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Faire découvrir en 🇫🇷 toute la richesse de la culture tokusatsu, ce pan des œuvres vidéos 🇯🇵 utilisant des effets spéciaux, devenu genre à part entière.

Aug 8, 2022, 21 tweets

TAROMAN est un ovni tokusatsu produit en 2022 par la chaîne nationale NHK. Malgré son apparence d’hommage loufoque à Ultraman, la série propose en fait différents niveaux de lectures qui lui conférent toute sa valeur. C'est parti pour un fil tout en art et en explosion ! (1/)

Créée par Fujii Ryо̄ (@ryofujii2000), la mini-série en 10 épisodes d’environ 4 minutes célèbre l’artiste Okamoto Tarо̄. Son titre complet est d’ailleurs "TAROMAN, Okamoto Tarо̄-shiki Tokusatsu Katsugeki" ou "Tarо̄man, série d'action tokusatsu dans le style d'Okamoto Tarо̄". (2/)

Derrière ce titre pompeux se cachent les aventures de Tarо̄man, héros qui rappelle étrangement Ultraman et affronte, comme lui, des monstres géants appelés ici “kijū”, le tout dans un style complètement barré faisant la part belle aux effets spéciaux du tokusatsu d’antan. (3/)

Une présentation d'Okamoto Tarо̄ (1911-66) s'impose. Artiste prolifique du surréalisme, il a vécu en France où il est devenu ami, entre autres, avec André Breton. Chez nous, on le connaît surtout pour "La tour du soleil", statue de l'exposition universelle d'Osaka de 1970. (4/)

Ainsi, la parenté de Tarо̄ sur Tarо̄man est une évidence ! Évidemment, le nom. Mais surtout, car l’art, c’est son dada, à Tarо̄man ! En effet, le “héros artiste” (sic) de la planète “Surréalisme” (sic) a le torse et le creux des mains ornés d’un œil, sujet adoré d'Okamoto. (5/)

Les plus observateurs d’entre vous auront remarqué la ressemblance de son visage avec celui de la tour du soleil. Plus précisément, il s’agit de “La tour du jeune soleil”, exposée à Aichi. Mais les références ne sont pas que visuelles. (6/)

Déjà, le générique est composé exclusivement de citations d’Okamoto Tarо̄, toutes plus dingues les unes que les autres, reflets de l’esprit avant-gardiste du personnage. (7/)

De même, les kijū n’ont pas été inventés pour la série: ce sont tout simplement des œuvres de l’artiste portées à l'écran, dont voici une petite sélection:
“Bienvenue au bonheur”
“L’enfant gâté”
“L’œil en fuite”
“Le bras blessé”. (8/)

Les références sont si nombreuses qu’on ne peut pas toutes les citer, mais notons que l’attaque finale “Bakuhatsu da !” (C’est l’explosion !) est en fait l'adage emblématique d’Okamoto, “L’art, c’est l’explosion !”, lancée dans une pose rappelant une photo de l’artiste. (9/)

Maintenant que nous avons fini de discuter d'Okamoto, il est temps de passer à l’analyse tokusatsu. Évidemment, avec son corps gris et rouge, la référence à Ultraman apparaît comme une évidence. (10/)

Mais les clins d'œil à la première série du héros Tsuburaya ne s’arrêtent pas à cette apparence. Ainsi, certains plans puisent dans le meilleur qu'a pu offrir le réalisateur Jissо̄ji, tandis que des scènes cultes sont tout simplement parodiées. Un hommage en humour ! (11/)

Ajoutons que ledit hommage ne se cantonne pas à Ultraman : c’est tout le médium tokusatsu qui est à l’honneur, aussi bien à travers des effets visuels que des personnages ou situations stéréotypés. Et bien sûr… des effets spéciaux ! (12/)

On trouve ainsi nombre de scènes recourant à tout l’arsenal des techniques de l’époque : les maquettes, évidemment, les intégrations d’effets de lumière avec impression optique sur pellicule, les jeux de perspective, le stop motion… Visuellement, c’est un régal ! (13/)

On se répète, mais tout est fait dans un style décalé, car nous sommes dans l’hommage-parodie : les encarts publicitaires, le surjeu des acteurs et actrices, les combats poussés au ridicule, la population qui se demande “c’est quoi, ce truc ?” Et pourtant… (14/)

La série propose, à travers le prisme des citations d’Okamoto, une véritable réflexion sur l’art, l’artiste, et la création. Plutôt qu’un héros, Tarо̄man est en fait l’avatar d’un créateur en proie à ses doutes et ses démons. (15/)

Ici, le tokusatsu permet de porter visuellement à l’écran la métaphore de l’artiste comme géant créateur, au-dessus de la masse, qui cherche à la sauver tout en l’abhorrant (comme on le voit dans le dernier épisode). Par antithèse, c’est une référence directe à Ultraman… (16/)

En effet, dans la série de 1966, Hayata/Ultraman explique se sentir mi-homme mi-extraterrestre et aimer les humains. Tout le contraire de ce que semble ressentir Tarо̄man à travers ces 10 épisodes. (17/)

Toute la force de cet ovni réside dans sa réflexion sur l'art.
Qui aurait pu croire que le tokusatsu pouvait devenir un tel vecteur, si ce n’est le créateur Fujii Ryо̄, qu’on ne remerciera jamais assez ? (18/)

M. Fujii s'est d'ailleurs s’entouré de toute une bande de joyeux allumés qui, on le voit à travers leurs profils et CV, aiment le tokusatsu.
Notons aussi le soutien de Tsuburaya Productions, qui a fourni du matériel pour créer les effets spéciaux. (19/)

Au fait, pourquoi cette série maintenant ? En fait, elle a été créée en parallèle de la rétrospective Okamoto Tarо̄ (du 23/07 au 02/10 à Osaka, du 18/10 au 28/12 à Tokyo et du 14/01 au 14/03 à Nagoya.) taro2022.jp (20/)

Notons que la série a remporté beaucoup de succès au Japon, auprès des fans de tokusatsu ainsi que certains artistes et créateurs qui n'ont pas manquer de le faire savoir. Un exemple au hasard... Kojima Hideo !

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