "les policiers sont entrés brutalement, on ne savait pas de quoi il s'agissait. Ils m'ont dit "couchez-vous sinon, on va tirer."
L'homme éclate en sanglots.
En pleurs à la barre, l'homme explique qu'il a du se terrer dans sa chambre, "mettre un matelas par terre, coucher sa fille de 3 ans dessus."
"On est restés presque 8 heures couchés."
L'homme explique avoir "perdu ses dents" parce que les forces de l'ordre l'ont pris pour un terroriste. "C'est quand ils ont vu ma famille qu'ils ont compris ..."
Le père de famille explique vivre toujours dans un logement provisoire, pris en charge par la préfecture. Aujourd'hui, il n'a plus de travail "parce que j'ai eu un problème à l'oreille, j'ai la tête qui tourne."
Aujourd'hui, il touche le RSA. "On n'a pas été reconnus comme victime de terrorisme, ni victimes de policiers."
Sa femme ne travaille plus non plus. "Elle dort avec un appareil pour respirer."
Entre les larmes, un mouchoir à la main, l'homme explique l'effondrement de sa famille après l'assaut du 18 novembre 2015.
Patricia, s'avance à la barre : "ma fille unique, Priscilla, a été assassinée au Bataclan. Je suis tout à fait consciente que je ne suis pas ici dans le cadre du procès des attentats du 13 novembre."
Patricia demande de pouvoir lire le texte qu'elle a préparé : "ce n'est pas dans l'ordre des choses de mourir avant ses parents alors qu'on aimait tant la vie."
Patricia parle de sa fille, Priscilla : "sa chambre est restée intacte, je ne suis toujours pas en capacité de décrocher son pyjama qui est resté accroché dans la salle-de-bain."
Patricia : "plus jamais je n'entendrai le mot "maman", plus jamais je n'entendrai la clé dans la serrure signe de son retour, plus jamais je ne verrai son prénom s'afficher sur mon téléphone."
Patricia : "en hébergeant ces trois personnes sans s'inquiéter de savoir pourquoi ils acceptaient de loger dans une planque insalubre moyennant 150 euros, il y aurait pu y avoir d'autres attentats."
Une femme s'avance à la barre. Elle est l"épouse de l'homme qui a témoigné précédemment. Elle raconte la vie de l'immeuble de Saint-Denis : "on s'inquiétait les uns pour les autres, on faisait les courses, on entendait rire les enfants, on fait des goûters pour tous."
A la barre, elle explique que sa fille de 3 ans à l'époque des fait "creuse les murs pour faire une fenêtre", "mes enfants refont pipi au lit", "au moindre bruit, on se couche par terre ..."
A la barre, cette mère de 3 enfants explique : "ma fille est toujours dans sa chambre en train de creuser les murs. J'ai acheté un grand sac de plâtre, à chaque fois on rebouche. Mais on n'a pas eu de place pour un psychologue."
Cette femme explique avoir des problèmes respiratoire depuis l'assaut du 18 novembre. "Je suis devenue asthmatique, je fais des crises d'angoisse. A chaque crise, on m'emmène en ambulance."
Cette femme n'a rien pu récupérer de ce qui était dans son appartement de la rue du Corbillon :"j'aimerais récupérer les photos de mes enfants, leurs naissances, leurs anniversaires, les lettres de mon père ..."
Me Mouhou explique que les habitants ne peuvent récupérer leurs affaires restées dans l'immeuble : "pièce d'identité, les jouets des enfants ...."
Elle raconte en larmes : "j'entends toujours la voix de mes enfants me dire : "maman, sors-nous d'ici."
Un homme s'avance à la barre. Il était locataire de la rue du Corbillon depuis 6 mois. "J'ai entendu une explosion. A la fenêtre, j'a vu beaucoup de policiers ... mais ça arrive souvent, j'ai pensé que c'était normal"
Le jeune homme explique être resté entre 2 et 3 heures sans savoir ce qu'il se passait. "On a cru qu'on allait tous mourir. Les policiers sont entrés, nous ont frappé, on nous a mis à terre."
Le locataire de la rue du Corbillon poursuit : "il y avait un policier qui tirait en l'air, j'ai reçu un éclat dans l'épaule. Je suis resté deux heures dans la rue, en short et en T-shirt."
Le jeune homme a du être opéré, est resté 10 jours à l'hôpital. Puis a été relogé à l'hôtel, via le samu social. Il y est toujours.
Le jeune homme explique avoir toujours mal à l'épaule, ne plus pouvoir porter de choses lourdes. "Je dors mal, j'ai des angoisses. J'avais peur de venir aujourd'hui."
Fin des auditions de parties civiles. L'audience est suspendue 15 minutes avant les premières plaidoiries d'avocats de parties civiles.
Me Constance Dewavrin : "c'est donc moi qui ouvre la marche des plaidoiries de parties civiles cet après-midi pour 670 parties civiles."
Me Constance Dewavrin ; "nous sommes 20 à plaider pour les 670 parties civiles. Chacun va mettre son travail au servir d'un groupe, qui se serre les coudes. Comme les victimes des attentats du 13 novembre."
Me Dewavrin : "eux [les victimes], ce sont les dignes, ce sont ceux qui ne rigolent pas devant la comédie qui leur a été servie ces semaines."
Me Gérard Chemla se lève : "c'est donc moi qui va pour l'ensemble des mes confrères, m'adresser de façon particulière à monsieur Aït Boulahcen."
Me Gérad Chemla : "je veux dire un mot sur la défense. Je sais qu'il est difficile de porter cette place face au déséquilibre. Mais on n'y est pour rien : dans cette affaire, il y a beaucoup plus de victimes que d'auteurs."
Me Gérard Chemla : "monsieur Aït Boulahcen, vous ne m'avez pas convaincu. Vous avez une parole clivée."
Dans sa plaidoirie, Me Chemla reprend un à un les messages échangés entre Youssef Aït Boulahcen et sa soeur Hasna qui cherche alors une planque pour leur cousin Abdelhamid Abaaoud.
Gérard Chemla : "il faut quand même bien intégrer que ce frère et cette soeur qui ne se parlent pas ou très peu vont, en quelques heures, avoir au moins 36 interactions téléphoniques."
Me Gérard Chemla démonte une à une toutes les déclarations de Youssef Aït Boulahcen qui, lui, se cache derrière son écharpe comme depuis le début du procès par crainte d'être croqué par les dessinateurs.
Selon Me Gerard Chemla, avant de se rendre lui-même chez les enquêteurs, Youssef Aît Boulahcen "nettoie son Iphone de tous les messages whatsapp".
"Je vous l'ai dit monsieur Aït Boulahcen, je ne vous ai pas cru, je ne vous crois pas."
Me Frédérique Giffard plaide à son tour : "ça ne colle pas. Quand il nous parle de son intérêt pour un Islam quiétiste et les contenus ultra-violents retrouvés."
Me Frédérique Giffard (PC) : Youssef Aït Boulahcen "n'a bloqué sa soeur [Hasna] que le 15 novembre. Il ne l'a pas bloquée avant et l'a laissé l'inonder de contenus qui donnent la nausée."
Me Frédérique Giffard (PC) : "Les conditions dans lesquelles se retrouvent Abdelhamid Abaaoud et son complice impliquent un passage à l'acte immédiat."
Me Frédérique Giffard (PC) : "Hasna a quand même parlé de mariage avec Abaaoud [son cousin]. C'était un sujet de dispute entre Hasna et sa mère."
Me Frédérique Giffard (PC) : "Youssef Aït Boulahcen a été le témoin direct d'Hasna qui discutait avec des Syriens."
Me Frédérique Giffard (PC) : "j'ai la conviction qu'à un moment donné il [Youssef Aït Boulahcen] a voulu en être. Il est arrivé avec sa brique de lait et ses Granola et il n'a pas réussi à joindre sa soeur. Et là, il a ce mouvement de colère, il est vexé."
Me Giffard : "Youssef Aït Boulahcen s'est peut-être dit "c'est quand même dingue que ma soeur qui porte tellement mal le niqab entre deux rails de coke et deux parties de jambe en l'air, se retrouve au coeur de l'action avec les terroristes les plus dangereux du moment."
Me Giffard : "finalement cette histoire c'est qu'il aurait pu sauver sa soeur. Mais il l'a laissée aller à sa mort. Aujourd'hui, monsieur Aït Boulahcen a pour code de déverouillage de son téléphone le 18-11-2015, date de la mort de sa soeur."
Me Jean Reinhart (PC) plaide à son tour : "nous sommes à un moment difficile et douloureux, un moment où nous avons à jeter nos forces dans la bataille."
Me Reinhart : "ce qui me fascine c'est qu'on ne voit plus le visage de monsieur Youssef Aït Boulhacen. Il se cache avec son écharpe. Il est un peu comme ces enfants qui, interrogés par leur professeur, se mettent à fouiller dans leur trousse."
Me Reinhart (PC) : "il a une chance inconnue, monsieur Youssef Ait Boulahcen, c'est qu'il n'a pas connu la prison."
Youssef Aït Boulahcen intervient : "c'est le sacrifice."
Jean Reinhart (PC) : "monsieur Youssef Aït Boulahcen vous êtes furieusement intelligent. Je vous ai observé, vous êtes dans une maîtrise totale. Parce que vous savez que vous mentez. Depuis deux ans, vous mentez."
Me Reinhart (PC) : "vous savez, monsieur Youssef Aït Boulahcen, dans les victimes du 13 novembre, il y a un jeune homme qui avait exactement votre âge, à quelques jours près : Mathias."
Me Jean Reinhart (PC) : "monsieur Youssef Aït Boulahcen, je vous dis ça parce que je pense que Matthias il aurait affronté la vérité alors que vous fuyez la vérité."
Me Reinhart (PC) à Youssef Aït Boulahcen : "vous ne pourrez pas affronter votre vie, monsieur. Ce n'est pas en changeant votre nom que vous pourrez affronter votre vie."
Me Jean Reinhart : "vous n'avez aucun courage. Monsieur Youssef Aït Boulahcen, j'espère que dans les dernières déclarations que vous ferez, vous direz que, oui, vous saviez que votre cousin était dans les buissons;"
Me Jean Reinhart (PC) : "je n'ai pour vous aucune compassion car tant que vous serez dans une fuite de vérité, vous ne pourrez pas vous reconstruire."
L'audience est suspendue. Reprise demain à 13h30.

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