Mathilde Larrere Profile picture
Historienne des révolutions du 19e sc et de la citoyenneté (Enseignante chercheuse UPEM) / Arrêt sur image/ Politis/ histoire émancipatrice/ militante féministe

Jun 24, 23 tweets

1) Ces derniers jours ça a été le festival sur les habits des parlementaires. Marine Le Pen a réussi à critiquer la tenue traditionnelle des députés de Polynésie, puis l’absence de cravate des députés insoumis et Elisabeth Lévy s’en est pris à la tenue de Rachel Keke

2)Rien de neuf, en 2017 on avait déjà eu le #cravategate. Moetai Brotherson député polynésien indépendantiste était lui aussi venu en tenue traditionnelle mais avait alors échappé à la bêtise crasse de l’extrême droite.

3)Ce qu’on peut dire de tout ça

1 – il existe un un dress code parlementaire qui est doublement marqué : occidental et riche, et pour les hommes donc, le costume cravate

4)

2 – dans ce contexte, des député-es peuvent avoir des stratégies vestimentaires, pour marquer des identités politiques, sociales, ou ethnico-culturelles ( et ce faisant des positions anti racistes, anti coloniales, indépendantistes)

5)

3 - la confrontation des deux se fait sur le registre du scandale, du déplacé, et en dit long sur les présupposés de celles et ceux qui critiquent

6)Rien de bien neuf sous le soleil
Les vêtements des parlementaires ont tout au long de l’histoire des assemblées été des marqueurs d’identité.

7)En 1789, les députés du Tiers Etat se plaignaient du contraste produit entre leur costume sobre et sombre au regard des parements d’or des manteaux colorés des députés de la noblesse

8)Ils n’en portaient pas moins la culotte (un pantalon court) et non le pantalon qui restait l’habit du peuple (d'où le terme de sans-culotte soit dit en passant), ainsi qu’une perruque. Pour bien se distinguer des classes populaires.

9)Certes, dans la Convention de 1792, dominée politiquement par les Montagnards à partir de juin 93, on accepte tous les types de vêtements, sabots ruraux, carmagnole (veste) des ouvriers artisans.

10)Mais c’est une parenthèse car ensuite, le costume redevient de rigueur. Il est censé incarner la respectabilité de l’élu, permettre l’égalité des représentants. Il n’en reste pas moins un dress code pour le moins marqué
(Daumier 1834 pour l'image)

11)si on accepte dans l'hémicycle l’uniforme du militaire (nombreux à l’assemblée), la soutane du curé (comme l’abbé Lemire, ou l’abbé Pierre), ce n'est pas le cas des habits ouvriers

12)en réaction, nombreux tentent de faire passer des messages politiques par leurs vêtements

13)Le creusois Martin Nadaud, ouvrier maçon de son état, avait, comme costume opté pour blouse ouvrière à collet bleu et rouge, serrée par une ceinture tricolore
C’est dans cette tenue qu’il fut moqué, jusque dans l’Assemblée nationale constituante.

14)Plus tard (1889), Christophe Thivrier député socialiste de Montluçon a fait de son habit ouvrier un drapeau.

15)En octobre 1889, il publie une lettre ouverte : « Mes électeurs ne veulent pas que je me « déguise » pour la séance d’ouverture.
Ils m’ont donné mandat d’y aller « endimanché » comme je suis ordinairement : la blouse par dessus le paletot ».

16)Les huissiers de la Chambre veulent lui refuser l’entrée.
Il leur lance : « Quand l’abbé Lemire posera sa soutane, quand le général de Gallifet quittera son uniforme, je poserai ma blouse d'ouvrier ».

(Il sera viré qq jours plus tard, pour avoir crié Vive la Commune !!!)

17)En 1997, le communiste Patrice Carvalho , député ouvrier, fit une entrée fracassante à l’Assemblée où il venait d’être porté à la faveur d’une élection partielle en siégeant en bleu de travail.

18)(La scène a été reprise dans la série Baron noir)

19)On pourra ensuite évoquer l’affaire du bournou et du turban du premier député musulman de l’hémicycle Philippe Grenier

20)ce premier député musulman, Philippe Grenier, était originaire et élu de Pontarlier, médecin des pauvres. Il s’était converti à l’Islam après un séjour en Algérie et siégeait dans le groupe de la gauche radicale en 1896

21)Un brave type, qui se préoccupait de justice sociale, d’hygiène publique, mais aussi du droit des colonisés dont il dénonçait l’exploitation

22)il siégeait donc en burnous et turban ce qui lui valait les foudres de toute la presse de droite, outrée de ces « extravagances vestimentaires », et fut exclu par les huissier
(image caricature de droite 1897)

23) on a retrouvé ça dans la charge raciste (et sexiste) dont fait a fait l’objet la députée insoumise Danièle Obono et aujourd'hui Rachel Keke

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