Allez mes touitoui, certains en ont manifesté l'envie donc dans ce thread puis dans d'autres à venir, je te fais partager mon quotidien de parquetier en charge des mineurs.
Le sujet est vaste, je vais vulgariser.
N'hésite pas à aller lire le portrait du juge des enfants, le JE,
dans mon tweet épinglé.
Here we go.
1 mineur qui commet 1 acte de délinquance n'est PAS jugé comme 1 adulte.
Pourquoi ? Parce que c'est 1 adulte en devenir, 1 être en construction, & que ça doit être pris en compte (oui, c'est beau). La justice des mineurs est donc à part.
En France on juge les êtres DISCERNANTS, donc ni les fous, ni les enfants. La loi ne fixe pas d'âge en deçà duquel on ne peut être jugé, il faut apprécier si le mineur a ou pas l'âge de raison.
Disons que 10/11 ans, c'est 1 bonne base. En dessous, pas de poursuites.
La justice des mineurs est régie par des principes qui en sont la pierre angulaire. 1) la spécialisation de la justice des mineurs.
Le mineur délinquant a 1 parquet spécialisé, des éduc rien que pour lui, la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), son juge à lui, le JE,
& des juridictions spécialisées (tribunal pour enfants ou TPE, et Cour d'Assises des Mineurs).
Disons le tout net, cette justice est sinistrée.
Les éduc sont insuffisamment nombreux à la PJJ.
Le JE consacre 20% de son temps au pénal : il est aussi le juge protecteur de l'enfance
en danger & prononce les mesures de placement, les aides éducatives en milieu ouvert...Il reçoit les familles qui ont besoin d'aide toute la journée, gère toutes les urgences... 1 mineur peut être en danger de 1000 façons & le pénal, c'est 1 partie minoritaire du travail du JE.
2) la primauté de l'éducatif sur le répressif:1 mineur délinquant, avant de cogner fort, on lui explique.
La loi indique qu'il faut privilégier des mesures éducatives, mises en œuvre par la PJJ, plutôt que des peines.
Le risque, c'est l'angélisme, car punir aussi, c'est éduquer.
Le JE peut notamment prononcer 1 admonestat° ou 1 mise s/s protect° judiciaire, mesures éducatives réservées aux mineurs, en fonct° de la gravité des faits, & de la personnalité du mineur. S'il a MOINS DE 13 ANS, le JE ne peut PAS prononcer de peine, c'est interdit par la loi.
3) l'atténuation de la responsabilité pénale des mineurs.
1 mineur de 13 à 18 ans peut écoper d'1 peine (stages, amendes, TIG, emprisonnement) mais le principe est qu'il encourt moitié moins qu'1 majeur pour les mêmes faits. Cette minoration est obligatoire entre 13 & 16 ans.
Le principe de l'atténuation peut être écarté pour les mineurs de 16 à 18 ans, mais ça reste très rare & cela nécessite 1 motivation spéciale.
Ce sont les 3 principes directeurs qu'on doit garder à l'esprit quand on s'occupe des mineurs commettant des actes de délinquance.
Il faut aussi garder à l'esprit qu'1 ado se construit en s'opposant.
Trangresser la règle, ça fait partie de son cheminement NORMAL.
Parfois il sèche les cours, parfois il répond à l'adulte, & parfois, ce fifou, il commet 1 infraction, de faible gravité la plupart du temps.
Il fume 1 joint, il tague un abri de bus, elle vole un mascara...
Il faut apporter 1 réponse, mesurée.
Le parquet des mineurs va privilégier les alternatives aux poursuites, pour marquer le coup.
1er degré, le rappel à la loi par délégué du proc, on rappelle les règles.
2ème degré, mesure de réparation mise en oeuvre par la PJJ, qui peut revêtir plein de formes pour REPARER le mal causé par son infraction, comme son nom l'indique.
3ème degré : la composition pénale, décidée par le proc & validée par le JE. Le mineur se voit proposer 1 sanction.
S'il la refuse, je le poursuis devant le JE.
Ça peut être le paiement d'1 amende (attention à ne pas faire payer papa-maman, mais pour 1 mineur en apprentissage, pourquoi pas!).
Ça peut être 1 stage de citoyenneté ou sur les dangers des stupéfiants.
Ça peut être 1 travail non
rémunéré au profit de la collectivité.
Le but est que le mineur réfléchisse à son passage à l'acte.
Si l'alternative aux poursuites fonctionne, je classe sans suite, sinon je poursuis.
Dans l'extrême majorité des cas, la justice ne revoit jamais ces mineurs.
Ils ont transgressé.
Ils ont trouvé le cadre posé par la loi, & n'y reviennent pas.
Les alternatives permettent de faire œuvre de pédagogie, & de ne pas encombrer les JE & les Tribunaux Pour Enfants.
Le mineur reçoit 1 réponse rapide, & lisible.
Elles doivent être réservées aux faits les - graves.
Elles n'entraînent pas d'inscription au casier judiciaire, sauf la compo pénale, mais qui ne constitue pas 1 premier terme de récidive, puisque ce n'est pas 1 condamnat°.
Sur mon ressort, les délits commis par les mineurs font l'objet d'1 alternative dans 75% des cas, environ.
Dans 1 certain nombre de cas, je vais bien sûr poursuivre le mineur :
- parce que le fait commis est grave
- parce qu'il a des antécédents
- parce qu'il n'a pas effectué son alternatives aux poursuites.
Parfois aussi, je vais saisir 1 juge d'instruction, pour les crimes commis
par les mineurs, ou pour les délits complexes nécessitant la poursuite des investigations sous la direction d'1 magistrat instructeur.
Dans la plupart des cas, je vais saisir un juge des enfants, & pour que vous compreniez ça, je vais devoir vous expliquer la réforme récente.
Je sais, c'est l'angoisse, mais ça va bien se passer.
Je te laisse digérer ces informations, & je te dis à demain pour faire connaissance avec le terrifiant CJPM (le code de la justice pénale des mineurs).
En attendant mon touitoui, n'hésite pas si tu as des questions ou des observations.
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J'ai hier répondu à un tweet décriant l'éducation sexuelle à l'école, ce qui fait réagir.
Je ne vais pas RT, refusant de donner de la visibilité à l'obscurantisme.
Mais je pense à Léa, qui a dénoncé les viols subis dans sa famille d'accueil :
au collège ils ont parlé de la chanson l'Aigle Noir. Le prof a expliqué que Barbara y parlait en fait d'inceste subi. Léa s'est effondrée en pleurs à la fin du cours, et elle a tout livré, ravagée de peur et de culpabilité.
Je pense à Evan : l'assistante de vie scolaire
lui a 1 jour expliqué qu'il était assez grand pour se nettoyer seul après être allé aux WC.
Le petit garçon a expliqué que sa maman insistait pour le faire et que ça lui faisait mal dedans d'ailleurs, mais que c'était un secret.
La directrice a fait un signalement le jour même.
Le droit d'une victime c'est de ne pas voir sa plainte moisir en bas d'une pile dans un service d'enquête débordé qui doit arbitrer entre 1000 priorités.
Je ne parle pas des dossiers non ré attribués en cas d'arrêt maladie qui dure, tous les collègues étant déjà charette...
Le droit d'une victime c'est de ne pas voir ces délais être démultipliés quand des actes d'enquête doivent être réalisés en plusieurs endroits.
Le droit d'une victime c'est d'être bien accueillie, bien traitée, par des enquêteurs bien formés, et donc de ne jamais se sentir jugée.
Le droit d'une victime c'est de voir son dossier examiné par le proc dans des délais raisonnables, qui n'a pas à faire le choix entre les piles qui s'amoncellent et sa santé mentale (coucou mon dernier week-end parti trop tôt pour traiter mon retard), pas de patienter DES MOIS.
Allez beaucoup trop de bêtises sur ce sujet et je suis colère colère. Donc c'est parti : pourquoi un procureur requiert et pourquoi un tribunal peut assortir de l'exécution provisoire une condamnation pénale ? Au civil pour info, ça arrive tout le temps.
Ce thread est pédagogique et ne vise PAS à expliquer les motivations des juges dans le dossier lybien. Ils ont rédigé un jugement pour les expliquer eux-mêmes. Inutile de venir m'expliquer pourquoi la décision est injuste pour N.Sarkozy. Pas la patience, donc ne faites pas ça.
Il y a beaucoup de motifs pour prononcer cette exécution provisoire (EP), ce qui signifie que la peine est exécutoire RIGHT NOW, peu importe que le prévenu fasse appel. Elle peut assortir une peine privative de liberté et notamment de l'emprisonnement ferme,
5€.
5€ pour gérer les contentieux civils, les affaires familiales, les conflits en droit du travail, les tutelles, tant d'autres choses.
5€ pour protéger les enfants en danger.
5€ pour donner 1 réponse pénale à tous les crimes/délits, gérer les gardes à vue, les enquêtes.
5€ pour juger & trouver la juste peine.
5€ pour entendre les victimes.
Attention dans les 5€ il y a aussi l'administration pénitentiaire donc les prisons et le SPIP, donc 5€ pour enfermer, ou pas, réinsérer et prévenir la récidive, en milieu ouvert et fermé.
Ouh là mais il y a aussi la protection judiciaire de la jeunesse!
5€ pour suivre les gamins qui vrillent et commettent des infractions.
5€ pour les placer.
5€ pour toi qui divorce, toi dont la mère n'arrive plus à gérer son budget, toi qui t'es fait virer pour rien,
Mais dis donc mon touitoui
Je lis encore plein de bêtises juridiques j'en suis toute tarabiscotée !
Donc c'est parti
Comment ça marche une information judiciaire ?
L'information judiciaire est un cadre d'enquête, comme la flagrance ou l'enquête préliminaire. L'énorme différence c'est que c'est le juge d'instruction qui mène la danse alors que dans les deux autres cadres c'est votre petit Sir, le procureur de la République donc.
Dans la majeure partie des cas c'est le proc qui décide de l'ouverture de l'information.
Il y est quasiment obligé en cas de crime, sauf dans 2 cas
- il correctionnalise un crime
- il classe sans suite un crime
S'il veut continuer la procédure sous une qualification criminelle,
"Le Tribunal!"
Je me lève sans y réfléchir & sans quitter des yeux l'écran de mon ordi sur lequel s'affiche le casier de Thomas, 1 des prévenus poursuivis à la comparution immédiate du jour.
En réunion ce matin, j'ai regardé en speed les dossiers, et tout de suite j'ai su que
celui de Thomas allait m'amener à hausser le ton.
On va d'ailleurs commencer par celui-là ; il est déjà dans le box, sourcils froncés, déjà tendu, le regard vrillé en direction du banc des parties civiles.
Là, évitant soigneusement de regarder dans cette direction,
sa victime Sophie arbore un air angoissé qui, ajouté à sa mâchoire violacée, son bras en écharpe & les griffures dans son cou donne 1 bien triste tableau.
Le président du tribunal autorise la salle à s'asseoir, et embraie immédiatement sur le 1er dossier.