Au XIIIe siècle, un auteur anonyme compose un texte incroyablement virulent dans lequel il s'en prend aux nobles, aux clercs, à l'ordre du monde. Selon lui, les puissants sont des monstres...
Un thread sur ce texte⬇️!
Ce texte vient d'être édité et traduit par @M_PerezSimon et @PO_Dittmar chez @HonoreChampion. Il est connu par un unique manuscrit, qui n'a jamais été copié ni cité. Ecrit dans un mélange d'ancien français, de picard et de latin, la traduction a été une véritable épreuve !
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion En effet, l'auteur joue sur les mots, les sons, les rimes. Ses octosyllabes sont denses et complexes, comme ici avec cette belle (quasi) holorime, càd que les deux vers sonnent presque à l'identique (v. 925-926) :
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion L'auteur va parfois encore plus loin. Comparant des monstres-chiens aux médisants, il multiplie le terme "médire", conjugué sous toutes les formes, comme pour faire entendre l'aboiement des ragots qui empoisonnent la société. Regardez ces vers, c'est hallucinant !
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Pendant longtemps, ce texte a été vu de haut, considéré comme bruyant, brouillon, à la limite du non-sens. Comme le disent bien @PO_Dittmar et @M_PerezSimon, ajd, avec en tête le slam par exemple, on apprécie mieux la beauté de ces jeux de langue...
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Si vous voulez en savoir plus sur ces défis de traduction, je vous renvoie au beau fil réflexif de @PO_Dittmar :
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Au terme d'une enquête passionnante, les deux traducteurs proposent de dater ce texte de 1285. Il a peut-être été écrit par un ermite de Saint-Augustin à la demande de Marie de Rethel, seigneuresse d'Enghien, et offert comme cadeau de mariage lors des noces de sa fille.
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Ce texte est un "Livre des monstres", qui s'inspire d'autres textes, notamment de ceux de Thomas de Cantimpré et de Jacques de Vitry. Donc une série de petites notices consacrées à des "monstres" : Cyclopes, Amazones, Blemmyes (le visage sur le torse), cannibales, géants, etc.
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Selon l'auteur, ces monstres se trouvent en Orient. Ce texte a souvent été lu comme une forme d'orientalisme médiéval, voire de racisme, car il commence en disant "les Orientaux sont radicalement différents"...
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Mais @M_PerezSimon et @PO_Dittmar ont le génie de montrer que c'est l'inverse : l'auteur se sert de ces monstres orientaux pour parler des sociétés occidentales. Et pour en parler avec une grande violence !
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Par exemple, les Ydriens, qui vont nus et refusent tous les biens terrestres : l'auteur note que ce comportement "nous trouble beaucoup", car les Occidentaux veulent toujours plus de tout, et que cette avidité mène en enfer : "il vaudrait mieux faire aussi bien que les Ydriens !"
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Les monstres orientaux peuvent ainsi devenir de vrais modèles, comme c'est également le cas pour les Amazones : ces femmes guerrières doivent apprendre aux femmes d'Occident à repousser les avances des hommes et à se méfier du sexe...
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Mais, le plus souvent, la monstruosité des créatures orientales est une métaphore pour dénoncer les vices des Occidentaux. Les cannibales, présents plusieurs fois dans le texte, sont ainsi comparés aux seigneurs occidentaux qui "mangent" leurs paysans à coup de taxes !
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Le texte est enluminé (les illustrations sont reproduites dans le livre) et il y a là aussi un jeu subtil : quand le texte parle des nobles cannibales, l'enlumineur représente un banquet de seigneurs... Comme pour mieux se moquer, férocement, d'eux !
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion La critique est parfois, littéralement, révolutionnaire : elle débouche sur une remise en question de l'ordre du monde. Ainsi de la notice consacrée à la géante Gurgis, immense, belle mais avide d'argent, qui est un symbole de la ville de Rome, puissante mais corrompue...
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Et s'ensuit une critique particulièrement mordante de la corruption de Rome et, plus généralement, du monde :
"Les ânes cornus, Rome en fait des seigneurs.
Et les moutons, elle les fait élire prévôts.
Rome fait des évêques et des abbés
de libertins finis et menteurs"
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Et la notice se termine sur... un appel à cramer Rome, ce qui est quand même assez stupéfiant en 1285 !
"Rome, Rome, qu'un feu cruel te consume !"
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Finalement, le dernier monstre, "le Colosse", est l'image du monde : un monde dévoré par les vices, la violence, l'hypocrisie. Le pessimise corrosif de l'auteur éclate dans les derniers vers :
"Monde, monde, tu ne vaux rien :
fou est celui qui veut s'y fier".
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Les traducteurs relient ce texte à Montaigne, à Jean de Léry : le passage par "l'autre" permet de penser le "nous". Le jeu sur l'homophonie entre "monstre" (le monstre) et "monstre" (montrer) parcourt le texte : le monstre est un miroir.
@M_PerezSimon @PO_Dittmar @HonoreChampion Le texte est fascinant, car il rappelle que les médiévaux étaient tout à fait capables d'une pensée originale et critique.
Les monstres des hommes, par @M_PerezSimon et @PO_Dittmar : un texte révolutionnaire du XIIIe siècle, à dévorer - désolé du jeu de mots... !
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"Il plut si violemment que le fleuve envahit la ville, couvrit la plupart des rues [...] Ce déluge tua 300 personnes"
Valence, 2024 ? Non : Florence, le 4 novembre 1333 ! Après la catastrophe se pose la question : quelle est la cause de ce désastre... ?
Un thread ⬇️!
Giovanni Villani, chroniqueur et témoin de l'événement, décrit parfaitement le début de la terrible crue qui dévaste Florence en 1333 : il pleut énormément, pendant plusieurs jours. L'Arno déborde, détruisant les moulins en amont de la ville, avant d'inonder la commune elle-même.
Villani insiste sur les dégâts : de nombreuses maisons s'écroulent, tout comme plusieurs piliers des ponts. L'eau atteint 8 bras de haut, càd plus de 5 mètres, ravageant tout sur son passage. "En contemplant les ruines, on croyait voir un chaos".
Michelle Zancarini-Fournel publie chez @LibertaliaLivre un petit livre sur les sorcières et l'usage de cette figure historique par les féministes. Clair, efficace, percutant, il rappelle le "réel historique" et critique les manipulations militantes de l'histoire. Un thread ⬇️!
L'autrice n'est pas spécialiste de la sorcellerie mais, en historienne de métier, elle s'appuie sur une bibliographie récente et cite de nombreuses sources. La première partie du livre est hyper utile car elle revient aux FAITS, loin des mythes et des clichés contemporains...
1/ La chronologie. Si on traque les sorciers et les sorcières depuis le Haut Moyen Âge, c'est à partir de 1420 que se met en place une chasse aux sorciers et aux sorcières institutionnalisée, qui va surtout s'intensifier au XVIe-XVIIe siècle.
Le capitalisme tue.
Le capitalisme a toujours tué.
La preuve avec une belle leçon d'histoire venue des inondations dans les Pays-Bas du Moyen Âge ! Un thread ⬇️
Le médiéviste Tim Soens travaille sur les Anciens Pays-Bas, du XIIe siècle au XVIIe siècle. C'est une région située sous le niveau de la mer et les humains y ont donc construit des digues depuis fort longtemps.
Régulièrement, ces digues lâchent, après un violent orage par exemple. Il y a donc des inondations, des dégâts dans les champs, parfois des morts. Mais les gens ont l'habitude et sont organisés.
Bien avant Cendrillon, il y avait Kudrun, malheureuse princesse au cœur d'un roman allemand du XIIIe siècle... Des griffons kidnappeurs d'enfants, des massacres, une méchante belle-mère : un texte qui mérite d'être connu !
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Ce texte, écrit vers 1240 et connu par un unique manuscrit, vient d'être traduit de l'allemand par D. Buschinger et publié chez @EditionsCG. On y suit les aventures d'Hagen, prince irlandais enlevé par des griffons, puis de Hetel, roi allemand qui vient enlever la fille de Hagen
@EditionsCG Hetel a ensuite une fille, Kudrun, évidemment magnifique, promise à un jeune roi nommé Herwig.
Mais un prince d'un pays lointain, Hartmut, convoite la jeune fille, et il vient la kidnapper pendant que son père est parti guerroyer au loin...
Les petites filles étaient-elles moins bien nourries et soignées que les petits garçons au Moyen Âge ? C'est ce qu'une passionnante étude archéologique sur des squelettes suédois tend à montrer ☠️. Un thread⬇️ !
En 2013, Anna Kjellström publie un article résumant ses recherches sur des squelettes inhumés en Suède, sur plusieurs sites (Birka, la vallée de Mälären, Sigtuna), entre le VIIIe et le Xe siècle - donc en plein "âge viking".
En tout, elle analyse 664 corps, dont 83 âgés de moins de 12 ans. L'un des axes de son étude est de se demander si ces enfants étaient en bonne santé (avant leur mort, du moins). Pour cela, elle analyse leurs dents et leurs os.
"Ciel, mon mari... !" 😱🔥
Vous croyez que le théâtre de vaudeville était une invention du XIXe siècle ? Pas du tout. La preuve avec une saga islandaise du XVe siècle, inconnue car inédite : la Saga de Jon le Joueur... Un thread ⬇️ !
Ce texte, datant probablement du XVe siècle, vient tout juste d'être édité et traduit (par J. Y. H. Hui, B. Þorgeirsdóttir, F. Colombo, C. Ellis, E. A. Haley-Halinski et J. McIntosh 🙏) et est disponible dans ce volume : cornellpress.cornell.edu/book/978093599…
Il était une fois Jon, un prince français doté de toutes les vertus chevaleresques. A 15 ans, il part à l'aventure, ayant juré de ne jamais reculer ni mentir. Il arrive devant une cité sous l'emprise d'un redoutable serpent cracheur de feu-venin...