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Oct 1, 2020 128 tweets 17 min read Read on X
Jour 22 au procès des #AttentatsJanvier2015. Aujourd'hui, la cour d'assises va entendre ceux qui ont vendu des armes qui ont ensuite servi au terroriste Amedy Coulibaly. Les armes des Kouachi, elles, n'étaient pas "traçables".
(Re)voici le compte-rendu web @franceinter du jour 21, où l'on avait commencé à se plonger dans cette filière armes, la filière de Claude Hermant, attendu aujourd'hui à la barre.
franceinter.fr/justice/proces…
Pour croquer les audiences de ce jour 22, toujours le coup de crayon et les pinceaux de Matthieu Boucheron, pour @franceinter. Il y aura aujourd'hui plusieurs "briscards" à la barre, selon les mots d'une enquêtrice entendue hier.
L'audience démarre, jour 22.
#AttentatsJanvier2015.
Me Coutant-Peyre, avocate du principal accusé, rappelle au micro qu'elle n'a toujours pas retrouvé son cahier à spirales, avec ses notes du 2 au 22 septembre.
Me Clémence Witt poursuit avec une "demande collective et unie" au nom des avocats de la défense, qui ont 2 micros pour 18 avocats, alors que l'accusation en a 2 pour 2 magistrats. Elle plaide "la violation de l'égalité des armes".
Le président annonce que le 1er témoin, Patrick Halluent, Belge, qui avait importé des armes slovaques démilitarisées, avant d'en revendre à Claude Hermant, ne viendra pas témoigner. Il a envoyé une lettre invoquant "la situation épidémiologique en Belgique très préoccupante".
Dans sa lettre, il se dit "personne à risques, avec risques de comorbidité" face au Covid. Une avocate de parties civiles demande de "ne pas passer outre" s'étonne qu'un trafiquant d'armes parle de "comorbidité".
Le président de Jorna annonce qu'on organisera une visio, avec Patrick Halluent, et lit un autre message. Cette fois, c'est Claude Hermant qui a écrit à l'huissier pour dire qu'il était coincé dans un bouchon, en voiture. On l'attend donc. La cour suspend l'audience en attendant.
Et voilà Claude Hermant sorti des bouchons, il arrive à la barre, lunettes sur son crâne rasé, barbe blanche, muscles saillants sous son t-shirt gris, treillis kaki. Le président gronde : "ça ne vous gêne pas d'arriver avec une heure de retard ?!" Claude Hermant s'excuse.
Le président lui demande de se présenter.
Claude Hermant : "gérant de société".
#AttentatsJanvier2015
Le président : parmi des armes de Coulibaly, un des trois terroristes de janvier 2015, "le traçage a fait qu’on est remonté jusqu’à vous. Ces armes sont passées entre vos mains" dit le président à Claude Hermant.
Le président à Claude Hermant : "vous êtes un trafiquant d'armes, mais là n'est pas le problème, vous avez été condamné pour ce trafic et ne serez pas rejugé une deuxième fois", mais...
Mais le président lui demande ce qu'il pense du fait que ces armes qu'il a possédées aient ensuite servi pour des attentats de janvier 2015 -précisons que Claude Hermant n'a pas été mis en examen pour avoir importé ces armes de Slovaquie.
Claude Hermant, à propos des attentats de janvier 2015 qui ont fait des victimes avec des armes passées entre ses mains : "Y a pas une nuit où je n’y pense pas.
C’est énorme loupé, que les choses soient claires.
Mais comment on peut m’expliquer que je suis un trafiquant ?"
Claude Hermant précise qu'il a toujours sa société, non fermée, que ces importations restent légales. Le problème c'est qu'il a légalement importé des armes démilitarisées, qu'il a illégalement remilitarisées.
Claude Hermant s'en défend, il dit qu'il a toujours eu des "armes neutralisées", non remilitarisées. Et il dit que c'est Samir Ladjali qui aurait remilitarisé. Samir Ladjali a été mis en examen dans ce dossier puis a bénéficié d'un non-lieu.
Samir Lajali était appelé à la barre comme témoin lui aussi, mais on ne sait plus où il habite, et il n'est donc pas là à ce procès...
#AttentatsJanvier2015
Le président demande à Claude Hermant pourquoi il vend des armes ?
Claude Hermant : "Je ne vends pas que des armes, monsieur le président ! Je vends des duvets, je vends des gamelles..."
Le président : "Oui mais les armes, à quoi ça sert ? Quel est le but final d’une arme ?"
Claude Hermant : "ça dépend monsieur le président !"
Le président : "avec un fusil d'assaut ou un Tokarev est-ce que vous êtes d’accord ou conscient qu’avec ces armes-là on peut tuer ?"
Claude Hermant : "Je réponds à la demande d’un demi-million de passionnés, des chasseurs, des tireurs"
Le président : "Oui enfin les fusils d'assaut pour les chasseurs..." !
Claude Hermant : "ll faut que j’apporte des explications.
Sachez, monsieur le président, j’étais sous surveillance serrée depuis 2013. Un an de surveillance des services (géolocalisation, bornages, balisages) soit je suis très très bon, soit ils sont très très cons".
Le président demande à Claude Hermant pourquoi après les attentats de janvier 2015, il demande à Samir Ladjali s'il a vendu une de ses armes aux terroristes ?
Claude Hermant, en voyant la vidéo posthume de revendication de Coulibaly a reconnu "ce modèle spécifique de kalachnikov"
Et l'on parle de "l'infiltration" de Claude Hermant, infiltré pour faire remonter des informations aux gendarmes et "arrêter des criminels" dit-il. Le président dit que quand ça rate "ça fait dix-sept morts".
Le président demande à Claude Hermant si ça lui rapporte de l'argent.
Claude Hermant : "même pas".
Claude Hermant a bien précisé que sa société existait toujours. Avant c'est sa femme qui la gérait. Désormais il a repris la gérance. Car elle est "sous bracelet", dit-il.
Claude Herman prétend : "J’ai retiré de la rue des dizaines de milliers d’armes".
Le président : "Malheureusement pas les huit tombées entre les mains de Coulibaly".
#AttentatsJanvier2015
Claude Hermant dit qu'il n'est pas le seul à avoir des armes : "Dans ce cas là faut arrêter Dassault, monsieur le président !"
Le président parle à toute allure face au témoin Claude Hermant. Il parle presque seul, face au témoin qui a à peine le temps de répondre. Interrogatoire aussi décousu qu'étonnant.
Et le président parle d'un douanier condamné autour d'un trafic.
Claude Hermant : "Il a été relaxé, monsieur le président".
Le président : "Bon, relaxé, mais..."
Le président énonce 272 armes achetées par Patrick Halluent, 173 armes achetées par Claude Hermant. Le président : "Achetée 800, revendue 1800, quand vous nous dites qu'aucun bénéfice"...
Claude Hermant : "Sortez moi mes avoirs criminels s’il vous plait qui sont de zéro !"
Le président : "Pardon ?"
Avec embarras : "non non non c'est moi qui fait une multiplication"...
Le président l'interroge sur un objet siglé police retrouvé dans un local à Lomme. Claude Hermant précise : "On avait un local associatif à Lomme".
Et cet objet siglé police ?
Claude Hermant : "Je suis collectionneur d’écussons, tout ce qui est insigne ou uniforme".
Le président : "Un collectionneur, ça achète en général et ça revend pas".
Claude Hermant : "J'avais une société, monsieur le président, je paye mes impôts".
Le président l'interroge sur le survivalisme.
Claude Hermant qui se dit survivaliste : "Un survivaliste, c’est quelqu'un qui prend les précautions nécessaires de se prémunir d’un danger, un pompier, un policier, c’est pas un branque qui attend que le calendrier maya s’arrête".
Et Claude Hermant assure qu'il ne se faisait pas mille euros de bénéfice sur une kalachnikov. Les kalachs, dit-il, sont plutôt achetées 280, revendues 450 sur le site. Mais "1000 euros, ça a jamais existé !" dit Claude Hermant.
Après les attentats de janvier 2015, quand Samir Ladjali lui a dit qu'il allait "se mettre au vert", Claude Hermant dit à la barre : "Ben écoute, mets-toi au vert, pépère".
Le président à Claude Hermant : "470 armes sont passées entre vos mains".
Claude Hermant se fâche : "La Belgique ne m’a pas poursuivi, à un moment faut que ça s’arrête !"
Le président : "Je lis."
Claude Hermant : "Ben lisez autre chose. Je peux pas vous laisser faire. Les services ont merdé. Il devrait peut-être y avoir d’autres coupables dans ce box, mais ce n’est pas moi !"
Claude Hermant : "Je vais continuer mon activité de vente de duvets et de rangers". Il a arrêté les armes, dit-il. "A la rigueur quelques couteaux".
Le président : "On peut tuer avec un couteau !"
Le président d'ajouter : "C’était pas des opine pour couper le saucisson !"
Claude Hermant : "Malheureusement, les tueurs ne manquent pas d’imagination".
Le président : "Vous reconnaissez que vous êtes susceptible de vendre des armes à des personnes mal intentionnées ?"
Claude Hermant : "je vais vous donner un contre-exemple, un dépressif en plein divorce qui va chez Décathlon, rentre, abat sa femme, on va pas le reprocher à Décathlon !"
Claude Hermant dit des armes : "C’est une passion et ce sont des gens responsables, chasseurs comme tireurs, qui ne font pas n’importe quoi. De temps en temps, ça dérape".
Le président l'interroge encore sur ces armes qui ont servi en janvier 2015, qu'il a données sans vérifier les intentions celui à qui il dit les avoir données : Samir Ladjali.
Claude Hermant, qui se disait infiltré pour les gendarmes répond qu'il n'a fait que "suivre".
Claude Hermant : "Je ne suis pas général de gendarmerie. J'étais aux ordres. Les gendarmes me disaient si c’était bon ou pas bon", dit-il à la barre.
Claude Hermant répète que tous les soirs, il se "couche avec ça en tête. Pourquoi c’est arrivé alors que tout était bouclé sans surveillance ? Chaque soir ça me vient à l’esprit et comment ?"
#AttentatsJanvier2015
Claude Hermant : "Il faut trouver des coupables et des fusibles, il y en a un devant vous". Dans son box Ali Riza Polat, principal accusé, explose : "T’es un fou ! Tu viens faire ton cinéma ici. T’es coupable de quoi toi ?" Polat risque la perpétuité, Claude Hermant est témoin.
Claude Hermant a été condamné pour trafic d'armes, il est en libération conditionnelle jusqu'au 21 juin 2020, avec un "suivi psychologique" et "interdiction d'aller à l'étranger".
Me Cechman, avocate de plusieurs victimes de l'Hyper Cacher se lève, décrit les victimes abattues par une arme ayant appartenu à Claude Hermant. Elle lui demande : "Pensez-vous que ce sont vraiment des loupés ?"
Claude Hermant : "Le mot n'est pas approprié, c'est innommable".
Elle lui parle de la chasse et du tir. Il répond qu'il faisait partie de deux clubs de tirs. Me Cechman demande : quel gibier on chasse au 9 millimètres et au 7.62 ?"
Aucun, avoue Claude Hermant.
Un autre avocat Axel Metzker l'interroge sur ses idées politiques, lui parle d'un passé d'extrême-droite.
Claude Hermant à la barre : "je vomis l'extrême-droite. Je suis de gauche et patriote. Mon père était mineur. Je suis un enfant des corons".
Un autre avocat de parties civiles, Me Casubolo-Ferro : "
Est-ce que vous avez une responsabilité oui ou non ?"
Claude Hermant : "morale, oui, intentionnelle, non".
Me Coutant-Peyre, avocate de Ali Riza Polat, qui a explosé tout à l'heure dans son box : "il était en colère car vous avez parlé de coupables dans ce box".
Claude Hermant, à la barre : "excusez-moi, je n’ai pas respecté la présomption d'innocence".
Me Coutant-Peyre s'énerve aussi contre le président qui a "beaucoup parlé, ce témoin n'a pas pu s’exprimer".
Me Coutant-Peyre dit aussi sa colère à Claude Hermant car "le seul fait établi, c'est l'origine des armes : vous. Et vous, vous êtes la seule personne pas poursuivie ?!"
Elle rappelle que son client est incarcéré depuis 5 ans et demi.
A la barre, Claude Hermant dit ses regrets de ne pas avoir pu s'expliquer dans ce dossier "parisien", son cas a été disjoint dans l'affaire de trafic d'armes pour laquelle il a été jugé et condamné à Lille. Il voulait s'expliquer pour "se défendre".
Claude Hermant à Me Coutant-Peyre : "Je ne connais aucune de ces personnes dans le box, madame". Il reconnait juste que les armes, "c’est passé par ma société, c’était sous couvert d’infiltration". Infiltration comme "source humaine" depuis 1994.
Claude Hermant dit avoir bossé pour la DGSE en Afrique, puis les gendarmes et il connaît aussi, dit-il, de nombreux policiers. Il dit aujourd'hui de l'enquête qu'il y a eu "des manquements".
Me Saint Palais, avocat d'Amar Ramdani, prend à son tour la parole et dit : "Il y a une chose acquise, les armes de Coulibaly ont d’abord été entre vos mains. Vous dites ensuite que vous les avez remises à Samir Ladjali" non poursuivi devant cette cour d'assises.
Me Saint Palais : "Ce que cherche la cour, quels sont les intermédiaires qui auraient amené les armes entre les mains de Coulibaly ?" Et Me Saint Palais demande à Claude Hermant s'il reconnait son client, Amar Ramdani, dans le box des accusés.
Claude Hermant demande au président si Amer Ramdani peut baisser son masque. Le président : "Oui, s'il ne parle pas". Et Claude Hermant s'approche du box, et affirme qu'il ne connaît pas Amar Ramdani.
Me Daphné Pugliesi l'interroge sur l'importance du trafic d'armes en Belgique ? Claude Hermant : "Si vous vous voulez des cigarettes ou des putes, vous allez à Anvers. Si vous allez à Charleroi, c'est une plaque tournante des armes".
Patrick Halluent, qui aurait dû être entendu aussi ce matin, vient de Charleroi.
Me Chevais, autre avocat de la défense demande à Claude Hermant s'il vendait des munitions ?
Il dit non.
Me Chevais demande à Claude Hermant s'il n'a pas l'impression que Samir Ladjali a été "protégé" avec son non-lieu ?
Claude Hermant : "6 ans après, je me pose la question".
Me Chevais demande à Claude Hermant quelles sont aujourd'hui ses relations avec la police ?
Claude Hermant : "je n'ai plus d'emmerdes, je ne les fréquente plus. Le monde du renseignement pour moi est définitivement fini et enterré".
Me Safya Akkori avocate de Mohamed Fares demande à son tour à Claude Hermant s'il connaît son client. Claude Hermant : "Non je ne connais personne dans ce box".
Me Akkori poursuit : "vous vous souvenez comment a commencé votre interrogatoire ?"
Claude Hermant se souvient que le président l'a sermonné pour son retard, puis on lui a posé des questions.
Me Akkori note qu'il n'a pas déposé librement comme le code procédure pénale l'impose !
Me Safya Akkori cite l'article 331 du code de procédure pénale. Et en effet, le président de Jorna ne laisse jamais les témoins parler spontanément à la barre, depuis le début de ce procès, il y a un mois jour pour jour.
Le président de Jorna demande à Claude Hermant s'il a eu l'impression de ne pas dire tout ce qu'il voulait ?
Claude Hermant : "Moi, je viens d’apprendre comment ça fonctionne, qu'il y a des règles ! Mais oui, vous m’avez laissé m’exprimer".
Claude Hermant : "Je pense avoir fait le tour de tout ce que j'avais à dire".
L'audience est suspendue jusqu'à 15 heures.
L'audience reprend avec une musique d'attente du Ministère de la Justice qui annonce "vous êtes le seul participant connecté à la conférence" ! On en conclut qu'on attend un témoignage en visio...
Le témoin apparaît. Enfin, il "est flouté derrière le panneau". C'est un gendarme de 51 ans, Laurent B.
Le gendarme témoigne donne visio.
Le président : "qu'est-ce que vous pouvez nous dire ?"
Régis de Jorna n'ose plus poser de questions.
Le gendarme, spontanément, dit qu'il ne sait rien de l'affaire, et attend les questions !
Le gendarme dit juste à propos de Claude Hermant qu'il "a été informateur de la section de recherches depuis le 7 mars 2013. Dernier contact, novembre 2014" dit le gendarme flouté.
Le gendarme flouté explique qu'il ne peut pas trop en dire davantage puisque "la gestion des sources" est confidentielle, classée secret défense.
Et le président n'a aucune question, aucune.
Donne la parole à la défense.
Me Coutant-Peyre fait remarquer au gendarme qu'il a un traitement de faveur !
Le gendarme parle d'une affaire menée avec Claude Hermant : "Nous avons sorti du circuit 250 armes. Dont une vingtaine armes lourdes". Le gendarme précise : si "il y a eu des armes entre les mains de personnes, nous gendarmerie on ne porte aucune responsabilité".
Me Coutant-Peyre l'interroge sur un trafic de cannabis, indiqué par Claude Hermant. Mais ce gendarme n'a pas bossé sur cette enquête-là.
A d'autres questions de Me Coutant-Peyre, il se contente de dire "j'ai rendu compte à mes chefs".
Me Coutant-Peyre lui dit que Claude Hermant a déclaré qu'il gérait des armes sous couvert des gendarmes.
Le gendarme : "c'est faux".
Me Coutant-Peyre parle d'un autre homme sous l'identité de Sarkozette (qui désigne un homme de la filière).
Le gendarme : "Que voulez vous que je fasse d'une pièce d’identité au nom de Nicolas Sarkozette ? Si ce n’est que cette carte était fausse, on est d’accord !"
Un autre avocat interroge le gendarme sur les achats d'armes par Claude Hermant. Le gendarme reconnaît que Claude Hermant lui a parlé en février 2014 d'acheter des "armes neutralisées facilement remilitarisables".
L'avocat essaye de parler au gendarme des mails échangés avec Claude Hermant. Mails pas très suivis, dit le gendarme.
Le gendarme affirme qu'il "n'a pas de suivi régulier avec Claude Hermant, on le voit une fois par mois, une fois tous les deux mois".
L'avocat de la défense à la barre continue à interroger le gendarme sur un mail embarrassant écrit par Claude Hermant qui écrit en septembre 2014 : "J'ai mis mon nez où un chien ne devrait pas mettre la queue". Le gendarme a du mal à se souvenir.
L'avocat reparle de la société AFG via Claude Hermant par laquelle ont transité les armes qui se sont retrouvées entre les mains de Coulibaly. Le gendarme n'a pas ouvert d'enquête sur AFG car dit-il "la société avait pignon sur net" pour vendre des armes.
Me Daphné Pugliesi demande au gendarme s'il pense que Claude Hermant à un moment donné a dérapé ?
Le gendarme refuse de répondre.
Et un autre gendarme est appelé en visio derrière le même voile flouté.
Son collègue va le chercher. On l'entend crier : "Joël !"
Le président, sans le voir : "Levez la main droite et dites je le jure !"
Le gendarme invisible : "Je le jure !"
Ce gendarme prénommé Joël a lui aussi eu Claude Hermant comme source, mais lui non plus n'a pas de déclaration spontanée à faire. Le président n'a pas non plus de questions à poser. Me Coutant-Peyre revient à la barre.
Joël le gendarme assure que Claude Hermant avait des armes pour collectionneurs.
"Oui mais est-ce qu'elles peuvent tirer ?" demande Me Coutant-Peyre.
Et le gendarme de répéter : "Vous savez je suis pas expert en armes !"
Me Coutant-Peyre : "Donc pour vous, c'était normal que M. Hermant vous parle de ces achats d'armes".
Le gendarme trouvait ça normal.
Et l'on reparle du mail de septembre 2014, quand Claude Hermant a dit qu'il avait mis son nez où il fallait pas. Le gendarme : "ben, j'ai rien compris à son mail".
Me Coutant-Peyre : "Vous lui avez demandé" d'expliquer ?
Le gendarme : "Non".
Le gendarme ajoute : "Une source on est pas derrière elle, 24h sur 24, on est pas son chaperon, il fait des infractions, il en prend la responsabilité".
Me Coutant-Peyre lui rétorque que c'est regrettable.
Un autre avocat vient demander au gendarme s'il savait que Claude Hermant remilitarisait les armes ? Le gendarme Joël répète qu'il n'y connaissait pas grand chose en armes.
Suit un policier, ancien directeur des renseignements généraux dans le Nord.
"Je tiens à préciser que Hermant n'a jamais été un indicateur de mon service" dit-il. "Je n'ai jamais abordé la vente d'armes avec Claude Hermant."
Mais il entend parler de ce trafic, en plein coeur de Lille. Et que "quelquefois des acheteurs viennent chercher ces armes". Il a cette information au printemps 2014. Il avise alors le directeur de la PJ de Lille.
L'assesseur interroge le policier sur les déclarations de Claude Hermant qui s'est qualifié ce matin "d'homme de gauche". Le policier du renseignement, spécialisé un temps sur l'extrême-droite dit que Hermant est clairement d'extrême-droite.
Le policier précise que Claude Hermant est "un type intelligent, manipulateur".
Un avocat demande au policier si Claude Hermant était néo-nazi ? Le policier répond : "Oui s'il savait ce qu'était le nazisme".
Après le policier, arrive Christophe Dubroeucq, 55 ans, épaules aussi larges d'un champion d'haltérophilie, tatouages et crâne rasé. Il se présente : "agent de pompes funèbres". Qui a fait "quatre ans de prison pour trafic d'armes".
Il a été condamné dans la même affaire de trafic d'armes que Claude Hermant. Le président : "vous le voyiez ?"
Christophe Dubroeucq : "on a travaillé en discothèque".
Christophe Dubroeucq a décidé d'être peu bavard. Le président est obligé de lui poser des questions. Mais le témoin n'aide pas le président : "ça fait longtemps, je me souviens plus très bien..."
Silence.
Le président enchaîne.
Le président demande à qui Claude Hermant vendait.
Christophe Dubroeucq marmonne : "Je connais pas tous ses acheteurs".
Le président : "Il les achetait où ces armes ?"
Christophe Dubroeucq : "Slovaquie".
Lui-même reconnaît qu'il a acheté onze armes.
Le président lui demande s'il a un surnom ?
Christophe Dubroeucq : "Monstro".
Le président : "Le surnom Gégé ça vous dit quelque chose ?"
Christophe Dubroeucq : "Non".
Et non, non, non, non, à d'autres questions.
Le président : "Vous reconnaissez que vous avez vous-même vendu des armes ?"
Christophe Dubroeucq : "Oui"
Le président : "Pourquoi ?"
Christophe Dubroeucq : "Je suis un passionné d'armes, c'est pas parce qu'on fait du tir qu'on tire sur les gens".
Christophe Dubroeucq explique à la barre qu'il s'est brouillé avec Claude Hermant. L'assesseur demande : "mais vous êtes venus ensemble ce matin ?"
Christophe Dubroeucq : "on s'est réconciliés".
Dans le box, des accusés rigolent encore.
Le policier venu tout à l'heure à la barre pense que Dubroeucq a "balancé" Hermant car il aurait appris qu'il vendait des armes derrière son dos. Dubroeucq qui était le rabatteur dans la filière.
Une avocate lui demande s'il reconnaît des accusés dans le box. Il en reconnaît un, mais ajoute aussitôt sur d'autres hommes (non accusés ici) qu'il aurait reconnus plus tôt dans l'enquête, comme Samir Ladjali : "J'ai peut-être confondu avec quelqu'un d'autre"...
L'avocat général fait remarquer à Christophe Dubroeucq qu'il ne sait plus grand chose. Le commissaire tout à l'heure a dit à la barre que Dubroeucq se faisait passer pour un idiot pour pas se faire embêter par la police.
"Vous faites l'idiot".
Dubroeucq : "non, je crois pas".
Et Dubroueucq réplique que c'est le commissaire de tout à l'heure qui lui "a conseillé de faire ça !"
Il précise qu'il n'a jamais vendu d'armes pour Hermant.
Mais ils devaient partager ce "business" tous les deux.
L'avocat général lui demande si les armes étaient vendues en état de marche ou neutralisées.
Christophe Dubroeucq : "Je saurais pas vous dire".
L'avocat général lui fait remarquer qu'il a su que Samir Ladjali achetait des armes à Claude Hermant. C'est Dubroueucq qui aurait présenté Ladjali à Hermant. Tout à l'heure, il disait que c'était la PJ qui lui avait donné le nom de Samir...
Quand Samir Ladjali a acheté des armes ? demande l'avocat général.
Christophe Dubroeucq ne sait pas, à la barre.
L'avocat général dit à Christophe Dubroeucq qu'il a été désigné comme celui qui avait donné un Tokarev à Mohamed Fares (un des accusés) accusé de l'avoir passé à Amedy Coulibaly.
Dubroeucq : "j'ai jamais eu de Tokarev".
L'avocate de Mohamed Fares demande à Christophe Dubroeucq s'il reconnait Fares dans le box.
Dubroeucq regarde : "Non".
L'avocate insiste : "Vous êtes sûr ? Je pense que vous le reconnaissez".
Dubroeucq : "Non".
Et Dubroeucq repart, tel un "vieux briscard" qu'annonçait hier une enquêtrice à la barre.
Arrive un enquêteur de la PJ lilloise, capitaine.
Qui explique que Christophe Dubroeucq a été "informateur du service dans le cadre de ce dossier. Claude Hermant avait des armes démilitarisées qu'il remililitarisait à Lomme. Il balançait Hermant car il n'était pas assez payé par son ancien associé".
Le capitaine de police, pragmatique : "de toute façon, le but d'un informateur, toujours se venger ou faire tomber la concurrence".
L'audience est sur le point de s'achever. Me Comte, avocat de parties civiles de #CharlieHebdo réclame l'audition de l'ex-ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve, pour comprendre s'il y a eu des "failles" dans la surveillance policière du journal satirique.
Me Barré, avocate de Maryse Wolinski, appuie cette demande. L'avocat général préfère demander l'audition des responsables policiers de l'époque UCLAT (lutte antiterroriste) et SDLP (service de police chargé de la protection des personnalités).
Me Saint Palais, avocat de la défense fait remarquer que le planning "est déjà très serré", il ne veut pas que cela empiète sur la défense des accusés. L'audience reprend demain à 9h30.

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Jour 144 au procès des attentats du #13Novembre
Aujourd'hui, ce sont les avocats de l'accusé Bakkali qui doivent plaider.
Bakkali déjà condamné à 25 ans de réclusion dans le procès du #Thalys ; il attend son procès en appel.
Voici le compte-rendu web @franceinter du jour 143 par @ChPiret avec les plaidoiries de @LezardLeon @ChStPalais @raphkempf
radiofrance.fr/franceinter/pr…
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