Il est une chose qu'on ne peut pas enlever à l'habilité pragmatique d'Ahmad al-Sharaa. En l'espace d'à peine une année, il a replacé la Syrie au centre des intérêts internationaux.
Ce 16 novembre 2025, ce sont trois délégations américaine, russe et turque qui sont venues le même jour à Damas !
On fait le point. 1/
Tout d'abord, évoquons la visite d'une délégation du Congrès des Etats-Unis à Damas. Avec la rencontre de plusieurs ministères, notamment de l'économie et de la justice. Le volet des sanctions César a été abordé.
Rappelons qu'il n'y a toujours pas eu de levée des sanctions, seulement une suspension partielle. 2/
La délégation américaine a été vue au-dessus du ciel de la région de Daraa après son décollage depuis Damas, comme l'a documenté le media local @HoranFreeMedia. 3/
@HoranFreeMedia Autre délégation ? La délégation russe.
Menée par le vice ministre de la défense, Yevkurov. Elle a été reçue par le ministre de la défense et plusieurs hauts cadres de la nouvelle armée syrienne. 4/
Cette visite russe s'inscrit dans un cadre de coopération toujours plus poussée entre le nouveau pouvoir syrien, que la Russie qualifiait de terroriste à éliminer depuis 2015. Les délégations syriennes vers Moscou sont également devenues régulières.
Moscou et Damas se rapprochent sur les secteurs de l'armée et des ressources énergétiques. 5/
@HoranFreeMedia Enfin, côté turc, c'était une délégation portant sur la coopération sécuritaire et du renseignement.
Cette visite a, pour sa part, un contexte particulier : celui de la pause dans les discussions entre les FDS / l'AANES et le pouvoir central de Damas. 6/
La Turquie suit de très près la situation. Je rappelle régulièrement qu'elle n'est cependant plus aussi attirée par l'idée d'un engagement armé dans le nord-syrien. En effet, depuis quelques mois, Erdogan, en grande difficulté électorale dans les sondages, drague la partie de l'électorat kurde qui lui a été jusque-là historiquement hostile, afin de saper une potentielle victoire du CHP.
Son intérêt s'éloigne donc, au moins temporairement, d'un embrasement. Mais Ankara ne laisse pas le sujet de côté et se met régulièrement au fait de la situation... 7/
Le pari d'Ahmad al-Sharaa de faire de la Syrie le partenaire nécessaire et incontournable dans le région du Levant est en train de réussir.
Voilà désormais Moscou, Washington ou encore Ankara faisant le chemin de Damas régulièrement, quand ce n'est pas, comme aujourd'hui, le même jour. 8/
Je rappelle cependant, quitte à faire hurler, que ce fut également, par passages, certes, la politique d'un Assad. Pas Bachar, qui échoua. Mais Hafez. L'homme qui a reçu Nixon à Damas, tout en liant son pays aux soviétiques. Puis, une fois l'URSS effondrée, capable d'accueillir les avions américains pour bombarder l'Irak en 1991...
C'est d'ailleurs pour cela que le barbare de Hama ne vit jamais la Syrie être condamnée en 1982 pour ses massacres à Hama : véto des Etats-Unis ET de l'URSS pour toute potentielle dénonciation... 9/
Ahmad al-Sharaa, oui cela va faire hurler, s'inscrit dans une tradition politique d'équilibre et d'opportunisme pragmatique. Hafez al-Assad s'adaptait. Quand il fallait être tiers-mondiste, il était avec les soviétiques. Et quand il fallait servir ses intérêts, il devenait proche des États-Unis. Et parfois, les deux en même temps...
Le monde est aujourd'hui multipolaire. Ahmad al-Sharaa, s'inscrivant dans la grande histoire diplomatique syrienne, a saisi cela et applique donc une mise à jour : s'entendre avec tous les pôles. 10/
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Bon, il y a énormément de rumeurs, jusque-là non confirmées, d'une désertion du chef druze Abu Yahya Hassan al-Atrash (oui, il est de ma famille de ce grand chef druze historique). Il aurait rallié le camp gouvernemental syrien...
Si c'est le cas, c'est un petit séisme... 1/
Dans le cours de la révolution syrienne depuis 2011, puis du soulèvement druze de 2023 et enfin de la grave crise issue des tensions de 2025 (avec massacres principalement commis par des forces tribales et gouvernementales de l'aveu même de Damas), al-Atrash a souvent évolué.
Sa rupture avec le sheikh Hikmat al-Hijri, qui s'est imposé par la force y compris sur sa communauté (au point que même le sheikh des druzes d'Israël critique sa rhétorique...), voulant installer sa famille comme l'unique pouvoir spirituel et politique, ne serait pas étonnante.
Avoir 18.5 millions de retraités avec du temps libre pour des décennies parfois d'inactivité financée, c'est aussi avoir des centaines de milliers de projets d'avenir (logements, entreprises, etc...) bloqués par bien trop de gens qui n'ont que ça à faire de nuire à l'avenir...
C'est vraiment usant, infernal et de moins en moins acceptable de voir des inactifs depuis bien trop longtemps retirés de la vie économique, déconnectés, qui estiment que la France doit devenir leur vaste résidence senioriale : que rien ne bouge, que rien ne se fasse...
Il est grand temps de mettre fin à la capacité de nuisance judiciaire / administrative des pensionnés inactifs face à des projets souvent essentiels pour les actifs (sur le dos desquels ils vivent via des cotisations asphyxiantes à un point qu'eux même n'ont jamais versé).
22 000, oui vous lisez bien, membres des YPG | YPJ vont être intégrés dans les quatre brigades d'armée créées à Kobane (1 brigade de 6 000) et à Hasakah (3 brigades pour 1 division de 16 000).
C'est un véritable tour de force. 1/
Dans l'équilibre des forces au sein de l'armée syrienne, je tiens à souligner que, par groupe d'appartenance politique / militaire avant une intégration à l'armée, les anciennes YPG | YPJ formeront la... deuxième force après les troupes issues d'HTS. Il faut vraiment y penser. 2/
Mazloum Abdi a négocié de manière admirable avec Ahmad al-Sharaa.
De facto, les YPG | YPJ vont former, via ces brigades, même si elles resteront cantonnées dans leurs bastions, la seconde force pré-chute du régime en nombre d'hommes engagés dans la nouvelle armée... 3/
IMPORTANT | TOURNANT HISTORIQUE | Les kurdes de Syrie qui, pour des centaines de milliers, ne disposent même pas d'identité légale, car ayant été rejetés comme apatrides depuis les décisions baathistes de 1962, et celles qui ont suivi, vont tous obtenir la nationalité. 1/
C'était une demande historiquement portée par l'ensemble du panorama politique kurde : du PYD au PDKS, du Yekiti au Parti de l'Avenir Kurde, etc...
Depuis des décennies, et notamment au cours de la révolution depuis 2011, ils avaient exigé cette avancée importante. 2/
Le régime de Bachar al-Assad a toujours refusé d'avancer sur ce point. Il avait, certes, en 2011, accordé la nationalité à une partie d'entre eux (surnommés les ajanib : les kurdes étrangers de la Djézireh pour faire simple). Mais sans agir massivement pour tous. 3/
Alors que la situation de son projet que fut l'AANES n'a jamais été aussi fébrile, le PYD, parti qui a écrasé la vie politique kurde dans le nord-est syrien, lance une campagne rapide d'affichage du drapeau national kurde.
Un drapeau qu'il a régulièrement rejeté et écarté... 1/
Les lecteurs et lectrices vont ainsi découvrir que, chez les kurdes, même un drapeau peut être un signe de dispute. Le PYD, extension idéologique syrienne du PKK, a très souvent écarté le drapeau national kurde. La raison ? Il était / est identifié comme étant le drapeau... 2/
... des forces kurdes qui lui sont rivales, dont le PDK (parti du clan Barzani en Irak, qui dispose également d'une branche en Syrie : le PDKS).
Et c'est ainsi que le PYD, dès 2011, dans ses manifestations ou établissements, a utilisé le drapeau dit du Rojava. 3/
Réponse publique à @FabriceBalanche sur la question du fédéralisme en Syrie.
Étant moi-même fédéraliste en France, profondément anti-jacobin et régionaliste breton, c'est un sujet qui me parle. Mais je sais aussi justement quand un projet fédéral ne peut pas fonctionner... 1/
Le fédéralisme ne se décrète pas. Il s'installe dans des dynamiques de temps long. C'est ainsi que le fédéralisme des États-Unis est une construction de longue haleine, avec une base commune d'acceptation de cette idée. Au Royaume-Uni, la dévolution est ancienne. 2/
Mais, surtout, le fédéralisme nécessite l'acceptation, si ce n'est pas le cas au début, d'une délégation volontaire, par l'État central, de plusieurs de ses pouvoirs (régaliens ou non) et, enfin, de la majorité du pays où existe cette demande d'autonomie potentielle. 3/