La 2e décision concerne M. Delogu, député LFI de la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône.
Celui-ci a été condamné ce vendredi à 5000 euros d’amende pour des violences sur du personnel de l’éducation nationale. Certains journaux, qui ont pour LFI les yeux de Chimène, disent qu’il a été condamné pour « trois coups de pieds ». Je disconviens respectueusement.
La loi ne distingue pas la forme que prennent les violences (elle les condamne même quand il n’y a pas de contact physique, d’où l’abandon dans le nouveau code pénal de l’ancien « coups et blessures »).
La loi ne retient qu’un critère, le très mal nommé incapacité de travail, abrégé ITT car autrefois on parfait d’incapacité TOTALE de travail ce qui était encore plus mal nommé.
Mal nommé car cela fait penser à arrêt de travail et on a tous eu des clients qui nous disaient triomphalement « je lui ai peut-être pété les rotules mais il ne peut pas avoir d’ITT, il est chômeur ».
L’ITT, mieux nommée déficit fonctionnel temporaire, s’exprime en jours, pendant lesquels vous ne pouvez avoir une activité normale à cause de vos blessures, mais vous finirez par guérir. Un coup laissant un bleu, c’est 1 à 3 jours. Une fracture de la jambe, c’est 45 minimum.
L’ITT ne peut être fixée que par un médecin expert, généralement un médecin légiste. N’allez pas voir votre médecin traitant. Au moment de la plainte, la police vous demandera si vous voulez être vu par un médecin, la réponse est OUI.
L’OPJ vous remettra une réquisition pour que vous soyez reçu par un service spécialisé (souvent appelé UMJ, Unité Médico-Judiciaire). Si vous n’avez pas d’expertise, ou que l’expertise conclut à des violences très légères, c’est des violences sans ITT.
La loi fixe une limite arbitraire, mais il en faut une entre des violences légères et graves : huit jours d’ITT. Jusqu’à 8 jours c’est léger et c’est une contravention, pas de prison. Plus de huit jours, c’est un délit, prison encourue.
La loi présume, c’est un pis-aller, que le résultat de la violence correspond à la volonté de l’auteur, et si le résultat a clairement dépassé sa volonté, tant pis pour lui, il n’avait qu’à pas prendre le risque de blesser. Ca évite de s’interroger sur l’état d’esprit de l'auteur
Ce qui serait un débat long et oiseux.
Trois coups de pied, ou deux, ou quatre sont des violences, probablement sans ITT ou avec une ITT n’excédant pas huit jours.
SAUF QUE.
La loi prévoit une looooooooooongue liste de circonstances dites aggravantes : si des violences même sans ITT sont commises sur certaines personnes ou dans certains lieux ou dans certains états ou pour certains motifs, c’est TOUJOURS un délit, aussi légère soit la violence.
« ¡ Caramba ! » comme dirait le Che, c’était le cas ici : M. Delogu a perdu son sang froid contre un proviseur adjoint et une conseillère principale d’éducation (ex surveillant-général) d’un lycée de Marseille, à proximité de l’établissement bloqué lors d’un mouvement social.
Or les personnels de l’éducation nationale font partie des personnes protégées quand elles sont dans l’exercice de leurs fonctions (les avocats aussi, Marc, les avocats aussi),
et les abords des établissements scolaires font partie des lieux protégés (pas les tribunaux, bien joué, Marc, bien joué). Deux circonstances aggravantes (je ne sais pas si les deux ont été retenues, mais la qualité des victimes ne fait aucun doute).
Ce sont donc des violences aggravées, pas trois coups de pied, qu’a commises le député. Il a été condamné à 5000 euros d’amende, ferme, outre des dommages-intérêts pour les victimes (les amendes vont à l’Etat, merci à ce député de lutter activement contre le déficit public).
L’immunité parlementaire est ici sans pertinence : elle n’interdit que des mesures coercitives sur la personne, inviolable, du député : pas de garde à vue, pas d’incarcération, tant que le parlement est en session (mais en août c’est la fête du slip) sans accord de l’assemblée.
Le député a annoncé son intention de faire appel bien que le tribunal n’ait pas prononcé de peine de prison contrairement à ce que le parquet avait requis.
Gageons qu’avant que la cour d’appel d’Aix n’examine son appel, il se sera désisté discrètement.
D’abord parce qu’il va découvrir que la justice n’est pas laxiste, et la cour d’appel d’Aix en Provence encore moins, et ensuite parce que son argument « On n’est pas sur de véritables violences et coups portés » risque de ne pas convaincre les conseillers, il le sait désormais.
Bref, encore une fois et comme toujours, le schéma ne se trompe jamais.
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Une affaire judiciaire aux USA retient mon attention, et devrait beaucoup plaire à @DominiquePiau. Et au-delà de son thème très actuel, elle illustre bien qu'il n'y a pas de vide juridique, seulement des terras incognitas : le droit existe, on ne l'a juste pas encore découvert.
Graciela Dela Torre avait souscrit une police d'assurance invalidité auprès de la société Nippon Life Insurance. Elle a estimé être devenue invalide et a voulu bénéficier de son assurance. L'assureur a contesté. Et le procès s'est fini par une transaction négociée par son avocat.
Incise (@WilliamReymond dirait une parenthèse) : une transaction est un contrat qui met fin à un litige. Si ses conditions de validité sont réunies*, il a la même force qu'un jugement et éteint définitivement le litige.
Il faut bien comprendre cette décision. Le Conseil d'Etat ne dit PAS que oui, LFI est d'extrême gauche et l'UDR d'extrême droite, fermez le ban, autorité de la chose jugée, on ne peut plus le contester.
Il dit que cette circulaire poursuit un simple objectif d'information des pouvoirs publics et des citoyens, et n'a aucune conséquence juridique sur le statut de ces mouvements ou leurs droits. Donc il exerce son contrôle minimal.
Ce contrôle minimal consiste à regarder s'il y a eu une erreur manifeste d'appréciation. C'est une terminologie archi classique en la matière. L'erreur manifeste d'appréciation est l'erreur grossière qui apparaît au premier examen, même superficiel.
Si le délibéré de la cour d'assises est minutieusement décrit par le code de procédure pénale, en raison de la présence du jury (et surtout historiquement parce que le jury délibérait seul et devait avoir un mode d'emploi précis), le délibéré correctionnel est ignoré par le code.
C'est donc un usage qui s'est mis en place, beaucoup moins formel car les juges sont des techniciens du droit, se connaissent déjà plus ou moins, voire très plus. Il se passe en trois temps, vous allez voir très variables dans leur longueur respective.
Rien d'étonnant, cher @jmaphatie. Le tribunal fait du droit, pas de la politique, et dans cette affaire il est bien le seul.
Le tribunal ne banalise nullement ni ces propos ni l'injure. Il dit même expressément le contraire dans ce jugement que vous avez lu, je n'en doute pas.
Tenez, c'est là : la liberté d'expression de @Enthoven_R et le droit de la @FranceInsoumise de préserver sa réputation appellent un égal respect. Donc les propos de @Enthoven_R vont, prévient le tribunal, être scrutés rigoureusement.
Il n'est pas possible de décréter que quelqu'un est con sans préciser sa pensée. Là encore, le jugement, que vous avez lu, puisque vous le dites, dit exactement le contraire — décidément, que de contresens ! C'est dans le même paragraphe : "en analysant...etc"
Quand un homme politique dit "je ne comprends pas pourquoi c'est interdit alors je vais faire voter une loi pour l'autoriser", il sait pourquoi c'est interdit, et qu'il fait une annonce qu'il ne pourra pas tenir.
Voici leur histoire. (DUM DUM)
La généalogie génétique, ou Forensic Genetic Genealogy, consiste à prendre des traces ADN prélevées sur une scène de crime et attribuées à l'auteur, et non pas les comparer à une base de traces comme le FNAEG qu'il mentionne (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques)
comparaison qui dit "c'est lui" avec une très forte probabilité ou "c'est pas lui" avec une certitude absolue, mais de rechercher et identifier des parents de cette personne pour ensuite examiner leur entourage à la recherche d'un suspect.
Que ce soit très clair : tout ce que dit @HerveLehman ici est faux. Que ce soit un mensonge ou de l'inculture mêlée d'aveuglement idéologique, je l'ignore, et je m'en fiche un peu.
Maintenant, je ne le blâme pas : personne ne met en doute ses affirmations ou lui demande des sources. Pourquoi se fatiguerait-il à faire un travail sérieux quand un niveau café du commerce lui assure d'être invité et réinvité ? Je respecte les fainéants.
L'élection de Mitterrand, comme toutes les élections jusqu'en 2002, s'est accompagnée d'une loi d'amnistie et de décrets de grâce collective (il y en avait aussi tous les 14 juillet, y compris sous De Gaulle ; Sarkozy y a mis fin, sans doute le regrette-t-il aujourd'hui.