Valérie Kokoszka Profile picture
Docteur en Philosophie, #Cites @Revues_PUF, Maître en Management Institutions de Soins, eSante, RSE. Universaliste, humaniste & phénoménologue. Haut les cœurs!

Mar 27, 2024, 7 tweets

Cette virulente tribune de @CoordFeministe , nourrie de leitmotivs decoloniaux, ne soutient pas, comme on pourrait le croire, un relativisme coupable. Elle est la négation du féminisme : le corps des femmes y est purement et simplement l’instrument subalterne d’autres causes (antiracisme, anticolonialisme, antisionisme, etc)., position parfaitement compatible avec un protofascisme organiciste🧵🔽

Un certaine aura entoure les théories décoloniales. Elles fascinent des militants européens en quête de deconstruction et de radicalité, charmés depuis leur salon par les ferveurs anti-système que d’autres, moins innocents, alimentent de leur ressentiment

Pour ceux qui ne verraient dans les théories decoloniales que la mise en abîme de « l’Occident » et de la blanchité, un jouet deconstructif pour s’excentrer d’une l’hégémonie occidentale ou expier ses culpabilités postcoloniales, il est bon de rappeler le caractère ultra réactionnaire de ces théories, qui ont gagné tout un pan de la gauche et de la gauche radicale : elles abhorrent la modernité et l’humanisme, s’opposent au libéralisme, c’est-à-dire aux démocraties libérales, à l’individualisme et aux droits et libertés fondamentales qui y sont attachés; rejettent la séparation du religieux et de l’état, etc.
Leur convergence avec les soraliens et la Nouvelle (extrême) droite n’est donc pas fortuite.

Descartes est bizarrement l’une des figures de la détestation décoloniale. Son Je pense, je suis signifierait en réalité un Je pense donc je conquiers / je colonise chez R. Grosfoguel par exemple. Chez les decoloniaux qui ont résolument adopté l’islamisme comme l’Autre de l’Occident (ni libéral ni individualiste ni pour la séparation de l’état et du religieux) le Je pense signe la position de surplomb qui n’est qu’à Dieu.
Bref l’ennemi c’est la pensée rationnelle moderne, mais c’est aussi le blanc en tant qu’il dit Je, comme individu,comme sujet, comme citoyen

Dans son odieux brûlot « Les blancs, les juifs et nous » Bouteldja ajoute « Mon corps ne m’appartient pas.
Aucun magistère moral ne me fera endosser un mot d’ordre conçu par et pour des féministes blanches. »
Le blanc, c’est donc celui qui dit Je,
La blanche, c’est celle qui ajoute « mon corps m’appartient » là où le decolonial substitue 1/ l’identité clanique (nous « les indigènes ») à l’individu et 2/ la chair collective des dominés au corps propre.

On peut alors faire, comme dans cette infecte tribune, du corps des femmes l’instrument subalterne des causes antiracistes, anti-coloniales, antisionistes et décider que le corps violé et mutilé des juives n’est que le pur et simple support honni d’une cause honnie. (Voir extrait)
Nul besoin de dire que cette déféminisation / déshumanisation accompagne un organicisme foncièrement protofasciste, au sein duquel l’antisémitisme retrouve hélas son caractère d’agent nodal de négation.

Quelques éléments complémentaires: tous les decoloniaux ne sont évidemment pas pro islamistes mais c’est une veine très présente;

- je dois au bel article de V. Presumey sur Bouteldja (), la formule lumineuse « Le blanc, c’est celui qui dit Je »;
- sur la mutation du cogito cartésien en « Je pense, je conquiers » , lire Grosfoguel ( qui y défend T. Ramadan dans la foulée;)
- quelques coquilles résiduelles ( « une » certaine, supprimer le « l’ » devant hégémonie)blogs.mediapart.fr/vincent-presum…
ihrc.org.uk/visages-de-lis…

Share this Scrolly Tale with your friends.

A Scrolly Tale is a new way to read Twitter threads with a more visually immersive experience.
Discover more beautiful Scrolly Tales like this.

Keep scrolling