Joyeux #Halloween !
Avec mes recherches sur la sorcière, c’est un peu Halloween tous les jours, mais ce matin je vais partager avec vous une histoire vraie de #sorcières au Moyen Âge.
Torture, poison, balais et soupe d’araignées au menu du jour !
👉C’est à dérouler.
#thread
Tous nos esprits sont marqués par ces images de sorcières sur des bûchers, résultat d’une justice implacable et meurtrière.
Dernière cette réalité cruelle et violente de la répression de la sorcellerie, les coulisses du Moyen Âge et le secret des archives nous livrent parfois quelques témoignages d’une réalité plus contrastée.
« La sorcière » peut elle se défendre ?
Comment échapper à l’arbitraire des juges ? À coup de balai (magique?) ?
Le cas de Casine la Mâtine, en 1407, nous permet d'en apprendre davantage.
Casine est une femme qui dérange, considérée comme rebelle, vagabonde, au centre de nombreuses histoires de cœur, adultère, sans profession déterminée et pire encore, sorcière, empoisonneuse et infanticide.
Les rumeurs sur elle ne sont pas joyeuses et jusque dans son surnom, qui évoque la femelle du chien, sa réputation est douteuse voire dangereuse. Tout porte à croire qu’elle sera condamnée rapidement.
Cependant, nous la connaissons dans les archives non pas pour une condamnation au bûcher mais pour une procédure au Parlement de Paris qu’elle a elle-même enclenché pour s’extirper d’un procès intenté contre elle par Jehan Brunette, bailli de Vitry et officier du duc d’Orleans.
Sur le fondement de rumeurs sur des crimes, de dénonciations et d’enquêtes sur sa mauvaise réputation, Casine est arrêtée pour le meurtre de son mari et détenue dans les prisons du duc à Châtillon où elle est interrogée et torturée.
C’est à ce moment que les choses se compliquent. Les plaidoiries du procès donnent deux versions différentes.
Jehan Brunette affirme que Casine aurait empoisonné son mari, un certain Huet David, avec un brouet fait d’araignées et de couleuvres...
... pour s’enfuir ensuite en Lorraine avec son amant Tropioli, qu’elle aurait lui-même envoûté avec des poupées de cire pour obtenir son amour, le tout en tuant également son propre enfant.
Ces renseignements, il les tient d’un certain Jehan Chace, un homme dont les sources ne disent rien mais qui, manifestement, avait quelque chose contre Casine.
De retour de son vagabondage, le bailli aurait procédé à l’arrestation de celle-ci afin qu’elle soit interrogée sur les crimes dont elle est suspectée. Avant d’être torturée, Casine fait appel au Parlement de Paris pour échapper à cet interrogatoire...
et tente dans le même temps de s’enfuir de prison (aidée par Tropioli que l'on dit envoûté), entreprise périlleuse au cours de laquelle elle se serait brisée une jambe.
Pour l'accusée, la version est toute différente.
Elle n’a jamais tuée son mari. Il est mort depuis longtemps et de vieillesse qui plus est. Elle n’a jamais tué aucun enfant et elle n'entretient aucune relation avec Tropioli.
Par contre, la femme de ce dernier la déteste et c'est elle, la sorcière qui aurait tenté de l'ensorceler en plaçant dans son lit un balai, un œuf et une pièce de monnaie.
De plus, Casine plaide devant le Parlement qu'elle serait aussi victime des abus et des violences du bailli Jehan Brunette qui l’aurait tellement torturée que sa jambe se serait brisée.
Il aurait aussi fait pression sur elle pour qu’elle renonce à son appel et aurait même soudoyé les officiers du Parlement pour ralentir la procès.
Les histoires s’entremêlent. Les versions se contredisent. L’un dressant un portrait dramatisé de Casine et de ses crimes, allant jusqu’à affirmer que sa mauvaise réputation et sa sorcellerie lui viendrait de son père, lui-même sorcier.
L’autre, au contraire, minimise l’affaire en construisant une défense par l’intermédiaire de son avocat sur des points de procédure précis et tatillons tout en se dédouanant de toute culpabilité. Être accusée de sorcellerie n'est pas anodin, c'est particulièrement infamant.
La fin du procès ne nous est pas connu. Les registres criminels du Parlement ne conservent que les plaidoiries et non pas l’arrêt définitif. Qu’est devenue Casine ? Qu’elle version aura fini de convaincre ?
Je ne saurais l’affirmer avec certitude.
Pourtant, ce cas nous enseigne une leçon importante sur la répression de la sorcellerie au Moyen Âge alors que la tentation serait de penser que la justice royale (arbitraire) condamne à bras raccourcis.
Face à l’accusation de sorcellerie, dégradante et inextricable, l’honneur impose un combat, une résistance. De la même manière, nombreux sont les procès qui témoignent d’une rixe déclenchée par une insulte de « sorcière » qu’il fallait réparer, quitte à le faire dans le sang.
L’accusation accélère la dégradation de la renommée et précipite la condamnation. Face à cette mécanique, la justice médiévale accorde (parfois) la possibilité de se défendre et d’opposer aux discours des juges une vérité alternative, un acte de résistance.
Joyeux Halloween à toutes et à tous !
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