Aujourd'hui mes amis et avant la reprise, le Juge des Libertés et de la Détention (JLD). Surnommé pour l'embêter Jamais La pour Dîner, car il intervient en bout de chaîne et est donc accablé par les retards accumulés avant. Magistrat du siège spécialisé, il est nommé par décret
On le voit comme le grand incarcerateur : PAS DU TOUT, la détention est loin d'être son seul intérêt : il y a aussi les libertés (suivez un peu!). Il est là quand vos droits sont menacés, pour s'assurer que le procureur ce ptit fifou, mais aussi le JI, ne s'emballent pas...
Mais aussi pour vérifier que vos droits ne sont pas bafoués dans d'autres circonstances. Depuis 2011, il vérifie de manière systématique les mesures d'hospitalisation sous contrainte, en psychiatrie donc, qui sont encadrées : il doit s'assurer de la mesure n'est pas arbitraire
Il a également un rôle important en droit des étrangers, surtout dans les TJ sur le ressorts desquels il y a un Centre de Rétention Administrative. Il vérifie que le préfet, principal acteur de la question du droit au séjour, ne fait pas n'importe quoi et respecte le droit.
C'est un droit d'une très grande technicité, je confesse volontiers ma parfaite incompétence en la matière ; il faut se garder de toute idéologie, dans un sens ou dans l'autre, et garder a l'esprit les enjeux pour les justiciables concernés.
Le JLD a acquis un rôle important dans l'enquête, où il autorise (ou pas!!) les actes d'enquête les plus attentatoires aux libertés que le procureur veut mettre en oeuvre. La encore, il est gardien de vos libertés, la fin (=découvrir la vérité) ne justifiant pas TOUS les moyens
Il va donc autoriser (ou refuser!) les écoutes, la géolocalisation, les perquisitions de nuit ou sans assentiment, les "grandes prolongations" de garde a vue (au delà de 48 heures), les saisies conservatoires... Et en cela il contrôle le proc, ce coquin d'accusateur
Il décide des mesures de sûreté avant jugement. Lorsque le proc défère, c'est le JLD qui décide des placements sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire... Il peut ainsi faire échec, dans certains cas, a la décision du proc d'avoir recours a la comparution immédiate
En cas d'instruction, il est le seul a pouvoir placer quelqu'un en détention provisoire, puis a prolonger cette mesure, a l'issue d"un débat contradictoire au cours duquel s'expriment le procureur, le mis en examen et l'avocat de celui-ci. C'est le JLD qu'il faut convaincre!
Le mis en examen peut tout au long de sa détention provisoire former des demandes de mise en liberté : si le JI ne souhaite pas y faire droit, c'est le JLD qui décide en dernier ressort. Ses décisions peuvent être frappées d'appel devant la Chambre de l'instruction.
Le JLD ne décide pas au doigt mouillé de prononcer, maintenir ou prolonger une détention provisoire, mais en fonction de critères définis a l'article 144 du CPP, tenant aux nécessités de l'instruction, a la personne du mis en examen, a l'ordre public... a apprécier avec rigueur
Fiche technique de la fonction :
+ : les sousous (peu attirante, le ministere a créé des indemnités pour compenser les contraintes), rôle très important de gardien des libertés
- : horaires ; examen du doss sous le seul angle de la mesure de sûreté donc peut être frustrant
Qualités requises : synthèse et efficacité (souvent saisi dans l'urgence), résistance au stress, bienveillance (justiciables devant lui toujours en situation de vulnérabilité), tolérance a la chambrette (le proc qui se prend un refus soit boude, soit chambre), patience
Défauts possibles : autoritarisme, isolement, biais idéologique (pro ou anti détention), pointillisme
Camarades de jeu : le proc, les avocats, le JI ; son greffe BIEN SUR ; les assoc de contrôle judiciaire ; la pref et les hôpitaux (attributions civiles et administratives).
Je m'excuse si j'ai omis des points importants : je n'ai jamais exercé cette fonction. N'hésitez pas a compléter ! Des questions, des observations, des compléments?
A vous!
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Pour plus de lisibilité (& faciliter vos révisions si besoin), je vais regrouper tous mes portraits de la grande famille judiciaire sous ce tweet.
Pour ce faire je suis téléguidée par mon assistant, étant bien incapable de le faire seule.
Coeur et flan vanille sur lui!!
Aujourd'hui mes amis, sous vos yeux émerveillés, le Tribunal correctionnel, et en particulier son président. C'est un magistrat du siège généraliste : il est nommé selon son ancienneté juge ou vice-président, et c'est le président du tribunal qui va l'affecter a cette fonction
Le tribunal correctionnel statue selon les infractions a juge unique, donc seul, ou en collégialité c'est a dire a 3. C'est la loi qui décide, 1 ou 3 : la liste des infractions relevant de la juge unique va en augmentant a chaque réforme, pour des raisons évidentes d'économies
A présent seules les infractions les plus "graves" relèvent de la collégialité : homicide involontaire, agressions sexuelles, stup, escroqueries, vols et violences avec plusieurs circonstances aggravantes...La comparution immédiate relève TOUJOURS de la formation collégiale
Aujourd'hui mes amis, sous vos yeux ébahis, je vous présente le juge des enfants (JE). C'est un magistrat du siège, spécialisé, et donc nommé par décret. C'est un magistrat atypique, et ce a beaucoup d'égards puisqu'il a des attributions civiles et pénales. C'est parti !
Le JE est AVANT TOUT le magistrat de la PROTECTION de l'enfance. Il est majoritairement saisi par le procureur lorsque celui ci est informé d'un mineur en situation de danger (dans sa santé, sa moralité, sa sécurité) ou quand les conditions de son éducation sont compromises
Le procureur vérifie que ce danger ne peut pas être géré par les services sociaux, dans le champ administratif. Si ce n'est pas le cas, il saisit le JE. Celui ci peut également être saisi par le mineur lui même ou tout adulte chargé de le protéger.