Charlotte Piret Profile picture
Journaliste (@franceinter), version justice et terrorisme / / Live-tweet d'audiences / Dessin : Matthieu Boucheron / Livre :"Et nous nous sommes parlé" (l'Aube)

Mar 27, 2024, 29 tweets

Bonjour à tous,
De retour salle Diderot au palais de justice de Paris. Procès dit du #VioleurdeTinder
Dernier jour des débats aujourd'hui avant les plaidoiries et réquisitoire prévus demain.
Ce matin, la dernière partie civile s'exprime à la barre. Nous l'appellerons "Rania".

"Rania" raconte à son tour la prise de contact sur Tinder, le rendez-vous pour une séance photo. "J’avais apporté des vêtements dans un sac, on a commencé à discuter. Il m’a proposé un shot d’alcool, puis il m’a parlé des fêtes qu’il faisait, de la drogue … ça m’a paru étrange"

"Je me sentais totalement euphorique", se souvient Rania. Puis, alors que je regardais les photos qu'on venait de faire, il s'assied à côté de moi et m'embrasse. Je l'ai repoussé et lui ai dit :"je ne veux pas ça, tu ne m'attires pas". Mais il revient vers moi et dit "essaie".

"Il m'embrasse de nouveau et met sa main dans ma culotte. Puis il m'attrappe pas le bras, m'assied de force sur une chaise, m'écarte les jambes et commence à me faire un cunnilingus. J'essaie de repousser sa tête, puis je me suis enfermée aux toilettes", poursuit Rania.

"En sortant des toilettes, il était en train de se masturber. J'ai pensé : ce mec là ne va jamais s'arrêter. J'ai senti du danger, qu'il pouvait être violent. Alors j'ai proposé qu'il se masturbe devant moi et que moi je simule un orgasme, sans le toucher car il me répugnait".

"Il a éjaculé par terre. Alors j'attrapé du Sopalin pour lui donner. Et je me suis dit que je pouvais en profiter pour récupérer mes affaires et m'enfuir", poursuit Rania dans son récit. Une fois rentrée chez elle, elle "s'effondre".

Le lendemain, Rania lui écrit par message : "je suis sous le choc". "Et il m'a répondu : "pourquoi?". Alors j'ai décidé de ne plus communiquer avec lui. Je suis partie travailler. J'avais déjà essayé des drogues, mais là je me sentais comme en pilote automatique."

"Mais comme j'avais pu échapper au pire, je me disais que finalement je m'en étais bien tirée", explique encore Rania. "Mais en réfléchissant, je me suis rappelée que ce n'était pas du tout normal, que j'étais juste partie faire des photos."

"S’il y a un rdv dont je me souviens c’est bien celui-là", déclare Salim Berrada quand vient son tour. "Je lui ai proposé de faire des photos, qu’on boive, qu’on écoute de la musique."

"Il y a eu trois shooting : un premier puis en chemise en dentelle, puis en chemise et culotte blanche. Et le tout s’est fini à 20h39 ... à peu près", poursuit Salim Berrada sur son récit des faits.

"On flirtait même pendant les photos qui étaient assez intime. A un moment, elle a même mis mon doigt dans sa bouche, personne ne me croira quand je dirai ça. Puis elle est venue contre moi en regardant les photos et on s’est embrassés", raconte encore Salim Berrada.

"Elle était presque dominatrice, elle m’a dit : “aujourd'hui c'est moi qui décide”. Et moi, ça me plaisait comme nouvelle façon de faire les choses. Elle m’a dit “je ne jouis pas facilement, tu verras”. Et je lui ai dit : “je prends le challenge”," poursuit l'accusé.

"Aujourd’hui, la personne que je vois ici et ce que j’ai vécu ce sont deux choses différentes", lâche-t-il encore au sujet des faits dénoncés peu avant à la barre par Rania.

Pour appuyer ses dires, l'accusé sort une feuille sur laquelle il a noté les horodatages issus du dossier : "la dernière photo était à 20h39, son amie l'appelle à 21h57 ... ce qu'elle décrit en presque deux heures, c'est impossible."

"Personne ne rencontre une femme sur Tinder en disant : “je veux une relation sexuelle”", affirme l'accusé.
"Sur les appli de rencontres, il y a plein de cas où les conversations sont du type “t’es chaude pour ce soir?”. Vous n'êtes de mauvaise foi ?", relève une assesseure.

"Pourquoi dans vos approches sur Tinder, vous n’annoncez pas clairement votre envie d’une relation sexuelle ?", s'étonne encore l'assesseure.
"Parce que j’aime la progression, le fait de ne pas savoir. Ca rend les choses plus intéressantes", répond Salim Berrada.

Me Vignola, avocate de la dernière partie civile dont il est question à ce procès "c’est la dernière fois que je vous pose cette question ...."
Salim Berrada : "le miroir ?"
"- Le miroir de la réalité : quand allez-vous le regarder ? Ca vous fera du bien ...
- Vous n’étiez pas là

"Je n'ai jamais drogué personne. Je n'ai jamais eu de mode opératoire pour violer personne", insiste encore Salim Berrada. "Qu'on le comprenne ..."

"Nous en sommes à la 17e personne qui dit : “j’ai conscience de la gravité de mes accusations et de la peine encourue”, rappelle l'avocat général.
"Mais elles accusent qui ? Celui qui est considéré comme le pire monstre, c'est presque une cause noble, répond Salim Berrada.

"Vous avez une vision de l'humanité assez inquiétante", déplore l'avocat général. Je n'ai rien de plus à ajouter si ce n'est que vous terminez votre dernier interrogatoire sur la dernière victime en beauté".

"Monsieur, vous avez été entendu à 17 reprises. Est-ce que vous avez appris quelque chose à cette audience?", interroge le président dans l'interrogatoire récapitulatif de l'accusé.
"J’apprends des choses et mon cheminement continue a avoir lieu", assure Salim Berrada.

"J’ai écouté avec attention chaque témoignage. Pour comprendre car je veux réellement comprendre", poursuit l'accusé.
"Qu’est-ce que vous voulez comprendre ? Leur attitude à elles ou votre personnalité à vous ?", rebondit le président.
- Les deux.

"Je cherche à comprendre ce qui m’a amené à me retrouver devant vous, à répondre de 17 accusations, alors que rien dans ma vie ne pouvait laisser le présager. Tout me destinait a avoir un avenir brillant", poursuit Salim Berrada.

"Il y a des personnes ici dont je suis convaincu du mal-être. D’autres personnes mentent, je le sais, j’en suis persuadé. Mais elles pensent réellement dire la vérité et servir une cause qui est noble et que ça vaut la peine de mentir", ajoute l'accusé.

"Il y a des personnes qui ont couché avec moi pour faire bonne figure alors qu'elles n'en avaient pas réellement envie. Il y en a qui a qui ont couché avec moi pour avoir leurs photos et quand elles n'ont pas eu les photos ont subi un abus", explique encore Salim Berrada.

"Vous estimez avoir eu un comportement immoral plus qu'illégal, c'est ça ?", résume le président.
Plus qu'immoral. Abject. Par exemple "Charline", j'ai couché avec elle alors qu'elle était très jeune. Elle m'admirait. Et je l'ai jetée dehors comme un malpropre", répond l'accusé.

"Quand je lis la presse, j'ai l'impression qu'on parle de quelqu'un d'autre : un être machiavélique. En fait, j'étais un homme parfaitement égoïste. J'étais dans une fuite en avant sans penser que ces femmes vivaient différemment la situation", poursuit l'accusé.

"Sans vouloir faire de la psychologie de comptoir, j’ai grandi à l’adolescence avec l’obligation de me débrouiller seul. Et la seule chose que j’ai développé c’était : aller à l’école, devenir intelligent et me servir de cette intelligence pour réussir", explique encore l'accusé.

"Tout me destinait à devenir rien. Malheureusement, j’ai développé un certain cynisme par rapport à l’être humain car je voyais autour de moi des choses sombres et je n’arrivais pas à avoir un vrai lien avec les gens", poursuit Salim Berrada.

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