Cédric Labrousse Profile picture
Fils de marin-pêcheur. Doctorant sur la Syrie. Régionalisme, libéralisme, a bossé dès 16 ans. Opinions personnelles. Fondateur : https://t.co/vqYRbbCj8z

Nov 16, 10 tweets

Il est une chose qu'on ne peut pas enlever à l'habilité pragmatique d'Ahmad al-Sharaa. En l'espace d'à peine une année, il a replacé la Syrie au centre des intérêts internationaux.

Ce 16 novembre 2025, ce sont trois délégations américaine, russe et turque qui sont venues le même jour à Damas !

On fait le point. 1/

Tout d'abord, évoquons la visite d'une délégation du Congrès des Etats-Unis à Damas. Avec la rencontre de plusieurs ministères, notamment de l'économie et de la justice. Le volet des sanctions César a été abordé.

Rappelons qu'il n'y a toujours pas eu de levée des sanctions, seulement une suspension partielle. 2/

La délégation américaine a été vue au-dessus du ciel de la région de Daraa après son décollage depuis Damas, comme l'a documenté le media local @HoranFreeMedia. 3/

@HoranFreeMedia Autre délégation ? La délégation russe.

Menée par le vice ministre de la défense, Yevkurov. Elle a été reçue par le ministre de la défense et plusieurs hauts cadres de la nouvelle armée syrienne. 4/

Cette visite russe s'inscrit dans un cadre de coopération toujours plus poussée entre le nouveau pouvoir syrien, que la Russie qualifiait de terroriste à éliminer depuis 2015. Les délégations syriennes vers Moscou sont également devenues régulières.

Moscou et Damas se rapprochent sur les secteurs de l'armée et des ressources énergétiques. 5/

@HoranFreeMedia Enfin, côté turc, c'était une délégation portant sur la coopération sécuritaire et du renseignement.

Cette visite a, pour sa part, un contexte particulier : celui de la pause dans les discussions entre les FDS / l'AANES et le pouvoir central de Damas. 6/

La Turquie suit de très près la situation. Je rappelle régulièrement qu'elle n'est cependant plus aussi attirée par l'idée d'un engagement armé dans le nord-syrien. En effet, depuis quelques mois, Erdogan, en grande difficulté électorale dans les sondages, drague la partie de l'électorat kurde qui lui a été jusque-là historiquement hostile, afin de saper une potentielle victoire du CHP.

Son intérêt s'éloigne donc, au moins temporairement, d'un embrasement. Mais Ankara ne laisse pas le sujet de côté et se met régulièrement au fait de la situation... 7/

Le pari d'Ahmad al-Sharaa de faire de la Syrie le partenaire nécessaire et incontournable dans le région du Levant est en train de réussir.

Voilà désormais Moscou, Washington ou encore Ankara faisant le chemin de Damas régulièrement, quand ce n'est pas, comme aujourd'hui, le même jour. 8/

Je rappelle cependant, quitte à faire hurler, que ce fut également, par passages, certes, la politique d'un Assad. Pas Bachar, qui échoua. Mais Hafez. L'homme qui a reçu Nixon à Damas, tout en liant son pays aux soviétiques. Puis, une fois l'URSS effondrée, capable d'accueillir les avions américains pour bombarder l'Irak en 1991...

C'est d'ailleurs pour cela que le barbare de Hama ne vit jamais la Syrie être condamnée en 1982 pour ses massacres à Hama : véto des Etats-Unis ET de l'URSS pour toute potentielle dénonciation... 9/

Ahmad al-Sharaa, oui cela va faire hurler, s'inscrit dans une tradition politique d'équilibre et d'opportunisme pragmatique. Hafez al-Assad s'adaptait. Quand il fallait être tiers-mondiste, il était avec les soviétiques. Et quand il fallait servir ses intérêts, il devenait proche des États-Unis. Et parfois, les deux en même temps...

Le monde est aujourd'hui multipolaire. Ahmad al-Sharaa, s'inscrivant dans la grande histoire diplomatique syrienne, a saisi cela et applique donc une mise à jour : s'entendre avec tous les pôles. 10/

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