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Rédac chef de @Frustration_web Auteur de « Parasites », « Vous ne détestez pas le lundi » et « Saint Luigi : comment répondre à la violence du capitalisme »

Nov 4, 2024, 17 tweets

1/LUTTE DES CLASSES : UN CAS PRATIQUE
Depuis le début des années 2000, les gouvernements successifs, socialistes inclus, ont multiplié les mesures d'exonérations de cotisations patronales pour le patronat.
L'objectif : baisser le "coût du travail"

2/On peut citer 2 mesures majeures : la réduction de cotisations sur les bas salaires, dite "Réduction Fillon" mise en place sous Nicolas Sarkozy, exonère de cotisations patronales les salaires payés entre 1 et 1,6 SMIC.

3/Vient ensuite la baisse pérenne de cotisations sociales, mise en place en 2019, qui exonère de cotisations jusqu’à 2,6 SMIC. Cette dernière mesure coûte 20 milliards par an, et elle est venue prendre le relais du fameux CICE, un ensemble de réduction d'impôts voté sous Hollande

4/De cette baisse de cotisations, l'Institut des Politiques Publiques nous dit en 2022 “Nous estimons l’impact de la réforme sur l’emploi, la valeur ajoutée et l’investissement. Aucun impact n’est détecté sur ces variables."
Bref, ça ne sert à rien d'un point de vue macro

5/Mais les entreprises et leurs actionnaires, elles, se régalent. Au total, en 2022, le projet de loi de financement de la sécu comptait 75 milliards de cotisations exonérées... Compensée spar le contribuable qui verse, via le budget de l'Etat, le manque à gagner à la sécu

6/Sur le plan de l'emploi, les effets de ces exonérations sont faibles voire nuls, selon les études, et négatifs sur la structure des salaires : la concentration des exonérations au niveau du SMIC créé une "trappe à bas salaire". Cela coûte moins cher de sous-payer les salariés.

7/Cela dure depuis des décennies, et particulièrement depuis 2019 : on dilapide chaque année des dizaines de milliards - 20 milliards de plus que le budget de l'éducation nationale - sans que l'effet annoncé pour justifier ce cadeau ne se réalise...

8/Aussi, et face à l'ampleur du déficit public organisé par Macron, le gouvernement Barnier a évoqué une petite réduction de ces exonérations, de l'ordre de 5 milliards. Une paille, puisqu'on parle de 75 à 80 milliards d'exonérations... Mais c'est déjà trop !

9/Dans un communiqué du 22 octobre, les organisations patronales ont protesté : MEDEF, CPME mais aussi FNSEA ne veulent pas renoncer à ce petit pourcentage de leur manne."Dans certains secteurs, cela pourrait même conduire à un mouvement de délocalisations" annoncent-elles

10/C'est cocasse quand on sait que les milliards dépensés n'ont pas du tout stoppé la désindustrialisation du pays et les délocalisations. Les entreprises économisent de l'argent puis... font bien ce qu'elles veulent.
Mais le communiqué a produit son effet immédiat :

11/Ce matin, Antoine Armand, le ministre putschiste de l'économie, est venu s'excuser pitoyablement dans les Echos : il a "entendu" les inquiétudes des entreprises et annonce un plan alternatif carrément opposé.

12/Plutôt que de demander aux entreprises et à leurs actionnaires de bien vouloir payer à nouveau une infime partie des cotisations que le contribuable paye à leur place, il compte demander aux salariés de faire un effort en travaillant plus.

13/On pourrait, selon lui, augmenter notre temps de travail hebdomadaire.
Soyons clair : il ne s'agit pas de nous faire travailler + mais de nous payer -, puisque le seuil de déclenchement des heures supplémentaires sera relevé et que nous bossons déjà plus de 35h en moyenne.

14/Il parle aussi de nous supprimer un jour férié : nous faire bosser gratuitement un jour par an en solidarité avec le patronat.
C'est de la lutte des classes appliquée : on va voler le travail pour laisser le capital continuer à se gaver en toute quiétude.

15/Le contribuable va donc continuer à payer pour enrichir le patronat et ses actionnaires et les salariés devront bosser davantage pour rendre cela soutenable.

Voilà où on en est.

16/La bourgeoisie a donc ses relais efficaces de guerre des classes : les organisations patronales qui parlent en coeur, les ministres qui se couchent, les députés qui approuvent.

Et nous, qu'avons-nous ?

17/Mon dernier article sur le pillage social et fiscal organisé par Macron et ses sbires, de la guerre des classes chimiquement pure et à ce jour sans réplique majeure : frustrationmagazine.fr/dette-pillage-…

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