Nicolas Delesalle Profile picture
Grand reporter Paris Match, Auteur : Un parfum d'herbe coupée, Le goût du large, Mille soleils, N'habite plus à l'adresse indiquée.
8 Mar
Thread Vaccination. Ce week-end, la France a enfin retroussé ses manches. 225 000 vaccinations pour la journée de samedi. A Saint-Denis, c'était Pfizer City.
A deux pas de la Basilique où reposent les rois de France, j'ai assisté à l'opération. Je couvre la pandémie depuis le début et ce n'est pas souvent que j'ai des trucs joyeux à raconter.
La scène ressemble au dernier plan d'un film catastrophe. Sous les hauts plafonds de la Salle de la Légion d’honneur de Saint-Denis, des blouses blanches et bleues s’affairent dans douze boxes montés à la hâte. Des dizaines de personnes âgées attendent leur tour.
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5 Feb
Parfois, pendant un reportage, quelqu’un vous marque plus que vous ne l’auriez voulu. Pas à cause de ce qu’il a dit ou de son apparence physique. Simplement parce qu’on a partagé à ses côtés un instant étrange, quelques minutes qui ne vous quitteront pas.
Avec @laurencegeai, nous sommes partis au Portugal. Allez voir ses photos sur son compte Instagram, ça vous changera de mes chefs d’œuvre. Le pays est à genoux. Les hôpitaux sont saturés, les morgues, pleines. Nous avons raconté cette histoire dans Paris Match cette semaine.
Cette personne que je n’oublierai pas, c’est Acacio. La cinquantaine, petit, solide, les yeux fatigués. Il travaille depuis 35 ans à la morgue de l’hôpital Santa Maria de Lisbonne, le plus grand du Portugal.
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9 Dec 20
Thread de Noël. Je viens d’enterrer le chat de ma mère. C’est toujours déchirant de se séparer de ces petites boules de poils qui nous ont méprisés toute leur vie. Je plaisante, maman. Kalinka n’était pas comme ses congénères. Elle était douce et gentille. Une crème de chat. RIP.
Après la cérémonie funéraire (on enterre les animaux dignement chez nous), ma mère m’a raconté cette anecdote de voyage que j’avais oubliée. Vous savez de quoi sont capables mes parents pris séparément. En équipe, ils se débrouillent aussi pas mal.
Cette petite histoire de rien du tout se déroule au milieu des années 80, sur la Nationale 10, dans une voiture, entre Bordeaux et Paris. Retour de vacances d’été. Nous sommes dans une vieille Audi 100 blanche équipée d’anti-brouillards et de longues portées montés par mon père.
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26 Nov 20
Petite histoire du soir. Ça se passe à Paris, rue de Belleville, tout en haut sur la colline, entre Jourdain et Pelleport. Sur le pas de la porte d’un restaurant abandonné aux murs tagués et collés d’affiches, vit un type nommé Brahim.
Qu’il vente, qu’il pleuve, Brahim est toujours là, engoncé dans ses couvertures, sous ses strates de vêtements, le regard souvent perdu au loin. Tout le monde le connaît dans le quartier. J’ignore son histoire. Je sais qu’il a 42 ans, qu’il est échoué ici depuis 4 ans.
La semaine dernière, Brahim a disparu. Le petit radeau de bric et de broc qu’il s’était construit pour survivre aussi. Volatilisé. C’était étrange de passer ici sans le voir. Peut-être avait-il enfin accepté un hébergement d’urgence ?
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13 Nov 20
La pandémie fait de nous des victimes passives forcées d'apprendre la patience devant un mal arbitraire venu de nulle part. Ces histoires de complots font de leurs promoteurs des hérauts, muent les victimes en acteurs debout et incrédules. (1/4)
C'est peut-être pour ça qu'elles attirent tant de gens ? A l'incertitude scientifique, aux tâtonnements politiques, à la lenteur virale, on préfère les certitudes offertes par une manipulation qui identifie une cause, un dessein, et on se lève contre ça, on agit. (2/4)
Dès lors la pandémie a un sens et c'est plus facile puisqu'un ennemi est défini. Au reste, la peur de se faire couillonner est légitime. Les affaires, les manipulations bien réelles mises au jour par le passé ont sapé la confiance envers les institutions et les médias. (3/4)
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13 Nov 20
Thread-détente. Je vous ai déjà parlé de mon père, qui s'est fait un jour passer pour un ministre. J'aimerais vous raconter une brève anecdote sur ma très chère mère, qui n'est pas en reste question bamboche, mais dans un autre genre. Russe.
Ça se passe début septembre 1996. La plupart d'entre vous joue avec ses crottes de nez. Je vis chez ma mère en banlieue parisienne. Je viens d'achever une maîtrise de droit et réciproquement. J'ai pas envie de devenir juriste. J'attends les résultats du concours de l'ESJ Lille.
J'ai 85 ans, je suis recroquevillé sur moi-même, en PLS intérieure, devant le Minitel. Je rafraichis la page toutes les cinq minutes. Rien. Toujours rien. Rien. Toujours rien. Rien. Toujours rien. Rien.
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6 Jul 20
L’attente du remaniement ministériel me rappelle une histoire que m’a racontée mon père. Elle date d’un autre siècle. L’année du Grand bleu de Besson. 1988. J’étais un ado effronté et mon père, journaliste sportif au JDD.
Le dimanche 8 mai, François Mitterrand est réélu. Chirac donne sa démission. Rocard est nommé Premier ministre. Le gouvernement doit être formé incessamment sous peu.
Comme aujourd’hui, les rédactions attendent. Attendent. Attendent. Mardi, pas de gouvernement. Mercredi, pas de gouvernement. Les journalistes n’ont pas Twitter pour raconter des conneries et tuer le temps, mais ils ont un meilleur jouet : le monde réel.
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19 Apr 20
Voilà un an, j'ai vécu pendant six mois dans un meublé au deuxième étage d'une maison claire plantée sur une rue pavée à Télégraphe. L'appartement d'une vieille dame affaiblie, partie dans un Ehpad. J'ai vécu dans ses objets, dans ce qu'elle avait accumulé au fil du temps.
Je n'ai jamais croisé cette dame. Mais je connais son goût pour les brocantes, les tableaux, les oeufs de toutes les tailles, les objets d'art, je connais ses disques vinyles de Rachmaninov et Julien Clerc, ses photos, sa jeunesse, sa beauté, ses romans, un peu son histoire.
Celle d'une petite fille juive de Belleville sauvée du nazisme dans des circonstances que m'a racontées sa cousine, ma voisine du dessous, Léna. Les planques, les Justes, la fuite et les cachettes.
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13 Apr 20
Je viens de boucler une interview de Philippe Klein pour le prochain @ParisMatch. Klein, c'est le docteur français qui a vécu la crise à Wuhan. Il trouve que le discours de Macron est un discours de temporisation dicté par des carences de moyens et de méthode.
Pour Klein, Macron veut freiner l'épidémie au lieu de l'arrêter. Le début des tests systématiques sur les patients à partir du 11/05 ? "Inacceptable d'attendre autant après tant d'efforts déjà".
Il déplore le manque de méthode en France. On devrait identifier, localiser et isoler les patients suspects. On leur dit de rentrer chez eux. Et ils propagent le virus. Sur les 1,5 millions de cas suspects repérés par les généralistes, 15% sont à l'hôpital et 85 % dans la nature.
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6 Apr 20
L’alarme anti-incendie de mon voisin du dessous crache une douce mélodie psalmodiée : elle est en mode batterie faible. Il est confiné à 400 km de Paris. Ça rajoute un peu de sel à ce confinement parisien dans lequel je commençais à trouver mon petit confort. Au secours.
News : j'ai passé la nuit la tête coincée entre deux oreillers. A 5h du mat', j'ai déchiré mes draps pour tisser une corde, suis descendu en rappel, j'ai cassé la fenêtre au marteau et j'ai arraché le détecteur avec les dents. (Le proprio m'envoie ses clés par la Poste).
Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip bip... Bip bip.
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23 Oct 19
Thread 3 / Ce n’est pas tous les jours qu’on se balade dans un cimetière où la plupart des morts sont plus jeunes que soi ; c’était le cas hier matin, à Ber Kaver, à 9 km à l’ouest de Darbasiyah. #Syria
Des centaines de tombes, la plupart creusées après 2014, enfermant les corps de jeunes soldats kurdes. Une centaine de personnes s’étaient réunies pour enterrer quatre nouveaux « martyrs ».
Des enceintes puissantes crachaient des musiques traditionnelles, les femmes pleuraient et les hommes creusaient. C’était beau et déchirant. Les kurdes savent enterrer leurs morts. Ils ont l’habitude. 11000 d’entre eux sont tombés depuis 2014.
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22 Oct 19
Thread 2. Hier midi, avec @FLafargue, nous nous sommes rendus à l’hôpital d’Hassaké, le plus important de la région du Rojava. Un bâtiment aux airs de vaisseau fantôme échoué dans la ville, sale, déglingué. #syrie
Le sol de l’ascenseur est noir de crasse. Les chambres sont délabrées. Rien n’est stérilisé ici. Même les virus tombent malades.
Une centaine de soldats des FDS sont soignés ici. La morgue est pleines de frigos et les frigos, pleins de corps. Nous n’y avons pas eu accès. Chaque armée contrôle sa communication. Mais plus de 300 soldats des FDS sont morts depuis le début de l’opération Source de paix.
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