Je suis une enseignante passionnée, j’adore mes élèves, j’aime enseigner, j’aime travailler en équipe avec mes collègues, me lever sans savoir exactement ce qu’il va se passer dans ma journée. Mais voilà lundi, je crois que je n’irai pas. 1/
En Septembre, j’ai lutté pour le masque, expliqué sa nécessité auprès des élèves. Quand j’ai parlé à ma chef de la contamination par aérosol, elle m’a répondu qu’il fallait arrêter de regarder BFM, et ne pas rentrer dans des débats scientifiques 2/
En Octobre, j’ai testé le taux de #CO2 de beaucoup de salles de cours, la salle des profs, la cantine. Les résultats sont pour la plupart catastrophiques. Un collègue m’a demandé si mon appareil mesurait aussi le méthane émis par les pets des élèves. 3/
En Nov, la moitié de mes collègues et moi même avons organisé des journées de grève pour alerter la presse de la situation sanitaire de l’établissement, pour demander en vain des capteurs, des agents d’entretien et des surveillants supplémentaires, le changement des fenêtres. 4/
En décembre, nous avons appris deux jours avant les vacances que les deux dernières journées étaient facultatives pour les élèves, toutes mes évaluations ont été bousillées. 5/
En Janvier, je rentre pour la première fois de ma carrière en conflit ouvert avec une classe dont 6/7 élèves refusent de porter correctement le masque, et qui refusent que j’aère, car je suis « la seule les chercher ». Que je serais complètement « flippée ». 6/
Mes collègues m’avouent qu’ils ont lâché l’affaire car ils veulent pouvoir enseigner. La moitié mange seul dans la voiture, ou chez eux. L’autre moitié sans masque en salle des profs. Fracture. On se déchire pour savoir si on revient à une salle par prof. 7/
Résultat : au 1er mars, en IDF, les 600 #élèves se croiseront dans les couloirs à chaque heure de cours. Taux d’incidence local : + de 250. La désinfection des tables est prévue à chaque cours, mais je ne sais pas si c’est à moi de la faire. Je suppose que oui. 8/
Et un bruit de fond qui s’installe, pourquoi s’embêter avec le masque puisqu’à la cantine il n’y en a pas ? Et pourquoi s’embêter avec la distanciation puisque dans la cour il n’y en a pas ? Et pourquoi pas de brassage, vu que tout le monde se croise dans les couloirs ? 9/
Il n’y a plus de #protocole. Il réussit la performance d’être à la fois insuffisant ET inapplicable. Je ne suis protégée que par le FFP2 que mon employeur ne me fournit pas. 10/
Mes collègues pour certains font les autruches, s’adressant de manière condescendante à ceux qui s’insurgent ou ont peur. D’autres courbent juste l’échine. D’autres encore pleurent, parfois à 8h24 en salle des profs. On essuie les larmes et on y va. 11/
Et moi, je sais que #COVIDisAirborne , je sais que les #covidlong y compris pédiatriques existent, je pense à cette mère d’élève décédée au printemps dernier, et je participe à ce qui est au mieux une fumisterie, au pire un crime. 12/
Et à chaque seconde où se déploie devant moi ce terrible spectacle de résignation collective ou de simple désinvolture, je pense à mes enfants que je ne protège pas, eux aussi dans leur classe, eux aussi avec des enseignants qui ont peur, eux aussi exposés. 13/
Alors, si je n’y vais pas lundi, n’y voyez même pas un acte de résistance politique, ni même l’envie de se dorer la pilule, c’est juste de l’effondrement personnel. J’aime mes élèves, j’aime mes enfants, je crois en mon métier, leur mépris pour nous me déchire chaque jour. 14/
Ce qu’on me demande d’accepter, c’est que ma santé, celle de mes élèves, celle de leur famille, celle de mes enfants, ne compte pas. Ce qu’on me demande, c’est de participer à un mensonge d’Etat. 15/
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