Dr Valérie Masson-Delmotte @valmasdel.bsky.social Profile picture
PhD, climate scientist @CEAParisSaclay @IPSL_outreach +🇫🇷 climate change committee @hc_climat. Was co-chair of @IPCC_CH WGI AR6. Tweets are my own🌿🐦📘🚴🏔🦣

Apr 5, 2022, 42 tweets

Bonjour!

Après avoir un peu récupéré de l'intense session d'approbation du résumé pour décideurs du rapport du groupe III du #GIEC, je voudrais partager quelques réflexions.

D'abord, sur le contexte de ce rapport.
🧵⬇️

C'est un rapport préparé depuis 3 ans par 278 scientifiques de 65 pays différents.
Voici la liste des auteurs du rapport, avec une diversité d'affiliations (la plupart du secteur académique, quelques uns d'entreprises privées et d'ONG) : archive.ipcc.ch/report/authors…

Pour chaque scientifique, vous pouvez d'ailleurs accéder facilement à leur liste de publications dans les journaux scientifiques, par exemple via scholar.google.fr
Cela permet de différencier une personnalité qui exprime une opinion d'un travail scientifique (peer-review)

On note une montée en puissance de la participation de femmes scientifiques dans l'évaluation du groupe 3 (18,5% de femmes parmi les auteurs du 5ème rapport, maintenant 29%).

Je recommande d'ailleurs la lecture de l'encadré 5.3 du chapitre 5 qui souligne l'importance de la montée en puissance des femmes (empowerment) pour l'action pour le climat #feminisme - cette dimension est mentionnée dans le résumé pour décideurs, d'ailleurs.

Donc, 278 auteurs principaux, 354 contributeurs, qui passent en revue les éléments factuels de plus de 18,000 publications scientifiques, techniques, socio-économiques, dans 17 chapitres - plus de 3000 pages,
intégralement dispo ici : ipcc.ch/report/ar6/wg3/

et en distillent un résumé technique de 140 pages, et un résumé pour décideurs d'environ 60 pages.

Plusieurs versions successives sont préparées, tenant compte de la relecture par la communauté scientifique, et les experts des gouvernements. Dans ce cas, plus de 59,000 commentaires sont pris en compte. Cette étape est critique pour la rigueur, l'exhaustivité, l'objectivité.

Cette démarche de relecture est au centre de tout travail scientifique #PeerReview et les rapports du GIEC sont les documents scientifiques les + relus: une publication scientifique c'est 2-4 relecteurs en général, ici ce sont des centaines de relecteurs pour chaque chapitre.

Le résumé pour décideurs fait aussi l'objet d'une relecture spécifique, en plus, par les gouvernements (42 pays ont contribué à cela), et d'une approbation, mot par mot, figure par figure, par les représentants de tous les pays.

Ce processus, d'une part, vise à s'assurer que ce résumé reflète clairement et de manière équilibrée les principales conclusions de l'évaluation approfondie. Chaque conclusion est traçable au chapitre correspondant, et à l'évaluation des publications qui y figure.

Il faut aussi préciser que le GIEC ne fait pas de recherche nouvelle, mais, en passant en revue les connaissances disponibles dans les publications scientifiques (ici pour le groupe 3 pour les publications acceptées avant le 11 octobre 2021),

il participe à la maturation de l'état des connaissances, y compris en formalisant la manière systématique d'évaluer différentes options d'actions, leur potentiel, coût, limites, leurs bénéfices et effets indésirables, au regard par exemple des objectifs de développement durable.

Les rapports du GIEC ne formulent pas de recommandation (neutres), mais décrivent par exemple les conditions nécessaires par rapport à tel ou tel objectif (par exemple, limiter le réchauffement sous 2°C ou à 1,5°C, les objectifs de l'accord de Paris sur le climat.

L'approbation des résumés pour décideurs par les représentants de tous les pays se fait sur la base du rapport complet, et avec les scientifiques auteurs du rapport qui "tiennent le stylo" (ils ont toujours le dernier mot par rapport à des propositions de reformulations etc).

C'est un processus très particulier où s'expriment des représentants de pays qui ont chacun des spécificités propres concernant les risques liés au changement climatique et concernant les responsabilités et leviers d'action pour réduire les rejets de gaz à effet de serre.

A la fin de ce processus, le résumé pour décideurs constitue donc un socle commun de connaissances, reconnu par tous les pays du monde.

Cela permet donc de séparer les faits scientifiques (les rapports du #GIEC @IPCC_CH ) des processus politiques de négociations climatiques @UNFCCC

L'approbation du rapport du groupe 3 du #GIEC a été la plus longue et la plus intense que j'ai observée, par rapport au 5ème cycle d'évaluation (2013) pour le groupe 1, et, pour le 6ème cycle d'évaluation (2015-2022), pour les 3 rapports spéciaux et les rapports des groupes 1 -2

Cela reflète l'extrême attention portée aux émissions de gaz à effet de serre et aux moyens de les faire diminuer le + vite possible, de la manière la + équitable possible, partout dans le monde.

Donc, cette session d'approbation a duré 13 jours (pendant 2 semaines), en mode virtuel compliqué à travers les différents fuseaux horaires, demandant aux centaines de participants (auteurs du rapport, représentants des différents pays) une charge de travail extraordinaire

La dernière session a démarré le samedi 2 avril à 7h (heure de Paris) pour s'achever le dimanche 3 avril à 22h soit un marathon de près de 40 heures.

Je pense qu'il faudra repenser la manière de mener cela de sorte à respecter un miminum de normes internationales en matière de droit du travail, droit au repos, pour éviter de répéter une situation aussi atroce en particulier pour les équipes d'appui #burnout

Je pense aussi qu'il faudrait que ces sessions d'approbation soient publiques - soit retransmises en temps réel (à mon sens ce serait le mieux #Bingewatching) soit archivées puis rendues publiques ensuite.

Chaque citoyen de chaque pays me semble avoir le droit de savoir ce qui est dit par les représentants de son pays dans le cadre de l'approbation de rapports faisant le point sur l'état des connaissances vis-à-vis du changement climatique #transparence

Au final, pour le rapport du groupe III du GIEC, ce processus d'approbation a conduit à rallonger d'environ 36% le résumé pour décideurs (à partir du rapport complet).

Je termine ce "préambule" en soulignant que ce rapport s'appuie sur un foisonnement de connaissances nouvelles sur les options et politiques publiques permettant de réduire les rejets de gaz à effet de serre.

Les méthodologies d'évaluation tiennent compte de l'efficacité économique, mais aussi des enjeux d'éthique et d'équité, des processus permettant de construite des transitions de grande ampleur incluant les aspects technologiques et les aspects sociaux,

et des cadres institutionnels et de gouvernance permettant le déploiement efficace et rapide des solutions.

Je souligne aussi une intégration bien plus complète des travaux entre les différents groupes de travail.

Par exemple, l'utilisation d'émulateurs (modèles de climat simplifiés cohérents avec la réponse du climat évaluée dans le groupe 1) pour traduire une trajectoire donnée d'émissions de gaz à effet de serre en implications pour l'évolution du réchauffement planétaire.

Ou l'utilisation d'un cadre commun sur l'évaluation des risques liés au changement climatique, qui dépendent à la fois des aléas climatiques, des mesures de réponse, et de l'exposition et vulnérabilité à ceux-ci

La prise en compte des multiples dimensions d'un développement soutenable est aussi transverse aux groupes 2 et 3 pour évaluer comment infléchir les trajectoires de développement vers la soutenabilité, tenant compte des enjeux d'équité.

Les groupes 2 et 3 analyses à la fois les leviers d'action, les conditions propices à leur déploiement rapide et juste, mais aussi les obstacles.

Ainsi, le résumé technique du groupe 3 souligne les blocages provenant de relations de pouvoir bien ancrées, dominées par des intérêts particuliers qui contrôlent les technologies existantes et en tirent profit,

et des structures de gouvernance qui continuent à reproduire des modes de production et consommation non durables.

Le rapport du groupe 3 souligne les enjeux de construire une #transitionjuste :

sur la base d'un ensemble de principes, processus et pratiques pour s’assurer qu’aucune personne, travailleurs, territoire, secteur, pays ou région n’est laissé derrière dans la réorientation d’une économie intensive en carbone vers une économie bas carbone

Cela intègre le respect et la dignité des groupes vulnérables, la création d’emplois décents, la protection sociale, les droits du travail, l’équité pour l’accès et l’utilisation de l’énergie, le dialogue sociale et les délibérations démocratiques des parties prenantes.

Cela intègre implicitement les dimensions de bien-être, d’équité et de justice, et des mesures proactives et ciblées pour minimiser les impacts négatifs (sociaux, environnementaux, économiques) en construisant une transition à l'échelle de toute l'économie.

Ce rapport comporte aussi un chapitre entier (le 5) dédié à la dimension sociale de la transition vers une économie bas puis zéro carbone, portant donc sur la "demande" et l'ensemble des enjeux institutionnels pour faciliter l'accès au bien-vivre sobre en carbone.

Voilà, j'ai terminé ce "préambule", et je vais ensuite (plus tard!) partager un résumé des points clés du rapport, en français, merci de votre lecture, et de votre patience!

-- FIN

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