#FlawedJamaStudy #LongCovid
Des explications...đ
LâĂ©tude de JAMA de novembre 2021 sur le covid long est basĂ©e sur deux donnĂ©es :
- un questionnaire dans lequel les participants signalent des symptĂŽmes prolongĂ©s (type fatigue, douleurs thoraciques, perte dâodoratâŠ) dâune part,
et indiquent sâils pensent avoir Ă©tĂ© infectĂ©s par le SARS-CoV-2 dâautre part.
- un test sĂ©rologique fait sur les mĂȘmes participants (câest un test qui cherche Ă Ă©valuer sâils ont Ă©tĂ© infectĂ©s par le passĂ©).
Le rĂ©sultat-clĂ© de lâĂ©tude repose sur le fait que parmi les participants avec un test sĂ©rologique positif, 600 dĂ©clarent ne pas avoir Ă©tĂ© infectĂ©s et ont des symptĂŽmes semblables Ă la population gĂ©nĂ©rale.
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Les 400 participants restants, qui déclarent avoir eu le covid, rapportent eux un nombre accru de symptÎmes prolongés.
Les auteurs ont conclu que câest davantage la âcroyanceâ dâavoir Ă©tĂ© infectĂ© qui crĂ©e les symptĂŽmes prolongĂ©s, et non lâinfection elle-mĂȘme.
Ce rĂ©sultat en lui-mĂȘme est Ă©tonnant : aprĂšs avoir pris connaissance dâun rĂ©sultat positif de leur test, la đșđźđ·đŒđżđ¶đđČÌ des participants ont donc dĂ©clarĂ© ne pas avoir Ă©tĂ© infectĂ©s par le virus.
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Câest pourtant une consĂ©quence simple et directe dâun point clĂ© du protocole dâĂ©tude, mais qui nâest pas dĂ©voilĂ© dans lâarticle comme vous allez le dĂ©couvrir par la suite.
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Ce qui a Ă©tĂ© reprochĂ© Ă lâĂ©tude, câest de ne pas avoir pris la mesure du grand nombre de rĂ©sultats de tests faussement positifs. Ce sont des tests sanguins sur les participants qui ressortent positifs alors que ces personnes nâont en rĂ©alitĂ© jamais Ă©tĂ© infectĂ©es.
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En prenant en compte la fiabilitĂ© des tests indiquĂ©e dans la littĂ©rature scientifique, on dĂ©duit pourtant que plus de la moitiĂ© des participants avec un test positif (j'appelle ce groupe "Test+") nâont en rĂ©alitĂ© jamais rencontrĂ© le virus !
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Dans un second sous-groupe de lâĂ©tude, les personnes dĂ©clarent elles-mĂȘmes avoir Ă©tĂ© infectĂ©es. Jâappelle ce groupe âDĂ©claration+â.
Dans la plupart des cas, cette dĂ©claration sâappuie sur un diagnostic mĂ©dical de covid (commentaire JAMA N. Brown).
Par consĂ©quent on sâattend Ă avoir une proportion plus grande de gens infectĂ©s dans le groupe âDĂ©claration+â que dans le groupe âTest+â, dont on a vu les limites. Dâailleurs, plusieurs Ă©lĂ©ments indĂ©pendants le confirment,
par exemple en analysant le nombre de personnes ayant perdu lâodorat dans les 2 sous-groupes (commentaire JAMA E. Iasonidou). Ici, si la âdĂ©clarationâ Ă©tait un test, ce serait un test plus fiable que le test sĂ©rologique.
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Alors, bien Ă©videmment, comme rappelĂ© par les auteurs, ces tests sĂ©rologiques gardent un pouvoir statistique suffisant pour pouvoir identifier des effets de lâinfection. Dâailleurs, lâarticle montre lâassociation entre un test positif et 10 symptĂŽmes prolongĂ©s.
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Mais les conclusions de lâĂ©tude reposent sur une analyse rĂ©alisĂ©e par la suite, qu'on appelle un "ajustement mutuel" entre đ”đŠđŽđ” et đ„đŠÌđ€đđąđłđąđ”đȘđ°đŻ (câest un calcul statistique qui permet dâestimer quelle est la part de l'un et de l'autre).
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Voici la thĂ©orie de lâĂ©tude : dĂšs lors que le test sĂ©rologique permet dâidentifier les infections, les symptĂŽmes prolongĂ©s du covid devront se retrouver associĂ©s aux tests positifs dans les analyses statistiques, le reste Ă©tant simplement liĂ© Ă la âcroyanceâ dâavoir Ă©tĂ© infectĂ©.
Mais comme nous lâavons vu, la dĂ©claration sâavĂšre en fait ĂȘtre un prĂ©dicteur plus fiable que la sĂ©rologie. Les symptĂŽmes liĂ©s Ă la maladie vont donc ĂȘtre plus fortement associĂ©s au meilleur des 2 tests : ici, la dĂ©claration.
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Une fois la dĂ©claration "appliquĂ©e", l'aspect âtestâ n'influence plus beaucoup les valeurs, car tout a dĂ©jĂ Ă©tĂ© qualifiĂ© avec l'aspect "dĂ©claration".
Dit autrement, lâessentiel des associations de lâinfection aux symptĂŽmes prolongĂ©s a dĂ©jĂ Ă©tĂ© dĂ©duit avec lâaspect âDĂ©claration+â, qui a intĂ©grĂ© la plupart des personnes contaminĂ©es et symptomatiques.
Dans le sous-groupe âTest+â, les personnes rĂ©ellement infectĂ©es sont "diluĂ©es" parmi des personnes qui nâont jamais Ă©tĂ© touchĂ©es par le covid. Il ne reste donc plus grand chose đ„đŠ đŻđ°đ¶đ·đŠđąđ¶ Ă identifier pour la catĂ©gorie âTest+â.
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Seuls les symptÎmes particuliÚrement caractéristiques du covid vont pouvoir ressortir de façon statistiquement significative avec ce sous-groupe. C'est la conséquence inévitable des conditions particuliÚres de l'étude !
Le dernier symptĂŽme qui peut subsister malgrĂ© la dilution sera le plus caractĂ©ristique du covid, Ă savoir la perte d'odorat. Les auteurs viennent de redĂ©couvrir une information qu'on connaĂźt depuis janvier 2020... đđïž
Dans les rĂ©sultats de lâĂ©tude, les symptĂŽmes prolongĂ©s associĂ©s Ă la maladie se retrouvent donc dans les rĂ©sultats de la dĂ©claration. Ils sont mĂȘlĂ©s aux symptĂŽmes causĂ©s par la croyance, en supposant quâil y en ait.
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Imaginons malgrĂ© tout qu'on joue le jeu des auteurs, et qu'on conserve les tests sĂ©rologiques comme indicateur de l'infection. Une analyse (#19 PubPeer pubpeer.com/publications/0âŠ) prĂ©sente une correction des rĂ©sultats des tests sĂ©rologiques en retirant les faux positifs,
afin dâamĂ©liorer a posteriori la prĂ©cision du test.
Trois symptĂŽmes â la perte d'odorat, l'Ă©puisement et les difficultĂ©s de concentration â, si on se place dans les conditions les plus dĂ©savantageuses, deviennent alors significatifs pour les tests positifs.
Ainsi, lâanalyse des donnĂ©es âredressĂ©esâ montre quâil y a bien un lien entre infection et plusieurs symptĂŽmes prolongĂ©s (au-delĂ d'un supposĂ© effet "croyance"), soit rigoureusement lâinverse de ce quâaffirment les auteurs dans lâĂ©tude.
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Câest-Ă -dire que mĂȘme en utilisant la mĂ©thodologie des auteurs dont jâai dĂ©taillĂ© les limites profondes, les auteurs auraient dĂ» conclure que la croyance dâavoir Ă©tĂ© infectĂ©e ne peut seule expliquer plusieurs symptĂŽmes prolongĂ©s, et non un seul (la perte dâodorat).
Si lâabsence de rĂ©ponse des auteurs sur le fond de ces analyses et lâabsence de rĂ©tractation du papier sont problĂ©matiques, un autre Ă©lĂ©ment met encore davantage en doute la probitĂ© des auteurs.
(Ă suivre)
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Reprise du [thread] sur #FlawedJamaStudy
La premiĂšre version de lâarticle Ă©voquait bien lâexistence des faux nĂ©gatifs, mais Ă©tonnamment pas des faux positifs (et dans la correction de lâarticle publiĂ©e en avril, ces notions ne sont plus abordĂ©es du toutâŠ).
Les auteurs nâavaient-ils pas conscience des limites des tests sĂ©rologiques Ă©voquĂ©s ci-dessus ?
Vraiment ?
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Le protocole de lâĂ©tude montre pourtant le contraire (com. JAMA LarchĂ©). Afin dâĂ©liminer les âfaux positifsâ des tests sĂ©rologiques, le protocole prĂ©voyait de soumettre les participants ayant eu un rĂ©sultat positif Ă un deuxiĂšme test trĂšs particulier, appelĂ© âsĂ©roneutralisationâ.
Les rĂ©sultats de ces tests complĂ©mentaires ont Ă©tĂ© communiquĂ©s aux participants avant de rĂ©pondre au questionnaire de lâĂ©tude.
Voir Ă©galement Ă ce sujet l'interview de X. de Lamballerie (Conseil scientifique du gouv !), l'un des auteurs :constances.fr/actualites/202âŠ
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Figurez-vous que 92% des personnes qui ont leur premier test positif, mais qui dĂ©clarent ne pas avoir Ă©tĂ© infectĂ©es, avaient en fait reçu un rĂ©sultat nĂ©gatif au second test. Vous vous souvenez, le rĂ©sultat bizarre dont je parlais au dĂ©but, sur lequel repose toute lâĂ©tude ?
Faut-il s'étonner qu'une personne non infectée, qui reçoit un résultat négatif lors du second test plus poussé, déclare ne pas avoir été infectée ?
Les auteurs nâont pas rĂ©vĂ©lĂ© l'existence de ces tests qui ont pourtant fortement influencĂ© les rĂ©ponses des participants,
et donc les résultats de l'étude.
Pire, lors dâun webinaire enregistrĂ©, les auteurs sont interrogĂ©s Ă trois reprises sur la raison pour laquelle la majoritĂ© des personnes avec un test positif dĂ©clarent ne pas avoir Ă©tĂ© infectĂ©es.
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Ils n'évoquent pourtant jamais ces tests complémentaires, mais finissent par reconnaßtre, lorsqu'ils y sont confrontés en fin de webinaire, que les participants avaient bien été informés du résultat de ces tests avant de répondre au questionnaire.
Sur la page web de l'Ă©tude, on note que les auteurs ont formulĂ© des rĂ©ponses aux commentaires que le journal JAMA a publiĂ©, mais en mettant sur le mĂȘme plan des Ă©lĂ©ments qui ont des probabilitĂ©s trĂšs diffĂ©rentes (du genre,
âil est possible que quelqu'un ait renversĂ© le verre, mais il est aussi possible que ce soit quelquâun qui a fait bouger ses genoux sous la table et alors le verre est tombĂ©, c'est notre thĂšse, les deux sont possibles, donc nous maintenons nos conclusionsâ).
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Ce faisant, ils ne respectent pas la conduite Ă©lĂ©mentaire en recherche scientifique : en cas dâincertitudes, on ne peut affirmer des conclusions que si les rĂ©sultats restent valables âdans le pire des casâ.
Les auteurs ne sont pas accusĂ©s dâavoir modifiĂ© des donnĂ©es. Par contre, les experts leur reprochent des erreurs mĂ©thodologiques majeures, et la dissimulation de donnĂ©es dĂ©terminantes pour expliquer les rĂ©sultats de lâĂ©tude, et qui viennent remettre en question leurs conclusions.
Les auteurs refusent de dĂ©livrer des tableaux synthĂ©tiques intermĂ©diaires (anonymisĂ©es) de donnĂ©es qui auraient permis de creuser les biais et en dĂ©duire dâautres implications, lesquelles auraient pu avoir un intĂ©rĂȘt pour la recherche et les malades.
Par exemple, on ne connaĂźt pas le nombre de malades du covid long dans cette Ă©tude, probablement une centaine au maximum. La demande de ces tableaux a ensuite Ă©tĂ© relayĂ©e par le directeur de lâANRS, M. Yazdan Yazdanpanah, qui nâa pas davantage obtenu de retours des auteurs.
Toutes les donnĂ©es de lâĂ©tude sont rĂ©coltĂ©es avec de l'argent public, mais leur dĂ©livrance est Ă la discrĂ©tion des membres du groupe âSurveillance Cohorte Constancesâ, dont font partie plusieurs auteurs de lâĂ©tude, avec un comitĂ© qui n'a d'Ă©thique que le nom, qui sâĂ©tonne
(et rĂ©pondra nĂ©gativement) que des experts tiers demandent les donnĂ©es de lâĂ©tude.
Et le journal JAMA ?
Le journal a dĂ©clarĂ©, dĂšs lâinstant que la version corrigĂ©e de lâĂ©tude a Ă©tĂ© publiĂ©e en mars 2022, quâils ne publieraient plus aucun commentaire, ayant atteint leur âquotaâ.
La derniĂšre analyse en lien du premier tweet de ce thread a donc Ă©tĂ© soumise Ă la plateforme PubPeer, oĂč elle a Ă©tĂ© acceptĂ©e. Les auteurs, systĂ©matiquement notifiĂ©s, nây ont apportĂ© aucune rĂ©ponse.
Le Monde titre âDes troubles au centre de vifs dĂ©batsâ en parlant de cette Ă©tude. Mais de dĂ©bat, il nây en a aucun. Les auteurs opposent, Ă des Ă©lĂ©ments mathĂ©matiquement objectifs, leur mauvaise foi et un blocus sur des donnĂ©es issues de la recherche publique.
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Le journal JAMA, quant Ă lui, veut Ă©viter le scandale dâune Ă©tude rĂ©tractĂ©e.
Dans tout ça, il nâest nullement question de la validitĂ© des thĂ©ories des auteurs, mais dâđ¶đ»đđČÌđŽđżđ¶đđČÌ đČđ đ±đČ đđżđźđ»đđœđźđżđČđ»đ°đČ đ±đźđ»đ đčđź đżđČđ°đ”đČđżđ°đ”đČ.
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Lâassociation @apresj20 avait publiĂ© une tribune Ă ce sujet, en se rĂ©fĂ©rant Ă cette affaire : apresj20.fr/_files/ugd/9a4âŠ
#FlawedJamaStudy #apresj20 #longcovid #covidlong
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