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Sep 7, 2020 42 tweets 12 min read Read on X
Bon, allez, puisque l'on a une députée € qui a délibérément décide de désinformer à balle sur le sujet, petit #thread explicatif sur le projet de laverie #nucléaire Unitech dans la Haute-Marne. À l'arrache, soyez prévenus.
Pour commencer, il n'y a nulle question de déchets nucléaires dans cette histoire. Ce projet est celui d'une laverie, pour le linge utilisé en milieu nucléaire. Non pas les tenues vinyles dédiées aux milieux fortement contaminés qui, elles, après usage, sont des déchets.
Mais les tenues textiles que l'on porte pour circuler dans les zones très peu contaminées ou à simple risque de contamination. Qui sont réutilisables et réutilisées (je suis relativement persuadé d'avoir vu des tenues COGEMA à la Hague).
Du coup, ce qui sera lavé dans cette blanchisserie, c'est du linge faiblement contaminé, ou même susceptible d'être contaminé. Mais donc, ça va faire de la radioactivité ? Beaucoup ?
Et bien non. Peu de radioactivité. Fort peu de radioactivité.
Si peu, même, que réglementairement, il ne s'agit pas d'une installation nucléaire, plus exactement d'une INB : « Installation Nucléaire de Base ».
Il y a en effet des seuils de radioactivité dépendant des radionucléides qui justifient le classement d'un site industriel donné en INB : legifrance.gouv.fr/affichCodeArti…
À titre d'exemple, les sites de stockage de déchets radioactifs sont des INB, à l'exception du CIRES, le site de stockage de déchets de très faible activité, qui passe sous le seuil.
Dans l'amont du cycle du combustible, avant enrichissement, les installations sont en théories sous les seuils. Mais à @Oranomalvesi, en raison, dans le passé, du passage d'uranium recyclé (contaminé par des traces de produits de fission), une partie du site est classé INB.
Vous voyez, le seuil est assez sensible. Une grosse installation comme le CIRES passe en-dessous, mais des reliquats de traces passées à Malvési suffit à passer au-dessus.

Et la laverie, donc, est en-dessous du seuil.
C'est donc une, simple, si j'ose dire, « installation classée pour la protection de l'environnement » (ICPE) du fait de son caractère de laverie industrielle, et notamment des fortes quantités de produits chimiques qu'elle va brasser.
À titre de comparaison, la France compte moins de 200 INB dont je dirais, qu'à vue de nez, 150 sont en service ou en démantèlement. Contre 500 000 ICPE : c'est donc quelque chose de beaucoup plus ordinaire et moins "touchy".
actu-environnement.com/ae/news/ICPE-i….
(Disons les choses franchement : si c'était pas étiqueté "nucléaire", @marietouss1 et compagnie s'en ficheraient pas mal, ça n'inquièterait que les locaux en raison de la pollution chimique éventuelle, mais là, si c'est une opportunité de nuire à la filière nucléaire...)
Il faut également savoir que l'enquête publique est déjà derrière nous et la construction de la laverie a été autorisée après évaluation notamment par l'Autorité Environnementale. Toute la doc de l'Enquête Publique est dispo ici :
haute-marne.gouv.fr/Politiques-pub…
Le plus intéressant à mes yeux va être la pièce C : l'Étude d'Impact. C'est là que l'on va parler de radioactivité, de rejets radioactifs et de rejets chimiques, bref, ce qui va le plus titiller nos fibres d'écologistes.
haute-marne.gouv.fr/content/downlo…
Vous pourriez aussi être intéressés par la pièce A, le Résumé Non Technique, qui présente les installations et leur fonctionnement de manière accessible à tous et en une centaine de page. haute-marne.gouv.fr/content/downlo…
Le plus gros impact environnemental identifié est la perte d'habitat, directe et permanente, pour certaines espèces, du fait de l'emprise au sol du site. Évidemment. Sont proposés pour limiter l'impact un choix réfléchi de l'aménagement paysager et de l'éclairage de la zone.
En toute transparence, sont également identifiés des impacts faibles :
- sur le climat (léger trafic routier engendré par l'installation et surtout utilisation de chaudières à fioul ou gaz)
- sur la géologie par l'imperméabilisation des surfaces occupées par les bâtiments (logique aussi), avec remise en état en fin de vie
- sur les eaux de surface de la Marne qui servira d'exutoire aux effluents après traitement
- sur les habitats naturels et la flore du fait de la destruction de 2 ha de friches et talus
- sur le paysage du fait, bah, de l'existence du site
- sur les risques technologiques (ICPE)
- sur les infrastructures de transport
- sur le bruit
- sur la qualité de l'air parce que, même avec une filtration de Très Haute Efficacité, on ne peut clamer un impact nul
- sur les risques chimiques, du fait des rejets d'effluents gazeux et liquides (on rejoint donc les impacts sur les eaux et sur l'air).
L'un des gros sujets est la pollution physico-chimique de l'eau. Le positionnement du point de rejet dans la Marne, a été étudié pour une bonne dilution et donc une eau "de bonne qualité" (au sens administratif) à 300 m en aval du point de rejet.
Revenons à présent aux aspects purement radiologiques du projet. Toujours concernant la pollution de l'eau, l'activité de l'eau est estimée à 55 Bq/L au point de rejet et 0,12 Bq/L à 300 m en aval.
Ces estimations sont faites dans un cas pénalisant évidemment, qui est le débit d'étiage de la Marne.

Tandis que dans les rejets gazeux, à la cheminée, on est à une estimation de 14,5 Bq/L d'air.
Bon tout ça c'est bien beau, mais je suis le premier à dire qu'on ne peut pas mesurer un risque en Bq, puisque ça dépend des radionucléides, de l'exposition, etc.
Donc ça fait combien de Sv tout ça ?
L'évaluation a été réalisée selon le guide rédigé conjointement par le ministère de l'écologie, l'IRSN et l'ASN, compte tenu de la pollution des eaux, des sols et de la nourriture et des modes de vie des locaux.
Le scénario retenu est, une fois encore, pénalisant : la "cible" vie H24, 365j/an dans son domicile dans la zone d'influence du site, mais un domicile en plein air (100% de pénétration des polluants pénètrent l'habitat) et l'organisme absorbe à 100% les substances.
On modélise 6 tranches d'âge, un régime alimentaire moyen, on rentre le tout dans les outils de calcul de dose, et on a un résultat. Un impact maximal de 5 µSv/an.
Pour rappel, un risque radiologique est prouvé à partir de 1 000 000 µSv sur une durée maximale d'un an, la réglementation en France pour le public est à 1 000 µSv/an, et l'installation nucléaire la plus émissive en radioéléments à ma connaissance (Orano la Hague) est à 20.
Au final, on est sur un site non nucléaire qui aura un impact radiologique négligeable, un impact chimique semble-t-il pas absurde, qui va apporter un peu de dynamisme industriel dans une région où, selon @marietouss1, les taux de chomage et de pauvreté sont élevés.
Hors travaux, la blanchisserie va créer 40 ETP que Unitech annonce vouloir chercher dans le bassin local, quitte à assurer la formation des personnels.

Si @marietouss1 avait un peu à cœur ces questions de chômage et pauvreté, je m'attendrais à ce qu'elle soit + constructive.
Elle pourrait, je ne sais pas, être spécifique sur les reproches qu'elle fait au projet, plutôt qu'être dans une opposition pure et dure en se cachant derrière la pauvreté locale pour se trouver une excuse ?
Sinon on peut vraiment la jouer @EELV à fond et continuer à détruire l'industrie, détruire l'agriculture, réduire les services, et dénoncer que l'on fait trinquer les pauvres.
On me rappelle que j'oublie quelque chose de pourtant fondamental : les bananes.

Je rappelle que la dose équivalent banane consiste à assimiler l'exposition à la radioactivité à l'ingestion de potassium 40, un radioélément naturellement présent dans l'environnement et notamment dans les bananes.
L'ingestion de 20 Bq de potassium 40, qui est la quantité typique dans une banane, induit une dose de l'ordre de 0,1 µSv.

Donc l'impact de 5 µSv/an de la blanchisserie peut être assimilé à 50 DEB/an.

Une banane par semaine.


Concernant la production de déchets, je n'en ai pas parlé, mais oui. Il va forcément y avoir des filtres et des résines et des je ne sais quoi pour piéger une partie de la radioactivité, et qui finiront comme déchets radioactifs.
Concernant les déchets, c'est pas listé de manière très pratique, alors j'ai tenté de tout synthétiser pour vous.

Hors démantèlement en fin de vie, on part donc sur une cinquantaine de tonnes de déchets par an à tout casser. Majoritairement de très faible activité.
On me signale autre chose qui ne va pas dans le tweet de @marietouss1.

Même ses chiffres semblent discutables.
Les statistiques départementales ici :
insee.fr/fr/statistique…
Il semblerait qu'on soit non pas à 25-30% de chômage mais à 10%
Et que non pas un tiers mais un peu moins d'un quart (ça reste beaucoup...) des moins de trente ans soient sous le seuil de pauvreté.
Alors ce sont des statistiques départementales, peut-être que « près du Lac de Der » les statistiques sont différentes et les chiffres de @marietouss1 sont vrais...
Mais après tout ce thread, ai-je encore une raison de ne pas privilégier l'hypothèse qu'ils sont bidons ?

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