Perry Kolozo Profile picture
L'humour est une affaire sérieuse.

Feb 9, 2020, 37 tweets

C’est marrant, @clemovitch.

On me le conseille.

Quand je le vois passer dans ma TL après un buzz, c’est jamais pour un shistorm mais plutôt :
-Trop bon lui !
-C’est des mecs comme ça qu’il nous faut !
-S’il se présente direct je vote pour lui !

Bref il me semble incarner pour les gens une figure d’intello.
Pour la forme :
-mesuré et précis
Pour le fond :
-humaniste, progressiste.

Le contraire d’un polémiste.
Un anti-Zemmour.

Et à l’heure où on fustige l’omniprésence sur les plateaux TV des pseudo-experts, lui aurait une vraie expertise pour analyser la politique : il est spécialiste de rhétorique.

Mouais.
Bon.
MAIS (il y a un MAIS et vous l’avez vu venir) 😁

On m’a conseillé cette vidéo.

L’analyse, le « décryptage », s’appuie sur 2 éléments :

-la métonymie, figure identifiée par les rhéteurs de l’antiquité

-le rapport « signifiant » - « signifié », termes utilisés par le linguiste F. de Saussure dans son Cours de lgstiq générale (1916).

Prenons un auditeur convaincu. Si on lui redemande 10 min après de réexpliquer la démonstrat°, il dira au mieux « ben oui, c’est la métonymie, et le signifiant qui n’est pas le signifié, tu vois ? » Hum oui mais encore ?

En tout cas, ce qui compte, c’est que l’auditeur a l’impression :
-d’avoir compris
-que le raisonnement s’appuie sur des idées scientifiques.

C’est présenté comme un exercice d’analyse rhétorique du discours politique. Par un observateur neutre et expert.
Neutre, contrairement aux militants ou responsables partisans.
Expert, par rapport aux pseudo-experts, souvent partisans d’ailleurs.

Mais ce qu’il fait, ce n’est pas qu’un exercice d’ANALYSE rhétorique.
C’est aussi (et surtout) un exercice rhétorique tout court.
Lui-même fait exactement ce qu’il décrypte ou parfois dénonce : il utilise des procédés rhétoriques pour convaincre.

Toute cette construction d’une posture d’expert neutre (calme, recul, termes savants) dont l’autorité est scientifique, c’est un procédé rhétorique.

Nous avons l’impress° que les outils scientifiques (métonymie, signifiant-signifié) nous amènent logiquement à la conclus° : un hashtag ne peut permettre d’exprimer une pensée nuancée.

Et donc, suite implicite, mais logique : il ne vaut mieux pas publier des tweets #JeSuisMila ou #JeNesuisPasMila.

En réalité, cette conclusion est son point de départ.
Sa démarche est moins celle d’un chercheur, qui analyse…
Que celle d’un rhéteur, qui part de sa conclus° et veut nous y amener par ses arguments.

Pris dans le flot de son raisonnement aux allures si scientifiques, on prend pour acquise la distinct° : Mila ≠ Charlie :

Mila est une personne, qui ne représente aucun mvmt, et n’a rien demandé ;
Charlie est une institut°, qui s’est chargé d’une miss° : la liberté d’express°.
Et là, c’est quand même une énormité qu’on nous fait avaler.

Je cite : « Mila n’a jamais demandé à devenir un symbole. C’est une différence essentielle avec Charlie Hebdo, car […] »

SERIOUSLY ??

Rappelons que Charlie n’avait rien demandé. Pas demandé à voir ses locaux brûlés. Pas demandé à subir l’attentat du 15 janvier. Pas demandé à être un symbole, celui de la liberté d’express°, avt d’en devenir un symbole-martyr.

Et donc, ils n’ont pas demandé à ce que soit créé un #jesuisCharlie qui signifierait « [je défends la] liberté d’expression ».

Historique du # :
20minutes.fr/medias/1512635…

Le # a été créé par une autre personne, et repris par une foule d’autres encore. Qui sans s’être mis d’accord sur la définit° de ce signe ou symbole qu’est #jesuischarlie, y ont vu un sens commun, résumé ci-dessous.

Après, oui, la significat° du signe #jesuischarlie ne s’est pas arrêtée à cela, d’autres usages en ont été faits. Ce # demeure un signe polysémique et ambigu malgré le sens commun décrit plus haut.

Les mots sont polysémiques. Leur sens, leurs connotations, varient en fonction du contexte.
Et donc #jesuischarlie a pu être employé pour dire :
« je veux pouvoir rire de tout tabou sans être menacé » ou « je veux rire de tout tabou sans être critiqué »…

« j’emmerde les djihadistes » ou « j’emmerde les intégristes »…
« vive la laïcité » ou « l’islam c’est de la merde » ou « les religions c’est de la merde »…

Et aussi : « marre des étrangers » ou autre « on est chez nous ».
Parmi les sens qu’on donne à #jesuischarlie, il y a également ces sens racistes, d’extrême-droite.
Comme pour #jesuisMila.

Ça me paraît + clair dit comme ça qu’en parlant de métonymie.

Pquoi #jesuisCharlie serait la métonymie de « [je défends la] liberté d’express° » comme l’Elysée est la métonymie du président dans « l’Elysée déclare… » ?

Le signe, le symbole, OK. La métonymie… pourquoi donc ?

Et signifiant-signifié, en fait c’est un peu autre chose que signe-significat° (le mot et ce qu’il veut dire) et ça n’apporte rien à la compréhens° du sujet. Au contraire, ça embrouille un peu.
Mais c’est vrai que ça en jette.

Je cite : « le problème, c’est qu’il y a aussi un signifiant, une personne, Mila ».

Heu… comment dire…

(en bref : le signifiant est un signe ou une partie d’un signe, pas une personne)

Dc : je trouve que les 2 outils d’analyse rhétorique mobilisés par l’auteur le sont avec peu de rigueur, et que ce qui compte c’est de s’en servir pour arriver à la conclus° prédéfinie.

Il veut nous dire : le #jesuismila c’est bof. Et il ramène finalement les deux # dos à dos.
Alors il sent qu’on peut lui rétorquer : avec ce raisonnement on n’aurait pas pu ou dû dire #jesuischarlie. N’est-ce pas la suite logique ?

C’est pour éviter ça, pour noyer le poisson, pour couper l’herbe sous le pied de la critique (et ça marche : voir ci-dessous) qu’il glisse la distinction Mila ≠ Charlie… qui repose sur un sophisme.
Car, non, Charlie n’a pas, plus que Mila, choisi d’être un symbole-martyr.

Et ce sophisme permet de se cacher derrière le faux paradoxe :

« je critique implicitement #jesuischarlie [puisque je refuse la rhétorique du #] » MAIS « je ne critique en fait pas #jesuisCharlie [puisque j’ai établi une distinction Charlie ≠ Mila] ».

(Au fait : puisqu’on refuse la rhétorique du #, on refuse #metoo aussi ?
Vu que le # relaie des témoignages précieux et un message antisexiste, MAIS AUSSI de la diffamat° et du n’importe quoi, ça aurait été mieux de ne pas l’utiliser ?)

Quant à l’idée de la violence symbolique faite à Mila en la mettant au centre du débat… Le fait est qu’elle y était AVANT le #, sous la forme d’une shitstorm.
Et elle s’est exprimée publiquement. Et elle a assumé ses propos. En précisant n’avoir visé aucune personne réelle.

A partir du moment où elle est dans l’œil du cyclone anti-Mila, le #jesuismila lui fait globalement plus de bien que de mal. En attendant, oui, on lui souhaite, de passer à autre chose.

Le processus :

*cyberharcèlement -> absence de soutien -> on passe à autre chose rapide*

Lui aurait fait plus de bien que :

*Shistorm -> soutien qui fait durer la polémique -> on passe à autre chose* ?

Là encore, l’argument me paraît sophiste.

En résumé: le #jesuisMila, le soutien à Mila, a un sens variable selon les auteurs et les contextes. Comme #jesuisCharlie.
Il peut ê récupéré par un discours anti-musulmans. Par l’ext-dte. Est-ce 1 raison pour ne pas l’utiliser?
Quest° cruciale. Les réponses peuvent s’argumenter

La chronique s’inscrit dans ce débat. Sans le dire.

Mais critiquer #jesuisMila, en renvoyant dos à dos les 2 #, englobés dans « le refus de rhétorique du # », ce n’est pas (ou pas seulement) prendre du recul pour analyser scientifiquement le débat.

C’est prendre parti.

-Précis° : bien sûr qu’il est excessif d’exiger que tout le monde se reconnaisse dans #jesuisMila. De résumer la question à « bon tu dis #jesuisMila OUI ou NON ? ».

Pb : en voulant « démontrer » cela, il remet en cause le #, réduit à un « bloc monolithique caricatural »-

Share this Scrolly Tale with your friends.

A Scrolly Tale is a new way to read Twitter threads with a more visually immersive experience.
Discover more beautiful Scrolly Tales like this.

Keep scrolling